Decryptage

Déchets: ces mauvais trieurs qui sabotent le recyclage

Un quart des tonnages de déchets recyclables sont pollués à la suite d'erreurs souvent commises par des trieurs trop zélés.



Porc dans une poubelle en Allemagne (Philippe Lopparelli).

Au secours, il a mis la boîte d’œufs dans la poubelle jaune ! Et pourquoi pas le pot de fromage blanc vide ! De toutes façons, est-ce que c’est très grave de se tromper de poubelle ? On a appelé des poubellologues réputés pour leur poser la question.

Les erreurs représentent près d’un cinquième des tonnages de tri sélectif, de 8% dans les coins à habitat pavillonnaire où chaque habitant a son bac jusqu’à un quart dans les communes à habitation verticale . Paradoxalement, la plupart des erreurs ne sont pas le fait de pignoufs qui jettent leurs poubelles dans le premier bac venu mais sont plutôt dues à de l’excès de zèle des trieurs.

1. Les sacs plastique

La première erreur d’aiguillage, qui représente 40% des pollutions de recyclages, d’après Olivier Castagno, responsable tri au Syctom, syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères, c’est la présence de sacs plastiques dans les poubelles jaunes. On a séparé ce qui était recyclage chez soi et on balance le sac plein des déchets à recycler dans la poubelle jaune. Impasse. Les trieurs au centre de recyclage ont pour consigne de ne pas ouvrir les sacs. Ils pourraient se blesser. Et ça fait perdre du temps.

Pas la peine non plus de jeter le sac plastique vide séparément. D’une manière générale, le film plastique n’est pas collecté (les consignes de tri ne sont pas homogènes d’une commune à l’autre, quelques collectivités locales y ajoutent le film plastique).



Déchets en bord de rivière, Katmandou, Népal (Olivier Culmann).

Autre travers de zélés : mettre dans la poubelle jaune ce qu’on aimerait voir. Là où il y a le plus de confusion, c’est le plastique , résume Sylvain Pasquier, du département organisation des filières et recyclage de l’Ademe. Les bien-intentionnés, qui pensent que parce que c’est du plastique ça devrait être recyclé, balancent barquettes en plastique, pots de yaourts, jouets ou jardinières de plante… Or, il ne faut pas jeter d’autres plastiques que les flacons et bouteilles, et exclusivement le verre d’emballage (bouteilles et pots). Bernard Herodin, directeur général d'Eco-Emballage, l'entreprise chargée de la mise en place de la collecte sélective en France remarque ainsi :

Certains jettent les plats en pirex par exemple. Or le point de fusion de ce type de verre n’est pas le même. Plutôt que d’apprendre aux usagers à reconnaître le bon verre, on se tient à une consigne simple : uniquement l’emballage. Ni vaisselle ni verre plat. »

2. Les déchets trop petits

Second grand type d’erreur, selon Olivier Castagno, c’est la présence de fines , autrement dit les petits éléments, d’un diamètre inférieur à huit centimètres et qui n’arrivent pas au bout des unités de tri.

Un paquet de chewing-gum en carton… techniquement, ce n’est pas une erreur… mais c’est perdu.

3. Les déchets pas propres

L’emballage cracra représente 5 à 8% des refus selon Olivier Castagno. Le journal jeté dans son emballage plastique, c’est un vœu pieu de penser qu’ils vont l’ouvrir au centre de tri » . La boite de raviolis à moitié pleine. Vous ne pensez pas que les trieurs vont les racler à la cuiller ? On vide le coca de la bouteille , demande Bernard Herodin. Inutile pourtant de laver les emballages, ils seront compactés et les résidus de sauce tomate disparaitront.

Dans un atelier d'entretien de la Ratp (Olivier Culmann).

4. Les sculptures en déchets

La dernière erreur trop zélée, selon Olivier Castagno, c’est de penser qu’on va aider à la rationalisation du recyclage en imbriquant les objets les uns dans les autres, une bouteille en plastique dans un carton d’emballage purée dans un souci de gain de place » . Vous perdez votre temps. Ces éléments sont renversés dans un camion qui les compacte. Mais ça donne un bloc uniforme impossible à défaire. Les déchets doivent être libres et séparés .

5. Est-ce grave ?

S’il y a pollution globale » du bac, il n’est pas collecté. Le sac plastique rempli de déchets recyclables part directement au refus comme on dit dans le milieu. Les autres rebuts, triés à la main, rejoignent les ordures ménagères, d’où un surcoût au moment du tri et à la décharge. A France Nature Environnement, Bruno Genty fait valoir que :

Le tri, ce n’est pas sans impact, ce sont des camions qui tournent. Quand il y a des erreurs, ça rallonge encore le transport, quand les refus de tri repartent en décharge ou en incinération.



Retraitement de déchets industriels et de particuliers à Besançon (Gilles Coulon).

6. Comment améliorer les résultats du tri sélectif ?

Le taux de 20 à 25%, on peut facilement le diviser par deux, à en croire Bernard Herodin pour arriver à un taux de 10% quasi incompressible. A écouter les spécialistes du tri sélectif, on sait ce qui ne marche pas (le petit encart dans la lettre du maire par exemple). Parmi les idées qui permettent de réduire le taux d’erreur :

  • Les actions de sensibilisation auprès des enfants et des jeunes. Parce que ce sont souvent eux qui descendent les poubelles, parce que, selon les mots d’Olivier Catasgno, c’est plus facile d’apprendre que de modifier un geste » .

  • Les explications à domicile, en particulier dans les zones d’habitat collectif ou vertical où il y a encore beaucoup de gens qui trient peu ou pas selon Sylvain Pasquier.

  • Le choix des réceptacles peut aussi permettre de réduire les erreurs de tri, rappelle Bruno Genty : Les bacs roulants opaques peuvent inciter certains à mettre n’importe quoi. Avec des cagettes à claires-voies, ça se voit si vous faites une erreur et vos voisins vous le diront.

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kkadim | service public rhone alpes
09H25 29/05/2008
ben parce que le triage se fait souvent manuellement, par des hommes et des femmes, qui doivent selectionner les dechets qui passent devant eux à la vitesse grand V; il n'y a que l'acier récupérer par des aimants, et les dechets léger ( genre papier ) qui sont "soufflés" hors de la chaine. c'est un travail pénible. pour affiner le tri il faudrait payer bien plus cher. pour vous faire une idée penchez vous sur votre poubelle pendant trois bonnes minutes et examinez son contenu en imaginant le tri. vous comprendréz la difficulté. en fait moins il y aura d'emballage, et plus ces emballages seront simples, plus nous progresserons; mais là notre choix est limité par l'offre.
 
Gotch | ancien ouvrier de la banque
10H12 29/05/2008
A Niort, où j'habitais jusqu'à l'an dernier, chacun disposait de quatre poubelles: - la rouge ou orange pour le tout-venant (films d'emballage, blisters, vaisselle cassée, polystyrène, pots de yaourt...) excepté les gravats - la jaune pour les cartons et les packs à lait, jus de fruits, les revues déslippées, le papier en général (propre), les boîtes de conserve en métal bien vidées, les bouteilles de plastique non huileuses et sans bouchon - une verte normale pour le verre - une verte aérée pour tous les déchets végétaux, les reliefs des repas, ramassée pour faire du compost qui est redistribué ensuite gratuitement aux citoyens de la ville. - et les bouchons, me direz-vous ? Le Lycée horticole du coin se chargeait de les collecter et les revendait à une usine pour récupération, le prix obtenu servant à payer des pompes en Afrique Pour les gravats, les déchets lourds et encombrants, il fallait bien sûr les porter ou les faire porter à la déchetterie, qui n'était pas loin. Tout récemment, il a aussi fallu y porter les appareils électroniques hors d'usage. Aujourd'hui, j'habite ailleurs, dans un immeuble, et la seule façon de faire un tri intelligent est de se déplacer à la déchetterie. C'est moins simple. Mais cela évite aussi de faire de mauvais tris.
 
labawonne | fait du ménage
09H33 29/05/2008
il y a plusieurs catégories de verre, mais une seule qui sert aux emballages en verre, or, ce dont on parle ici, c'est bien les emballages, pas le verre d'ampoule, ni la vaisselle. Pour les plastiques: idem. les affichettes de tri rappellent qu'il faut trier les flaconnages plastiques, et non les emballages plastiques! (j'avoue que sur ce point la, c'est tres souvent flou et mal expliqué), et il s'agit de 2 types de plastique en l'occurrence, PE et PET. Mais autant se contenter de trier les bouteilles, non? ensuite, le recyclable dans les incinérateurs, s'il a été trié au préalable chez les particuliers, c'est interdit. Si vous avez des preuves, n'hésitez pas a denoncer cela, c'est grave. Ensuite, les déchets ne servent pas à produire dee machefers, mais les machefers sont le déchet dit ultime qui sort des incinérateurs. C'est la part des déchets que l'on ne peut réussir à dégrader. Ce sont des déchets qui sont normalement analysés avant d'être utilisés en sous-couche routière. S'ils sont polluants ou toxiques ils sont enfouis en décharge. 1 tonne de déchets produit 300 kg de machefers: gain de place dans les décharges, et d'autant plus s'ils sont valorisés en tecnhique routière
 
burp | Même avec des lunettes, difficile d'y vo...
09H38 29/05/2008
Le recyclage est une nécessité pour l'environnement. On est d'accord. On commence à en parler dans les années 95-99, on le met en place dans des grandes villes. Objectif, réduire l'émission de dioxines des usines d'incinération (essentiellement liées à la combustion du plastique), toxiques pour les êtres vivants; également, lutter contre la présence de décharges communales ou sauvages. Au début, on pense au triage "citoyen" des déchets (qui existait déjà pour le verre). En gros, le citoyen doit faire lui même le tri des déchets qu'il rejette. L'intention est intéressante. Mais elle a des limites : il suffit de regarder le couvercle des poubelles jaunes de Paris et de comparer aux informations de cet article : il est précisé qu'on mette les sacs plastiques à l'intérieur. Cela met en évidence les grandes différences dans la définition du tri des communes françaises. Ce "citoyen" est alors accusé de saboter le tri (alors que ce n'est pas son intention de départ). Il faut dire qu'il est facile de faire des erreurs : un carton enveloppant la pizza de la restauration rapide d'à côté est considéré comme non recyclable (matières grasses)... Et donc, on commence à stigmatiser les "mauvais citoyens" (cad en fait, monsieur tout le monde), ce qui n'encourage pas d'ailleurs à continuer... Personnellement, je pense que les industries sont totalement exclues du problème du recyclage (aucune contrainte, à part une toute petite taxe), alors que ce sont elles qui produisent tous les déchets qui posent problème (emballages en tout genre). On pourrait alors avancer, si on décide d'impliquer les producteurs de futurs déchets et les consommateurs. Les consommateurs sont impliqués, reste plus que les producteurs donc. Alors, quoi faire : on parle de mettre une taxe sur les produits pour faire payer les industriels. Je ne pense pas que cela soit efficace, car le tri continuera à être très aléatoire, sur le plan de sa qualité, de sa quantité. On continuera à s'en prendre au "mauvais citoyen". Le mieux, à mon avis, c'est que les industriels produisent 1 . le moins d'emballage possible 2 . les forcer à utiliser des matières recyclables, pour simplifier le tri ensuite des consommateurs 3 . concevoir des sacs plastiques recyclables 4 . des amendes dissuasives pour les industriels qui ne respectent pas ces décisions etc... En travaillant ce cette façon, il n'y a pas de raisons que le tri s'améliore, du moins je l'espère.
 
pablico
10H15 29/05/2008
on a pris le problème d'une façon idiote. en premier lieu il ne faut plus appeler cela des déchets mais matières premières à recycler.(gommer le paradigme négatif sale et dégradant de poubelle, déchets, ordures) en second lieu comme toute matière première il faut les acheter. C'est à dire donner un subside à ceux qui vendent de bonnes matières premières -ici un bon tri- Même les gens ayant un tout petit civisme vont s'y mettre. souvent l'argent rend vertueux
 
Gudule
10H13 29/05/2008
L'avantage de tout ceci c'est que, même si pour l'instant c'est pas très au point (c'est rien de le dire!), ça a le mérite de faire parler. Je me souviens de ce bout de plage normande où je me promenute un soir, au coucher du soleil... Un de ces jolis havres où la mer entre et ronge peu à peu la rive sablonneuse...pour mettre à jour une magnifique décharge que la berge dégueule peu à peu dans les flots. Et où on se retouve à dire à son gamin : "touche pas ce bidon, c'est toxique! fais gaffe où tu mets les pieds, ça coupe" Alors le tri, ça nous gonfle parce que c'est compliqué (sauf moi j'ai tout compris (je blague)) mais ça a le mérite de nous faire comprendre que, ben non, le plastique, ça ne s'évapore pas.
 
Lole
10H51 29/05/2008
Pour ma part, mon plus gros problème avec le tri sélectif est le suivant : pour une poubelle "classique" j'ai en parallèle 4 à 5 poubelles recyclables. Hors la collecte des déchets recyclables ne se fait qu'une fois toutes les 2 semaines contre 2 ou 3 fois par semaines pour les déchets classiques. Il faudrait que cela soit inversé !! Le résultat est consternant : je me retrouve avec des tas énormes de poubelles en attendant la collecte. Et bien sur des fois on oubli le passage du camion, et là çà devient la décharge dans mon jardin, et immanquablement on s'engueule avec ma douce : "moi : tu n'y pense jamais - elle : T'as cas t'en occuper toi même - moi : Mais toutes les femmes de mes potes s'en occupent elles mêmes, s'est connu que les hommes ne mémorisent pas ce genre de truc - elle : T'es qu'un gros naze mon pauvre..." Bref je vis un enfer avec ces déchets recyclables. Un autre point : on ne sait jamais ce qu'il faut mettre ou non dedans, et hormis l'efficacité atteinte, c'est une nouvelle source d'engueulade avec ma douce. Il est bien cet article pour cela : il me donne enfin de bonnes et claires instruction. Je vais l'imprimer, et lors de ma prochaine altercation sur le sujet, je le brandirai derechef et fièrement sous les yeux médusés de mon amour. Mes 2 problèmes (collecte limitée et pas d'info sur le tri à effectuer) sont-ils l'apanage de ma commune ou avez vous également ces soucis ?
 
spidermoon | célibataire endurci
11H04 29/05/2008
Pas toujours facile de savoir quel emballage mettre dans la poubelle jaune, pour les journaux, c'est facile, pour les plastiques, c'est pas évident. La bouteille de lait, on peut, le plastique qui emballe les bouteilles, on peut pas, c'est pourtant du plastoc dans les deux cas. Pourquoi ne pas obliger les industriels à imprimer un dessin de poubelle jaune sur les emballages à destination de la poubelle jaune ?
 
Sylvain7
18H46 29/05/2008
Le nom officiel et "savant" d'un poubellologue, c'est "rudologue". Et on peut encore passer un DESS de rudologie à l'Université du Maine au Mans quoique l'institut de rudologie créée par Jean Gouhier ait malheureusement disparu Méfions nous des statistiques dans le petit monde du déchet, elles sont souvent très trompeuses;alors que les """écolos""" démagos abondent, surtout lorsqu'il s'agit de s'opposer à un projet, au lieu de chercher à l'améliorer . Il n'y a pas de constantes dans le discours du déchet , sauf en fait d'âneries .... passablement évitées ici. Globalement bravo : Conseil en communication de qualité dans le domaine (et connaissant donc bien les experts cités) ,je m'attendais à pire. Le plus bel exemple "Chaque Français jette tous les ans autant de kg. Et ça augmente tous les ans" Si c'est pareil chaque année, ça ne peut pas augmenter tous les ans,non ? Ou encore "Vous êtes un Charentais, (donc) vous avez jeté l'an passé autant de kilos". Comme si il n'y avait pas de touristes, comme si on connaissait le nombre d'habitants, comme si tout le monde achetait, consommait et jetait pareil. Trions mieux, jetons aplatis les emballages creux, mais d'abord achetons plus judicieusement Et que ceux qui parlent du déchet commencent par peser mieux leurs mots,ça réduira peut-être le nombre des mauvais trieurs