L’inspecteur d’académie à Paris a-t-il menacé de démettre une directrice d’école de ses fonctions parce qu’elle avait parlé à Rue89 ? Mercredi soir, Edouard Rosselet démentait. Or c’est pourtant ce que rapportent plusieurs témoins d’un entretien qui s’est déroulé mardi après-midi dans les bureaux du représentant du ministère dans la capitale.
Syndicalistes enseignants ou parents d’élèves, sept personnes étaient en effet reçues ce jour-là en délégation par l’inspecteur d’académie pour se plaindre, justement, des pressions rapportées par plusieurs enseignants parisiens, et notamment des directeurs d’école.
Un manquement à quel devoir de réserve ?
Ces témoins affirment donc que l’inspecteur d’académie de Paris a accusé, mardi, Danièle de Chambrun d’avoir "manqué à son devoir de réserve" en critiquant, face caméra sur Rue89, la réforme Darcos. Pour eux, cette histoire est emblématique des menaces de leur hiérarchie qui pèsent de plus en plus sur les enseignants.
Cet interview, réalisé vendredi à l’école Binet A, dans le nord de Paris, trouvait sa place dans la couverture que Rue89 fait du mouvement enseignant : le primaire a en effet emboîté le pas au secondaire depuis une quinzaine de jours. A Paris, une dizaine d’écoles participent à un mouvement de grève tournant, pour protester contre les réformes des programmes, la suppression du samedi matin ou encore les stages de rattrapage annoncés par Xavier Darcos.
La directrice d’école, marquée par son échange téléphonique avec Edouard Rosselet sur son portable lundi après-midi, ne souhaite plus parler à la presse. Enseignante depuis 1982 et syndiquée depuis trente ans, elle a toutefois aussitôt contacté les syndicats, dans la journée de lundi. Notamment le SNUIPP, auquel elle adhère.
Depuis lors, les syndicats se sont emparés de l’affaire et croisent le fer avec Edouard Rosselet. Nicolas Wallet, représentant SNUIPP pour Paris, affirme ainsi :
"L’inspecteur d’académie lui a explicitement reproché d’avoir manqué à son devoir de réserve. Edouard Rosselet lui a bien signifié que c’est lui qui avait pouvoir de nommination… et de démission pour ce qui est des fonctions de direction d’école. Danièle de Chambrun a été très choquée car elle tient à rester directrice."
Une version validée par les parents d’élèves qui participaient à la réunion qui s’est tenue mardi, dans les bureaux d’Edouard Rosselet. Bernard Dubois, vice-président FCPE pour Paris, enfonce ainsi le clou :
"C’est en début de réunion que l’inspecteur d’académie à mentionné ce cas, en précisant effectivement qu’elle avait manqué à son devoir de réserve parce qu’elle avait répondu à des journalistes."
Or, ce que les responsables syndicaux dans la capitale rappellent depuis que l’affaire s’est ébruitée, c’est qu’il n’existe pas de devoir de réserve en tant que tel pour les enseignants. Une réalité méconnue du grand public, mais aussi de certains profs eux-mêmes, qui sont nombreux à craindre des sanctions. C’est d’ailleurs ce qu’on constate à la lecture de nombreuses réactions sur Rue89 de la part de riverains enseignants.
Pourtant, les syndicats sont formels : un prof gréviste qui s’exprime devant la presse, comme Danièle de Chambrun l’a fait sur Rue89 vendredi dernier, ne franchit aucune ligne jaune. Au SNUIPP, Nicolas Wallet estime qu’en invoquant une violation d’un devoir de réserve qui n’existe pas, l’inspecteur d’académie a trouvé un nouveau moyen de pression, en particulier sur les directeurs d’école :
"Il n’y a pas de devoir de réserve pour les enseignants, qu’ils soient directeurs ou enseignants de base, dans la mesure où un directeur d’école primaire, contrairement à ce qui existe dans le secondaire, ne change pas de statut.
"Ce qui ne va pas, on n’en parle pas chez le commerçant du coin…"
Joint mercredi soir par Rue89, Edouard Rousselet a accepté de nous répondre. Cependant, il balaye maintenant la question du devoir de réserve, soutenant en dépit de tous les témoignages, n’en avoir "jamais parlé" :
Visiblement agacé par cette médiatisation, il continue toutefois à reprocher à la directrice de l’école Binet A de s’être adressée à la caméra :
"Quand quelque chose ne va pas dans une administration, hé bien on n’en parle pas chez le commerçant du coin…"
Un peu plus loin dans la conversation, Edouard Rosselet en appelle ensuite au "devoir de discrétion". Cet impératif de discrétion existe bel et bien pour les enseignants. Toutefois, les syndicats en font une toute autre lecture, comme l’explique Nicolas Wallet, au SNUIPP :
"Il y a une obligation de discrétion, mais elle concerne tout à fait autre chose, c’est à dire l’interdiction de rendre publiques des informations confidentielles relevant de la sphère privée, comme les résultats d’un élève, ou sa situation familiale, par exemple. En aucun cas une prise de position politique sur une réforme en beau milieu d’un mouvement de grève ne tombe sous le coup de l’obligation de discrétion."
Retour vers Edouard Rosselet, l’inspecteur d’académie, qui livre la même définition de l’impératif de discrétion… mais pour mieux se l’appliquer à lui-même :
"Madame, excusez-moi, mais je ne vais pas mettre sur la place publique le fonctionnement interne de l’Education nationale et je ne vais sûrement pas jeter en pâture au public des questions concernant un fonctionnaire de l’Education nationale, un fonctionnaire d’Etat, qui ont à se régler à l’interne de l’Education nationale."
Puisqu’Edouard Rosselet assure ne plus mettre en cause un quelconque "devoir de réserve", Danièle de Chambrun a-t-elle bafoué ce devoir de discrétion professionnelle, argument que l’inspecteur d’académie invoquait quelques secondes plus tôt ?
Dans l’article qui a suscité la colère de l’inspecteur d’académie, Rue89 précisait bien, en outre, que Danièle de Chambrun est affiliée au SNUIPP. Or, pour plusieurs syndicats enseignants contactés depuis le début de l’affaire, "cette protection coupe court à toutes les menaces dans la mesure où cette enseignante s’exprimait dans le cadre de son activité syndicale". C’est ce que précise aussi Bernard Lempereur, pour le SNUDI-FO :
"Effectivement, en tant qu’inspecteur d’académie, il a le pouvoir de lui retirer ses fonctions de direction mais il va avoir du mal à lui chercher des poux car l’intersyndicale est mobilisée et elle s’exprime en tant que syndiquée gréviste."
D’autres enseignants qui s’expriment publiquement rappelés à l’ordre
Mercredi soir, Edouard Rousselet annonçait à Rue89 qu’il en "prenait acte" et reconnaissait que Danièle de Chambrun pouvait bien s’exprimer en qualité de représentante SNUIPP. Pourtant, les syndicats soulignent que les pressions ressenties par les enseignants, et notamment les directeurs d’école, dépassent, de loin, le cas de Danièle de Chambrun et son école Binet A.
Par exemple les rappels à l’ordre pour les enseignants qui se sont exprimés publiquement sur le traitement des enfants de sans-papiers. Valérie Boukobza, directrice de l’école Rampal, avait ainsi écopé d’un sévère rappel à l’ordre après sa garde à vue pour s’être opposée à l’arrestation à Belleville du grand-père chinois, affaire devenue très médiatique.
Plus récemment, des directeurs d’école se plaignent aussi de pressions du rectorat dans le cadre des dernières grèves, pour lesquelles l’inspecteur d’académie leur a demandé de faire remonter le nom des non grévistes. Sollicité mercredi par Rue89, le cabinet de Xavier Darcos n’a pas souhaité prendre position, renvoyant sur les services d’Edouard Rosselet, "le représentant du ministère à Paris".










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LES CHIENS ABOIENT…
Mon travail me met directement en contact avec le monde enseignant. Il ne m’étonne pas que la haute « hiérarchie » tente de faire ce genre de pression. Mais je crains néanmoins qu’elle ait pour l’occasion fort à faire. Je constate de jour en jour, et pour la première fois en plus de vingt ans de carrière, que la grogne s’étend à cette hiérarchie intermédiaire que constituent les corps d’inspection dans les circonscriptions. Inspecteurs de l’Éducation Nationale et conseillers pédagogiques expriment de plus en plus ouvertement leur colère contre la situation catastrophique et la pagaille semée par des gouvernants totalement dépassés.
Nous sommes sans doute encore loin de la désobéissance civile instituée, mais cet état de fait inédit témoigne bien d’un délitement très grave de la situation sur le terrain. Contre lequel les aboiements ministériels ne peuvent pour l’instant pas grand chose.
Cet incident, dont on espère qu’il sera relevé par d’autres media, est significatif de l’ambiguité des statuts dans le système administratif de l’Éducation nationale: d’un côté enseignants sur le terrain aux prises avec la vie, les situations concrètes, les drames, l’inattendu , de l’autre la hiérarchie des apparachiks « responsables » devant leur seul ministre (ou l’autorité immédiatement « supérieure ») et dont les réactions dépendront donc beaucoup de leur personnalité, de leur courage et indépendance personnelle. Le système favorise trop souvent les abus de pouvoir, la non transparence, l’obéissance (ou la complaisance) vis à vis du Pouvoir et non la défense des acteurs de terrain ou la prise en compte des situations concrètes (on se rappelle telle situation d’enseignant (ou de proviseur) agresssé par un père survolté et que les échelons supérieurs avaient superbement ignorée.)
À côté des syndicats, notre système napoléonien (dangereux en cas de glissement autoritaire du pouvoir central) n’aurait-il pas besoin d’un contre-pouvoir institutionnel, genre médiateur impartial habilité à faire face à l’arbitraire possible de l’Inspecteur d’Académie et/ou du recteur, sans parler du Ministre.
Question à verser aux dossiers de tous ceux qui, face au pouvoir actuel, s’intéressent vraiment à la « réforme » -démocratique- de l’État français et dont on attend les travaux…
Où est l’objectivité dans cet article ?
Il suffit qu’un patron vienne dire publiquement qu’il est contre telle réforme du code du travail pour avoir l’inspection sur le dos, et tout le monde applaudit. Il suffit qu’un policier vienne dire publiquement qu’il est contre telle réforme de son institution pour avoir l’I.G.S. sur le dos mais lorsqu’un directeur d’école se fait remonter les bretelles par un inspecteur pour avoir critiqué publiquement la réforme Darcos, on frôle la révolution.
Pourquoi une telle exception ? Pour défendre le service public rendu par ces formidables fonctionnaires et toujours menacé par le gouvernement ? Même pas. Je suis de gauche, hein, comme tout le monde sur Rue89 et donc comme tous ceux qui ont déjà commenté cet article, la qualité du service public a une réelle importance pour moi, et je veux bien subir les grèves de cheminots parce que le service du transport ferroviaire en France est d’une grande qualité qu’il nous faut défendre. Mais le service rendu par le corps enseignant dans sa globalité, il est nul, à vomir ou à chier - et ce n’est pas une palme d’or qui changera cet état de fait - dénoncé par tous les observateurs et fait des élèves français les cancres de l’Europe. Que personne ne vienne me parler d’une question de moyens puisque nous avons l’une des écoles les plus chères. Que personne ne vienne me parler de sauvageons parce que cela commence dès le primaire, avec des enfants de six ans et des méthodes pédagogiques d’une totale inefficacité laissant plus de la majorité (je dirai 75 %) des CM2 d’une génération sortant du primaire sans avoir le niveau collège.
Alors, moi, je me permets de vous remercier, Mr l’inspecteur d’Académie, de faire votre travail en rappelant à tous que les directeurs d’école comme les professeurs sont des fonctionnaires au service de l’Etat, que leur mission est de transmettre des savoirs et non de faire de la politique. Une mission qu’ils ont, hélas, abandonnée, lui préférant la préservation d’avantages qu’ils ne méritent plus depuis belle lurette.
Cet article corrobore ce que je pressens depuis le début des mobilisations dans le premier degré.
J’avais la nette impression que la mayonnaise ne prenait pas non par manque de volonté de la part du corps enseignant et des parents, mais bien parceque des pressions existent, et que la non information sur le mouvement fait office de désinformation.
Ainsi la semaine dernière pas un mot sur les 600 enseignants en grève recondcutible dans la région de Nantes, pas pplus d’infos sur les parents qui organisent des débats, tractent, diffusent l’information, occupent les écoles.
Donc ce n’est pas de la paranoïa, ce gouvernement cherche à museler tout opposition.
Comme il n’y a plus (ou presque) d’opposition politique, il s’attaque à la société civiile. Il ne faudarit surtout pas que « l’opinion publique » puisse se sentir solidaire ! Tout est bon pour cela;
Alors ne n nous laissons pas faire ! Tenons jusqu’au vacances ! et..
Merci rue 89 !
Dire qu’une réforme est dangereuse ou mauvaise ce n’est pas faire de la politique c’est simplement se servir de son droit de penser, son libre arbitre, chose de plus en plus difficile à faire dans ce pays. Dès que quelqu’un n’est pas d’accord il est automatiquement un dangereux anarcho-stalinien ! Mais de qui se moque t’on ? !
Alors que le système éducatif français fonctionne mal, qu’il coûte cher oui ! Qu’il faille le réformer ;: oui !
La réforme n’est pas synonyme de casse, il faudrait le rappeler à Darcos et cie.
Et si les « les directeurs d’école comme les professeurs sont des fonctionnaires au service de l’Etat », alors que l’état arrête cette démolition du service public de l’éducation nationale !
Qui a parlé des programmes, y’a t’il eu débat ?
Je rappelle tout de même que le Conseil supérieur de l’Education (CSE), instance consultative représentative du monde éducatif, a voté jeudi la suspension du projet de nouveaux programmes du primaire prévus pour la rentrée.
« Une demande de suspension du projet de programmes du primaire a été votée à 40 voix +pour+, 9 +contre+ », a affirmé à l’AFP Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUipp-FSU. Il y a également eu « une abstention et deux organisations n’ont pas pris part au vote », a-t-il ajouté.
Depuis sa présentation par le ministre en février, le projet de programmes du primaire est contesté par une vingtaine d’organisations, dont les trois principaux syndicats du primaire et la FCPE, qui critiquent l’ »inadaptation et l’alourdissement des contenus, l’affaiblissement de leur dimension culturelle » ou encore la « conception mécaniste des apprentissages ».
L’apprentissage est considéré comme un acte mécanique avec l’accent mis sur la répétition et la mémorisation. On se dirige ainsi vers un enseignement axé sur le bachotage et non pas la réflexion.
Les différences de rythmes d’apprentissage des élèves ne sont pas prises en compte : à chaque année correspond une liste très détaillée des acquisitions attendues.
Ces programmes sont plus lourds que ceux de 2002 bien que le nombre d’heures d’enseignement diminue.
Ils ont été annoncés alors qu’aucun bilan des précédents programmes n’a été réalisé.
Ils ont été écrits à la hâte sans concertation avec les enseignants : les nouveaux manuels étaient déjà en cours d’impression au moment où les académies organisaient la consultation des équipes enseignantes.
Alors je pense que c’est du devoir des enseignants et des parents informés de le faire savoir. Qu’il ait des pressions pour les faire taire, ou des pressions pour que les infos ne circulent pas est inadmissible,
Ne vous en déplaise cher Franade !