Raillé à l'étranger, on le disait fini après sa défaite de 2006. Il a pourtant su reconquérir le pouvoir. L'analyse de deux chercheurs.

Précédé d'une réputation sulfureuse, entrepreneur richissime et adepte du style » bling-bling » , Silvio Berlusconi dénote dans la classe politique italienne. Malgré tout, ni les » affaires » dans lesquelles il est impliqué, ni un bilan discuté lors de ses deux passages aux responsabilités (1994-1995 et 2001-2006) n'ont découragé les Italiens de voter majoritairement pour la coalition qu'il menait les 13 et 14 avril derniers.
Pourquoi les Italiens ont-ils encore confiance en Berlusconi ?
Les observateurs qui annonçaient sa mort politique après sa défaite face à Romano Prodi en avril 2006 ont eu tout faux. Dans une large partie de l'électorat, la cote de popularité d' » Il Cavaliere » n'est jamais retombée. Pour Jean-Louis Briquet, professeur de sociologie politique à l'Université Paris Dauphine, Silvio Berlusconi a su fédérer une droite disparate et créer une coalition puissante et efficace :
» Il ne faut pas penser que les Italiens votent uniquement pour la personnalité de Berlusconi, même si cela joue un peu. Son succès, et plus généralement celui de la nouvelle droite italienne, s'explique par une organisation politique solide et viable -contrairement à ce qu'on pensait au départ- avec de nombreux élus locaux et des soutiens auprès de groupes d'intérêts importants dans la société italienne. »
Pour Marc Lazar, professeur d'histoire politique à Science po et à l'Université Luiss (Rome), la coalition de centre-gauche dirigée par Romano Prodi a déçu les Italiens et il n'en fallait pas plus pour faire basculer la majorité :
» On oublie qu'il y a deux ans, lorsqu'il était aux responsabilités, Silvio Berlusconi fut battu de très peu par Romano Prodi [d'environ 25000 voix, ndlr]. La moitié du pays était donc contre Prodi et favorable à Berlusconi. Et Prodi a beaucoup déçu pendant son mandat, à la fois son électorat de gauche, les catégories populaires, mais aussi les modérés. »
Marc Lazar insiste également sur un » ensemble de valeurs dominantes et hégémoniques, parfois contradictoires mais profondes dans le pays » et incarnées par Berlusconi. (Ecouter le son)
L'Empire médiatique de Berlusconi a-t-il fait son élection ?
A lui seul, le président du Conseil italien possède trois des six chaines de télé nationales privées. Mais selon Jean-Louis Briquet, au-delà de sa propre omniprésence médiatique, les programmes de ses télévisions ont surtout véhiculé » un modèle social de la réussite et des valeurs » . D'après lui, il faudrait également s'interroger sur l'aspect organisationnel des partis qu'il dirige :
» Comme Forza Italia autrefois, le Peuple de la liberté que dirige aujourd'hui Berlusconi s'appuye en partie sur les structures organisationnelles des télévisions de Berlusconi, notamment sur leurs services de publicité : beaucoup de cadres dirigeants ont su mettre à profit leur expérience entrepreneuriale pour gérer la communication de Berlusconi. Cela porte ses fruits. »
Assiste-t-on à une » droitisation » de la société italienne ?
Avec 8% des voix (soit deux fois plus qu'au précédent scrutin), la forte poussée de la Ligue du Nord, parti régionaliste et populiste, a étonné. La place abondante de la sécurité et de l'immigration dans les discours politiques inquiète. Certains parlent de droitisation de l'Italie, voire d'une résurgence du fascisme. Est-ce justifié ? Pas pour Marc Lazar : » Il faut être très clair, il n'y a pas de retour du neo-fascisme en Italie. On avait déjà avancé cette idée en France en 1994 lors de la première victoire de Berlusconi, c'est aberrant. » (Ecouter le son)
Selon Marc Lazar, le virage à droite s'inscrit dans un cycle ; il n'y a pas de tendance inéluctable et irréversible des électeurs vers la droite, en Italie ou dans le reste de l'Europe. La droite italienne a juste bien compris que l'immigration et la sécurité étaient des thèmes porteurs :
» La droite italienne a beaucoup travaillé depuis ses échecs dans les années 1990 et est en train de vaincre culturellement, comme dans les autres pays européeens, face à une gauche en déficit de valeurs, de stratégies et de leaders. » Pour autant, l'opinion n'est pas passée à droite de manière définitive. Ce mouvement reste fragile, on le voit en France avec Nicolas Sarkozy, élu facilement mais qui déçoit très vite ses électeurs maintenant qu'il est au pouvoir. »
L'avis de Jean-Louis Briquet diffère légèrement. Selon lui, » si les groupes qui font partie de la coalition politique dirigée par Berlusconi ont modifié leurs références idéologiques » et qu'il ne s'agit pas de néo-facsisme, ils restent » très marqués à droite » . D'après lui, il s'agit d'une » droitisation très forte de la politique et de la société en Italie » , qui déteint d'ailleurs sur le Parti démocratique, principale force d'opposition de centre-gauche dirigée par Walter Veltroni), lequel » s'est rapproché dans ses thèmes et ses discours sur la droite, notamment l'immigration et la sécurité » .



















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De yan
loin | 18H34 | 22/05/2008 |
je crois que, vu de l'extérieur du pays en question la vision du chef d'état est différente que de l'intérieur.
Peut être en parti, le traitement de l'information y est différent et la presse plus libre dans ses critiques.
On ne comprends pas pourquoi Berlusconi est revenu, on ne comprends pas comment Bush Jr fut réélu
Ils ne comprennent pas comment, Sarko peut être président Français….
De Lorycalque
20H49 | 22/05/2008 |
Ce n'est pas tant la victoire de Berlusconi qui est remarquable ; il n'a d'ailleurs pas été élu avec une majorité si grande, quoique nette. C'est surtout la défaite de la gauche, laminée, et qui ne s'en remettra pas de si tot, qui l'est.
Les questions du chomage et de l'immigration on sans doutes été déterminantes dans cette élections. Le succès de la Ligue du Nord ne s'explique pas autrement, parce que la Lombardie est la région où il y a la plus forte concentration d'immigré, un taux supérieur à celui des régions où les immigrés sont les plus nombreux dans les autres pays comme la France, la GB, l'Allemagne ou la Hollande, alors qu'ils sont nettement plus bas dans les autres régions d'Italie.
Cette fois ce sont beaucoup de gens qui votaient auparavant à gauche qui ont voté pour la Ligue et fait augmenter son score. Parce qu'ils étaient mécontents du gouvernement Prodi et parce qu'ils ne sont pas non plus vraiment pour Berlusconi. C'est du moins ce qui ressort des analyses faites dans la presse italienne, qui je pense correspondent assez bien à la situation à ce sujet.
De borneo oui-europe.over-blog.com
07H27 | 23/05/2008 |
Pour ma part, la démographie déclinante qui donne plus de pouvoir aux générations de seniors constitue la principale raison du déséquilibre croissants entre blocs de droite et de gauche dans la majorité des pays européens.
De plus, certains secteurs de la gauche banalisent les thèmes de la droite sans pouvoir en profiter : Dénoncer la concurrence du travailleur polonais et en même temps militer pour l'ouverture des frontières aux immigrés n'est tout simplement pas compréhensible par les couches populaires soumises à la dure loi de la mondialisation.
et la gauche de gouvernement avalise quant à elle les solutions libérales !
De poshgrad
mort d'ennui en Italie | 08H19 | 23/05/2008 |
Pour cette fois je serais votre voix de l'interieur puisque je suis en Italie depuis 2 ans.
Mes collegues et amis qui vont du communiste au syndicaliste de Lega Nord (oui en Italie les racistes defendent les droits des travailleurs), du terrone (italien du sud) au Venetien (la venetie est le foyer de Lega Nord) et selon eux, meme si ils sont tres peu a avoir vote pour Berlusconi, ce votre a ete un vote de contestation. C'etait un vote contre Prodi et non pas pour Berlusconi. Comme les notres avaient vote pour Lepen en 2002, eux ils ont vote pour Berlusconi en 2008 et surtout Lega Nord en force.
Le plus paradoxal selon moi est que Lega Nord parti neo fasciste a fais des scores non negligeable dans le sud ce qui n'a pas de sens sauf si l'on fais attention aux traditions de vote en Italie par region on apprend notamment que la Sicile vote toujours a droite, que les Pouilles vote fasciste et pour les plus moderes droite, la campanie communiste, la calabre communiste, le lazio droite voire extreme droite, la ligurie gauche, la toscane gauche, l'emilie romagne extreme gauche, le piemont gauche, la lombardie ca depend mais traditionnellement gauche et tout ce qui se trouve a l'est de Milan vote droite, voire extreme droite sauf l'Istrie qui vote gauche. La sardaigne est une region de gauche, les autres regions sont habites par des moutons qui n'ont pas le droit de vote en Italie, ce qui pourrait change si Berlusconi s'apercoit que les moutons sont tendanciellement de droite.
Enfin tout ca pour dire que Berlusconi a le pouvoir pour un an voire deux et puis apres une magouille « a l'italienne » la gauche va faire tomber le gouvernement en mettant en cause le senateur pas honnete (ce qui est tres facile a trouve a Rome) d'un parti genre « aborto. No grazie » (si si il existe et y a meme des gens qui ont vote pour, ceux qui voulais pas d'avortement). C la democratie italienne celle qui exaspere le peuple et fais que les italiens preferent il corriere dello sport alla Repubblica.
Pourc eux qui parlent anglais ou italien y a le blog de Beppe Grillio, tres bon selon moi pour comprendre l'Italie http://www.beppegrillo.it/eng/
De pomme53
Médiation | 09H48 | 23/05/2008 |
Silvio Berlusconi est revenu au pouvoir car il a su, avec une droite rassemblée et décomplexée (ça ne vous rappelle rien ? ) exploiter à son avantage les querelles de la gauche et du centre-gauche Italien, incapables de composer avec les nouvelles donnes de l'économie de marché.Cette nécessaire liberté d'entreprendre comme facteur d'émancipation, ce capitalisme jugé « débridé » et responsable de tous les maux, honni de tous les arguments socialistes ! et pourtant…
Cette gauche Italienne ressemble beaucoup à notre gauche Française !
Les peuples socialistes européens se prennent à rêver à chaque élection que la gauche au pouvoir sera en mesure de leur apporter la « lune » avec en prime un avenir tout tracé, dans la douceur et la félicité !
Or il n'en n'est rien ! C'est ce qui explique à chaque fois l'ampleur de la déception et les scores de l'opposition de droite où d'extrême droite. Comme n'importe quel autre parti au pouvoir, un gouvernement de gauche en charge des affaires est contraint de s'adapter aux obligations budgétaires, européennes, au nécessaire pragmatisme de gestion, commun à toutes les équipes dirigeantes de quelque bord politique qu'elles appartiennent ! En 1982, François MITTERRAND en avait fait l'amère expérience.
Déçus par cette gauche Italienne au pouvoir qui n'a pas su dire avec vérité, ses limites aux espoirs d'un peuple en attente, les Italiens se sont retournés vers celui qui présentait un discours aux promesses éclatantes d'un avenir radieux ! Celui qui promettait le beurre et l'argent du beurre ; arguments populistes s'il en est, que Silvio maitrise à la perfection tant il incarne cette façade « bling bling » superficielle,( dont le petit Français à suivi pas à pas le concept qui à fait ses preuves en Italie surtout en 2001) le tout avec l'appui constant du pouvoir médiatique de la presse et de la télévision, véritables machines à manipuler les consciences des électeurs. Le résultat était sans surprise, comme en France !
A l'instar des Français en 2008, lorsque les Italiens se rendront compte que la droite au pouvoir accentue par nature les inégalités et les injustices, ils se retourneront tel un balancier, aux prochaines élections vers un candidat qui saura rassembler avec des arguments plus solidaires, plus justes ! A moins qu'entre temps, n'en pouvant plus de ces injustices, ils se choisissent une cohabitation ? !
Ainsi va la vie politique…sans dessein, sans destin !
juste pour améliorer son quotidien.
Reste à savoir si ce type de « démocratie » n'a pas déjà atteint ses propres limites ? !