
C'est tout ? En entrant sous la verrière du Grand Palais, on se demande si le sculpteur américain Richard Serra ne s'est pas carrément foutu du monde, tant son installation approche, de prime abord, le néant.
Cinq stèles d'acier brutes de fonderie, certes monumentales (17 mètres de hauteur sur 4 de largeur) que l'on aperçoit tout d'abord sous leur mince de profil. Tout cela semble de peu de poids pour investir un espace qui dépasse, bien au-delà des limites du hors jeu, la taille de deux terrains de foot.
Et pourtant, jamais la maxime « méfiez-vous de la première impression, c'est toujours la bonne » n'aura été contredite avec plus d'éclat. Monumenta, une expérience qui consiste à demander à un seul artiste d'investir les lieux (restés fermés au public pendant plus de trente ans) est un exercice casse-gueule, qui peut se solder par de cinglants échecs.
Richard Serra réussit à jouer avec l'espace, là où Anselm Kieffet avait échoué
Le dernier en date concerne le peintre et plasticien allemand Anselm Kieffer. Immensément talentueux et combatif, Anselm Kieffer avait choisi une stratégie d'affontement avec la nef, en construisant en son centre une méga-ruine difforme, et en enfermant son travail, c'est-à dire essentiellement ses toiles, sous une série de petits bunkers à l'abri de la lumière zénithale dispensée par la plus belle verrière du monde.
Il en résultait un sentiment de malaise, comme celui que procure un vêtement mal ajusté, qui nuisait tant à l'œuvre de Kieffer qu'au bâtiment, chef d'œuvre d'utopie industrielle, contemporain de l'exposition universelle et de la naissance de la tour Eiffel.
Colosse et esprit subtil, Richard Serra, grand maître du land art, sans doute mieux armé pour se confronter aux grands espaces, a agi tout autrement. D'abord avec un infini respect des lieux, que son installation met en valeur comme jamais.
Le titre qu'il lui a donné, « Promenade », n'a rien de gratuit. L'espace entre les cinq stèles, plantées dans le sol de ciment, est de 30 mètres entre chacune. Ces totems géants, comme tombés du ciel, sont très légèrement inclinés vers le bas, le haut, la droite ou la gauche, tout en conservant -c'est une sorte de miracle- une rigoureuse symétrie.
L'ensemble invite -oblige même- à une promenade contemplative et créatrice
Selon l'axe choisi par le visiteur, les perspectives changent, les vues se multiplient, et surtout, l'ensemble invite (oblige même) à un déplacement constant, à -en effet- une promenade dans un univers qui induit un état proche d'une extase païenne, comme si cette cathédrale moderne invitait, fermement et paisiblement, au culte d'un non-dieu.
Ce dialogue riche entre l'architecture de fer et de verre du Grand Palais et l'élégance du geste de ce très grand sculpteur, invite à revenir plusieurs fois sur ses pas, à varier et à créer ses itinéraires à l'infini. Il n'y a qu'à voir comment les enfants (notre visite a eu lieu un mercredi), s'approprient les lieux.
L'exposition de Richard Serra se prolonge par l'installation d'une autre œuvre, « Clara-Clara », à l'entrée des jardins des Tuileries. Deux courbes fluides et parallèles de métal brut, ménageant en leur centre un couloir au visiteur, qui s'ouvre des deux côtes sur les magnifiques perspectives, scandée d'un coté par la pyramide de Louvre, de l'autre par les transparences de la Grande arche de la Défense.
► Monumenta 2008 : Richard Serra, Promenade au Grand Palais, avenue Winston-Churchill , Paris VIIIe - 2€/4€ - jusqu'au 15 juin - lund. et mer. de 10h à 19h - du jeu. au dim. de 10h à 23h - Rens. : 01-44-13-17-69 - plan.





















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De pikasso02
17H16 | 05/06/2008 |
L'installation est une réussite. Mais pourquoi parler de sculpture ? C'est du « in situ » rien de plus. Du Buren, du Ernest Pignon Ernest, …
De MAGENTA
Pesteux génétique | 20H57 | 05/06/2008 |
C'est vrai il n'est pas tombé dans l'erreur de les mettre rigoureusement en alignement ce qui aurait été une terrible faute de goût et une horreur abominable .
Mais de les pencher légèrement sur le côté ,ça frise le génie ,ce type là est le Michel Ange de la chaudronnerie .
De Thi0u
Etudiant en Statistiques et Traitem... | 21H30 | 05/06/2008 |
Heureusement que c'est au Grand Palais, y'a quelque chose de beau à voir au moins ^^
De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 07H21 | 06/06/2008 |
Que sera, que sera le monde de l'art demain !
C'est magnifique le Grand Palais rénové !
Mais pourquoi ont ils laissé une partie des échafaudages en plein milieu ?
De Affreux_Jojo
Thésard | 07H52 | 06/06/2008 |
Et donc c'est une forme d'art ?
Voilà qui est surprenant. Elle sont bien accrochées au moins ces plaques ?
De geradlionel
écolo | 07H53 | 06/06/2008 |
Le spectacle, le spectaculaire …un mirroir tendu aux prétentieux !
Nous autres pauvres humains nous gaussons de notre caractère d'exception sur la face de cette terre, mais d'ici quelques décennies, ce metteur en scène sera bien loin, oublié, relegué, et son installation fondue ? !
C'est du spectacle, de l'installation instantannée, du happening de luxe,ça fait causer dans les chaumières des happy few, ça fait parler les mouches et la caravane passe ; -)
De pikasso02
08H38 | 06/06/2008 |
A Alain Dreyfus
Ces plaques d'acier sont « plantées » dans le sol, ou reposent sur le sol ?
merci
à pikasso02
De pikasso02
13H04 | 06/06/2008 |
J'ai eu l'information. Je me permets de vous la livrer, car elle a je crois une importance. Si cette oeuvre était simplement posée sur le sol, l'impression d'insécurité participerait évidemment. (Certaines oeuvres moins hautes le sont, comme « Clara Clara » par exemple). Mais ces cinq plaques de 73 tonnes chacune ne risquent pas de s'abattre comme des dominos. Elles sont fixées dans le sol. Comment ? Je ne le sais pas. Mais le but de Serra est de faire en sorte que le système d'ancrage ne soit pas visible. Et non dit ! Si on en croit les reportages. Quelle dommage que le système d'ancrage ne soit pas expliqué ! Le bras de « fer » du sol avec ces 73 tonnes d'acier apporteraient un plus à cette exposition.
http://pikasso02.skyrock.com/
De A.V.
tamagotchi89 | 08H45 | 06/06/2008 |
Le mec a tripé sur 2001 l'Odysée de l'Espace. S'il avait été fan de Catherine Breillat, qu'est-ce qu'il nous aurait sorti ? …
De sanlucar
09H21 | 06/06/2008 |
eh bien à moi, ça me plait beaucoup… je trouve ça très sobre et très fort, très symbolique aussi ; ça me parle ; dommage que je ne pourrai pas faire cette « promenade » je ne serai pas à paris avant la fermeture
De isabey
11H54 | 06/06/2008 |
magnifique ! Wendelesque.
De j.-.p
dilettante :- | 15H15 | 06/06/2008 |
Fantastique ! Vive Paris !
L'expo fait la une des pages culture du Guardian, du Telegraph, d'El Pais, du New York Times, de Die Welt et du TagesSpiegel… et c'est tout ce que des badauds (qui n'y sont pas allés) trouvent à poster.
C'est à désespérer du lectorat de Rue89. ; -)