TRIBUNE 27/05/2008 à 12h13

Et si les pêcheurs étaient en train de noyer la pêche française ?


(De nos archives)

C'est reparti pour un conflit entre Barnier et les pêcheurs. L'an dernier, juliettelucie nous avait envoyé une tribune jugeant les pêcheurs français « déphasés ». Son propos, quoique controversé, reste totalement d'actualité.

En mai 2008, c'était le prix du pétrole qui mettait le feu aux ports,
cette fois ce sont les quotas de pêche de sole et de cabillaud. Depuis mardi, les pêcheurs bloquent les ports de Calais, Boulogne-sur-Mer et Dunkerque pour demander au ministre de l'Agriculture et de la Pêche de renégocier les quotas à la hausse car ils ont déjà pêché tout ce que Bruxelles autorise pour l'année. Le mouvement s'annonce dur.

D'ici 2040, les océans seront vidés de leurs poissons

Ne regardez pas Bruxelles ainsi. Non, il ne s'agit pas des vilains capitalistes qui veulent tuer les petits patrons qui se tuent au travail. La politique commune de pêche (PCP) a une raison d'exister qui a peu à voir avec le libéralisme et beaucoup à voir avec l'environnement.

Voici une des raisons pour lesquelles aider les pêcheurs est une mauvaise idée : on aide une industrie qui est en train de détruire les océans de manière irréparable.

Les ressources halieutiques sont en voie de disparition ; en tête dans la liste, le thon et le cabillaud, mais beaucoup d'autres espèces sont concernées. La faute à la surpêche et aux techniques de pêche destructives (voyez les effets sur le fond de l'océan et sur les coraux d'un chalut de fond).

Les biologistes marins estiment que d'ici 2040, les océans seront littéralement vidés de leurs poissons si la pêche continue au rythme actuel. Je répète : d'ici 2040, il n'y aura plus de poisson. Plus de poissons, plus de pêcheurs.

Oh, bien entendu, il y a d'autres causes – comme tout problème environnemental, les sources sont globales.

Je pourrais vous parler de la pêche illégale, non déclarée et non réglementée. Je pourrais vous parler des espèces invasives qui arrivent quand il y a un bout manquant dans la chaîne alimentaire. Les océans sont un écosystème incroyable où tout dépend de tout.

Pour arrêter l'hémorragie, Bruxelles se bat comme elle le peut, mais toute politique visant à protéger les océans est systématiquement refusée ou coulée par quelques Etats membres, en tête desquels l'Espagne et la France.

Seuls les quotas -politique insuffisante, mais on travaille au mieux que rien- sont acceptés, et même ceux-là sont allègrement dépassés par les pêcheurs français et espagnols (oui, toujours les mêmes), leurs contribuables étant priés à la fin de chaque année de payer des amendes.

Si on pêche trop, c'est qu'il y a trop de pêcheurs

Alors ne m'en voulez pas si je me marre quand j'entends que les pôôôôôvres pêcheurs consomment plus de carburants car ils doivent aller pêcher plus loin, vu qu'il n'y a plus rien près du littoral. Ou quand j'entends qu'il faut leur donner plus d'argent, sinon la pêche française va mourir -les pêcheurs français sont responsables de leur propre désastre. La politique de la méchante Commission de Bruxelles vise avant tout à s'assurer que d'ici quarante ans, justement, l'industrie de la pêche (européenne et française) aura encore quelque chose à pêcher.

Malheureusement pour la pêche française, ceux qui bloquent les ports aujourd'hui et le gouvernement français s'en fichent comme de l'an quarante, justement. Ils seront à la retraite. Et les pêcheurs de 2040, eux, ne pourront pas demander au gouvernement de remettre des poissons dans l'eau ; ce jour-là, on se rendra compte que les politiques de long terme, finalement, ça avait du bon.

Que faire, me dites-vous, en fin de compte, pour notre industrie de la pêche qui n'est plus rentable aujourd'hui ? C'est simple, il faut faire face à l'inévitable vérité : si on pêche trop, c'est qu'il y a trop de pêcheurs. Il faut le dire ouvertement : la pêche française est destructrice. Les 300 millions (NDLR : que le gouvernement avait débloqué pour les aider à faire face au pétrole cher) ne devraient pas servir à mettre un pansement sur un cancer, mais bien à pousser une bonne partie de la profession à se reconvertir.

Peut-être à changer les bateaux pour des neufs, au rendement par litre de diesel plus important.

Surtout, se rendre compte que ceci arrivera, de gré ou de force, d'ici quarante ans. Une politique de long terme, donc. Malheureusement, comme dirait l'autre, à long terme, on est tous morts -surtout les poissons.

► Cette tribune a intialement été publiée le 27 mai 2008.

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  • ParMontsEt ParMots
    • Posté à 13h31 le 27/05/2008

    N'importe quoi ! ON se croirait devant TF1 quand on lit de telles aneries.
    La France qui possède la plus grande façade maritime d'Europe, a les plus petits quotas de pêche.
    Prenons l'exemple de la zone 4C qui intéresse Calais et Dunkerque : les pêcheurs ont l'autorisation de pêcher 200 tonnes de cabillauds. Les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège ont le droit à 600.000 tonnes.
    Pour la sole, les pêcheurs calaisiens et dunkerquois ont un maximum de 190 tonnes alors que sur la même zone géographique, les Hollandais peuvent pêcher 14.000 tonnes, sans compter les 5.000 tonnes des Allemands !
    Calais a aussi une des spécificités dans le monde de la pêche : c'est la zone la plus petite car après 1 heure ils sont en eaux anglaises ...
    Ce n'est donc pas eux qui vident la mer hein !
    Quant au prix du carburant il faut savoir que le gasoil est déduit de la paye de l'équipage. En ce moment, les pêcheurs ont des fiches de paye NEGATIVES pour que JulietteLucie puisse bouffer du poisson frais.

  • juliettelucie
    juliettelucie
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 18h15 le 15/04/2009

    L'année dernière, lors des plaintes des marins-pêcheurs su le prix du pétrole et donc du gasoil, j'avais écrit une tribune exprimant mon raz-le-bol de ne presque jamais entendre parler des réels problèmes de la mer. Le problème a évolué. J'ai le sentiment que de plus en plus de particulier sont sensibles au problème de la surpêche (peut-être est-ce seulement une impression). Cette sensibilisation, malheureusement, ne s'est pas traduite en baisse des quotas, ou ne serait-ce qu'un semblant de rationalisation de politique de la pêche en Union Européenne. Loin de là.
    Les pêcheurs aujourd'hui se plaignent de quotas trop bas pour le cabillaud et la sole. Ceux-ci ont en fait augmenté de 30% par rapport à l'année dernière pour le cabillaud, une des espèces les plus sur-exploitées. Les illusions sont manitenues : à entendre certains représentants des pêcheurs, les mers fourmilleraient de poissions ne demandant qu'à venir sur nos étalage, et la surexploitation n'est qu'une lubie de scientifique. Ce point de vue, qui heureusement ne représente pas vraiment ce que tous les pêcheurs pensent. Il est dommage que ceux d'entre eux qui sont modérés et réalistes laissent ces illuminés les représenter.
    La hausse des quotas est loin d'être la seule solution pour sauver la pêche artisanale. La flotte européenne est en surcapacité en raison de la présence de bateau-usines. Limiter la capacité de ces derniers aiderait déjà. Une vraie politique de conservation qui permettrait aux stocks de poission de revenir à la normale serait un autre pas de géant. Limiter le pouvoir des intermédiaires qui s'en mettent plein les poches. Il me semble qu'en restant fixés sur les quotas, les pêcheurs se tirent dans le pieds. Augmenter les quotas, aujourd'hui comme l'année dernière, c'est condamner la pêche française dans quarante ans.