la marmite de l'info

Eric Fottorino, le patron du Monde, entendu par la DST

Eric Fottorino et deux journalistes du quotidien se sont rendus ces derniers jours à des convocations de la Direction de la surveillance du territoire. Le contre-espionnage, qui poursuit son enquête sur l’affaire des fuites de la DGSE à propos du 11-Septembre, souhaitait en savoir plus sur la chaîne de décision du journal.

Après le président du directoire du groupe Le Monde Eric Fottorino, fin mai, les journalistes Patrice Claude et Patrick Jarreau ont été entendus pendant deux heures chacun au siège de la DST, à Levallois-Perret. Leurs auditions, en qualité de témoins, ont eu lieu respectivement mardi et ce mercredi matin. Selon les trois hommes, joints par Rue89, la DST cherchait à connaître les conditions de publication de l’article titré "11 Septembre 2001  : les Français en savaient long", qui faisait état de documents de la DGSE classés "confidentiel défense".

Paru dans l’édition du 16 avril 2007 du quotidien du soir, il avait valu à son auteur, le journaliste spécialisé dans les questions de défense Guillaume Dasquié, d’être interpellé dès potron-minet à son domicile, en présence de sa famille, par six agents du contre-espionnage, le mercredi 5 décembre.

Cette interpellation avait suscité un tollé, les syndicats de journalistes rappelant que "si les journalistes ne peuvent pas protéger leurs sources, ils n’auront plus de sources".

"Ils n’ont pas cherché à connaître les sources de Dasquié"

Mis en examen pour "compromission du secret de la Défense nationale" après quarante heures de garde à vue, Guillaume Dasquié est passible d’une peine de cinq ans de prison et 75  000 euros d’amende.

Il avait alors raconté avoir fait l’objet d’un chantage, le substitut du procureur et le directeur adjoint de la DST lui demandant de livrer une source, sous peine d’être placé en détention. Le parquet de Paris avait nié, fustigeant des "propos mensongers".

L’instruction est entre les mains du juge antiterroriste Marc Trévidic. C’est avec l’aval de ce dernier, mais en son absence, que les trois cadres du Monde ont été entendus  : Eric Fottorino en tant que directeur de la publication du journal, Patrick Jarreau car il était rédacteur en chef technique ce jour-là, alors que Patrice Claude était en charge des pages Enquêtes-Reportages, où fut publié l’article. "Ils n’ont pas cherché à connaître quelles étaient les sources de Guillaume Dasquié", raconte ce dernier. Comme ses collègues, il a jugé l’audition "courtoise".

La DST n’a pas répondu à nos questions sur ces auditions. On ne peut donc que s’interroger sur l’utilité d’une telle démarche, si ce n’est de rappeller aux journalistes qu’en France, le secret des sources est toujours en deçà des exigences formulées par la Cour européenne des droits de l’homme.

Ce n’est pas le premier développement de cette affaire depuis la libération de Guillaume Dasquié. En janvier, l’ex-directeur adjoint du renseignement à la DGSE, Philippe Hayez, avait été à son tour mis en examen, la justice le soupçonnant d’être une des sources de Dasquié. Par ailleurs, mardi, Rue89 a révélé que l’ex-cadre de la DGSE Alain Chouet vient d’être condamné à payer 5000 euros de dommages et intérêts pour avoir diffamé le journaliste.

Augustin Scalbert


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Par déluge
09H46    12/06/2008

En France maintenant il y a deux sortes de journaliste:

Ceux qui sont promus par l’Elysée et ceux qui sont convoqués à la DST.

J’oubliais, il y a aussi ceux qui jettent l’éponge pour cause de harcellement judiciaire.

 
Par galamb
12H22    12/06/2008

J’ajouterai une chose : à l’époque où je bossais à la DST, il y a 20 ans, on invitait les patrons de presse au resto, aujourd’hui on les convoque comme témoins, bientôt on les défèrera pour « association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste », la qualification préférée de la DST de nos jours…

 
Par tintouin
15H48    12/06/2008

Cette affaire des fuites de la DGSE est très instructive et révélatrice des pratiques de nos politiques et de nos services spéciaux.

En effet, le gouvernement a fortement réagi à l’article de G.Dasquié dans le Monde, car il a voulu se blanchir aux yeux des Américains. Le ministère de l’Intérieur en particulier a pour habitude de téléguider des fuites organisées via des canaux officieux, quand il ne veut pas être impliqué: les syndicats de police en particulier servent alors de relai de la comm ministérielle, sans que le minsitère soi en 1ere ligne. Ce que savent parfaitement les Américains.

Une fuite de la DGSE qui révèle que les USA avaient reçu toutes les alertes sur la préparation de l’opération du 11/9, et n’ont rien fait pour la contrer. Les USA S’interrogent évidemment sur l’implication du gouvernement français dans cette fuite qui ne peut que leur nuire: organisée ou pas?

La réaction forte de Michèle Alliot Marie, qui donne des directives très fermes à la DST pour démasquer les auteurs des fuites à la DGSE (pressions en garde à vue sur l’auteur de l’article du Monde G.Dasquié), révèlent la volonté du gouvernement français de se dédouaner aux yeux des USA.
Ces pressions semblent avoir au moins en partie produit les résultats attendus, des cadres de la DGSE ayant été interpellés.

Les convocations « courtoises » des journalistes ces derniers jours, destinées à connaître la chaîne de décision de la rédaction du Monde. Pourquoi?
J’aurais tendance à penser: la DST veut tirer les enseignements de cette affaire, pour mieux traiter les prochaines à venir.
Savoir le nombre d’intervenants journalistes qui peuvent être impliqués dans la sortie d’une « affaire ». S’il faut exercer des pressions, voire bloquer fermement une sortie d’article et surtout empêcher que ce blocage se sache (tous les moyens d’intimidation sont bons), il vaut mieux qu’ils sachent quels moyens DST mettre en place. C’est sans doute bien différent si 4 personnes ou 20 personnes sont au courant dans une même rédaction.