Revue de commentaires

Comment recruter les profs ? Résumé du débat sur Rue89


Dans l'école primaire d'Emance (Yvelines), en 2007 (Gilles Coulon/Tendance floue).

C'est kawouede, un internaute habitué de Rue89, qui a tiré le premier. Il a saisi l'occasion d'un article publié le week-end dernier sur le statut et les conditions de travail des enseignants en France pour lancer le débat sur le recrutement des profs :

« Les concours nationaux, pourquoi ne pas en débattre : - est-il normal de sélectionner les profs par un mode qui exclut autant qu'il promeut ? - les qualités demandées pour réussir un concours d'enseignement sont-elles forcément celles attendues d'un bon enseignant ? - de façon générale, l'élitisme est-il un bon principe pour construire l'école dont nous avons besoin ? - est-il normal de garder deux concours (Capes et Agreg) avec ensuite des profs qui travaillent plus et sont payés moins que d'autres ? “

Comme Network23, autre riverain assidu dans les commentaires, il cite le rapport Pochard, qui envisageait début 2008 de repenser notamment la rémunération des profs. Kawouede en profite pour renvoyer vers des sites internet syndicaux, très remontés au moment de la publication de ce rapport. Le débat est lancé, et Jess Feuillie lui repond sur le bien fondé du recrutement par concours, la règle en France :

‘Un concours est bien plus discriminant, et les inégalités sociales y ont plus d'influence. c'est donc moins juste socialement que de passer par cette voie !

Les concours : arbitraires ou gage de niveau ?

Un peu plus loin, répondant à d'autres internautes, Network23 appelle a ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain’ et estime que ‘le principe du concours national reste jusqu'à preuve du contraire le plus démocratique et rationnel qu'on ait à notre disposition’ :

‘On peut critiquer les modalités de la formation (l'équilibre savoir/pédagogie), et même celles du concours, mais le principe d'un concours national lui-même reste, jusqu'à preuve du contraire, le plus démocratique et rationnel qu'on ait à notre disposition.

Bien que la chance et les inégalités socio-culturelles entrent en jeu dans un concours, celui-ci n'est pas une loterie et demeure ce qu'on a trouvé de mieux pour favoriser l'égalité des chances et une administration rationnelle.’

Xa Chan, ‘doctorant - entre ici et ailleurs’, juge pour sa part que ‘dire que le concours du Capes ou de l'agreg’ est gage d'une compétence égale des profs est une fiction complète”. Il argue, lui, qu'un concours “est une loterie, sans vrai lien avec la réalité” :

“En histoire-géographie, domaine dans lequel j'étudie, combien de mes amis ai-je vu échouer au Capes parce qu'ils se retrouvaient sur liste d'attente ? Alors quoi ? Ils ne sont pas assez bons pour être professeurs, mais on les garde sous le coude au cas où il y aurait des désistements ? Quelle hypocrisie…

Les concours mesurent pour une bonne part un volume de connaissance et non pas une capacité à enseigner. Or, la pédagogie est à mon sens aussi importante que ce que l'on enseigne. Car ne nous leurrons pas : tout ce qu'on ingurgite comme connaissances pour passer le concours n'a que très très peu de chances de nous être utile une fois devant les élèves.

Certes, il y a une épreuve sur dossier qui consiste à juger la capacité du candidat à construire un cours, à se placer devant un défi pédagogique. Cela est bel et bon, mais alors pourquoi doit-il passer cette partie du concours devant un jury de professeurs, et non pas devant des élèves ? N'est-il pas paradoxal qu'on doive passer d'abord l'agreg” ou le Capes avant de suivre des cours de pédagogie en IUFM ? Où est la logique dans tout cela ? “

Besoin de ressources sur la question ? Un autre internaute, kairos, suggère une étude, ‘Les Agrégés, Histoire d'une exception française’ (éd. Belin), par Yves Verneuil, spécialiste de l'éducation. Et cite cette question de l'ouvrage :

‘L'agrégé est-il professeur d'élite ou bien professeur pour les élites, lauréat d'un des plus prestigieux concours républicains’ ou bien ‘privilégié’ bénéficiant d'horaires amoindris ? ‘

Agrégé vs certifié : la lutte des classes chez les profs

Cette question d'une hiérarchie entre enseignants a particulièrement stimulé les commentateurs sous cet article. Ainsi, gwen pose à son tour la question d'une aristocratie enseignante, situant cette fois la frontière entre enseignements technique et général :

Il n'est pas rare dans les lycées qu'il y est une hiérarchie entre prof de lycée technique’ et ‘prof de lycée general’, et entre certifié et agrégé ! Pour faire simple, on a affaire a des situations ou des profs ne parlent pas a d'autre profs pour une question de statut (du vécu) ! Idem avec les profs de sciences ou lettres vs les profs de sport ou de dessin. Alors quoi, les gars ! Pourquoi on en parle pas ? ‘

Rejoignant une discussion déjà fournie, Sexus empiricus prolonge à son tour le débat :

La question de fond soulevée par Xa_chan et par Kawouede est sans doute gênante, parce qu'elle brouille un peu le discours’ gorgé d'évidences, d'impensés et de justifications à l'égard des concours disciplinaires.

‘Or, les récits qu'on entend dans la bouche des élèves comme les souvenirs d'enfance convergent : il y a loin entre le fait d'être admis par des profs parmi les profs et la capacité d'allumer le désir d'apprendre et de tenir le rôle d'un passeur de savoir devant des élèves.’

Même son de cloche chez Jess Feuillie qui veut poser le problème des ‘bêtes à concours’ et s'interroge :

‘En quoi le fait d'avoir l'agreg rend il un prof meilleur qu'un autre ?

De son côté, avrile, s'interroge aussi sur le sens de la pédagogie :

Un prof même avec une tête bien pleine, certifié ou agrégé n'est pas forcement apte à ce dur métier qui est aussi, sinon avant tout un métier nécessitant une réelle aptitude à la relation humaine.’

Reb, prof de lettres, rappelle de son côté que, pour lui, ‘étudier au moins trois années les bases de la discipline qu'on va enseigner est le b.a. ba’.

Au sujet de l'équilibre entre connaissance et pédagogie dans le recrutement des enseignants, l'internaute Kestiontoiinterpelle Xa Chan et demande comment repérer un futur bon pédagogue ? Ce dernier gage, lui, que c'est ‘en le mettant le plus tôt possible le candidat en face de son public, sous contrôle et guidage bien sûr du corps enseignant.’

Enseigner en maternelle ou au collège, même combat ?

Mais coraliedd rebondit sur le remplacement, rendu possible par Xavier Darcos, des enseignants arrêtés, par des retraités. Y compris d'anciens professeurs des écoles qui ont toujours enseigné en maternelle et qui peuvent être appelés à intervenir en secondaire, assure coraliedd, elle-même prof à la retraite :

‘Je viens de constater par moi-même (en lisant la lettre envoyée par une académie) qu'un enseignant ayant fait de la maternelle toute sa carrière peut être contacté pour aller en secondaire. C'est d'actualité et je pense déjà en application si des gens ont accepté la proposition.

C'est génial, l'Etat est pour l'emploi des séniors, sauf que ces retraités ne demandent rien à personne, ils ne sont pas au chômage, ne postulent pas pour rempiler et prendront la place de jeunes qui devraient être formés pour faire ce travail dans de bonnes conditions surtout pour les enfants.

Qui peut trouver normal qu'un retraité prenne n'importe quel poste (pourquoi pas enseigner une langue qu'il n'a jamais apprise) alors qu'un jeune doit avoir une formation minimun de 5 ans pour cela ?

Un peu plus loin dans la discussion, coraliedd reviendra d'ailleurs sur la question des remplacements avec cet autre témoignage :

Avez-vous entendu M. Darcos dire que pour remplacer les profs malades ou en stage, il ferait appel aux étudiants d'IUFM ? Moi oui, et cela m'a rappelé mes débuts : en 1968, avec mon bac philo j'ai débarqué du Sud dans une grande banlieue parisienne en CP.

La formation consistait en un jeudi par mois (congé pour les enfants à cette époque) avec l'inspecteur qui nous donnait les grandes lignes : programmes, règlements, etc.’

‘Va-t-on faire passer le bafa à tous les agents municipaux ?

Rebondissant sur la controverse, d'actualité, au sujet du service minimum d'accueil que le gouvernement entend mettre en place dans les écoles primaires, tilou pose une question simple mais pas inutile quant à la formation des agents chargés de l'accueil les jours de grève :

Pour garder les mômes, généralement, il faut un bafa. Est ce que l'on va en faire passer un à tous les agents municipaux pour qu'ils puissent faire les jaunes ?

Plus persifleur, enfin, newsnours pose la question de la formation d'Arnaud Teulé, candidat dissident UMP, malheureux aux dernières municipales à Neuilly, par ailleurs conseiller auprès de l'Elysée :

Quand on voit qu'Arnaud Teullé vient d'être parachuté inspecteur de l'éducation nationale, on rigole des principes d'économie énoncés par Darcos.’

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De Atlantis

Etudiant apolitique | 17H28 | 23/05/2008 | Permalien

Je pense que le débat sur l'agrégation et le capes n'a pas lieu d'être. Si j'ai bien compris, le capes est un diplôme qui permet d'enseigner jusqu'au lycée, et l'agrégation permet d'enseigner à partir du lycée : ce sont deux concours pour des niveaux(presque) distincts.Il me semble normal que les professeurs appelés à travailler dans le sup soit mieux payés, car leurs cours doivent être plus difficiles à préparer, les copies à corriger plus nombreuses-comparer le nombre d'élève d'une classe de lycée et d'un amphithéâtre-, et d'un niveau plus complexe… Ne serait-ce pas de la mauvaise fois des profs certifiés^^ ?
Sinon, pour ce qui est de la pédagogie, il est vrai que seul le capes ne suffit pas : il faudrait peut être évaluer la capacité d'un professeur à préparer et à faire un cours, et à affronter une classe de 35 élèves. j'en ai d'ailleurs un exemple avec mon professeur de mathématiques actuel, certes brillant dans son domaine, mais ne sachant pas faire la différence entre des élèves de lycée et de maths sup.

Portrait de ogareff

à Atlantis Portrait de Atlantis De ogareff

17H40 | 23/05/2008 | Permalien

Non tu n'as pas compris : Certifiés et Agrégés travaillent aussi bien en collège qu'en lycée. Les agrégés sont a priori plus destinés au lycée mais le système des mutations est tellement dysfonctionnel que tout est possible, sans compter que certains préfèrent le collège par choix (plus de petits monstres mais moins de boulot.) Dans ton lycée, la majorité de tes profs sont certifiés (sauf peut-êre si tu es à Henri IV), le taux d'agrégés dépassant à ma connaissance rarement 50%. On a donc bien cette situation où certifiés et agrégés, dans le même lycée, font exactement le même boulot, sauf que les seconds travaillent moins pour gagner plus (ce qui au passage nous révèle que l'agrégation est un principe de gauche, qui l'eût cru ? )

Portrait de Piyoun

à ogareff Portrait de ogareff De Piyoun

Etudiant | 17H49 | 23/05/2008 | Permalien

« sauf que les seconds travaillent moins pour gagner plus (ce qui au passage nous révèle que l'agrégation est un principe de gauche, qui l'eût cru ? ) »

On le prend sur le ton de la rigolade… Sinon il pourrait y avoir discussion enjouée.

Ceci dit, il est bien sûr exagéré que les agrégés gagnent plus en bossant moins, quand ils font le boulot en lycée ou collège.

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à ogareff Portrait de ogareff De asozial

aus Berlin | 19H57 | 23/05/2008 | Permalien

HA HA HA HA HA HA HA ! ! !

Portrait de Dan Lemille

à Atlantis Portrait de Atlantis De Dan Lemille

Sous prof | 19H46 | 23/05/2008 | Permalien

Les cours les plus difficiles à préparer ne sont pas ceux pour le supérieur. Le plus difficile c'est ce que vous évoquez dans la seconde partie de votre message, les difficulté du prof du maths, cela est très difficile, complexe mais passionnant.

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De vero87

17H36 | 23/05/2008 | Permalien

quid des « professeurs » des écoles , OS d'aujourd'hui de l'EN ? ! ! ! !
il est nettement palpable que les agréges les prennent souvent pour des c…. !
pourtant le prof des ecoles doit assurer l'enseignement de toutes les matieres ,et ne pas se louper sur les terrains de prédilection de ses élèves . la tâche est rude car le référent est unique pour ouvrir l'esprit aux multiples domaines de connaissances ….
et ouvrir l'esprit à l'art ne se fait pas par la meme porte qu'aux maths ; faire aimer la grammaire ne demande pas la meme sollicitation que pour l'anglais ! ! ! et il en va ainsi avec toutes les matières ! ! !
en fait , il serait logique que ds tout concours d'enseignant , la part belle soit faite à la capacité d« enseigner ….. avec des gens qui pourraient verifier le contact avec les élèves mais ds plusieurs
contextes -et ne pas se comporter comme ds un tribunal- en ayant un regard constructif …car parfois meme détenteurs de concours tres durs , l'enseignant souffre et les élèves aussi
on oublie souvent qu'on se trouve avant tout ds une aventure humaine et non pas un process industriel !

Portrait de Piyoun

De Piyoun

Etudiant | 17H42 | 23/05/2008 | Permalien

On pourrait aussi objecter à l'élitisme qui se développe au concours, à l'agrégation mais aussi au Capes, du fait de la réduction de postes, que confier des postes à des enseignants ultraformés dans leur matière, performants quant aux exigences (très françaises, il faut le dire ! ) de la dissertation et de l'évaluation, c'est choisir une certaine forme d'école, en favorisant le développement d'exigences élitistes, très formelles, qui favorisent ceux qui sont capables d'y répondre en mobilisant des savoirs extrascolaires.

Ce n'est heureusement pas le cas pour l'extrème-majorité, mais quand même, on peut douter de la pédagogie d'un maître de la dissertation en philosophie vis-à-vis d'un élève lambda, qui n'est pas issu d'un milieu socioprofessionnel qui a connu pendant sa formation ce rituel scolaire.

Portrait de funkyjerk

De funkyjerk

prof de physique | 18H30 | 23/05/2008 | Permalien

Je suis prof depuis 5 ans maintenant et j'aimerais réagir sur plusieurs points :
* Le fait que le concours soit national semble un principe égalitaire qui ne peut pas être remis en cause.
* Le problème semble être le contenu de l'évaluation pour que les candidats retenus fassent vraiment l'affaire et ne soient pas des erreurs de castings. En effet c'est seulement après au moins 3 ans d'étude après le bac et une année de préparation que l'on se retrouve en face d'élèves. Si on n'est pas fait pour ça, on fait quoi ? Allez vous recycler avec une licence de physique chimie qui est uniquement faite pour passer le capes…
* Le problème certifié-agrégé ou prof de sciences-profs d'eps est un problème d'égo. On ne peut pas empêcher les gens de mépriser les autres, c'est humain. Je suis prof de physique et mon meilleur pote est prof d'eps. Ce problème est très subjectif…
* Par contre le fait que les agrégés soient des meilleurs profs vu qu'ils ont eu un concours plus difficiles que les certifiés n'est pas cohérents avec le fait qu'ils fassent moins d'heures… Qu'ils gagnent plus c'est normal mais qu'ils fassent moins d'heures, c'est bizarre. Plus le prof est considéré comme bon moins il fait profiter de son talent à des élèves… Va comprendre Charles…

Portrait de survivant

De survivant

18H48 | 23/05/2008 | Permalien

De bien beaux discours pour un avenir des plus incertains pour l'enseignement vu le triste sort du service public il ne restera guère que le cned pour palier aux plus aisés. Pour les plus pauvres il restera des écoles écuries et les profs seront les cow-boys.

Portrait de VinceDeg

De VinceDeg

étudiant | vincedeg.nolizard.org | 19H05 | 23/05/2008 | Permalien

Les commentaires ici se focalisent beaucoup sur le concours d'entrée pour être professeur (capes, agreg'). Je trouve qu'il serait plus interessant de parler de ce qu'il se passe ensuite, de la formation de professeur…

Ce qui m'a toujours marqué, c'est à quel point mes professeurs semblaient d'avantage connaître leur matière que leur métier, et que ceux qui étaient bons ne le devaient qu'à un talent naturel qui s'était exprimé empiriquement. En d'autres termes, mes profs n'étaient pas assez formés sur ce qui forme le coeur de leur métier, la capacité à transmettre des connaissances, et tout ce que cela implique. Faire faire à une trentaine de cerveaux devant soi un cheminement intellectuel qui va de l'exemple à la théorie et vice-versa, pas si facile ! Surtout quand il faut éveiller l'intérêt et garder l'attention pendant 2h de suite de toutes ces jeunes neurones… Alors, que dire, dans quel ordre, comment le dire, quelle séquence « j'explique mais vous prenez pas de notes, je pose une question à la classe, vous faites un exercice, quelqu'un va au tableau, je dicte », quel ton, que faire face à l'indiscipline ? C'est beaucoup plus que seulement être clair et synthétique, qualités que possèdent presque tout les enseignants (ils sont sélectionnés là dessus), puisqu'il ne suffit pas d'exposer clairement une connaissance pour la faire comprendre et rentrer dans la petite tête en face de soi…

Dommage, donc, que seuls ceux qui ont ce talent naturellement deviennent de bons professeurs. Ne pensez-vous pas (oui vous, les nombreux riverains à être profs) qu'intégrer d'avantage de cours de communication et de pédagogie dans la formation des professeurs serait utile ? Faire du théâtre obligatoirement, qui permet de contrôler la façon dont on s'exprime et l'impact sur son auditoire ? S'inspirer de ce qui se fait en BAFA ? Plus de psychologie appliquée à la pédagogie ? Le tout avec beaucoup de « travaux pratiques », c'est à dire d'oraux devant le formateur pour s'améliorer au fur et à mesure de la formation ?

Portrait de Ruiss

à VinceDeg Portrait de VinceDeg De Ruiss

Prof en dispo | 19H29 | 23/05/2008 | Permalien

Puisque vous posez la question cher riverain…
je réponds par OUI !
La formation doit être complètement recentrée sur le métier ! !

Portrait de VinceDeg

à Ruiss Portrait de Ruiss De VinceDeg

étudiant | vincedeg.nolizard.org | 22H49 | 23/05/2008 | Permalien

Merci pour votre réponse, msieur ! [msieur : interjection d'un élève adressé à un professeur masculin, ex : « eh msieur y'a une faute au tableau là ! », équivalent féminin : mdame]

Portrait de Alain Provist

De Alain Provist

19H34 | 23/05/2008 | Permalien

Débat passionnant. En relisant le texte et toutes les réactions, j'avais envie de reprendre beaucoup d'arguments pour y répondre point par point. Mais ce serait trop long. A la place je voudrais vous faire part de mon expérience : instit à 18 ans, certifié à 28, agrégé à 48, j'ai enseigné en école rurale, à l'étranger (FLE en alliance Française), en collège, en lycée de banlieue parsienne, en classe SE-CP-CE1 en Limousin, en 2de, 1ère, prépa, BTS, ainsi qu'à l'IUFM.

Je suis content d'avoir passé tous ces diplômes parce qu'ils m'ont obligé à me remettre en question et à me dérouiller les méninges (l'agreg en particulier est une belle leçon d'humilité et de rigueur). Quand on travaille longtemps sur le terrain, on a tendance à enseigner la même chose et à ne pas renouveler ses méthodes. Relever le défi des concours est donc très salutaire. Le fait d'être mieux rémunéré n'était pas pour moi la motivation première mais j'en accepte la conséquence tout en pensant que l'ensemble des enseignants devraient être mieux rémunérés pour être mieux considérés et pour que le métier soit plus attractif.

Sur la question éternelle de savoir si on sait mieux enseigner parce qu'on est plus diplômé, la réponse n'est pas si simple. Je vais commencer par dire une évidence mais pour enseigner il faut d'abord aimer les élèves, aimer ce défi qui consiste à arriver en terrain a priori hostile ou indifférent et avoir envie de retourner l'auditoire par un discours de passion et de raison, d'attention et de motivation. Il faut aussi aimer la matière que l'on enseigne évidemment mais non pas pour écraser les élèves d'un savoir à admirer. Au contraire pour la rendre accessible, vivante. Ce « goût des autres », je ne sais pas s'il s'apprend mais la pédagogie (science fluctuante et incertaine) a au moins le mérite de nous faire réfléchir sur nos pratiques et les remettre en perspective avec celle des autres et avec les programmes (pour assurer la cohérence du système).

Dans le lycée où je travaille actuellement, il y a des professeurs de lycée professionnels, des certifiés et des agrégés. Je m'entends avec les collègues en fonction d'affinités naturelles et/ou de projets communs, certainement pas en fonction de leur statut. Mais le respect et la considération doivent fonctionner dans les deux sens : le travail du professeur d'école est hautement estimable pour tout ce qu'il demande de dévouement et de patience, la qualification d'un agrégé est respectable pour les efforts intellectuels qu'elle a exigé et pour les enseignements qu'elle implique…

Ce qui me semble difficile par contre, c'est de constater que systématiquement les médias, les parents, les politiques s'en prennent aux enseignants pour expliquer ou excuser tous les dysfonctionnements et les malaises de la société au lieu de les aider par un discours de solidarité. Le professeur n'est que la synecdoque du monde auquel il prépare l'élève. Que le monde ne scie donc pas la branche sur laquelle il s'appuie.

Portrait de JC_le vrai

à Alain Provist Portrait de Alain Provist De JC_le vrai

06H09 | 24/05/2008 | Permalien

@ Provist

Les parents sont trop souvent considérés par les profs comme des supplétifs qui ne les aident pas.

Or, chacun sait qu'aborder la pédagogie en réunion pleinière avec des profs est considéré par ceux ci comme une ingérence extérieure… Aidez nous, oui, mais selon nos critères !

A contrario, les profs ont raison de clamer qu'ils supportent la deshérence éducative de beaucoup de parents…

Au milieu, les enfants, les ados, sont perdus puisqu'il y a absence d'autorité de part et d'autres, (les statuts de parents et d'enseignant étant remis en cause par les gamins) ! Déranger une classe ne mérite plus l'exclusion ! Comment sauvegarder les conditions d'une bonne écoute ?

Au fond, personne ne fait confiance à personne et on récolte ce qui a été semé au fil du temps !

Portrait de Alain Provist

à JC_le vrai Portrait de JC_le vrai De Alain Provist

09H10 | 24/05/2008 | Permalien

Les parents font confiance à leur médecin, à leur garagiste,à leur boulanger (dont ils ne discutent pas la compétence) mais pas aux enseignants. N'est-ce pas un peu étrange ? Et les enfants, conscients de ce soupçon, regardent leurs professeurs avec le même regard dubitatif. Il faut en finir avec cette méfiance qui tourne parfois à la lutte des « classes » et rétablir le dialogue entre les parents, les enseignants et les élèves. L'enseignant qui a réfléchi sur son métier ne doit pas craindre d'expliciter ses objectifs et ses méthodes. Les parents ont droit au débat éducatif (on peut regretter que beaucoup s'en désintéresse) et un dialogue serein et régulier permet souvent de lever les malentendus. Et les élèves se sentiront d'autant mieux de voir que l'école n'est pas un champ de bataille dont ils sont les soldats sacrifiés mais un lieu d'éducation dont ils sont les bénéficiaires.

Portrait de JC_le vrai

à Alain Provist Portrait de Alain Provist De JC_le vrai

16H11 | 24/05/2008 | Permalien

Bon diagnostic !
Nous sommes d'accord là dessus au moins …

Portrait de Dan Lemille

De Dan Lemille

Sous prof | 19H55 | 23/05/2008 | Permalien

Chloé,
avez-vous les chiffres des profs qui exercent ce métier sans concours et donc sans aucune formation ? 20% dans le second degré ? Contractuels, vacataires, et maintenant cdi contractuels. Bientôt une ANPE pour recruter ! ! ! Etre professeur cela s'apprend. Le concours est seul moyen trouvé pour assurer l'égalité d'accès à la fonction publique et il est une garantie d'un service publique impartial. La contractualisation se fait elle à la tête du client.
La question post recrutement qui il est vrai pourrait être déjà posée dans les épreuves du concours est la capacité à être enseignant mais c'est très difficile à évaluer à l'écrit, ce n'est que dans la pratique de cours que l'on peut travailler cet aspect.
La formation est une des clés de l'amélioration du système éducatif, la question posée aux profs aujourd'hui ne doit pas seulement de savoir s'il sont ou non très bons dans leur discipline mais de savoir s'ils souhaitent que tous les jeunes apprennent, réussissent et donc quelles sont les pratiques pédagogiques les plus pertinentes pour la réussite de tous et mettre les élèves dans de réelles situations d'apprentissage..
A développer…

Portrait de Chloé Leprince

à Dan Lemille Portrait de Dan Lemille De Chloé Leprince (auteur)

Rue89 | 20H07 | 23/05/2008 | Permalien

@ Dan Lemille
Merc de votre intérêt.
Vu le débat passionnant qui s'est entamé sous cet article et sous le précédent, je compte en effet préparer très vite un article pour aller plus loin, dans lequel se posera notamment la question des profs remplaçants. A suivre, donc…

Portrait de YAJ

à Chloé Leprince Portrait de Chloé Leprince De YAJ

enseignante retraitée, non remplacé... | 21H22 | 23/05/2008 | Permalien

Il serait bon aussi que Rue89 relaie des infos sur les luttes des enseignants et des parents actuellement sur les suppressions de postes, le RSA, les programmes de DARCOS….
En Loire Atlantique il y a d nombreuses écoles occupées par les parents qui ont conscience de la casse organisée par DARCOS and Co

Portrait de YAJ

De YAJ

enseignante retraitée, non remplacé... | 21H17 | 23/05/2008 | Permalien

J'ai fait partie des enseignants qui ont enseigné sans formation comme auxiliaire (cela pendant 8 ans), puis titularisation sans concours, seulement une inspection. Donc toujours pas de formation. J'ai passé le concours de certifié en interne et là j'ai eu une mini formation en même temps que mes 18 h de cours….Une année chargée !

Portrait de Nestor Romero

De Nestor Romero

Ancien enseignant | 21H32 | 23/05/2008 | Permalien

Pardon Chloé mais je ne résiste pas à la tentation d'une citation qui n'est pas nécessairement éclairante dans ce débat passionnant mais qui a l'avantage de mettre en évidence quelque chose de l'ordre de l'éternel retour. La voici : « Les fameux concours qui ouvrent sur des carrières et assurent le recrutement du personnel de l'Etat ne seraient-ils pas souvent des “ concours de circonstances et de hasards ” ? Ce système du concours, notamment la fameuse agrégation, ne nuit-il pas à la formation scientifique et humaine des candidats ? Est-ce qu'on ne privilégie pas trop souvent les qualités de rhétorique, l'habileté à traiter un sujet, même si on le connaît à peine, l'art de parler d'une manière élégante et obscure ? Dès 1841, Balzac, dans “ Le Curé de village ”, faisait magistralement le procès de notre système de concours, qui existait déjà à son époque (la réussite d'un jeune homme à un concours, disait-il , ne donne aucune certitude au sujet de la valeur de l'homme mûr qu'il deviendra). En 1900, René Haussoulier, dans sa préface au recueil d'inscriptions grecques de Charles Michel, parlait des “ examens avilissants ”, des “ horizons bornés par la licence ou l'agrégation ”, des étudiants français “ qui n'ont ni le loisir ni le courage d'entreprendre de pareilles tâches ”. En 1961-1962, dans le compte rendu de ses cours, donné à l'Annuaire de la V° Section de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, le père Festugière déclarait à son tour : “ C'est une chose attristante que l'étudiant français soit totalement dénué de curiosité. On sombre dans la routine la plus vide et l'on voit disparaître ce qui fait l'essentiel des humanités, qui est de former des esprits ”. En ce début de XXI°siècle, les choses ont-elles vraiment changé ? » ( Pierre Hadot, La philosophie comme manière de vivre, Albin Michel, 2001).

Portrait de JC_le vrai

à Nestor Romero Portrait de Nestor Romero De JC_le vrai

06H54 | 24/05/2008 | Permalien

L'enseignement -celui d'Aristote au Lycée- était acte d'amour.

Il est devenu acte de routine, car obligatoire au lieu de volontaire …

(Pouah ! …on dirait du mauvais Claudel… ! )

Portrait de William Tel

De William Tel

à Lille | 21H39 | 23/05/2008 | Permalien

Débat légitime en effet, mais pourquoi se poser la question uniquement pour les « profs » ? Et les médecins ? Et les policiers ? Et les banquiers ? Et les agents immobiliers ou comptables ? Et les notaires et les avocats ? Et les boulangers ? Et les directeurs en tout genre ?
Et les journalistes ?

Qui oserait ouvrir une telle boite de Pandore ?

Portrait de papy55

De papy55

prof. en province | 21H49 | 23/05/2008 | Permalien

Ce débat est certes passionnant mais ce n'est pas actuellement ce qui agite Monsieur DARCOS, le seul objectif de nos gouvernants reste la création d'une sorte de EMU (Education Minimale Universelle), l'Ecole Publique se réduisant à sa forme à la plus dépouillée, l'Ecole « privée » devant prendre le relai pour ceux qui en auront les moyens. C'est comme la Sécu dont la situation doit être dramatisée pour que le Marché puisse prendre le relai !
Tout cela me parait parfaitement cohérent !

Portrait de William Tel

à papy55 Portrait de papy55 De William Tel

à Lille | 22H05 | 23/05/2008 | Permalien

Si je vous comprends bien, il semblerait que nous ayons eu la même réflexion à peu près en même temps.

Portrait de William Tel

De William Tel

à Lille | 22H02 | 23/05/2008 | Permalien

C'est quand même incroyable le nombre de gens qui pensent sincérement que nous vivons dans une société, dans un monde, qui rechercherait réellement l'égalité et la liberté de chacun et aurait pour finalité principale « la réussite de tous. »
Quelqu'un s'est-il demandé ce que la prolifération de ces échanges passionnés d'opinions (et de réglement de compte personnel avec l'instituion) sur une éducation que l'on est par ailleurs en train de démanteler lentement mais sûrement signifiait en termes de manipulation idéologique de masse ?
C'est à peu près le même phénomène que celui qui consiste à dénoncer les « abus » quand on retire (à soi)la couverture sociale.
Les jugements pérmptoires et dogmatiques de nombre de particpants sur l'essence du « prof » français est effrayant de suffisance et d'analyse nombriliste de l'intérêt général. Singer l'indépendance d'esprit est une forme de soumission tout aussi misérable que d'autres…

Portrait de JC_le vrai

à William Tel Portrait de William Tel De JC_le vrai

06H16 | 24/05/2008 | Permalien

@ William

Par bonheur vous ne singez pas -par votre propos- une indépendance d'esprit qui fait votre fierté …et vous ne risquez pas -dans votre humilité- d'être accusé de suffisance, n'est ce pas ?

Votre jugement -ni péremptoire, ni dogmatique- doit faire merveille, toujours et partout… !

Bravo !

Portrait de William Tel

à JC_le vrai Portrait de JC_le vrai De William Tel

à Lille | 10H05 | 25/05/2008 | Permalien

Votre objection serait pertinente s'il elle ne s'annulait pas d'elle-même, « J.-C. le vrai. »

Portrait de framboise92

De framboise92

Je refleurirai un jour ! | 08H07 | 24/05/2008 | Permalien

Merci Quetzal 2012, pour la référence du livre de Georges Steiner et le rappel du site Intenet où je vais régulièrement (« Alternative à la constipation de la Pensée »).
Puis-je utiliser vos lignes , svp, pour les copier dans le forum du Nouvel Obs. Elles sont très justes et sensées ? Je ne le ferai qu'avec votre autorisation sans inscrire votre pseudo. ? MERCI de me répondre.
----------« lecture du passionnant bouquin de Georges Steiner : “Maîtres et Disciples” où il réfléchit sur ce que signifie enseigner et où il analyse les différentes phases du processus jusqu'à l'ltime étape, ce qu'il appelle “la trahison”…

Il paraît évident que nombre de néo-titulaires (et même d'anciens) manquent sérieusement de pédagogie et ce n'est certainement pas les inspecteurs académiques (en venant assister à une heure de cours qui sont en mesure de dire s'ils sont de bons profs ou pas, le problème étant que la majorité des profs ont toujours été des “forts en thème” des “premiers de la classe” et n'ont jais eu aucune espèce d'aversion pour le système éducatif, or il est nécéssaire d » avoir pris, à un moment, un certain recul et sorti le nez des manuels scolaires tout simplement parce que l'école pour parapphraser Jules Ferry ne doit pas servir à gaver mais à donner faim.

L'école est un des derniers bastions à même d'éveiller la curiosité chez les jeunes, et partant, leur culture. »
A bientôt.

Portrait de Network 23

à framboise92 Portrait de framboise92 De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 14H58 | 24/05/2008 | Permalien

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