Elles portent le voile et revendiquent le droit de faire ce choix sans être exclues d’une société prétendument laïque. Témoignages.
Quatre ans après la loi interdisant le port du voile à l’école, la polémique semble appartenir au passé. Mais tous les problèmes débattus au moment de son adoption sont loin d’avoir disparu.
Sur cette question du foulard, beaucoup se sont exprimés : spécialistes de la laïcité, exégètes du Coran, défenseurs du droit à l’éducation, sociologues, hommes et femmes politiques. Mais qu’en disent les jeunes filles ou les femmes qui le portent ? Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian ont eu l’idée de recueillir leurs témoignages dans un livre, "Les filles voilées parlent". Façon de leur donner le statut de sujets et non d’objets. Elles y racontent notamment leur exclusion de l’école, mais aussi la discrimination au travail, à l’université, dans le monde militant… Les trois auteurs (deux femmes musulmanes portant le foulard et un homme non-musulman), sont venus expliquer leur démarche dans les locaux de Rue89. (Voir la vidéo)
"On parlait de nous, sans nous."
Les trois co-auteurs se sont retrouvés notamment au sein du collectif "Une école pour tou-te-s", qui s’opposait à l’exclusion des élèves voilées, rendue obligatoire par la loi du 15 mars 2004.
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Ils sont allés rencontrer des filles exclues de l’école, mais aussi d’autres qui avaient accepté à contre-cœur de se dévoiler pour ne pas se déscolariser, afin, disent-ils de réaliser un "contre-bilan de la loi". Mais l’ouvrage donne aussi la parole à des femmes plus âgées (de 20 à 40 ans), mères de famille impliquées tant bien que mal dans la vie de l’école de leurs enfants, travailleuses -et qui en ont parfois assez qu’on les dissèque et qu’on les stigmatise. Explication de Malika Latrèche :
"On parlait de nous, sans nous. On nous présentait soit comme des femmes soumises qui n’avaient rien à dire, soit comme de dangereuses terroristes à chasser."
Laisser parler est donc le principe de l’ouvrage ; mais comment s’est fait le choix des femmes qui témoignent ? Pierre Tevanian raconte :
"La question de la représentativité se pose effectivement. Nous avons rencontré les femmes par des connaissances, par les réseaux associatifs, par le bouche-à-oreille, ou encore par des associations de soutien scolaire pour les lycéennes exclues de l’école. D’une certaine manière, la sélection s’est faite en dehors de nous. Certaines refusaient de parler."
Malika Latrèche précise :
"Il faut savoir que pour une fille qui témoigne dans le livre, dix ont refusé -soit pas peur des représailles, et cela a été mon cas dans un premier temps, soit par fatalisme (la loi a été votée, nous n’allons pas la faire changer), soit par méfiance, par peur que leurs discours finissent par être utilisé contre elles."
Dans une annexe, les auteurs reconnaissent une part d’arbitraire et de hasard dans le panel retenu, hasard qui à leurs yeux a plutôt "bien fait les choses" dans la mesure où le résultat final restitue assez bien la très grande diversité des profils d’âges, de statuts familiaux, de parcours scolaires, de professions et, disent-ils, de tempéraments existant chez les femmes musulmanes voilées vivant en France.
Et quid de celles qui portent le foulard sous la pression de l’entourage ?
Les auteurs reconnaissent qu’une voix manque dans ce livre. Voix qui pourrait faire l’objet d’un autre recueil : celle de femmes ou adolescentes qui portent le foulard à contrecœur, sous la pression de l’entourage, notamment familial. Ils s’en expliquent là encore dans l’annexe : ils n’ont pas trouvé de femmes dans ce cas qui souhaite témoigner.
Malika Latrèche et Ismahane Chouder disent toutes deux avoir rencontré des jeunes femmes dans cette situation et être intervenues en leur faveur (avec succès). Convaincues que la détresse d’une femme forcée de porter le voile est tout aussi grave que celle d’une femme contrainte de l’enlever, elles s’estiment par ailleurs investies d’un rôle et d’une compétence particuliers : portant elles-mêmes le foulard, elles ont plus de chances d’être écoutées par des familles très pratiquantes, et elles maîtrisent par ailleurs des références religieuses qu’elles peuvent mobiliser en faveur du libre choix des jeunes femmes (comme celui de l’absence de contrainte en islam).
Parmi la quarantaine de femmes qui s’expriment dans le livre, beaucoup évoquent ce problème : leur liberté de porter le foulard doit aller de pair avec la liberté pour d’autres de ne pas le porter. Les seules réserves qu’elles émettent concernent la méthode : à leurs yeux, l’exclusion scolaire ou professionnelle n’apporte aucun secours à une jeune femme qui subit des pressions et qui souhaite se débarrasser d’un foulard imposé. Ainsi, selon Fatima, 20 ans, qui habite Saint-Denis :
"A leur seizième anniversaire, ces filles ne sont plus obligées d’aller en cours, donc on les retire de l’école et on les marie ! "
Un avis partagé par Jihene, 24 ans, d’Ile-et-Vilaine :
"Si une fille est contrainte par ses parents, il faut justement lui donner le privilège d’aller en cours, d’avoir son bac, de réussir ses études, pour pouvoir devenir indépendante et vraiment l’enlever si elle en a envie."
"Une loi sexiste"
Le livre aborde les questions d’exclusion dans l’enseignement secondaire, l’école primaire (où les mères voilées peuvent être exclues de l’accompagnement des sorties ou des fêtes de fin d’année), l’enseignement supérieur, le monde du travail et le monde militant. La loi ne concernait que les collégiennes et lycéennes, mais comme le souligne Ismahane Chouder "on a observé que la loi avait souvent fait l’objet d’une extrapolation à d’autres domaines de la vie sociale, autorisant les exclusions les plus injustifiées, et libérant des discours racistes et sexistes." (Voir la vidéo)
Cette loi, pourtant soutenue par beaucoup au nom d’une lutte contre l’oppression de la femme, est qualifiée de "sexiste" par les trois coauteurs. Le voile symbole d’oppression ? "Un symbole ne vaut que par la valeur que lui donne la personne qui le porte", répond Ismahane Chouder :
"Nous ne prônons pas le port du voile, mais nous défendons le droit de le porter. C’est sur le terrain du droit que nous luttons : le droit de ne pas porter le voile doit aller avec le droit de le porter. Les femmes qui portent le foulard font usage d’une liberté de disposer de leur corps comme elles le souhaitent, même si cela dérange certains modèles d’émancipation."
Les auteurs insistent sur les conséquences de la loi, qui entraine l’exclusion -ou une humiliation profonde pour celles qui acceptent finalement, à contrecœur, de l’enlever :
"Les effets concrets de cette loi sont d’éloigner les femmes de la connaissance, des diplômes, du travail, de la politique, bref, de tout ce qui rend fort et indépendant."
"Le silence est la plus grande persécution"
Le livre cherche à redonner une certaine dignité aux femmes qui témoignent, puisque, comme se plaît à le rappeler Ismahane Chouder, "le silence est la plus grande persécution, écrivait Blaise Pascal". Les récits sont parfois d’une grande violence. Violence de l’humiliation du dévoilement quotidien pour les jeunes lycéennes qui ont finalement accepté de retirer leur foulard en entrant dans leur établissement ; regards hostiles, injures souvent quotidiennes ; violence parfois physique des agressions dont témoignent certaines femmes dans l’espace public, du crachat au coup de poing dans le ventre (d’une femme enceinte), en passant par la simple gifle…
Pierre Tevanian revient sur sa propre réaction face aux témoignages, cet étonnement admiratif qui révèle les préjugés dont lui-même n’était pas exempt. (Voir la vidéo)
Le tableau des discriminations et des violences faites à ces femmes laisse souvent sans voix, autant que la diversité des parcours et des personnalités représentés, et on se voit mal, ensuite, armée de son jean et de ses cheveux aux vents, aller donner des leçons.
► Les filles voilées parlent De Ismahane Chouder, Malika Latrèche, Pierre Tevanian (La Fabrique, 330pp., 18€)











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Je vais sans doute passer pour un extrême-droitier (une fois n’est pas coutume).
Mais je suis totalement opposé au port du voile dans les lieux publics, donc, y compris dans la rue.
Admettons qu’il s’agisse d’un symbole clairement religieux, ou tout au moins, on tente de nous le faire croire, parce que je connais des pays à large majorité musulmane où le port du voile est très minoritaire, anecdotique même.
Cela dit, plus qu’un symbole religieux, je crois plutôt que c’est un symbole de la domination masculine sur les femmes (je précise que je suis un homme, assez éloigné des dérives outrancières de certaines féministes).
Bon, mais, de nouveau, admettons qu’il s’agisse d’un symbole ostentatoire religieux. Ce symbole n’a pas sa place dans un quelconque lieu public d’un pays laïc. La religion, ou son absence, est une affaire strictement privée qui ne doit s’exprimer que dans des lieux privés. D’ailleurs, que ce soit le voile, les processions catholiques, la kippa ou le turban sick, tout ceci devrait être interdit dans des lieux publics. Je précise que je ne suis pas un athée militant, d’ailleurs, je ne suis pas athée mais agnostique et je n’ennuie personne avec mes options philosophiques qui restent du domaine de ma vie privée.
Lorsque l’on désire vivre dans un endroit, il faut en accepter les us et coutumes et s’adapter. Je pense que les femmes qui désirent, par stricte conviction personnelle, porter le foulard peuvent aller vivre en Arabie Saoudites (par exemple). Là-bas, non seulement elles pourront porter le voile, mais elles en auront l’obligation, en plus, elles seront déchargées de diverses obligations, comme de conduire une voiture par exemple.
C’est pourquoi, ma compagne et moi-même, persuadés que nous n’arriverions pas à nous adapter à un pays comme l’Arabie saoudite, nous n’y mettrons jamais les pieds, y compris comme simple touriste.
J’avoue avoir changé radicalement ma façon de voir le voile, après mon premier séjour au Yémen en 96.
je me suis retrouvée dans une « après-midi Qat » exclusivement réservée aux femmes.
Dans la maison de l’amie qui nous accueillait, j’ai vu des « fantômes » entrer (des femmes avec la burka noire qui couvre tout), aller dans une chambre se changer et des supers minettes en mini jupes, ultra maquillées en ressortir. la transformation était étonnante !
J’en ai profité pour en discuter avec elles. Elles ne se trouvaient pas un peu opprimées de devoir se « cacher » ainsi?
La réponse, très majoritaire, m’a stupéfiée, moi l’occidentale « bien pensante », femme très libérée et indépendante… eh ben non, pour elles, le voile était plus une protection qu’un empêcheur de tourner en rond.Elles m’ont raconté que sous leur voile elles étaient totalement anonymes, qu’elles pouvaient faire pas mal de bêtises et que personne n’oserait leur dire quoi que ce soit.
En bref, pour elles, la burka c’était…. la liberté !
Je précise que parmi ces femmes il y en avait une qui était originaire de l’ex Yémen du sud et qui avait donc connu une société laïque (le yémen du sud était communiste avant la réunification en 91).
J’ai eu une expérience à peu près similaire en Iran, où les femmes avec qui j’ai parlé étaient assez réticentes à enlever le voile d’un coup. Oui pour l’enlever, mais sans effusion de sang et progressivement. En bref, c’était pas vraiment ca qui les dérangent le plus dans le régime iranien.
En France, c’est une autre histoire. je pense que « A Rome, fais comme les Romains ». C’est à dire que les personnes qui viennent s’installer en France doivent accepter les us et coutumes locales.
Comme j’accepte de porter le hedjab en Iran…
Il faut comprendre que la France est un pays laïque et que l’école en est un de ses symboles les plus forts.
Il existe des écoles religieuses, chrétiennes, juives où les pratiquants de ces religions envoient leurs enfants lorsqu’ils désirent être en conformité avec leur croyance.
Je pense que les musulmans devraient plus se mobiliser pour ouvrir des écoles religieuses musulmanes dans lesquelles les filles pourront porter leur voile sans créer la polémique.
C’est là que l’on verra la sincérité du port du voile. les filles sont elles prêtes à aller à fond dans leur croyance, ou bien préféreront elles finalement intégrer l’école de la république et s’intégrer plus vite dans cette société?
Hanifa Cherifi était la médiatrice de l’Education nationale pour les affaires de foulard. De 1994 à 2004, elle a reçu en entretiens individuels puis familial toutes les filles « posant problème " dans les établissements scolaires publics. Au terme de ces dix ans, sa conclusion était assez nette " La quasi totalité des ces filles portent le voile contre l’avis de leur famille ». Que ces parents soient hostiles au foulard ou non, mais privilégiant par dessus tout la réussite scolaire de leurs enfants face aux menaces d’exclusions.
Depuis, cette loi d’exception a été votée, et les exclusions mises en œuvre. Bilan : 48 exclues (+ 3 garçons sikhs), 52 déscolarisées officielles (ayant abandonné l’école sous la pression administrative mais avant l’exclusion officielle). En sus de ces exclues, les associations de soutien scolaire ont vu alors arriver deux à trois fois plus de déscolarisées officieuses. Au total donc 300 à 400 exclues de la voie royale de l’émancipation individuelle, l’Ecole, et confinées à la domesticité dans la cellule familiale. Ménage, lavage, repassage, cuisinage et mariage en proche perspective. Beau bilan.
Bien sûr qu’il existe une minorité de jeunes filles le portant sous la contrainte. Mais cette loi n’a en rien arrangé leur sort. Au contraire. A l’exemple des deux premières victimes de la loi de 2004 : deux gamines kurdes de 11 et 12 ans, exclues de leur collège public (dans les Vosges). Qui se soucie de ce que ces filles sont devenues ? Qui se soucie de leur avenir ? Qui nous expliquera que « grâce " à cette loi ces filles ont été " libérées ». Non seulement elles portent toujours le voile, mais elles se sont surtout vues également interdites d’accès au savoir, à un enseignement laïque, à l’accès à la raison critique.
Lorsque Chirine Ebadi (avocate iranienne, prix Nobel des Droits de l’Homme 2002) vint en France à l’automne 2003, elle fut interrogée par la presse nationale sur le sujet : « L’une des plus grandes libertés d’une femme est de s’habiller comme elle le souhaite. Avec ou sans voile, et sans tutelle d’aucune sorte. Mais la liberté fondamentale des femmes dans le monde est l’accès à l’éducation, au savoir. Avec ou sans voile. » Evidemment, il va sans dire que les médias français n’ont plus jamais interviewé Chirine Ebadi sur le sujet.
Marjane Statrapi, l’auteur de « Persépolis " a également donné son avis " Que ce soit pour imposer le voile ou pour l’enlever de force, c’est une même violence de l’Etat qui s’exerce à l’encontre des plus faibles : les jeunes femmes. »
je ne sais pas combien de commentateurs ici ont eu des contacts directs avec ces femmes. j’enseignais en collège avant la loi excluant les filles portant un foulard, j’avais dans mes classes des adolescentes dans ce cas, d’excellentes élèves quand souvent leurs frères étaient dans une logique de rébellion leur aliénant tout bénéfice de l’école… je pense souvent à elles qui ont eu la chance d’aller à l’école, de se faire une place dans la société française par la suite et de s’affranchir de leur famille si elles le désiraient. leurs petites soeurs n’auront pas eu cette chance…
à berlin je vis dans un quartier turc - en allemagne les turcs sont souvent plus traditionnalistes qu’en turquie, par réflexe identitaire. les trois quart des femmes portent des foulards - à la turque, avec des couleurs vives, des torsades, des lamés, des mousselines - les jeunes filles sont aussi très maquillés, portent bijoux et piercings, robes et pantalons moulants… c’est très différent d’en france…
quand j’emmène mon enfant au parc je croise les groupes d’enfants des kindergarten qui viennent à tour de rôle - une dizaine avec deux accompagnateurs - souvent ces femmes turques portant foulard - ou non -, aussi des hommes, des jeunes, des vieux, des sihks, des rastas, des punkettes. je vois que je suis dans société très différente de la france (à berlin du moins, je suis moins sûr du reste de l’allemagne…).
je suis à la fois très anticlérical et très féministe, et je ne vois dans la loi antifoulard qu’une loi raciste et sexiste, que soulignent les comportements et les commentaires que la question provoque.
à part ça la religion est tout sauf une affaire privée, c’est une question sociale par excellence - qui a dominé notre société pendant des siècles ; personne ne développe spontanément sa petite religion dans son coin mais en hérite et la subit bon gré mal gré - en ayant très rarement le choix…
je serais bien d’accord qu’on interdise les signes extérieurs des religions - qu’on commence par interdire le pape et autres gourous à la télévision, qu’on rende les églises et les temples au peuple qui les a construits, pour en faire des musées, des centres culturels et des salles de concerts. et qu’on abatte les crucifix - ces instruments de tortures avec des cadavres plantés dessus - aux carrefours des routes de campagne… le reste tombera avec.
« Les auteurs reconnaissent qu’une voix manque dans ce livre. Voix qui pourrait faire l’objet d’un autre recueil: celle de femmes ou adolescentes qui portent le foulard à contrecœur, sous la pression de l’entourage, notamment familial. Ils s’en expliquent là encore dans l’annexe: ils n’ont pas trouvé de femmes dans ce cas qui souhaite témoigner. »
C’est curieux, ce seul passage contredit tout le reste en montrant clairement que le voile est une violence faite aux femmes, dont la terreur est telle qu’en France, elles n’osent même pas témoigner. En même temps, c’est la preuve que ce livre n’a aucune consistance intellectuelle : il se fait l’écho d’une propagande, dont acte.
Que le voile soit une injure à la femme, ça paraît évident : bien malin celui qui me démontrera que vouloir priver un être humain de son visage, ou d’une partie de son visage n’est pas le mutiler. Voir Lévinas.
Mais c’est aussi une offense faite aux hommes : femmes, vous devez vous voiler pour ne pas éveiller la concupiscence de l’homme, cette bête féroce qui vous sauterait dessus si vous dévoiliez un seul de vos charmes…
Sinon, on trouvera bien entendu toujours des femmes qui sont contentes de porter le voile : l’intériorisation du stigmate, c’est aussi vieux que la servitude volontaire…
D’où l’intelligence des intégristes (juifs, chrétiens, musulmans confondus, d’ailleurs) qui savent très bien retourner contre l’Occident son discours libéral pour tenter d’avancer leurs pions. A nous de ne pas tomber dans ce panneau.
Je ne veux pas surenchérir sur le fond de la question : quelques commentaires sur le reste :
1) Je trouve votre titre scandaleux, surtout dans le milieu du journalisme. Quand vous ferez un article sur les risques du nucléaire en France, écrirez-vous : « Les centrales, c’est EDF qui en parle le mieux " ?! Non bien sur ! Ni même les écologistes ! Personne ne parle " mieux » qu’un autre ! La force du journalisme est dans la confrontation des sources et des points de vue !
2) Cet article, à travers les témoignages des auteurs du livre, donne une vision binaire de la situation, évacuant toute réflexion sur l’extrême complexité de la question du voile dans la société française. Les femmes voilées y sont présentées comme volontaires ou comme contraintes. Quid d’un siècle d’études sociologiques et psychologiques ?! Tout est ici réduit au libre arbitre ! Les notions de contraintes sociales intériorisées sont ainsi mises aux oubliettes ?
Cet article m’a choqué. Donner la parole à ces femmes est une bonne initiative, mais faire preuve de si peu d’esprit critique est révoltant, surtout dans un journal de la qualité de Rue89… Les commentaires des internautes sont importants mais ne doivent pas remplacer le travail du journaliste !!!
bon, personnellement mon copain est musulman pratiquant, comme toute sa famille, et c une discussion qui revient souvent entre nous; je pense pas que l’islam en tant que tel soit oppressant, pas plus que n’importe quelle autre religion, de toute façon les textes sacrés ont en commun d’être suffisamment complexes et de se prêter à suffisamment d’interprétations pour que chacun puisse leur faire dire ce qu’il veut…
mais l’islam, comme le christianisme, le judaisme, l’hindouisme ou toute autre religion, c’est un outil de cohésion sociale. Le mot religion vient du mot latin qui veut dire relier, et c’est exactement ce que font toutes les religions: elles créent des liens entre les gens, des liens volontaires ou non, plus ou moins imposés dès l’enfance ou choisis librement à l’âge adulte. Donc bien sur il y a des contraintes liées à l’islam, exercées sur les femmes qui ne se voilent pas ou les mecs qui ne font pas le ramadan; mais des contraintes, il y en aura toujours à partir du moment où on vit en société, l’enfer c’est les autres, comme disait l’autre… simplement ces contraintes prennent des formes différentes selon les cultures, et en Europe on a la chance, acquise chèrement au cours de l’histoire, que les contraintes sociales soient le plus souvent relativement pacifiques, c’est tout.
autre chose: les religions sont multiformes, dans le sens qu’elles se superposent à des cultures très différentes au fur et à mesure de leur expansion géographique. l’islam algérien n’a pas forcément grand chose à voir avec l’islam indonésien, l’islam d’arabie saoudite ou l’islam français, si vous voyez ce que je veux dire…
Tout ça pour dire que:
1) dire que le port du voile est une soumission insupportable héritée de traditions obscurantistes, je vois pas trop l’intérêt. Quelle que soit l’origine de la coutume en question, elle n’est pas pensée comme ça par celles qui la pratiquent LIBREMENT.
2) bien sur, par contre, qu’il faut lutter contre toutes les formes d’oppression, notamment donc le port imposé du foulard, mais est-ce que vraiment le fait de légiférer est efficace? je suis pas absolument persuadée que le fait que les députés de notre beau pays aient un beau matin décidé d’interdire les signes ostentatoires d’appartenance religieuse ou politique à l’école ait fait beaucoup pour émanciper les victimes d’oppressions de ce type… ça les a un peu plus rejetés dans la clandestinité, c’est tout. ça a encore renforcé les voix de ceux qui s’opposent au libéralisme politique (càd au respect de la liberté de tout individu): c’est un argument de plus pour eux: genre « on est pas respectés ici, cette loi c’est une agression contre notre religion, on ne fait que défendre nos droits, nos traditions et nos coutumes - ainsi que la vraie religion etc, et de toute façon la France ne te reconnaitra jamais comme son enfant… »
3) on ferait mieux d’essayer de se COMPRENDRE les uns les autres, pour changer; chacun a ses opinions, moi perso je suis athée, mais chacun a des bonnes raisons de penser ce qu’il pense, c’est du mépris de prendre les croyants pour des obscurantistes, de même que c’est du mépris de leur part de tenir les croyants d’autres religions, les athées ou les agnostiques pour des infidèles ou des imbéciles. on est tous dans ce monde dans la même galère, on se pose tous les mêmes questions (« mais qu’est-ce que je fous là? pourquoi moi? »), alors on pourrait essayer de se passer les réponses, non?
Je relis l’article, honnête, et les commentaires, parfois de mauvaise foi.
Je suis partagée.
J’anime sur mon temps libre des groupes de femmes dont certaines portent le foulard dans la rue, et ne le portent pas dans le groupe parce qu’il a été posé qu’on était un lieu où les signes extérieurs n’étaient pas recommandés, elles vont intervenir à domicile, et l’idée est de respecter une certaine « neutralité » vis-à-vis de personnes fragiles.
En fait, cette neutralité est le meilleur moyen d’avoir la paix, pas de discussion autour de la religion, pas de débat enflammé féministe ou pas.
Un jour, une de ces femmes est revenue d’un séjour touristique en Egypte, toute habillée de bleu clair, voilée de la tête aux pieds, une sorte de bonne soeur. Elle s’est pointée comme ça dans le groupe, alors qu’auparavant, elle portait des tailleurs chics, s’habillait très glamour. J’ai abordé la question, lui a fait valoir les risques de discriminations qu’elle allait subir dans son boulot, elle a renoncé à son allure au bout de 3 semaines.
Mais pour avoir vécu au Maroc dans une famille du Maroc profond, j’y ai vu des femmes portant foulard affriolant ou déféminisant, le foulard prend toutes les valeurs de leur psyché, c’est en miroir ce qu’elles sont. Mais je me souviens d’une mère non voilée qui voyait sa fille mariée sortir en djellabah et voilée et se moquer d’elle en disant qu’elle obéissait à son mari. Celle-ci s’en défendait, mais l’impression générale c’est qu’elle était sous la pression maritale. Et pour finir, je dois avouer, que la pression était telle dans cette petite ville sans touristes, que moi-même pour « être tranquille », je m’enrobais d’une djellabah et mettais la capuche. Parce que sinon, j’étais traitée comme une prostituée et les hommes m’harponnaient.
Alors pour moi, le voile, cette différence faite entre hommes et femmes, est le signe d’une domination masculine, je la vois chez toutes ces femmes, même si elles n’en ont pas toujours conscience, même si elles habillent leur décision d’un vernis culturel ou religieux.
http://anthropia.blogg.org
Je rencontre quotidiennement des jeunes femmes musulmanes, voilées ou non (la majorité). Depuis quelque temps, des jeunes non voilées arrivent maintenant voilées. Gros problème pour leur recherche d’emploi, même si elles affirment enlever sans problème leur voile pour travailler.
Ce revirement m’interpelle. Le voile serait une affirmation de leur différence. Pourquoi les jeunes femmes veulent-elles affirmer leur différence ?
Et là, nous devons nous interroger sur la discrimination à l’embauche. Pourquoi à diplôme égal, à expérience égale, un employeur va préférer un nom bien de chez nous ?
Et les jeunes de penser : puisque nous sommes discriminées, alors que nous sommes intégrées dans la société, françaises pour la plupart, par nos études, nos comportements, puisque nous sommes considérées comme différentes, nous allons marquer notre différence. Celles que je vois ne sont pas devenues plus pratiquantes …
Notre société est bien pourrie par la discrimination ayant permis au communautarisme de prospérer.
Aux déontologues objectivistes :
- Les premières concernées parlent : oui, pourquoi pas les écouter, pour une fois ? Ceux qui exigent « objectivité » et débat contradictoire oublient (nient) que sur le sujet, il y a un rapport de force évident, et que ce sont les dominants, favorables à l’exclusion des filles voilées, qui se sont exprimés le plus, et continuent de le faire partout.
- « un siècle d’études psychologiques et sociologiques "… sur " l’extrême complexité de la question du voile dans la société française » ? Space poupou, vous pouvez nous proposer une bibliographie, parce que là, je ne vois pas bien ?
- A-t-on invité des athée militants à s’exprimer chaque fois qu’on nous a informé que feu Jean-Paul II n’en avait plus pour longtemps, chaque fois qu’on nous a invités à attendre impatiemment tous ensemble qu’une fumée blanche s’échappe, et qu’on a fait des dossiers et portraits sur son remplaçant ?
Aux hussard-e-s de la laïcité, plus laïques que la loi de 1905 :
- Comme le disait très bien Asozial à 9h31, la religion n’est pas une affaire strictement privée, dans la plupart des religions on prie en groupe, dans des lieux prévus à cet effet. La loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’était pas supposée interdire les signes religieux mais mettre fin à la tutelle de l’Eglise sur l’Etat.
Aux libérateurs et libératrices des opprimées :
- Quand, en France, les différences salariales entre hommes et femmes auront disparu, quand il y aura autant de femmes que d’hommes au Collège de France et au CNRS, quand il y aura plus de docteures et d’aide-soignants, de productrices et d’attachés de presse, de directrices de supermarché et d’hôtes de caisse, quand nous ne serons plus sommées d’être physiquement attirantes pour avoir une valeur dans l’espace social, quand il n’y aura plus que les religions pour opprimer les femmes, il sera peut-être temps de suggérer à celles portant le foulard de montrer leurs cheveux.
C’est intéressant de voir la crispation de la société française sur la question du voile. Elle nous obsède (au point de faire une loie) mais on ne veut pas vraiment en parler (on dit signes ostentatoires), elle fait appelle à nos réflexions profondes sur la place des hommes et des femmes, les relations et les représentations socio-culturelles dans notre pays. Mais pour en parler les leaders d’oppinions (intellectuels, politiques,etc) crient « laicité " (notion complexe et impossible à trancrire simplament), histoire républicaine. Soit.En tant que français, républicain, humaniste, laique, chrétien,socialiste, je ne suis pas choqué par ces voiles qui traduiraient (en vrac) " la soumission de la femme, l’obcurantisme, la menace communautariste,le recul la laicité » et pour certain « la dilution de la culture nationale voir européenne et chrétienne ».Je suis pour un espace public laique: l’école élémentaire et secondaire, les installations sportive, l’administration publique… Mais quand on parle à des adultes, que l’on s’adresse à leur libre arbitre et leur liberté de pensée, de conviction: peut on interdire à une femme libre de porter ce voile (tant qu’il laisse voir le visage)? Dans la rue (qui n’est pas un espace public comme les autres), au travail? à l’université? Non, je ne le crois pas. Agissent elles par soumission? certaines. Par rebellion identitaire ? certaines. Par prosélytisme? certaines. mais la somme des indvuiualités ne forment ni la tendance, ni la réalité, ni une menace.Car la société produit un discours et des idées qui la protègent et tous doivent y être associé. Posons la question réelle : quelle place pour la femme dans notre société? quelle image, quelles valeurs? Je pense que la menace pour la république n’est pas voilée, ne s’appelle pas Naima, ne prie pas 5 fois par jour : elle l’est dans l’absence réelle (exceptions faites) de femmes à l’assemblée, aux niveaux de décision, dans les comités d’entreprise du CAC 40. Elle est dans la violence sexiste quotidienne, dans la banalisation de l’expolitation de son corps (a poil pour vendre des des yaourts), dans les menaces sur ses libertés (avortement, contraception), dans le non respect de son droit le plus fondamentale d’articuler vie professionelle, vie familliale, vie citoyenne. réfléchissons ensemble la dessus, et nous verrons que les religions, les cultures trditionelles ou les identités recrées ne menacent pas notre société. Nos propres limites intellectuelles , notre impossibilité de reconnaitre en l’autre une part d’idéal,l’absence de volonté de conssensus, le refus de recul introspectif sur les fondements de notre civilisation, sont les menaces réelles qui pèsent sur notre république, notre société, notre humanité.
Ce livre que je n’ai pas (encore) lu me paraît indispensable pour évaluer les effets réels de la loi, sur le voile et la manière dont l’argumentation a été conduite en sa faveur au nom de la liberté des femmes.
À ce propos plusieurs éléments factuels paradoxaux me semblent devoir être soulignés:
1)Le fait qu’un symbole vestimentaire soit systématiquement réduit à une seule interprétation négatrice des libertés, alors même qu’il peut être revendiqué au
nom de la liberté de se présenter aux autres dans des vêtements qui manifestent une toute autre interprétation possible au yeux de celles qui le portent, dès lors qu’elles en font un signe de liberté d’opinion religieuse, laquelle est, je le rappelle, garantie par la constitution. Or nous savons qu’un symbole, au contraire d’une concept objet d’un discours cohérent, est toujours polysémique, voire ambivalent, à savoir reste à la disposition de ceux qui l’utilisent et qui se préserve le droit d’en faire un usage contraire à celui qu’on lui prête de l’extérieur.
2)Le fait que le droit à ne pas porter ce symbole soit transformé en devoir sous menace de sanction sociale, de droit et/ou de fait, de le porter, interdisant donc une liberté au nom d’un droit à forcer les femmes et jeunes filles qui désirent le porter à être libres malgré elles…
3) Le fait que les jeunes filles soient, au nom de la liberté, exclues de la liberté de dire ce qu’elles pensent, à tort ou à raison, être: des musulmanes pieuses.
4) le fait que l’avis de celles nombreuses qui le portent volontairement, y compris contre leurs familles ou proches, n’ait pas été admis comme légitime, au sens comme l’expression du droit d’expression, au même titre que le droit à refuser de la porter.
5) le fait que les élèves filles qui portent le voile soient exclues du lieu privilégié d’éducation à la laïcité, au savoir et à la citoyenneté que sont les écoles de la république et qui sont les lieux d’apprentissage de la liberté critique.
6) le fait que les garçons et hommes dont on estime qu’ils font peser sur les filles et femmes une pression intolérable sont du même coup exonérés de toute conséquences juridiques quant à leur attitude. À camoufler par l’interdiction du port du voile le problème que l’on croit résoudre ne peut être qu’un blanc-sein à une oppression éventuelle plus occulte encore au sein même des familles et des quartiers.
7) le fait que l’on autorise, dans les cantines scolaires, de ne pas servir du porc aux élèves musulmans, (et de la viande aux élèves cathos le vendredi), mais que l’on interdise le port du voile est, sur le plan des libertés personnelles, incompréhensible.
Cette loi est donc en fait, dès lors qu’elle ne concerne qu’un symbole vestimentaire au demeurant décent, ce qui n’a rien à voir avec le respect d’un programme scolaire ou avec une nécessité pédagogique (ce qui n’est pas le cas du voile intégral qui cache le visage), discriminante. Elle est du reste la seule de cette espèce dans les pays de l’UE.
Une telle loi est et reste particulière et discriminante; elle donne de la liberté de penser et d’opinion religieuse une image contradictoire et hypocrite, car peu compatible avec l’exigence démocratique de tolérance; elle est particulièrement contre-performante pour qui veut défendre les libertés fondamentales contre les intégristes de tous poils. Que cet ouvrage nous le fasse savoir est donc une excellente chose
Le titre était de mauvais augure. L’article est navrant.
Les trois auteurs du livre nous expliquent que les femmes qui portent le voile sont parfois mal vues, victimes d’actes ou de réflexions sexistes, etc. On est donc priés de cesser de réfléchir pour sortir nos mouchoirs.
Deux points essentiels sont occultés :
1/ le sens que ces femmes mettent derrière ce voile symbolique. Simple appartenance religieuse, ou signal pour une fille « qui se respecte », qui préserve sa virginité, etc? Les raisons sont parfois inavouables!
2/ la pression des pairs. On cite souvent le cas de la pauvre jeune fille obligée de porter le voile par son père. C’est beaucoup plus la pression des pairs et de la société en général qui est à craindre dans le cas d’un symbole aussi voyant. Dans certains pays musulmans, on met le voile par commodité pour sortir dans la rue. Il est aussi plus simple de jeuner le mois de ramadan que le contraire.
Les discours bien-pensants sont loin de rendre compte des tensions qui s’exercent déjà dans nos quartiers et nos écoles. Il est temps d’aborder les vraies questions.
Un dernier bref commentaire — un peu attristé par l’hostilité et le sarcasme ambiants. D’abord pour redire que moi, je trouve intéressante la démarche décrite dans l’article.
Ensuite, il importe de dissocier la vision politique de la démarche personnelle; sinon on plaque l’une sur l’autre et on ne peut pas apprendre l’un de l’autre.
C’est précisément ce que cet article donne à penser. Pour cela, ne convient-il pas d’accepter que nous ne sommes pas transparents au monde. Chaque personne vit toujours une sorte de synthèse paradoxale de valeurs. Au nom d’une idée de la transparence héritée des Lumières, faut-il imposer une transparence des coeurs ? Une séparation entre le privé et le public ? Le spirituel et le matériel ? Il existe d’autres possibilités, me semble-t-il. En faire une grille de lecture uniquement politique, c’est se priver de penser.