La France offre ce jeudi un curieux spectacle. D’un côté l’image d’une unité syndicale exceptionnelle autour de la question de la retraite, d’une agitation sociale qui réflète une inquiétude croissante des Français. Et de l’autre celle de dirigeants politiques, à droite comme à gauche, engagés dans des jeux de pouvoir bien éloignés des préoccupations quotidiennes de la population.
Les différents éléments de l’actualité politique et sociale sont bien difficiles à relier entre eux. Sinon pour constater un fossé considérable entre les sujets qui font descendre les gens dans la rue, et ceux qui font débat au sein de la classe politique. Le divorce n’est pas nouveau, mais un an après une élection présidentielle qui avait vu une participation record, et avait semblé réconcilier les Français et la politique, la désillusion est grande.
A tout seigneur, tout honneur, Nicolas Sarkozy, placé par les Français à la tête de l’Etat, a sa part de responsabilité. Il change de registre quasiment chaque semaine, sans parvenir à remonter la pente de l’impopularité dans laquelle il a brutalement sombré au début de l’année. Ce sont ses propres amis qui en font aujourd’hui les frais, avec la création de ce petit groupe de ministres appelés à devenir sa garde rapprochée -au détriment des autres, et en particulier du premier d’entre eux, François Fillon. Le chef du gouvernement se voit même déposséder, ultime humiliation, du petit déjeuner hebdomadaire de la majorité.
Cette volonté de tout régir de l’Elysée, qui n’empêche pas les couacs à répétition au sein de l’UMP, est le trait principal du quinquennat. Elle se retrouve au coeur de la réforme des institutions en débat au parlement. Cette réforme fait l’objet d’un bras de fer entre majorité et opposition, mais ce débat passe assurément au-dessus de la tête de la plupart des Français.
En face, la gauche est trop occupée par ses propres affaires pour le moment. Les tenors socialistes ont le congrès de Reims en ligne de mire, et, au-delà, se positionnent déjà pour 2012 ! La sortie du livre de Bertrand Delanoë, aujourd’hui, ne fait événement que parce qu’il annonce la confrontation avec Ségolène Royal.
Les sujets de débat ne manquent pourtant pas dans la France d’aujourd’hui. Les Français sont inquiets pour leur pouvoir d’achat, font face à l’érosion de leur modèle social, ils s’interrogent sur leur place incertaine dans la mondialisation. A ces questions, aucun parti politique n’apporte de réponse claire et franche, ni de perspective d’avenir. Le mot de réforme, trop souvent employé, s’est bien rapidement dévalorisé.
Les manifestants de jeudi savent qu’ils ont peu de chances de se faire entendre ; unis dans la rue, les syndicats sont eux-même divisés sur les réponses à apporter aux problèmes de la retraite. Cette situation n’est évidemment pas saine : elle encourage les groupes d’intérêt particuliers, comme les marins pécheurs, à passer en force. Dangereux climat, donc, pour Nicolas Sarkozy et sa nouvelle "task force" ministérielle.
Pierre Haski
► Edito diffusé jeudi 22 mai sur Europe1. Retrouvez l’édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.
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en quoi le climat est-il dangereux pour sarkozy? sarkozy n’a rien a perdre - il a deja tout perdu (tout pour lui = sa cote de popularité). et il fera tout pour tenter de regagner ce qui s’est volatilise - tout, c’est à dire le pire, flatter les + bas instincts endormis qui ne demandent qu’a se reveiller (par ex acheter les syndicats pour briser la solidarite) .
en revanche, la periode est dangereuse pour tous, chaque individu - celui qui n’a pas le bon papier (comme si le civisme ne dependait que d’un papier), celui qui defend l’ecole de la curiosite (plutot que de la technicite), celui pour qui la societe est toujours a inventer (et non un marche a exploiter) - bref pour toute forme de minorite.
seule bonne nouvelle : c’est souvent dans l’adversite qu’il y a le plus de solidarite et d’inventivite - par ex la mobilisation de tous dans le sichuan sinistré.
« Sarko t’es foutu, le peuple est dans la rue »
Mais que se passe t-il dans l’autre parti de gouvernement?
Comme ils sont attendrissant, ces Dray et ces Hammon, lorsqu’ils feignent de découvrir que leur cher parti est conduit par des pragmatiques. Comme s’ils n’avaient pas assisté à la dernière campagne présidentielle en croisant les doigts.
Lorsque Ségolène a proposé le poste de premier ministre à Bayrou, il était clair qu’elle n’envisageait pas de conduire une politique Socialiste au sens Marxiste du terme.
Royal, comme Delanoé, comme DSK sont persuadés qu’ils ne peuvent pas gagner en 2012 s’ils continuent à apparaître comme uniquement des « Socialistes ". Ils leur faudra se déclarer " libéraux » en rajoutant « social » pour ne pas se couper de leur base.
Leçon N° 1: « D’abord se faire élire puis ensuite, on verra ».
Mittérand s’est paré d’habits socialistes et, une fois au pouvoir, a trahi les aspirations du peuple de gauche en pratiquant une politique libérale et sociale.
Au moins Delanoé a l’honneteté d’annoncer clairement la couleur. Aux électeurs de choisir, mais moins de mensonges des élus, c’est plus de progrès pour la démocratie.
La dichotomie qui s’est installée entre le monde politique et les Français (mais pas tous…) est liée surtout à une totale ignorance des conditions de vies des populations les plus fragiles par notre élite politique.
Seuls quelques groupes de pression très déterminés arrivent encore à infléchir quelques rigidités de nos instances gouvernementales.
Alors que les situations d’existence des personnes défavorisées sont de plus en plus précaires, notre gouvernement paraît souscrire à une feuille de route résolument libérale ne tenant aucun compte des affres liées à la croissance immodérée des prix et de la fragilisation de la protection sociale, y compris l’accès aux soins.
Ce que vous appelez « inquiétude croissante », est en vérité une exaspération maximale pour certains groupes sociaux en limite de rupture avec nos minimums requis en terme de tenue sociale et de pauvreté.
Entre les soucis d’éco(..logie, ..nomie) à court terme et la bonne gestion des sondages à droite, et les préoccupations de réussite individuelles à gauche, on assiste, effarés, à un théâtre grand guignol, à l’issue duquel le peuple ignore le sort qui va lui être réservé.
Taxons les revenus de l’argent et les records insensés des bénéfices des grands groupes financiers, peut-être qu’il y a là, une opportunité de sortir de nos problèmes. Réduisons les énormes inégalités des revenus.
Exemple d’un médecin généraliste :
C’est une dame, elle dit :
« - ah non, il n’est pas question que je parte en inactivité à la fin de l’année. J’aurais bien le droit, mais si je continue à exercer 5ans (jusqu’à 65ans), je toucherai 9500 euros par mois, tandis que si je pars cette année (60ans) je ne percevrais que 8000euros. »
Cette personne possède en plus quelques bien immobiliers en location.
Voilà, c’est un exemple entendu (non vérifié) à méditer.
Oui, les politiques ont la tête ailleurs, et c’est probablement lié à leur condition d’existence aisée et leurs privilèges. Ils ne vivent pas sur la même planète que la plupart des citoyens qui les élisent. Voilà la raison de leur cécité.
La question des revenus du travail est posée depuis bien des années, que ce soit au titre des traitements en activité ou des salaires différés lors de la retraite.
Il faut rappeler que le coût du travail n’a cessé de diminuer en masse globale dans la richesse créé. La courbe peut être consultée sur Internet facilement.
Parallèlement, le gain de PIB a été constant et les bénéfices nets des actionnaires, notamment ceux du CAC 40 a augmenté de manière très importante.
La traduction de ces tendances est simple: la richesse globale n’a cessé d’augmenter, les dividendes versés aux actionnaires n’ont cessé d’exploser pendant la masse salariales globales n’a cessé de diminuer. Chercher l’erreur.
Pendant un temps, le différentiel a été investi dans les 35 heures et dans le partage du temps de travail, deux principes refusés par le patronat. Il faut donc revenir aux fondamentaux et demander que ces surplus de bénéfices sont de nouveau affectés intégralement aux salaires et primes, ainsi qu’au financement des retraites.
Ce différentiel représente une moyenne de 10 à 15 % de perte de pouvoir d’achat pour le monde du travail, dans le privé comme dans le public. Ce différentiel se retrouve dans l’amélioration des rendements des dividendes versés dans les entreprises.
On voit bien que l’Etat est directement responsable de cette situation en refusant de réguler ces domaines, au nom de l’économie libérale.
Cette situation ne peut que s’aggraver dans l’avenir tant que l’Etat refusera cette régulation.
Derrière cette situation se pose une question bien plus sérieuse: prisonnier des accords internationaux sur le commerce et l’industrie, et bientôt de l’accord sur les services, prisonnier des règles européennes, l’Etat peut-il encore prendre des décisions de régulation ou non ?
Si oui, seule la pression du monde du travail pourra l’y obliger.
Si non, il faut nous préparer à des crises sociales de plus en plus graves dans tous les pays, y compris et surtout dans le domaine de l’alimentaire et de l’énergie. Déjà des violences apparaissent dans certains pays touchés par la famine économique ( non pas le manque de nourriture mais le manque d’argent pour acheter de la nourriture ).
C’est çà la société libérale, c’est à dire sans règles d’Etat suffisantes. C’est une sorte de machine infernale à la Cocteau, où les gens se parlent sans se comprendre, tandis qu’inexorablement, les mécaniques du piège se referment sur tous les acteurs que nous sommes.
Mille excuses je pars en hors-sujet (quoique) mais vous, Pierre Haski, de qui j’aurais attendu plus de circonspection, reprenez l’expression, de nos jours omniprésente, de « classe politique ».
Vous en faites ici usage en un sens faible, pour désigner un groupe pas exactement professionnel, de stars de la politique (et des médias?). Mais prenons l’expression au sérieux. Dans votre édito, vous pointez la surdité des « politiques » aux cris du peuple. Cela suffit-il à en faire une classe, à proprement parler?
Si vous répondez que nos représentants politiques constituent, à vos yeux, un groupe social bien distinct, relativement uni, doté d’intérêts propres et en lutte avec les autres groupes -nous- pour les imposer, il ne vous restera qu’à nous appeler à la Révolution!
Il est vrai que l’on peut avoir l’impression, en un jour comme aujourd’hui, d’une véritable lutte de classes entre la France et ses représentants. La situation est tellement insensée qu’elle en vient à donner un sens à cette expression absurde.
Pas pour trop longtemps j’espère?