Je vais vous parler d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître… L'époque où le gouvernement faisait la pluie et le beau temps à la télévision. C'était le temps de l'ORTF, dissoute en 1974 pour céder la place à plusieurs sociétés de télévision, puis à la privatisation de certaines d'entre elles, et enfin à l'explosion actuelle du nombre de chaînes.
Finie l'époque où le gouvernement décidait de tout dans l'audiovisuel ? On aimerait le croire. Or, à chaque décision, c'est l'ère du soupçon : tout s'est décidé à l'Elysée, dit la rumeur parisienne. Dernier exemple en date, le remplacement de Patrick Poivre d'Arvor par Laurence Ferrari pour la présentation du 20h de TF1. Et la nomination d'un nouveau directeur de l'information que l'on décrit volontiers comme plus sarkozyste que son prédécesseur.
TF1 a beau avoir été privatisée il y a 22 ans, personne ne juge invraisemblable que le président de la République ait pu influencer le choix du présentateur du principal journal télévisé. Peut-être est-ce faux, seulement l'effet d'un commentaire critique laché il y a quelques mois par Nicolas Sarkozy à l'encontre d'un présentateur qui a osé, un jour, le comparer à un « petit garçon » lors d'une interview en direct…
Mais le simple fait que cela soit vraisemblable en dit long sur l'état des relations entre le pouvoir et la télévision. Partout ailleurs en Europe, sauf dans l'Italie de Silvio Berlusconi évidemment, un tel soupçon aurait fait scandale : en France il fait sourire.
Nicolas Sarkozy n'est évidemment pas le premier président interventionniste, mais il a un lourd passif avec la télévision. C'est lui qui, on s'en souvient, avait annoncé le premier l'arrivée sur TF1 de Harry Roselmack au nom de la diversité sur le petit écran. C'est lui, encore, qui a fait exploser en janvier sa petite bombe en annonçant la fin du financement de l'audiovisuel public par la publicité – une mesure qui bénéficie aux chaînes privées, à commencer par TF1.
Depuis cette annonce, la confusion la plus extrême règne sur le secteur, durablement destabilisé par une décision prise sans concertation, et, surtout, sans le moindre plan de financement alternatif. La création de la Commission Copé pour proposer des solutions était une bonne idée : mais le président l'a lui-même torpillée en mettant son véto public à l'augmentation de la redevance télé - avant, finalement, d'accepter de l'indexer sur l'inflation.
Cette improvisation n'a qu'un impact : aider les grandes chaînes privées mises à mal par la baisse de leur audience et de leurs recettes publicitaires. La semaine dernière, la ministre de tutelle du secteur donnait une interview aux Echos, titrée ainsi : « Albanel veut aider les chaînes privées ». On a d'abord cru à une erreur : mais non, c'est bien les télévisions privées que veut aider la ministre de la culture, en proposant notamment une deuxième coupure de publicité dans les films.
Dans ce contexte, que le président s'occupe également du casting de TF1 n'a finalement rien d'incroyable. Quatre décennies n'ont pas été suffisantes pour couper le cordon.
Pierre Haski
► A lire aussi : Le départ de PPDA va-t-il enrayer la chute de TF1 ? par Augustin Scalbert.
► Edito diffusé mardi 10 juin sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.





















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De DidierB63
Devant un écran | 08H23 | 10/06/2008 |
Grosso modo, la baisse des recettes publicitaires des chaines privées hertziennes est due :
1) l'arrivée de la TNT
2) Internet (vers lequel les annonceurs se tournent)
Comment aider les chaines privées hertziennes et en particulier TF1, sans nuire aux chaines TNT (dont certaines sont propriétés d'amis très chers) ?
1) Suppression de la publicité sur le service public (système des vases communicants)+ 2e coupure pub.
2) Diabolisation d'Internet, pour faire fuir les annonceurs potentiels de ce médium.
Au final, les chaines privées et TF1 en particulier ne peuvent rien refuser au président, qui les aide tellement, et mettre un de ses favoris aux commandes de la grand messe du 20H00 semble un juste retour d'ascenseur.
De toute façon, la personne en question n'est pas un journaliste mais un présentateur de « sujets », comme peuvent l'être les animateurs de videogag ou Les enfants de la télé. Alors, ça ne coute pas grand chose.
Au final, Bouygues vendra TF1 à Bolloré ou à Arnault (une fois la loi sur la concentration assouplie) et peut être France3 sera-t-elle vendue aussi… Tout le monde sera content, et le président « maitrisera » la totalité des médias.
PPDA, dans l'histoire, n'est qu'un simple dommage collatéral.
http://polemiquons.over-blog.com/
De Albufera
Observateur. | 08H59 | 10/06/2008 |
J » ai l » impression d » assister à une comédie entre le politique et l » information devant laquelle personne n » est dupe : il s » agit bien d » une comédie dont chaque spectateur est capable de repérer qui fait allégeance à Sarkozy ou pas. Je trouve qu » on a un peu vite oublié la leçon du non au référendum qui a montrée que le téléspectateur -l » auditeur, le lecteur- n » est pas un veau qui croit à tout ce qu » on lui raconte. Au final, les dégâts ne concernent pas l » information mais telle ou telle coterie qui fait de l » information son fond de commerce.
De NonooStar
Informaticien | 10H39 | 10/06/2008 |
Le fait que Christine Albanel veuille aider les chaînes privées ne me surprend pas plus que ça. C'est dans la lignée de sa politique envers les majors (politique déjà menée par Renaud Donnedieu De Vabres) : plutôt que de suivre la loi du marché (ce qui serait normal pour un gouvernement de droite) et laisser péricliter ces grosses machines incapables de s'adapter à l'ère Internet, elle préfère prolonger leur agonie par des artifices éphémères.
Je n'arrive pas à comprendre cette logique. Sous prétexte que leur business model a fonctionné pendant des années, les principaux fournisseurs de biens « culturels » (TF1, l'industrie musicale et l'industrie cinématographique) exigent que l'Etat fasse en sorte qu'il continue à fonctionner en dépit des changements profonds dans le mode de consommation de la culture. C'est aberrant…