A debattre

Comment se prépare la privatisation de la Sécu

'Hippocrate malade de ses réformes' (DR).Le sociologue Frédéric Pierru, de l'université Paris-Dauphine, vient de publier « Hippocrate malade de ses réformes » (Ed. du Croquant) : il y démontre comment depuis soixante ans, les réformes successives préparent le terrain à la privatisation d'une part de plus en plus importante de l'assurance maladie.

 » Le « trou » de la Sécu est un mythe »

Plutôt que de raisonner en termes de besoins, le débat public sur la Sécurité sociale en général et sur l'assurance maladie en particulier se limite aux dépenses et notamment au manque de financement, le fameux » trou » de la Sécu. Pour Frédéric Pierru, membre du collectif » Raisons d'agir » (fondé par Pierre Bourdieu à la suite du mouvement social de 1995), parler de déficit permet surtout de justifier une politique de rigueur. (Voir la vidéo)


Pourquoi parle-t-on sans cesse de gaspillage ?

Les gaspillages de l'assurance maladie sont évalués entre 150 et 400 millions d'euros sur un budget annuel de 150 milliards d'euros. Ils sont donc très minoritaires dans la part des dépenses de santé et pourtant, ils monopolisent le débat public. (Voir la vidéo)


De l'hôpital à l'entreprise de soins

Modernisés au début des années 1980, les hôpitaux ont été priés de tenir leurs budgets. C'était l'époque de la » dotation globale » , qui fixait annuellement leurs enveloppes budgetaires. Malheureusement, la rigidité de cette politique a conduit des hôpitaux à répondre à une demande de soins croissante avec un budget toujours identique lorsqu'ils se trouvaient au cœur d'un bassin de population dynamique. Pour mettre en adéquation l'activité des hôpitaux et leur budget, la réforme Hôpital 2007 (de 2002) a instauré la » tarification à l'activité » (T2A). Mais elle a aussi ses effets pervers… (Voir la vidéo)

La concurrence en santé est dangereuse et contre-productive

Plus personne ne réclame l'instauration d'une concurrence en matière de santé. Même la très libérale OCDE est revenue sur ses prescriptions antérieures. Frédéric Pierru explique pourquoi. (Voir la vidéo.)

Qui bloque les réformes ?

Les réformes de l'assurance maladie s'opposent à l'augmentation des prélèvements obligatoires. Mais elles refusent également de demander des efforts aux médecins libéraux, qui bloquent toute rationalisation de leur implantation. Selon Frédéric Pierru, les syndicats de médecins libéraux forment un front uni contre une meilleure organisation des soins. (Voir la vidéo)


Qui veut privatiser l'assurance maladie ?

Le sociologue montre comment les assureurs privés agissent pour mettre la main à chaque réforme sur une part plus importante du gâteau de l'assurance maladie. La réforme de 2004, en créant le » ticket modérateur » , a créé le principe, qu'il ne reste plus qu'à étendre ensuite. (Voir la vidéo)


Nos remerciements à la direction des hôpitaux de l'assistance publique de Paris et à la direction de l'hôpital Tenon qui nous ont permis d'utiliser leurs locaux pour réaliser cette interview.

3 commentaires sélectionnés

Portrait de spin590

De spin590

12H57 | 09/06/2008 | Permalien

Vous avez raison sur tout, mais ne faites pas comme nos dirigeants, ne généralisez pas ( tous les chômeurs ne veulent pas travailler, tous les assurés sociaux truandent, tous les fonctionnaires sont des faïnéants ……).
J'ai de nombreux médecins généralistes dans ma famille, dont un de mes fils (23€ la consult, il s'agit bien de généraliste), croyez bien qu'ils sont très loin du portrait que vous tracez. 50 à 70 heures par semaine, pas de jet et une grande incertitude sur l'avenir et leur fin de vie.

Portrait de groscontre64

De groscontre64

13H27 | 09/06/2008 | Permalien

il ne faut pas oublier que le trou de la sécu n'existe pas, et que si l'état et les entreprises payaient leurs cotisation, il n'y aurait plus de trou !
Les professions médicales sont des salariés déguisés de la sécu et des mutuelles, mais des salariés qui pourraient choisir de travailler où ils veulent et choisir leur salaire puisque la quantité d'actes par jour n'est pas restreinte. Et avec l'état comme garant du système, ce sont presque de fonctionnaires déguisés…
Arrêtons de dire que les soins sont gratuits ! nous payons des cotisations sur nos salaires : c'est le principe de l'assurance, pour l'assurance maladie comme pour les autres. On paye des primes d'assurance, si on est malade on en profite, sinon çà profite aux autres. Personne ne dirait qu'un assureur a donné gratuitement une voiture à quelqu'un qui aurait eu un accident ! ou que le boulanger donne gratuitement du pain en échange d'un peu d'argent ! et comme le dit la personne interviewé, le fait d'avoir une seule compagnie d'assurance nationale, la sécu, çà diminue énormément les frais de gestion. Les frais de gestion, de compensation entre les différents assureurs aux états-unis représente une grosse part des cotisations des gens.

Portrait de abcd

De abcd

retraitée | 14H10 | 09/06/2008 | Permalien

Toutes les réformes de l'Etat ont été faites depuis des années pour décourager l'exercice de la médecine générale, numérus clausus bloqué, manque de reconnaissance (voir les pays étrangers où il est le pivot du système de santé)politique d'implantation dans les campagnes en zone sous-médicalisée où l'on privilégie le cabinet de groupe par des aides financières, qui n'existent pas si l'on veut exercer seul ; de plus bcp trop d'administratifs dans les hôpitaux au détriment des soignants, car gérés par les municipalités , donc wagons de nouveaux pistonnés à chaque changement de politiques municipales ; tout cela contribue à plomber notre système de santé.(Signé : un médecin depuis 40 ans, sans jet privé ni vacances mirobolantes, et qui ne reçoit plus depuis plus de 10 ans les visiteurs médicaux, qui s'est toujours levé la nuit pour ses patients , et qui commence à être découragé par la campagne de dénigrement orchestrée par d'autres.. ; la consultation est à 22 euros et non 23 comme lu plus haut, et je ne prends jamais de dépassement. Je ne suis pas un commerçant, je ne peux pas travailler plus pour gagner plus, les Cpam étudient nos profils à la loupe ; alors arrêtez de fantasmer sur une soi disant vie de luxe payée sur le dos des malades …)

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