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Disparition de Guy-André Kieffer: la piste du trafic d'armes

A la dernière image de l'enquête diffusée ce jeudi par Canal+ (Guy-André Kieffer : un journaliste qui dérangeait), on se dit que trop d'intérêts convergent pour espérer briser un jour le silence entourant cette affaire. Faut-il pour autant renoncer ? Non, bien sûr. La preuve : ce film de Bernard Nicolas dissèque les petits secrets de la filière cacao, pourvoyeuse de cash, utilisée dans les achats d'armes du régime Gbagbo pendant la guerre. Un éclairage étonnant.

Les faits sont aussi têtus que la volonté d'Osange, sa femme, de savoir qui est le cerveau de la disparition de Guy-André Kieffer -GAK pour ses amis.

Le 16 avril 2004, ce journaliste indépendant, spécialiste des matières premières, est enlevé sur le parking d'un supermarché d'Abidjan. Installé en Côte d'Ivoire depuis quelques années, cet homme décrit comme généreux par les confrères, est sans doute allé trop loin, trop seul.

Replacer la trajectoire de Kieffer dans le contexte de la crise ivoirienne

Le grand mérite de ce documentaire est de replacer cette disparition dans la trajectoire personnelle de GAK et dans le contexte de la crise ivoirienne. Où l'on découvre un journaliste spécialisé dans les matières premières qui passe dix-huit ans au journal La Tribune, avant de franchir le miroir en devenant consultant pour le compte de la présidence ivoirienne.

Le camarade Laurent Gbagbo vient d'arriver au pouvoir. Il veut savoir précisément où passe l'argent de la filière exportatrice la plus rentable du pays. Petit à petit, les consultants mandatés par un banquier lâchent la mission d'audit. On leur fait comprendre qu'ils auront des ennuis s'ils continuent leur travail.

Kieffer s'accroche, par intérêt professionnel et par conviction : il ne supporte pas l'injustice faite au petit peuple des récoltants de cosses. Il pose ses valises à Abidjan et accumule les données. A partir de 2002, le pays bascule dans la crise, sous la poussée des troupes rebelles du Nord. Le régime cherche alors des armes pour se défendre, en puisant dans la manne du cacao. Guy-André Kieffer le découvre. (Voir la vidéo.)


Document à l'appui, l'enquête de Bernard Nicolas montre l'implication de l'entourage du président Gbagbo dans ces tractations. Même l'ancien ministre de la Défense, Kadet Bertin, reconnaît avoir signé un accord portant sur une livraison d'armes d'une valeur de 100 millions de dollars.

Est-ce un mobile suffisant pour faire disparaître un journaliste ? Sans doute, surtout que Kieffer ne bénéficie pas de la protection d'une rédaction.

En tout cas, dès le 16 avril 2004, l'attitude des autorités françaises est surprenante. L'ambassade de France dresse le portrait d'un marginal, un peu déluré, aux abois. Quelqu'un de peu recommandable en somme.

La description choque tous les journalistes installés en Côte-d'Ivoire, qui ne reconnaissent pas du tout leur confrère. Mieux : deux haut fonctionnaires débarquent le 16 avril au matin à Abidjan. Le diplomate Bruno Joubert, actuel Monsieur Afrique de Nicolas Sarkozy et Nathalie Delapalme, alors Madame Afrique au Quai d'Orsay, tiennent une réunion de crise dans la journée. Pour quoi faire ? Aucun des deux n'a souhaité répondre au journaliste. Le juge d'instruction chargé de l'affaire n'a pas estimé utile de les convoquer.

Et soudain, une flopée de témoins parlent

La dernière partie du film s'attarde sur les bras de l'opération. L'appât en premier lieu : Michel Legré, beau-frère de Simone Gbagbo, l'homme qui donne rendez-vous à GAK le jour J. Malgré ses efforts, le juge Patrick Ramaël n'a jamais pu obtenir son extradition vers la France, alors qu'il avoue -dans une séquence en caméra cachée- sa présence sur les lieux.

Puis les kidnappeurs : des anciens membres des escadrons de la mort de la présidence ivoirienne, utilisés pour répandre la terreur dans la capitale au plus fort des affrontements. Leurs victimes -artistes, opposants notoires- étaient en général découvertes au petit matin le corps criblé de balles le long des routes.

Eux mettent en cause le capitaine Jean-Tony Oulaï, un officier appartenant aux services secrets ivoiriens. Réfugié en France à partir de 2005, l'homme a été arrêté, incarcéré, libéré puis à nouveau placé en détention.

Ses accusateurs avancent que Kieffer aurait séjourné au moins vingt-quatre heures dans l'une des maisons de Oulaï, puis il y aurait été enterré. Les recherches effectuées sur place par les enquêteurs français n'ont jamais permis de retrouver le corps...

Alors, qui croire ? D'autant que le film s'achève sur la découverte d'un nouveau témoin, réfugié au Bénin. Lui aussi met en cause un exécutant, en la personne du chef de la sécurité présidentielle ivoirienne. Aucun des deux hommes n'a été interrogé par le juge français.

Est-ce un nouveau leurre ou une vraie piste à creuser ? A Paris, ils sont toujours une poignée (famille, amis et confrères) à espérer que la justice parviendra à soulever la pesanteur des intérêts franco-ivoiriens.

Addendum, le 29/05/08, à 11H30 : Bruno Joubert, que nous avions contacté hier, nous précise aujourd'hui la chose suivante :

Je suis parti à Abidjan, le samedi 17 avril, par l'avion de 13h55. J'ai repris l'avion pour Paris le mardi 20 au soir. Cette visite, avec Nathalie Delapalme, s'articulait autour de la venue du Secrétaire général adjoint de l'ONU, en charge des opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, avec des délégations des Nations-unies. Dans ce cadre, nous avons rencontré publiquement toutes les forces politiques ivoiriennes.

Interrogé sur le fond du dossier GAK, Bruno Joubert répond : Je n'en sais rien.

Guy-André Kieffer, Un journaliste qui dérangeait de Bernard Nicolas - dans Jeudi Investigation, jeudi à 23h - Canal+.


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Par FabiendeMénilmontant
23H58    28/05/2008

Il y aura au total six diffusions (dont deux sur Canal historique). Baudelaire Mieu, fondateur du récent Collectif ivoirien pour la vérité sur GAK, et dernier collaborateur local de Guy-André, doit y faire quelques apparitions, à ce qu’il m’a posté.

 
Par pomme53
08H40    29/05/2008

A qui profite ce « crime » ?
On pouvait penser que l’ex ministre de l’intérieur devenu président de la république française ferait « toute la lumière » sur cette tragique disparition! Hélas! Il lui a fallu et lui faut encore « composer » avec la France Afrique plus présente que jamais!
On a les « amis » qu’on peut!…

 
Par rino le chamo
08H45    29/05/2008

Salut a tous:
Une soirée de soutien au journaliste Guy-André Kieffer a lieu le vendredi 30 mai à partir de 20 heures au théâtre de la Croix Rousse a Lyon.

 
Par TRIDAN
17H49    30/05/2008

Pour INFO SITARA OIL & GAS Ltd. n’est pas une société américaine comme énoncé dans le film mais une société installée aux B.V.I.
Cette société est contrôlée par SITARA Intl Finance Holding elle même contrôlée par la 2ème fortune Pakistanaise: Asid Ali Zardari. Un politicien qui fait dans les affaires.
L’une de ses sociétés aux B.V.I., la MARLETON BUSINESS company, a enregistré d’importantes mouvements en provenance de DASSAULT pour une affaire de deal de 32 mirages ….
Il fut lié par son ex-épouse, chef de cabinet, à Benazir Bhutto …
Il a des participatios dans bien d’autres sociétés … et possèdes diverses propriétés, notamment en GB, en particulier la Rockwood Estate (365 hectares) dans le Surrey, ou encore le Holiday Inn de Houston etc…
A qui profite …?

 
Par Ivoire-Blog
19H50    30/05/2008

Guy-André Kieffer n’était pas que journaliste à Abidjan. Il était également consultant dans le secteur du cacao, donc entrepreneur, partie prenante. Le dire n’est pas l’insulter. C’est dire qu’il y a plusieurs autres hypothèses qui peuvent être avancées que celle visant le pouvoir ivoirien. Le juge Ramaël a toujours refusé d’examiner ces hypothèses (notamment les liens de Kieffer avec une certaine barbouzerie française à Abidjan). Je ne pense pas non plus que Kieffer n’enquêtait que sur le cacao. Je note que beaucoup de « témoins clés » accréditant la thèse du crime d’Etat se sont révélés être des affabulateurs notoires dès qu’ils ont eu leur visa pour la France et leur statut de réfugié politique.
Le « chef des escadrons de la mort » présumé, Jean-Tony Oulaï, vit en France. Drôle d’endroit où aller se promener si cette histoire est sérieuse. Pourquoi y est-il donc en liberté ?

 
Par FabiendeMénilmontant
22H31    30/05/2008

Théophile,

qu’entends-tu par « vit en France », lorsque tu parles de JT Oulaï ? tu dis qu’il est en liberté !

que tu ne lises pas ceci :
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2007/10/lassassin-prs-2.html
soit… chacun son choix. mais ne lis-tu pas la presse de ton propre pays, L’inter par exemple, qui, le 14 avril dernier (deux jours avant le 16) donnait le numéro d’écrou de Oulaï et l’appelait « prisonnier politique » (sans les guillemets) ?

lorsque j’étais correspondant du Monde, j’étais habitué à davantage de rigueur. c’était il y a longtemps. j’ai cessé en 1989, deux ans après avoir rencontré GAK et un an après que nous ayons publié notre première grosse affaire en commun.

quant au côté « consultant », le site officiel raconte le parcours de Guy-André depuis son entrée dans le monde de la presse. et en fait état. le documentaire aussi en faisait état, via son épouse…

mais, s’i te plaît, ne te mets pas toi aussi à l’appeler « homme d’affaires », ou pire encore !