A debattre

Les Etats-Unis claquent la porte du Conseil des droits de l'homme

Consternation générale vendredi après-midi au Palais des Nations à Genève : les Etats-Unis se retirent totalement du Conseil des droits de l'homme des Nations unies. Un pas en arrière pour les droits de l'homme dans le monde, dénonce Human Rights Watch.

Contactée par téléphone, la mission américaine à Genève n'a pas voulu commenter mais n'a pas nié non plus. Cette décision, encore officieuse, s'inscrit dans une longue opposition de l'administration Bush à la réforme qui a créé le Conseil des droits de l'homme en juin 2006. On se souvient que Washington avait annoncé d'emblée que son pays ne serait pas membre actif, mais son statut d'observateur lui permettait d'intervenir durant les sessions. A présent, même cette possibilité passe à la trappe. Sébastien Gillioz, de Human Rights Watch (HRW), déclare :

« Nous ne comprenons ni les raisons ni le timing d'une telle décision. Il y avait pourtant des signes positifs dans ce Conseil. Par exemple, la Biélorussie n'a pas été réélue comme membre en 2007, ni le Sri Lanka cette année. »

La stupéfaction est d'autant plus grande que les Etats-Unis ont participé activement à l'Examen périodique universel (EPU) des trente deux pays examinés durant avril et mai. Ils ont notamment adressé une série de recommandations à la Roumanie, au Japon, au Guatemala, au Pérou, à la Tunisie, à l'Ukraine, à l'Indonésie, et d'autres.

Même consternation du côté des diplomates. Si l'actuel président du Conseil, Doru Costea, n'a pas voulu commenter, son prédécesseur Luis Alfonso De Alba confirme qu'il ne voit aucun motif pouvant justifier une telle décision. Plusieurs observateurs évoquent toutefois le mécontentement grandissant de Washington face à la main mise du bloc des pays islamiques et africains sur le Conseil. Comme pour Peter Splinter, d'Amnesty International (AI), qui s'insurge :

« C'est une aberration. On dirait que ce gouvernement a perdu sa boussole dans les affaires internationales. Comment peuvent-ils croire qu'ils vont améliorer les droits de l'homme en fuyant ? C'est comme ceux qui disent “je n'aime pas la manière dont ma ville est gouvernée, mais je n'irai pas voter'.”

Pour HRW, les Etats-Unis se montrent très peu engagés en faveur des droits de l'homme en général. Rappelons que le groupe de travail contre la détention arbitraire avait renoncé le mois dernier à se rendre à Guantanamo parce que Washington ne permettait pas à ses membres de s'entretenir en tête-à-tête avec les détenus. De son côté, le rapporteur contre le racisme, Doudou Diène, s'est battu des années pour obtenir une visite dans le pays. Ce qu'il vient seulement d'obtenir.

Le directeur de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT), lui, voit surtout dans cette décision une gesticulation politique. “Les Etats Unis ont toujours manifesté clairement leur opposition au Conseil, rappelle Eric Sottas. C'est une manière un peu plus médiatique de faire pression pour redresser la barre.” Et d'ajouter :

“En plus, la dynastie Bush arrive au bout de son mandat. Cela me rappelle l'époque où l'administration Nixon, qui soutenait Pinochet au Chili, reprochait à l'ONU de critiquer la dictature chilienne. Mais quand Jimmy Carter a été élu en 1977, le gouvernement américain a alors pris la parole à la Commission des droits de l'homme pour s'excuser. Après une présidence comme celle de Bush, on peut s'attendre à des changements importants dans la politique américaine des droits de l'homme.”

HRW s'inquiète toutefois de ce retrait. Sébastien Gillioz commente :

“Le message est préoccupant. Depuis le 11 septembre 2001, les Etats Unis ont constamment interprété les standards internationaux avec une approche à la carte qui a érodé les droits de l'homme. Et ce comportement a servi d'exemple à une kyrielle d'Etats, dont le Pakistan, l'Egypte et d'autres, qui ne se gênent pas du coup de revisiter les standards des droits de l'homme, comme à l'égard de l'homosexualité, de l'avortement ou de la peine de mort. C'est une marche arrière.”

Carole Van et Juan Gasparini

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de nipivime

De nipivime

;- | 00H43 | 07/06/2008 | Permalien

Merci pour cet article.

Il semble, hélas, que les différentes forces agacées par les DDH soient capables de se coaliser, ou de jouer temporairement en alliances et chacun à sa manière, pour mettre des grains de sable dans une évolution que l'on devine, que l'on voudrait, évidente et ineluctable.

Une méthode parmi d'autres, sournoise et en profondeur : les nouveaux programmes de l'éducation nationale, en France, se réfèrent à « la nature des droits civils, économiques et sociaux accordés à tous les habitants régulièrement installés sur le territoire national ». Ainsi, toujours selon la LDH « le gouvernement envisage-t-il de faire enseigner à tous les collégiens de France que les droits fondamentaux sont réservés aux étrangers en situation régulière ».

Froid dans le dos, non ?
N

Portrait de kawouede

De kawouede

12H17 | 07/06/2008 | Permalien

D'accord, les Etats-Unis ont Guantanamo et autres turpitudes.

Mais nous, qu'avons-nous ? L'Europe s'apprête à adopter la « directive de la honte » sur les sans-papiers.

Surtout, quand le Conseil des droits de l'homme de l'ONU fait une déclaration pour s'inquiéter des « discriminations à l'égard des religions » (en clair : l'affaire des caricatures, etc.) là c'est moi qui m'inquiète.

Bref Washington pourrait avoir un peu raison ici.

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 15H12 | 07/06/2008 | Permalien

Vos propos soulèvent beaucoup de questions, et il est facile de supposer que nos réponses divergeront à peu près à tous les coups.

Je vous répète que je peux comprendre le raisonnement qui veut que le recours à la torture soit au moins perçu comme une nécessité technique en certaines circonstances. Je reste quant à moi extrêmement réservé sur ce point, mais ce n'est pas vraiment cela qui pose problème : ce qui pose problème, selon moi, c'est que ce recours soit rendu quasi officiel et légal.
Vous m'objecterez sans doute qu'il s'agit d'une belle hypocrisie, et (le cas échéant) vous aurez raison. Il reste que cette hypocrisie a pour mérite essentiel de ne pas piétiner les principes au nom desquels nous sommes gouvernés.

Ce qui, précisément, soulève le deuxième problème. Quel est l'intérêt supérieur de l'Etat ? Je ne prendrai qu'un exemple : était-il de l'intérêt supérieur de la France de prétendre vouloir conserver à toute force l'Algérie ? A l'évidence, non. Hormis sauver la face, à quoi ont servi la bataille d'Alger et les atrocités commises ? A rien.
(A toutes fins utiles et pour prévenir tout dérapage dans cette direction, je ne prétends aucunement que le FLN n'a pas commis d'atrocités : je constate seulement qu'elles n'ont pas été commises en mon nom.)

Que vous souriiez de la vacuité du discours démocratique, je le conçois aisément, et d'autant mieux que c'est précisément le trop fréquent défaut de conséquence de ce discours qui me met en rage les jours où je suis en forme. Parce que, pour tout vous dire, si la démocratie devait être tout à fait vide, je ne vois vraiment pas au nom de quoi (sinon la coercition) j'accepterais d'être gouverné (moi ou d'autres, ça va de soi : la guerre civile perpétuelle comme horizon indépassable, non merci).
Et, à vrai dire, c'est cela qui empêche que je puisse en quelque manière adhérer (même au fond) à vos propos. Sur ce point, vous n'êtes pas moins que moi soumis à l'idéologie : nous ne sommes pas soumis à la même, c'est tout. (Et si je vous lis correctement, il semble même que nos idéologies respectives soient ennemies, et pas seulement adversaires. Reprenez-moi si je me trompe…)

Portrait de Pierre-Henri Brochard

De Pierre-Henri Brochard

dubitatif ... | 21H03 | 07/06/2008 | Permalien

Les bons sentiments et les effets de manche des avocats de la Liberté ne suffisent malheureusement ( ? )pas à convaincre les ennemis de nos valeurs de rebrousser chemin.
A lire les contributions diverses qui se succèdent sur ce sujet, on peut distinguer d'un côté les humanistes de gauche qui pensent que le dialogue et la diplomatie sont des armes suffisantes pour ériger des digues.
Malheureusement, depuis la nuit des temps, l'histoire nous a prouvée le contraire.
Pour permettre la paix, il faut préparer la guerre, dit l'adage.
On peut le regretter, mais au delà de tout choix idéologique, voire théologique, il est nécessaire que des hommes soient prêts à s'engager dans des luttes qui nécessitent des sacrifices.
Ce n'est pas de l'idéologie, c'est du pragmatisme.
J'ai eu l'honneur de servir et d'être souvent récompensé pour les services que j'ai rendu à notre nation , tant sous des gouvernements de droite ou de gauche.

Beaucoup de nos compatriotes vivent dans un monde virtualisé par les médias qui servent depuis des décennies , l'illusion de leur libre arbitre.

De l'autre côté, des gens de droite, perdus dans un monde dont ils ne comprennent plus les règles, et dans lequel leCac40 à remplacé les valeurs de la Nation.

Lorsque je lis certaines interventions comme celle de Pierrrrre, cela me dépite.

Je préfère les réflexions de Mr Reboud, bien qu'il ne perçoive pas (encore)la nécessité des défenseurs de la liberté, et de l'utilisation de certaines méthodes pour préserver la paix,à celles de nostalgiques de combats perdus.
L'amertume ne mène à rien.Nous avons perdu des combats, mais la plus belle des victoires est celle de vivre libres.
Il ne sert à rien de remâcher le passé, Mr Pierrrrre , et vos arguments sont ceux d'une personne battant en retraite.
Soyez debout, et non pas assis sur de vieilles blessures.
Ne jamais avoir de regrets , mais toujours de l'espoir !

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