TRIBUNE

Et si les pêcheurs étaient en train de noyer la pêche française?

Michel Barnier a annoncé un plan de plus de 300 millions d'euros pour aider les pêcheurs français. Ceux-ci trouvent que ça ne suffit pas. Au contraire, ils devraient être ravis que ce plan arrive sans conditions.

« Le litre à 40 centimes ou rien », a-t-on entendu. Cette seule phrase révèle à quel point les pêcheurs français sont déphasés. Le pétrole pas cher, c'est fini, et pour tout le monde, que l'on soit routier, agriculteur ou pêcheur. Penser que le gouvernement français va pouvoir sans fin combler le manque à gagner, c'est se faire des illusions ; un jour ou l'autre viendra la chute, et elle sera dure.

Oui, la hausse du prix du pétrole est définitive. Non, le gouvernement français n'y peut rien. D'une part, de telles subventions ne sont pas viables à long terme : on peut aider ponctuellement une industrie connaissant des difficultés une année ; on ne peut pas l'aider chaque année. D'autre part, ces subventions sont illégales au regard du droit européen ; à chaque fois que l'Etat français donne de l'argent aux pêcheurs, il paie des amendes.

D'ici 2040, les océans seront vidés de leurs poissons

Oh, ne regardez pas Bruxelles ainsi. Non, il ne s'agit pas des vilains capitalistes qui veulent tuer les petits patrons qui se tuent au travail. La politique commune de pêche (PCP) a une raison d'exister qui a peu à voir avec le libéralisme et beaucoup à voir avec l'environnement. Voici la troisième raison pour laquelle aider les pêcheurs est une mauvaise idée : on aide une industrie qui est en train de détruire les océans de manière irréparable.

Les ressources halieutiques sont en voie de disparition ; en tête dans la liste, le thon et le cabillaud, mais beaucoup d'autres espèces sont concernées. La faute à la surpêche et aux techniques de pêche destructives (voyez les effets sur le fond de l'océan et sur les coraux d'un chalut de fond). Les biologistes marins estiment que d'ici 2040, les océans seront littéralement vidés de leurs poissons si la pêche continue au rythme actuel. Je répète : d'ici 2040, il n'y aura plus de poisson. Plus de poissons, plus de pêcheurs.

Oh, bien entendu, il y a d'autres causes – comme tout problème environnemental, les sources sont globales. Je pourrais vous parler de la pêche illégale, non déclarée et non réglementée. Je pourrais vous parler des espèces invasives qui arrivent quand il y a un bout manquant dans la chaîne alimentaire. Les océans sont un écosystème incroyable où tout dépend de tout.

Pour arrêter l'hémorragie, Bruxelles se bat comme elle le peut, mais toute politique visant à protéger les océans est systématiquement refusée ou coulée par quelques Etats membres, en tête desquels l'Espagne et la France. Seuls les quotas -politique insuffisante, mais on travaille au mieux que rien- sont acceptés, et même ceux-là sont allègrement dépassés par les pêcheurs français et espagnols (oui, toujours les mêmes), leurs contribuables étant priés à la fin de chaque année de payer des amendes.

Si on pêche trop, c'est qu'il y a trop de pêcheurs

Alors ne m'en voulez pas si je me marre quand j'entends que les pôôôôôvres pêcheurs consomment plus de carburants car ils doivent aller pêcher plus loin, vu qu'il n'y a plus rien près du littoral. Ou quand j'entends qu'il faut leur donner plus d'argent, sinon la pêche française va mourir -les pêcheurs français sont responsables de leur propre désastre. La politique de la méchante Commission de Bruxelles vise avant tout à s'assurer que d'ici quarante ans, justement, l'industrie de la pêche (européenne et française) aura encore quelque chose à pêcher.

Malheureusement pour la pêche française, ceux qui bloquent les ports aujourd'hui et le gouvernement français s'en fichent comme de l'an quarante, justement. Ils seront à la retraite. Et les pêcheurs de 2040, eux, ne pourront pas demander au gouvernement de remettre des poissons dans l'eau ; ce jour-là, on se rendra compte que les politiques de long terme, finalement, ça avait du bon.

Que faire, me dites-vous, en fin de compte, pour notre industrie de la pêche qui n'est plus rentable aujourd'hui ? C'est simple, il faut faire face à l'inévitable vérité : si on pêche trop, c'est qu'il y a trop de pêcheurs. Il faut le dire ouvertement : la pêche française est destructrice. Les 300 millions du gouvernement ne devraient pas servir à mettre un pansement sur un cancer, mais bien à pousser une bonne partie de la profession à se reconvertir. Peut-être à changer les bateaux pour des neufs, au rendement par litre de diesel plus important.

Surtout, se rendre compte que ceci arrivera, de gré ou de force, d'ici quarante ans. Une politique de long terme, donc. Malheureusement, comme dirait l'autre, à long terme, on est tous morts -surtout les poissons.


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Par ParMontsEt ParMots
13H31    27/05/2008

N’importe quoi ! ON se croirait devant TF1 quand on lit de telles aneries.
La France qui possède la plus grande façade maritime d’Europe, a les plus petits quotas de pêche.
Prenons l’exemple de la zone 4C qui intéresse Calais et Dunkerque : les pêcheurs ont l’autorisation de pêcher 200 tonnes de cabillauds. Les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège ont le droit à 600.000 tonnes.
Pour la sole, les pêcheurs calaisiens et dunkerquois ont un maximum de 190 tonnes alors que sur la même zone géographique, les Hollandais peuvent pêcher 14.000 tonnes, sans compter les 5.000 tonnes des Allemands !
Calais a aussi une des spécificités dans le monde de la pêche : c’est la zone la plus petite car après 1 heure ils sont en eaux anglaises …
Ce n’est donc pas eux qui vident la mer hein !
Quant au prix du carburant il faut savoir que le gasoil est déduit de la paye de l’équipage. En ce moment, les pêcheurs ont des fiches de paye NEGATIVES pour que JulietteLucie puisse bouffer du poisson frais.

 
Par Bebert Cassandre
13H34    27/05/2008

Oui, la pêche est foutue. Depuis longtemps déjà. La faute aux pêcheurs, certes, mais pas seulement. La faute aux politiques qui en d’autres temps n’ont pas su prendre leurs responsabilités. La pêche n’est depuis longtemps plus jamais soumise à la loi de l’offre et de la demande. « Les prix de retrait » dont bénéficiaient les pêcheurs leur garantissaient un salaire quelque soit la qualité du poisson débarqué… Et quelque soit sa destination… Une banque à même été crée pour eux au début du XXème siècle, le crédit maritime mutuel, banque qui est à la finance ce que Dutrou était à la protection de la petite enfance. Il ne faut pas s’étonner de la situation actuelle, elle était prévisible. Le contribuable, sans qu’il le sache à participé à cette gabegie. Il en a même été le bailleur de fond. A l’instar de l’agriculture, la pêche a été productiviste à outrance. Les pêcheurs d’alors n’en avaient cure, le poisson débarqué était payé, même s’il terminait à la poubelle. Vous ne pouvez même pas imaginer les millions de tonnes de poissons qui, dans les années soixante et soixante dix en prenaient le chemin.
Les pêcheurs d’aujourd’hui récoltent ce que leurs pères ont semé… Des monceaux d’incurie. Et le citoyen remettra la main au portefeuille pour sauver ces cons et la banque qui les finance: Le crédit maritime mutuel. Il fut un temps, les commerciaux de cet établissement étaient recrutés, non pas en fonction de leurs compétences techniques, mais uniquement en fonction de leurs capacités à tenir la marée au bistrot du coin.

 
Par Prolo du livre
15H09    27/05/2008

Marseillais qui traine souvent sur les ports, je discute souvent de ces problèmes avec mes amis (proches) pécheurs…
Au ridicule des patrons de leurs syndicats (qu’ils admettent sans problèmes), et au problème des baisses de stocks de poisson, et leur renouvelement, ils me répondent des choses assez sensées…

D’abord, qu’ils sont les premiers intéressés par des politiques de protections de certaines espèces. Ecolos, parce que c’est leur gagne pain…

Ensuite, parce que les politiques en matière de pêche sont souvent ridicules : Quand un thonier marseillais a atteint ses quotas, il arrête de pécher, alors que face à lui il voit des thoniers, notamment asiatiques, qui continuent leur pêche tranquillement. Une interdiction, oui, mais pour tout le monde.

Ensuite, il faut savoir que de manière traditionnelle, et légale, la majorité des pêcheurs sont payés en espèce… D’où des déclarations de pêches, de salaires, de charges, etc. souvent complètement décalées par rapport à la réalité.
Ensuite, qu’un pêcheur, bien payé sur une saison, ne le sera pas forcément entre deux, ou la suivante, et que c’est donc une profession précaire… Pas forcément pauvre, ni riche, mais surtout précaire…

 
Par nosil35
15H55    27/05/2008

Tu as bien raison Deborah. Quand il n’y aura plus de poissons,les pécheurs on leur dira:
ne vous inquiétez pas, on va faire des lâchés d’alevin en mer ! comme ca vous pourrez pécher !
alors l’europe prend des décisions non pas parce que les politiques ont été incapables de gérer la ressource mais parce que les pécheurs se sont tirés une balle dans le pied depuis longtemps à force de croire que les ressources sont inépuisables.
comment fait on maintenant ? la fuite en avant que tu le proposes pour sauver la face sociale de ce problème ?
sais tu qu’au Canada, la péche au Cabillaud est interdite depuis presque 20 ans et que les poissons ne sont pas revenus ? quel rapport ? une fois la ressource épuisée, c’est terminé. pas de retour en arrière possible.

 
Par juliettelucie
21H02    27/05/2008

Vous frisez la malhonnêteté intellectuelle, mais peu importe.
Voici la carte explicative des quotas par pays/ par espèce /par zone:
http://ec.europa.eu/fisheries/doc_et_publ/liste_publi/tac08/en/index_en….
Je ne l’ai pas trouvée en français, mais si vous passez la souris sur les noms, vous voyez une petite image qui s’affiche.
En ce qui concerne les quotas de cabillaud à Dunkerque. Premièrement, vos chiffres sont erronés - je n’ai pas trouvé les données des années précédentes, donc je ne sais pas d’où vient votre erreur. Il s’agit de 890 tonnes de cabillaud pour la France, 2125 pour les Pays-Bas, le Danemark 3761. Je ne trouve pas le TAC exact de la Norvège (n’étant pas membre de l’UE, ses quotas ne sont pas détaillés), mais il ne peut dépasser la différence entre les TAC généraux et les TAC de l’UE (3760). Donc, au total, la somme PB+DK+Nor ne peut dépasser 9646 tonnes. Loin des 600000 donc, d’après mes calculs, mais libre à vous de trouver mon erreur, puisque d’après vous, j’exagère. Si je puis me permettre, ce sont en fait les anglais qui ont les quotas les plus importants à cet endroit.
Ensuite, les quotas sont déterminés en tenant compte des pêcheries « historiques »: c’est à dire qu’un pays ayant pour tradition de pêcher énormément de cabillaud aura des quotas plus importants pour cette espèce. Tous les pays, à un moment ou à un autre, ont péché du cabillaud, c’est évident - il s’agissait, il fut un temps, de l’espèce la plus abondante. Cependant, certains Etats, dont les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni, étaient spécialisés dans cette pêche; ils seront donc légèrement favorisés sur cette espèce.
Enfn, vous pouvez voir que la zone IVc, dans laquelle se trouve un petit bout de la France, dont Dunkerque, regroupe également tous les Pays-Bas, toute la Belgique et un bout de l’Allemagne. Je ne trouve donc pas scandaleux qu’ils aient plus de quotas dans les zones plus proches de leurs côtes. C’est même assez rationel: si vous voulez dépenser moins en gazole (excusez moi pour le « diesel » dans l’article, je ne suis pas experte en carburants).
Passons à la sole. Comme l’indique le document, le quota de la France est de 212 tonnes, celui des Pays-Bas de 9563 tonnes et celui de l’Allemagne de 847 tonnes. Encore une fois, je ne sais pas d’où viennent les disparités entre mes données et les votre. Si vous trouvez malgré tout que le quota français est trop petit, je vous renvoie aux explications ci-dessus.
Mais tient, pendant que l’on parle de la zone IVc, quelques autres chiffres. Les pêcheurs français détiennent 33491 tonnes de quotas pour le lieu noir, ce qui représente plus de la moitié du TAC européen. Pas mal, non?

En ce qui concerne le reste, sachez que, fidèle à mes convictions, je ne mange plus de poisson depuis un an. D’autre part, j’ignore si mon article ressemble à un reportage de TF1, cela fait deux ans que je ne regarde plus auncun JT.

 
Par Arnaud L.
03H50    28/05/2008

Dire que les biologistes marins estiment que les océans seront vidés de leurs poissons en 2040 est très simpliste. Ce commentaire est basé sur une seule étude (Worm et al 2006, Science 314:787-790) dont la méthodologie est loin de faire l’unanimité.
Par contre les ravages de la pêche sur les écosystèmes marins est une réalité. Mais c’est un problème surtout politique, il ne faut pas non plus mettre tout sur le dos des pêcheurs côtiers, surtout lorsqu’au large des usines flottantes pêchent à tour de bras.
Ceci dit, il serait temps qu’un gouvernement est le courage d’ouvrir des états généraux de la pêche afin de trouver des solutions à tous ces problèmes.

 
Par marigae
10H43    28/05/2008

En effet, je pense que les intentions de l’auteur sont tout à fait louables, mais, comme c’est souvent le cas dans le domaine de la pêche en France, certaines informations ont semblé lui manquer. Je tiens à apporter quelques éléments à décharge ayant l’inconvénient de ne plus permettre de trouver un seul coupable.

Cela fait maintenant plus de 3 ans que la hausse incessante du prix du gazole pose des problèmes de fond aux professionnels pêcheurs, au législateur et au citoyen très peu informé sur les enjeux-mais citoyen de la terre et contribuable.
LE gazole peut représenter 30% du chiffre d’affaire des chalutiers et 15 à 20% d’autres bateaux, et une hausse de 150% a un impact absolu important sur le chiffre d’affaire de l’entreprise. Le prix du poisson a une faible marge de progression, car, à titre d’exemple, quand le prix de la Lotte augmente, on peut toujours trouver des protéines dans du poulet ou du boeuf. Le patron pêcheur pourrait diminuer ses charges en théorie. Depuis quelques temps les équipages ont diminué de une à deux personnes, ce qui amène les bateaux au minimum nécessaire pour assurer la sécurité et pose des problèmes d’emplois. Le patron pêcheur pourrait diminuer le revenu propre de l’entreprise, en théorie…car les marges sont faibles. Sans polémiquer, il faut rappeler que plus de 90% des acteurs ont des structures financières semblables au monde de l’artisanat, avec la spécificité d’être très couteuses en capital. Ce qui veut dire que d’une part la production repose majoritairement sur l’outil couteux de production, « le (ou les) bateaux » et que les économies d’échelle n’y sont pas si évidentes et que la gestion des risques est prioritaire et difficile (prévision impossible des captures que l’on va réaliser individuellement).
La règle du jeu européenne (les lignes directrices sur les aides d’Etat inspirées de la DG concurrence) n’avait pas prévu ce déséquilibre. Elle autorisait des interventions hors des cadres structurels (le Fonds Européen pour la Pêche) seulement à hauteur de 3000 € par entreprise et pour 3 ans. Ce montant représente à peine une mensualité pour un artisan qui rembourse son bateau et bien moins que la hausse de 150% du gazole en trois ans (chiffre à affiner si besoin). L’UE a accepté de monter ce montant à 30 000€ en 2007 avec effet rétroactif. Il ne s’agissait pas d’engraisser les pêcheurs, et ce montant était encore « relativement » faible. Il s’agissait de ne pas tout mélanger.

La ‘surpêche’ est un problème actuel et futur avéré qu’il faut prendre au sérieux. Ce n’est pas sérieux de « profiter » des effets d’une crise financière pour régler un problème de nature et de temporalité totalement différente. Si demain certaines entreprises de pêche, industrielles ou artisanales, font faillites, les quotas et les capacités (volume des bateaux) qui font l’objet de limitations règlementaires, seront affectées à ceux qui restent. EN théorie il n’y aura pas diminution de la pression de pêche, mais concentration des acteurs. Cette concentration des acteurs peut faciliter la mise en œuvre de la gestion et du contrôle de la ‘surpêche’, mais cela n’est pas sa condition.
Une meilleure gestion de la surpêche est un travail qui demande de prendre en compte le cadre socio-économique tant que le cadre « scientifique ». Cela ne veut pas dire que les scientifiques doivent proposer des quotas très serrés et que le conseil des ministres doivent s’amuser à les relever. Cela veut dire qu’il faut continuer d’accompagner la transition du métier de pêcheur-collecteur à celui de pêcheur-aménageur de la mer. Cela veut dire qu’il faut continuer le questionnement sur l’alimentation, la sureté alimentaire. Cela veut dire qu’il faut continuer la collecte des données, la co-expertise, la formation.
Il ne suffit pas de casser quelques entreprises et quelques bateaux. Le problème est réel et il demande à ce qu’on le prenne au sérieux.