
Cela faisait six mois que le pays attendait un président. Sous la pression de la communauté internationale et après un début de guerre civile, les partis libanais se sont enfin accordés dimanche sur un nom : le chef de l'armée Michel Sleimane. Portrait d'un personnage qui fait figure de symbole d'unité.
Depuis la fin du mandat d'Emile Lahoud le 23 novembre 2007, le Liban était sans président faute d'accord entre les différents partis politiques. Le coup de force du Hezbollah a conduit les pays de la Ligue arabe à organiser une négociation entre les deux camps pour sortir de la crise. Les accords de Doha du 21 mai ont notamment validé le choix de Michel Sleimane comme nouveau président du Liban, élu ce dimanche par les députés Libanais.
Michel Sleimane est le chef de l'armée du Liban depuis 1998. Il succédait alors à… Emile Lahoud, appelé à prendre la présidence du pays : c'est donc la deuxième fois consécutive depuis la fin de la guerre civile en 1990 que le chef de l'armée accède au poste de président du Liban. » Alors même que cette accession est formellement interdite par la constitution » , souligne le politologue Joseph Bahout. L'article 49 de la Constitution libanaise prévoit effectivement que les hauts fonctionnaires ne sont pas éligibles à la présidence » durant les deux années qui suivent » la fin de leur fonction.
La Constitution du Liban joue un rôle clé. Pour préserver l'unité du pays des rivalités communautaires, elle impose un partage confessionnel du pouvoir : La présidence de l'Etat est réservée à un chrétien maronite, le poste de Premier ministre à un musulman sunnite et le président de la Chambre des députés doit être un musulman chiite. Chrétien maronite, Michel Sleimane rentre cette fois dans la case constitutionnelle.
Nommé par les pro-syriens mais ouvert aux anti
Aujourd'hui âgé de 60 ans, il est originaire d'Amchit, village du nord du Liban, où il a grandi dans une famille modeste. Il fait une carrière dans l'armée comme officier. Sans grand éclat jusque dans les années 1990 mais avec un parcours sinueux, allant d'un camp à l'autre.
C'est justement ce parcours sinueux entre les différentes orientations politiques qui en fait aujourd'hui un candidat acceptable par les deux camps, explique Joseph Bahout :
» Michel Sleimane avait participé à la guerre contre la Syrie aux côté du général chrétien maronite Michel Aoun quand celui-ci dirigeait l'armée. Comme beaucoup d'officiers aounistes, il a ensuite été mis à l'écart dans l'appareil militaire lorsque la paix a été conclue avec les accords de Taëf de novembre 1989.
A partir de la deuxième moitié des années 1990, il participe au programme d'entraînement militaire conjoint entre le Liban et la Syrie. Il tisse alors des liens solides avec la hiérarchie militaire syrienne. La Syrie, qui contrôlait alors la politique libanaise, a donc pensé à lui en 1998 pour succéder à Emile Lahoud au commandement de l'armée. »
Si le Général Michel Sleimane a donc exercé ses fonctions durant la tutelle de Damas sur le pays du cèdre, il a ensuite donné des gages à l'opposition anti-syrienne. Notamment lors de la manifestation historique du 14 mars 2005 qui rassemblait un million de personnes à Beyrouth en mémoire de Rafic Hariri, ancien Premier ministre et leader anti-syrien tué un mois plus tôt dans un attentat attribué par ses partisans à la Syrie. Michel Sleimane n'envoie pas l'armée contre les manifestants et laisse la rue s'exprimer » contrairement aux ordres reçus » , selon Joseph Bahout. Quelques mois plus tard, la coalition anti-syrienne gagnera les élections parlementaires.
Une entrée dans le « vrai » jeu politique ?
Depuis il fait figure de lien entre les différentes communautés et partis. Durant l'été 2007, la bataille victorieuse de l'armée menée sous sa conduite contre le groupuscule islamiste du Fatah al-Islam dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared avait achevé de crédibiliser Michel aux yeux de la population libanaise. Et des courants politiques. Il est alors apparu comme le candidat naturel pour faire le lien entre majorité anti-syrienne et opposition, voire entre Liban et Syrie. Certains au Liban voient même en lui le symbole de l'unité possible du pays.
Reste que les pouvoirs du Président restent relativement limités au Liban depuis les accords de Taëf en 1989. Il a surtout un rôle d'arbitrage et de nomination aux postes stratégiques (sécurité, diplomatie). Il ne dispose pas, notamment, du droit de vote lors du Conseil des ministres. Et les accords conclus à Doha lui sont à peine plus favorables. Selon Joseph Bahout, il est donc vraisemblable que Michel Sleimane constitue sa propre force politique au Parlement lors des prochaines élections afin de peser politiquement. (Ecouter le son)




















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De hogan
actif | 17H18 | 25/05/2008 |
J'aimerais tellement y croire pour eux…
De Mon-Al
roturière :-) | 19H45 | 25/05/2008 |
Il est vraiment sur le fil… soutenu par les Syriens, avec un gouvernement anti, soutenu par les Iraniens (via le Hezbollah) mais Président de tous les Libanais ! ! Pour arriver à sa nomination, le gouvernement Siniora a dû baisser son pantalon et céder aux islamistes (Amal, Hezbollah) et à leur copain Aoun. Quelle suite sera donnée à ce Président assis entre deux chaises ? Et ce sont les Libanais qui trinquent.
à Mon-Al
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 03H34 | 26/05/2008 |
Parfaite illustration de la situation au Liban. Chaque mesure importante devra être décidée en collégialité, avec tractations, concessions, corruption… Ce pays est sans doute prémonitoire de l'anarchie qu va prévaloir bientôt partout. Apres avoir défendu des idées de gauche toute ma vie, je me prend a souhaiter l'arrivée d'« Hommes providentiels ». Pas un bien… mais peut-être un moindre mal. Le temps d'un bon nettoyage…
Pierre JC Allard
http://nouvellesociete.org/5171.html
De Red_XIII
Chercheur en expression libertaire | 20H14 | 25/05/2008 |
Michel Sleimane candidat du RPR, parti unique.
De Grégory
21H34 | 25/05/2008 |
Je tique un peu sur le terme de « majorité anti syrienne ». Normalement la majorité devrait décrire le parti élu majoritaire. Le problème de la situation actuelle c'est que fort insconstitutionnellement, ces élections sont bloquées depuis 18 mois par ce que j'appelle plutot l'ex majorité. Car en cas de nouvelles élections, cette majorité ne sera plus (du tout) majoritaire contre l'Alliance Nationale, qui regroupe le Hezbollah et beaucoup d'autres factions, non pas sur une base religieuse (chrétiens maronnites avec Aoun mais aussi des laïques avec le parti social nationaliste pansyrien), mais sur le principe de défense face à Israël et en conséquence, alliance avec la syrie.
C'est important d'expliquer ça car sinon on ne peut pas comprendre exactement pourquoi la dite « majorité » doit composer avec l'opposition, voir penser que celle ci tente un putsch contre le vote populaire, alors qu'en pratique c'est précisément l'inverse.
De rahil
08H59 | 26/05/2008 |
par majorite anti syrienne, la presse signifie esentiellement Hariri, saoudien notoire. celui ci, apres son pere, essaie de transformer le Liban en bordel/casino pour les saoudiens frutres de leur mode de vie.
la majorite pro syrienne, est constituee de parties, mouvement, groupes qui luttent contre le feodalisme haririen, conre la corruption, contre l'occupation etrangere israelienne et syrienne, contre l'augmentation de la dette publique, et la mauvaise gestion economique et politique. en somme pour la veritable democracie.
en voulant absolument simplifier, les journalistes donnent a la syrie le beau role….
arretons les cliches !
De bloqué le 24.09.09
09H23 | 26/05/2008 |
Bonne chance à Sleimane et au Liban pour continuer le lent processus de construction d'un sentiment national libanais dans des conditions particulièrement difficiles. En France la construction de ce sentiment national s'est faite en quelques siècles !
Il faudra faire avec l'avidité de l'Occident et d'Israel, qui viole très régulièrement et en toute impunité l'espace aérien libanais (après y avoir occupé très durement (tortures) de 1978 à 2000 le sud libanais ; puis y avoir fait plus de mille victimes civiles en 2006). Cet occident est apprécié de la bourgeoisie libanaise dont certains membres sont affairistes (une famille en vue de cette bourgeoisie, les Hariri, loge gratis, à Paris, notre nécessiteux ancien président Jacques Chirac… il n'y a sans doute pas plus nécessiteux au Liban même..).
Il faudra faire aussi avec la Syrie qui a longtemps établit une tutelle sur le Liban (La Syrie a été appellée au Liban par la communauté des Chrétiens maronites en 1976, et sa tutelle a été officialisée avec l'aval des Etats-Unis en 1989 ; les troupes syriennes ont quitté le Liban en 2005).
Et il faudra faire avec la communauté des musulmans chiites dont l'organisation « Hezbollah » est née de la résistance à l'occupation israélienne (1978-2000) du sud du pays. Le Hezbollah est la seule force libanaise capable de défendre militairement le pays, et ses hommes ont réussi, à pied face à des chars et des avions, à faire battre en retraite en 2006 l'une des armées les mieux équipée au monde, celle d'Israël. Le Hezbollah s'appuie sur l'aide de l'Iran.
Si on veut parler du Liban il faut rappeller l'histoire qui a marqué toutes les communautés de ce pays, sinon on ne peut rien y comprendre.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Liban
De bloqué le 24.09.09
09H51 | 26/05/2008 |
Complément au post précédent : la France a accordé au Liban son indépendance en 1943. C'est donc un pays très jeune sur lequel on ne peut plaquer nos modèles occidentaux ce qu'on a tous le réflexe de faire…
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 12H12 | 26/05/2008 |
Je ne vois pas en quoi la désignation de Sleimane au poste de président change fondalement la donne au Liban. Les parties en présence restent les mêmes, et la puissance militaire du Hezbollah n'est en rien entamée.
Sleimane est le président de la dernière chance, et sa posture ambiguë ne peut pas être critiquée au vu de l'invraisemblable imbroglio politico-confessionnel caractérisant le Liban. Les apparences sont sauves, mais les apparences seulement.
Le papier de Jean-Michel semble accorder quelque crédit à une tentative éventuelle de Sleimane de constituer sa propre force politique au parlement. Mais que regrouperait une telle force ? Veut-il couper l'herbe sous le pied à Aoun et attirer à lui la base de ce dernier ? On assisterait ensuite à un regroupement des forces maronites ? Ou s'agit-il d'aller au-delà des divisions inter-confessionnelles en recréant dans la sphère politique l'unité supposée de l'armée ?
On a bien vu que l'armée (sous ses ordres) n'est pas intervenue contre le Hezbollah lors du récent « coup » de ce dernier parce que, aux dires mêmles de Sleimane, elle se serait désunie. Je ne vois pas en quoi un regroupement politique autour de Sleimane pourrait ne pas voler en éclats à la première occasion (un affrontement chiite-sunnite, par exemple).
L'équilibre que Sleimane incarne est bien fragile. Il/on veut préserver le statu quo intérieur, mais celui-ci a déjà démontré qu'il n'apporte la solution à aucun des problèmes posés, sauf peut-être en cas de nouvelle attaque israélienne, seule source réelle d'unité nationale du Liban.
Je reste sceptique quant aux chances du Liban de s'en tirer à si bon compte. Même si l'on doit reconnaître l'intelligence diplomatique de l'accord de Doha, il a été signé à l'initiative des puissances sunnites du Golfe, ce qui laisse les coudées franches à l'Iran et au Hezbollah qu'il finance et qu'il arme.
A mon humble avis, il y a davantage de chances qu'un accord entre Israéliens et Syriens constitue une meilleure garantie de survie de l'Etat libanais : la renonciation de la Syrie à son soutien purement tactique au Hezbollah en échange de la rétrocession du Golan permettrait sans doute de faire des progrès plus subtantiels vers une paix durable.
De Grégory
12H50 | 26/05/2008 |
Je pense que l'essentiel est qu'après un très long blocage, le processus des urnes redémarre. Au stade actuel, le simple fait d'avoir des élus pour gérer le pays (le parlement n'avait plus ce pouvoir) va faire du bien.
Quand au Hezbollah, je crois qu'il n'est pas du tout interessé à un affrontement avec les sunnites, ou un affrontement confessionnel en général. Il faudrait quand même cinq minutes regarders qui est dans l'alliance nationale, pourquoi, regarder le détail des actions (indice, le Monde ment systématiquement sur le sujet) et en tirer les conséquences.
De Beeks
14H02 | 26/05/2008 |
bon courage
De philoupe
16H17 | 26/05/2008 |
Donc une fois de plus (la 3e en comptant l'épisode ou Aoun fut Premier Ministre sans président) nous nous retrouvons avec le Chef des Armées à la tête de l'état libanais… mauvais signe ! On n'est en effet plus souvent nommé Chef des Armées parce que l'on sait faire plaisir a tout le monde SANS FAIRE DE VAGUE que parce que l'on l'ambition de faire changer les choses ! Espérons que mon scepticisme est mal placé … mais ça m'étonnerait !