L’une des règles aujourd’hui pour les femmes des quartiers populaires c’est la virginité et le voile, notamment celles qui seraient de culture musulmane. Souvenons-nous du voile, il annonçait clairement la régression du statut des femmes, l’interdiction de disposer de sa sexualité et de son corps librement.
Aujourd’hui rien n’a changé, cela empire. Il suffit de passer le périphérique pour constater cette dégradation. Une multitude de jeunes femmes se voilent. Elles le portent par obligation, par choix, par mode, par identité mais aussi pour obtenir la paix dans le quartier. Si certaines n‘hésitent pas à mettre leur vie en danger pour vivre librement, d’autres abdiquent après des années de bataille.
La virginité des filles est en passe de devenir la norme. Les familles vont jusqu'à demander un certificat délivré par le médecin, poussant certaines à se faire reconstruire l’hymen. Comme autres alternatives, les grandes sœurs conseillent la pratique de la sodomie, ou bien une prise de sang la veille des noces pour discrètement tâcher le drap. Et c’est bien cette hypocrisie que la société française cautionne par ce jugement. Au lieu de faire de la prévention, de l’éducation sexuelle, de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes, on accepte le contrôle social du corps des femmes par les hommes.
Un discours raciste qui laisse la place au relativisme culturel
N’oublions pas ces chiffres : 70000 mariages forcés et arrangés en 2003 en France, de plus en plus de femmes qui se font recoudre l’hymen, 50000 fillettes excisées en 2004, 5000 crimes d’honneur en Europe et ne parlons même pas du machisme ambiant. Les femmes sont, comme d’habitude, les premières victimes. Souvent fragilisées par le manque d’indépendance financière, le chômage, le temps partiel subi, le manque de place en crèche, la hausse des loyers et le coût de la vie, elles sont davantage sujettes aux pressions et aux violences (psychologiques et physiques).
Des femmes clairement abandonnées par une partie des mouvements féministes, notamment de 68, toujours divisés sur la question du voile et qui soutiennent le discours des indigènes. Un discours raciste qui laisse la place au relativisme culturel. N’oublions pas la politique communautariste et répressive de ce gouvernement, qui aggrave la situation dans ces quartiers.
Aujourd’hui, un tribunal français donne raison à des traditions archaïques, machistes et discriminantes. Les fondamentalistes de tous bords doivent se réjouir de cette décision qui place la virginité au centre du contrat de mariage. Après avoir donné un statut juridique à l’embryon, remettant en question le droit à l’avortement, quel sera la prochaine régression pour les femmes ? Nous pouvons bien célébrer les quarante ans de mai 68 ! Mais quel héritage avons-nous ? C’est pour ça que nous avons honte aujourd’hui...














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Et allez donc, on en remet une couche ! Et quelle couche ! Pour que le tableau soit complet, il ne nous manque plus que l’avis d’un expert aussi éclairé du genre Redeker pour que notre compréhension soit parfaitement confuse…
J’aimerais que Lebdi nous explique en quoi la justice républicaine est fondée à se prononcer sur la qualité de traditions librement admises par deux personnes majeures. Parce qu’il me semble bien que le fond de l’affaire est là.
Mettons les choses au carré : à titre personnel, je tiens le port du foulard pour une niaiserie et l’exigence de virginité de l’épouse pour un fantasme imbécile. Fort bien. Et alors ?
Mon opinion mérite le respect, mais ni plus ni moins que l’opinion opposée. Que je sache, une femme qui se promène avec la tête couverte ne cause de tort à personne, pas plus que n’en causent deux personnes qui s’accordent à considérer que la virginité de l’épouse est une condition essentielle de leur harmonie conjugale.
J’entends l’objection habituelle : ces femmes à la tête couverte ou qui se marient vierges (ou avec un hymen reconstruit) le font parce qu’elles y sont obligées. J’ai pourtant bien l’impression que, dans notre République, les citoyens sont tenus pour libres et responsables de leurs actes. Au nom de quoi la loi de la République devrait-elle tenir les femmes musulmanes pour mineures ? Au nom de quoi devrions-nous, par conséquent, refuser aux femmes musulmanes le droit de faire des choix que nous jugeons néfastes ? Au nom de quoi un jugement devrait-il se prononcer sur la pertinence des choix que font deux personnes civiles dans le cadre de leur vie privée ? Je dois dire qu’il s’agirait selon moi d’une singulière conception de la laïcité !
Nous prenons le problème à l’envers : il nous incombe de faire respecter la pleine liberté des femmes (de toutes les femmes) au même titre que celle de n’importe quel citoyen. Cette défense de la liberté des femmes impose en particulier qu’on sanctionne durement les cas de mariages forcés, tout spécialement quand ils concernent des jeunes filles mineures.
Mais, en contrepartie, cette défense de la liberté des femmes devrait nous inciter à plus de prudence et à ne pas considérer qu’une femme voilée l’est nécessairement par contrainte ou qu’une femme se déclarant vierge au mariage le fait nécessairement par crainte de représailles. Ces cas existent, et il serait stupide de le contester. Mais, lorsqu’on a affaire à un cas de ce type, c’est la contrainte ou la menace de représailles qu’il faut sanctionner : pas le voile ou la virginité.
Ce que je vois à l’oeuvre dans cette histoire, c’est une conception parfaitement rétrograde de la laïcité, et à vrai dire fort peu laïque. D’une certaine manière, il est enjoint aux musulman(e)s [et à eux seuls : exige-t-on la même chose d’une autre catégorie de citoyens ?] de se conformer à un modèle social alors même que leurs choix privés ne sont d’aucune conséquence sur notre vie, ni ne violent aucune loi. Sommes-nous à ce point incapables d’accepter de vivre avec des personnes qui ne pensent pas la même chose que nous ? Si tel est le cas, il y a effectivement des raisons de s’inquiéter.
Des femmes de plus en plus abandonnées par les mouvements féministes notamment de 68 et quoi encore comme ânerie ? NPNS et Fadéla Amara seraient-ils les messies de la révolution émancipatrice des femmes musulmanes (tiens qu’elles ?) ?
Quand les femmes Françaises avortaient dans les pires conditions pour les plus déshérités et à coût de millions pour les plus nanties ce n’est des leurs tuteurs autoproclamés qui ont fait avancé le schmilblick mais les concernées (cf. ci-dessous lien) et l’aboutissement de luttes menées collectivement par des femmes et des hommes depuis des décennies. Durant les célébrations de « Mai 68 » il y a eu quelques événements, contributions et textes extrêmement intéressants, qui si vous les aviez suivis vous auraient permis au moins de ne pas réduire « Mai 68 » à ce qu’on dise les plus incultes de l’histoire, sa complexité… Ce qui s’est passé à ce moment-là n’était que l’aboutissement logique de luttes précédentes et qui ce sont poursuivies des années après, des luttes auxquelles nous devons d’inestimables avancées sociales et politiques, je vous en cite rapidement quelques unes :
- 1994 « L’appel des 234 : pour une reconnaissance légale du couple homosexuel. »
http://www.fabriquedesens.net/L-appel-des-234-pour-une
- 1990 faisant le constat de la montée en puissance du Front National, 250 personnes ont lancé un appel à la contre offensive qui a donné naissance au réseau Ras l’front, le réseau de Lutte contre le fascisme. Appel face au fascisme, « L’appel des 250 »
http://www.fabriquedesens.net/Appel-face-au-fascisme-L-appel-des
- avril 1971 Manifeste « Je me suis fait avorter »
http://www.fabriquedesens.net/Manifeste-Je-me-suis-fait-avorter
- 5 septembre 1960 : Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie
http://www.fabriquedesens.net/Declaration-sur-le-droit-a-l
2) Vous écrivez : « Aujourd’hui, un tribunal français donne raison à des traditions archaïques, machistes et discriminantes. » L’objet de la saisine et la motivation du rendu n’a rien à voir avec ce que vous décriez. Ce procès est malheureusement instrumentalisé par ceux qui surfent sur des amalgames afin de renforcer des stigmatisations.
et
Nous pouvons bien célébrer les quarante ans de mai 68! Mais quel héritage avons-nous? C’est pour ça que nous avons honte aujourd’hui…
Vous avez honte de quoi ? De ce qu’est la réalité et le quotidien de nombreuse femmes opprimées ? La honte ne rétabli aucun droit, la lutte si, plus précisément celle que l’on mène avec les concernées.
Sommes nous condamnés au retour de l’obscurantisme religieux?
Nous étions en 1953.
Je me souviens d’un procès intenté à un médecin qui enseignait aux femmes les techniques de l’accouchement sans douleur. A cette époque nombreuses étaient les femmes qui mouraient en couche: Dans la douleur tu enfanteras!
Nombreuses furent les parturientes qui souhaitèrent bénéficier de ces nouvelles méthodes, moins nombreux étaient les médecins à le prodiguer.
Je parle de ces années là parcequ’elle remonte au débuts de ma jeunesse.
La religion catholique s’imposait à tous. On ne parlait pas de l’islam alors. Curés et bonnes soeurs se promenaient en soutane et nous descendions du trottoir lorsque nous devions y croiser un prètre. C’était l’époque de ma puberté (héhé),l’époque où on commence à ne pas trop savoir gérer ses émotions. Je me laissais volontiers attirer par la luxure( je le confesse…Con…Fesse, n’est-ce pas mieux écrit ainsi). Mais les filles devaient rester vierges jusqu’au mariage, sinon elles étaient condamnées et les gars n’avaient de cesse que de tourner autour. Lorsqu’ils avaient le bonheur que l’une d’entre elle se laisse attendrir, ils se refilaient son nom, l‘« appréciaient » pour coucher mais surtout pas pour se marier.
Les plus « sérieuses » étaient fières de coiffer la couronne d’oranger le jour du mariage, signe évident de pureté et de virginité.
Celles qui avaient cédées étaient conduite au bon pasteur, une maison de correction dont les matons étaient des bonnes soeurs;l’évèque venait y puiser sa domesticité parmi les plus jeunes…
L’école n’était pas mixte. Nous n’avions pas le droit d’attendre les filles à la sortie, Les mères y veillaient…
La jeunesse souffrait de vouloir s’émanciper et les gars, parmi les moins réactionnaires, comprenaient que le combat des filles étaient aussi le leur. a cette époque, il était courant d’être placé en garde à vue lorsque nous distribuions les tracts du planning familial revendiquant le droit à la contraception.
Le pape condamnait.
Nous en avions marre d’organiser des fillières vers la Suisse où L’Angleterre pour nos copines.
68 balaya la morale chrétienne, et nous pouvions tous jouir de liberté. Le verbe jouir, si blasphématoire, entra dans le vocabulaire et nous apprîmes tous à le conjuguer au pluriel.
Puis « 243 » salopes affirmèrent publiquement avoir avorté, en 1974, Simone Veil se fit insultée dans l’hémicycle et ses larmes coulèrent en nous; les femmes avaient gagné leur combat.
Aujourd’hui, de nouveau dans l’église catholique, il est conseillé de convoler vierge! Les jeunes hommes exigent de leur épouses qu’elle soient »pures », ils ne sont pas musulmans, ils sont catholique, ça ne se passe pas en banlieue mais dans la bourgeoisie chrétienne, ce n’étaitpas hier c’est aujourd’hui
L’obscurantisme est de retour. Le combatdes femmes n’est pas terminé.
Nous devons comprendre le silence de l’église, de toutes les églises. L’islam les arrange, ils baillonent à nouveau les femmes,en baillonnant les femmes, ce sont les hommes que l’obscurantisme soumet à nouveau!
Plus que jamais,il est nescessaire de se battre pour la laïcité. Le combat des femmes doit être celui des hommes!
« Nous prenons le problème à l’envers : il nous incombe de faire respecter la pleine liberté des femmes (de toutes les femmes) au même titre que celle de n’importe quel citoyen. Cette défense de la liberté des femmes impose en particulier qu’on sanctionne durement les cas de mariages forcés, tout spécialement quand ils concernent des jeunes filles mineures.
Mais, en contrepartie, cette défense de la liberté des femmes devrait nous inciter à plus de prudence et à ne pas considérer qu’une femme voilée l’est nécessairement par contrainte ou qu’une femme se déclarant vierge au mariage le fait nécessairement par crainte de représailles. Ces cas existent, et il serait stupide de le contester. Mais, lorsqu’on a affaire à un cas de ce type, c’est la contrainte ou la menace de représailles qu’il faut sanctionner : pas le voile ou la virginité.
Ce que je vois à l’oeuvre dans cette histoire, c’est une conception parfaitement rétrograde de la laïcité, et à vrai dire fort peu laïque. » (thierry reboud)
Votre argument me paraît extrêmement pertinent et apporte un peu d’air frais à la rue89. Effectivement, dans la bouche de certains, la laïcité devient un mot codé. Si la laïcité consiste seulement à faire feu de tout bois pour contrer l’idéologie extrêmiste, alors qu’a-t-on gagné ? A quoi bon prôner le vivre ensemble si d’emblée, la personne en face de vous et différente de vous est cataloguée ? Vivre ensemble implique-t-il d’étiqueter les gens qui sont différents de nous ? Il me semble que vivre ensemble peut s’entendre avec davantage de hauteur.
Sur ce sujet, les médias ont une grande responsabilité: au lieu de contribuer à la réflexion, ils se font le relais de coups et de passions exacerbées. J’ai dans un autre commentaire proposé d’autres pistes de réflexion.
Beaucoup de riverains passent leur temps à rabattre le législatif sur le judiciaire, le social sur le législatif, etc. Alors on joue avec les étiquettes et les codes. On se montre « tolérant » en compatissant sur place envers les voilées par contrainte et on crie cocorico face aux idéologies extrêmistes grâce à une loi qui permet de les exclure légalement des écoles. Bravo. Cela permet à certains de bomber le torse ou de sentir républicain à peu de frais…. Mais la liberté, c’est autre chose. La liberté, c’est être capable de tenir l’autre responsable de ses actes et non pas l’enfermer dans une idéologie, fût-ce par bienveillance, fût-ce pour le protéger. De ce point de vue, la laïcité, qui se veut une modalité moderne du vivre ensemble, n’a pas encore atteint sa maturité historique; mais il est vrai que par rapport aux grandes religions, elle est fort jeune.