Monsanto et d'autres industries polluantes ont forcé la création d'une ville aujourd'hui fantôme, où seuls survivent quelques Noirs.

A l'heure où les Américains se passionnent pour la prochaine élection présidentielle, quelques villes touchées de plein fouet par la crise industrielle semblent oubliées de tous. Exemple symptomatique de cette Amérique pleine de contradictions, la ville d'East Saint Louis, encerclée d'usines pétrochimiques et du géant Monsanto, tente de survivre à une situation hallucinante héritée de plusieurs siècles d'industrialisation sauvage.
Seul un pont autoroutier sépare les villes de Saint Louis (Missouri) et d'East Saint Louis (Illinois). Un pont, plutôt un gouffre, tant les deux villes sont différentes de par leur culture, leur histoire et leur évolution.
Un paysage apocalyptique
Lors de mon arrivée en post-doctorat à Saint louis, je n'avais pas quitté l'aéroport que plusieurs personnes m'avaient déjà conseillé de ne jamais franchir cette barrière physique qui semblait mener tout droit en enfer. La semaine qui suivit ne démentit pas cette impression, East Saint Louis semblant terrifier tous les habitants de Saint Louis sans qu'ils n'y soient jamais allés. Le week-end suivant, les papiers de ma voiture de location en poche, je prenais la direction d'East Saint Louis pour voir de mes yeux cette ville maudite.

Deux heures d'errance au cœur d'East Saint Louis vous prennent aux tripes tant le paysage est apocalyptique. Le long des rues, de nombreux immeubles se sont littéralement effondrés. Je suis obligé de rouler sur les trottoirs pour éviter les gravats. Le soleil surchauffe le béton fissuré. Les très nombreuses maisons brûlées ou murées donnent à East Saint Louis un aspect de ville fantôme. Seul, de temps en temps, un Afro-américain solitaire qui traverse la rue comme dans un rêve casse cette impression.

Oh ! J'avais oublié de préciser ? East Saint Louis est peuplé à plus de 99% d'afro-américains. Le taux de chômage y passe la barre des 60%. Quand je traverse le Mississippi pour retourner à Saint Louis, j'ai un drôle de goût dans la bouche et une seule question en tête : comment la supposée plus puissante nation du monde peut-elle générer et accepter une telle situation ? L'histoire d'East Saint Louis est indissociable de celle de l'industrialisation des Etats-Unis. Le lieu, de par sa position géographique au bord du fleuve Mississippi, est stratégique pour les échanges industriels est-ouest. Ainsi, au début du XIXe siècle, de nombreuses industries viennent s'établir sur ce site. Le drame d'East Saint Louis est que la ville n'est créée qu'en 1861, bien après l'implantation des industries qui vont modeler son histoire à leur guise.

Les difficultés actuelles se jouent donc dès le moment de sa création. East Saint Louis est, à la base, un centre industriel avant d'être une ville à part entière. De ce fait, la vie de la cité n'a jamais été basée sur le contrat social cher à Jean-Jacques Rousseau. Le bien-être des habitants, but ultime du contrat social, est ici remplacé par une politique toute dédiée au développement et à l'épanouissement des industries lourdes, peu importe le prix à payer pour les habitants. Cette situation ne pouvait qu'engendrer un désastre humain. Il est en cours depuis un siècle.
Les émeutes les plus sanglantes de l'histoire de l'Amérique
Le point de départ de l'effondrement d'East Saint Louis est le développement de fortes revendications syndicales lors des années 1910. Les industries, soutenues par la mairie, font appel à une immigration afro-américaine du sud des Etats-Unis pour casser les grèves naissantes. Le sentiment de frustration et le racisme latent sont tels au sein de la population blanche que les émeutes les plus sanglantes de l'histoire de l'Amérique éclatent le 2 juillet 1917. Selon les sources, entre 40 et 300 afro-américains sont littéralement lynchés ce jour-là par la population blanche, encouragée par la police et les autorités. Ce déferlement de violence va avoir des conséquences catastrophiques qui engendreront la situation actuelle de la ville.
Les industries poursuivent leur politique de remplacement des ouvriers blancs par du personnel noir, moins qualifié et donc moins enclin à s'organiser en syndicats. Elles vont même pousser leurs logiques de profits jusqu'à créer leur propre ville, annexant une partie du territoire d'East Saint Louis. Ainsi, quand le géant Monsanto s'installe au bord du Mississippi en 1926, il trouve tout naturel d'utiliser les terrains de la ville et de créer Sauget, ville chimérique, sans habitant, constituée uniquement des locaux de l'usine chimique nouvellement édifiée.

La grande dépression des années 1930, la Seconde Guerre mondiale ainsi que les changements profonds de l'industrie se chargent de donner le coup de grâce. De nombreuses usines ferment et la population blanche, plus aisée, quitte la ville, changeant drastiquement son visage socioculturel. La population est ainsi divisée par quatre entre 1930 et 1965. East Saint Louis est devenu en quelques décennies une ville » noire » , encerclée d'usines qui ne payent plus de taxes à la mairie mais qui continuent de déverser leurs produits chimiques dans les égouts estampillés East Saint Louis.
Comme si cette descente aux enfers ne suffisait pas, les années 1970-1990 vont être encore plus terribles pour les habitants. La ville est alors sans ressource et accumule les dettes. En quelques années, toute la chaîne sociale s'effondre : hôpitaux, écoles et églises ferment. East Saint Louis devient la seule ville américaine de plus de 25 000 habitants sans service obstétrique. Le crime fleurit. Les égouts, rongés par la chimie des usines, répandent jusque dans les maisons des vapeurs toxiques qui engendrent le taux de cancers le plus important des Etats-Unis.

Clou du spectacle, la mairie est contrainte, faute de financement, de cesser le ramassage des ordures ménagères. Entre 1989 et 1994, les habitants sont obligés de brûler leurs ordures sur les trottoirs et la ville se remplit d'une population de rats, gros comme des chiots, qui transmettent aux enfants infections et maladies.
Une telle situation est-elle acceptable pour une puissance telle que les Etats-Unis ? Non bien sûr ! Et l'Etat d'Illinois de prendre une décision forte. Lors de l'édition de la nouvelle carte officielle de l'état en 1993, East Saint Louis n'y est plus mentionné. L'existence même de la ville et de ses habitants est niée. East Saint Louis touche le fond au milieu des années 1990. C'est alors que quelques voix s'élevent pour lui venir en aide.
Aujourd'hui, le sol reste pollué par Monsanto et la ville n'a toujours pas d'hôpital
L'Illinois finit par investir de l'argent pour permettre d'améliorer le quotidien des habitants, surtout des enfants. Cependant, la situation actuelle n'est guère plus florissante. Le sol est toujours pollué par Monsanto et ses congénères. La ville n'a toujours pas d'hôpital. Les bâtiments publics sont encore abandonnés et s'effondrent au milieu des rues.
J'ai passé deux ans à essayer de comprendre ce qui avait bien pu se passer pour en arriver à cette situation. Deux ans à explorer et photographier East Saint Louis (voir mon site Residues.net), me faisant traiter de fou par les gens bien pensants de Saint Louis qui n'avait jamais traversé le Mississippi. Au final, deux belles années qui m'ont permis de rencontrer des personnes chaleureuses et accueillantes malgré leurs conditions de vie. Je leur souhaite un futur plus ensoleillé.




















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De Jonas2
Les mouches ne me trouveront pas as... | 17H25 | 20/05/2008 |
Cette apocalypse donne une idée très précise et très concrète des perspectives que l'ultra-libéralisme offre aux plus faibles de nous tous.
Et c'est vrai Sur-Commandant Mazout que nous avons aussi, ici, chez nous en France des détritus de ce rouleau compresseur.
De dlebouc
internaute | 17H37 | 20/05/2008 |
Je confirme totalement le contenu de cet article. Au début des années 90, le contraste entre les deux rives était saississant. A l'époque East Saint Louis est le seul endroit des Etats Unis où j'ai vu des voitures de police cabossées et rouillées (tout un symbole ! ).
De vluzinier
17H55 | 20/05/2008 |
merci M.Marrocchi pour cet intéressant article.
et d'accord avec Jissé, certaines bourgades de l'hexagone sont tristement logées à la même enseigne.
J'ai moi même effectué un périple dans le Delta du Blues (hgwy 61), pendant lequel j'ai constaté le même délabrement, mais aussi une chaleur humaine rare.
Les images sur
http://www.vincentluzinier.net/D61/d61-vid.html
Vz
De pomme53
Médiation | 18H20 | 20/05/2008 |
Intéressant et édifiant reportage photos de Yves MAROCCHI au pays de l'Oncle Sam !
Je n'ai pas trouvé la définition précise de la curieuse spécialité de « cosmochimie » ! ? pourrait-elle avoir un lien avec l'étude des conséquences sur l'homme et son environnement de l'exploitation industrielle outrancière de la pétrochimie ? !
Et en ce cas, effet, pourquoi pas à East Saint-Louis !
Les américains aiment présenter leur pays comme la référence quasi absolue de la démocratie, le modèle par excellence de la liberté d'entreprendre avec pour dommage colatéral d'effroyables pollutions industrielles que la planète commence maintenant à rejeter sous forme de dérèglements climatiques, de séismes, de catastrophes soi disant « naturelles » !
Histoire de mettre un peu d'ambiance au festival de Cannes, la pensée m'est venue de glisser quelques uns de ces clichés en « images subliminales “ dans les productions cinématographiques américaines pour susciter un nouveau genre : ‘les aventuriers noirs de l'East Saint-Louis perdu’ ! Mais on pourrait faire un second opus avec ceux de la Nouvelle Orléans, autre ‘friche’ abandonnée par l'administration BUSH !
A l'évidence, Barrack OBAMA a encore beaucoup de chemin à parcourir pour réparer les torts de la condition humaine surtout quand elle est noire de peau en amérique !
à pomme53
De Yves Marrocchi
(auteur)
Chercheur en cosmochimie au Muséum | 08H13 | 21/05/2008 |
La cosmochimie est la science qui étudie la formation du système solaire. Pour ce faire, nous analysons des météorites, des roches terrestres et les échantillons disponibles des missions spatiales (Genesis, Stardust). Le but est d'essayer de comprendre les conditions et la chronologie de formation du système solaire.
Yves
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 18H29 | 20/05/2008 |
Avec de tels reportages revenez souvent dans la Rue afin que nous y restions.
De hans lefebvre
18H34 | 20/05/2008 |
En premier lieu, M. Marrocchi, mille remerciements pour ce témoignage édifiant, ahurissant, reflet d'un monde qui parfois touche à l'abjecte. Encore mille remerciement pour vous être penché sur la destinée de ces humains oubliés, bafoués, niés.
C'est ici un scénario des plus glauque et accablant pour nombre des décideurs qui ont présidé au(non)devenir de ces humains. Monsanto, ce grand consortium criminel (sans oublier ses co-auteurs) devrait répondre de cela devant la justice !
Une raison supplémentaire, s'il en fallait une, pour boycotter les produits de cette entreprise.
Remerciements
http://jeboycotte.org
De coraliedd
retraitée ET très intéressée | 18H53 | 20/05/2008 |
De même SALSIGNE dans l'AUDE : pollution à l'arsenic, plomb et autres joyeusetés lorsqu'on extrayait de l'or. Puis après la fermeture de la mine on s'est servi des galeries pour entreposer des produits hautement polluants ( une galerie de mine n'est pas étanche et le coin est rempli de nappes phréatiques et de nombreux petits cours d'eau).Ces produits viennent de divers coins de France et même d'Allemagne ! ! ! ! ! .
Les habitants environnants ne peuvent plus arroser : la rivière : ORBIEL est impropre à l'arrosage du jardin ; ni boire l'eau de leurs puits (circulaire préfectorale d'il y a 1 an et demi) ; j'ignore ce qu'il en est des bêtes d'élevage qui mangent et boivent ce qui se trouve dans leur environnement, la consommation de la viande semble autorisée mais je pense que pour être au courant il faudrait qu'on se décide à enquêter sérieusement. En France , c'est un peu comme en Amérique : on n'en parle pas, on évite de faire des recherches et comme cela il n'y a pas de problème.
L'exploitation de cette mine continue donc comme dépôt de déchets, un comité de surveillance doit exister mais dans la plus grande discrétion et anonymat et les habitants restent dans l'ignorance de ce qui se passe.
De stratus44
19H01 | 20/05/2008 |
Merci pour cet article documenté et éclairant sur le fonctionnement de « la plus grande démocratie du monde » et de ce qui guette les pays développés s'ils ne remettent pas l'homme au coeur du système économique. J'ai retrouvé le choc ressenti lors de mon unique voyage aux USA il y a environ une quinzaine d'années. Washington DC. Nous avions donné une mauvaise adresse au chauffeur de taxi. Nous sommes à 1km de la Maison Blanche. Un clic des portières indique qu'elles sont verrouillées. Nous traversons un quartier dévasté, comme si un cyclone, un bombardement, étaient passé par là. Des traverses de bois ferment des fenêtres, des maisons éventrées, et soudain une ou des silhouettes qui passent comme des fantômes et rappelent que ce n'est pas un cauchemar mais la réalité. Quinze ans plus tard je suis loin d'avoir oublié. Il est utile de ne pas occulter les coulisses de ce grand pays tout en reconnaissant les extraordinaires capacités de rebond et d'enthousiasme de pugnacité de ses citoyens.
De Phil2922
Retraite invalidité | 19H56 | 20/05/2008 |
Les photos d'East Saint-Louis en noir et blanc rendent cette ville encore plus apocalyptique. Dire qu'il y a encore 30 000 habitants qui vivent , où plutôt survivent, dans cet environnement.
A propos de Monsanto, Noël Mamère vient de lancer à la désobéissance civile.Si on ne veut pas être envahis par les OGM…, va falloir se bouger… ! !
http : phil195829.overblog.com
De Citoyenne_lambda
20H07 | 20/05/2008 |
Merci d'avoir franchi le pont pour voir et montrer ce qu'il en est quand il n'y a plus rien. Votre description terrible m'a fait penser à « La route » (Cormac Mac Carthy).
De aristophane
20H25 | 20/05/2008 |
La terre se portera bien le jour où l'homme aura totalement disparu !
Il est tellement con qu'il se suicidera tout seul !
De Marc Pasturel
Retraité, français et nationalité a... | 20H52 | 20/05/2008 |
Article intéressant et je remercie celui/celle qui l'a écrit.
En remarques
qui m'entraineront à déborder le sujet… :
»… East Saint Louis est peuplé à plus de 99% d'afro-américains. »
Combien d'habitants restent approximativement à East St Louis ?
Le chiffre de 99% aurait alors plus de sens.
»… Le point de départ de l'effondrement d'East Saint Louis est le développement de fortes revendications syndicales… »
Je comprends bien que le parallèle est exagéré,
mais je ne peux m'empêcher de faire remarquer la chose à mes amis syndicalistes métropolitains si systématiquement revendicateurs.
Quel dommage pour les français qu'ils se laissent si facilement mener par les syndicats, pourtant très minoritaires, dans autant de manifestations de rue et même de grèves.
Il ne suffit pas de gueuler, il faut s'asseoir pour discuter et essayer de comprendre la raison du courant socio-économique qui vous entraine.
Et quand on n'est pas d'accord il faut avoir l'esprit civique et la patience de laisser le système démocratique faire son travail.
Lorsque le 15 mai, 20.000 à 40.000 manifestants descendent dans la rue pour manifester , c'est leur droit, mais peuvent-ils prétendre représenter 1.200.000 enseignants ?
Lorsque les pêcheurs bloquent les ports pour manifester contre le prix du fuel,
agissent-ils au mieux de leur intéret ? En militant pour des mesures sur le court-terme, ne dépensent-ils pas de leur énergie et leur capital de bonnes volontés au détriment de l'énergie qu'il faut pour trouver des solutions pour le long terme ?
Ceci dit :
oui, le capitalisme à l'américaine n'est pas sans défauts, loin de là,
et on souhaite plus de conscience sociale.
Mais il profite bien à ceux qui peuvent obtenir une éducation
et surtout à ceux qui ont le courage de prendre des risques.
Cela peut être tourné en dérision sous l'étiquette « LOI DE LA JUNGLE ».
Mais c'est la loi qui nous régit depuis des milliers/millions d'années,
la loi qui a conditionné, et continuera de conditionner notre évolution,
qu'on légifère contre ou non.
La conscience humaine est venue y apporter des palliatifs, et c'est bien ;
mais ce ne sont que des palliatifs.
En France il se pourrait que trop veulent le nivellement par le bas,
que trop se concentrent sur leur DROIT et oublient leur DEVOIR.
Je suis conscient d'avoir débordé de beaucoup le sujet de l'article,
mais il en est ainsi de mon processus de pensées…
N'hésitez pas à me répondre à marc@soleil.com.
J'ai du temps libre (je suis à la retraite)
et le sujet m'interesse ;
parce que j'aime la France qui m'a éduqué et m'a formé
et j'ai eu la chance d'avoir pu profiter du capitalisme américain
(qui a continué de m'éduquer et de me former, pendant plus de 40 ans,
et forme nos 3 enfants et 6 petits-enfants).
De nanalanou
enseignante référente (Nord) | 21H26 | 20/05/2008 |
Après les Organismes Génétiquement Modifiés, Monsanto gratifie l'espèce humaine de Villes Génétiquement Modifiées ! « L'agent orange » avait lui aussi semé derrière lui,en son temps, d'autres paysages apocalyptique…
à nanalanou
De Lemmy_Nothor
The Emmett Grogan Memorial Barbecue | 16H13 | 21/05/2008 |
Monsanto est avant toute chose , le créateur d'un produit beaucoup plus fameux que les OGM.
Les BPC ça vous dit qquechose ? Et oui, c'est Monsanto qui est l'auteur. C'est aussi Monsanto qui fit des tests sur les BPC, et qui les ont cachés durant des decennies, sachant très bien que c'était un danger pour tous ceux qui étaient en contact avec le produit.
De cednahud
22H23 | 20/05/2008 |
merci pour cet article.
Malheureusement cette ville n'est pas la seule à connaitre ce genre de decheance dans cette région des USA. Ainsi des villes comme flint et Détroit connaissent la meme évolution avec comme point commun l'abandon de grandes firmes industrielles (général motors…)….Le cas de Détroit est particulierement frappant car l'ensemble de la population blanche a quitté le centre ville pour des pavillons suburbains laissant le centre dans en complet abandon ou ce mele taudis, friches industrielles, et immeubles délabrés. Lorsque l'on passe dans le centre ville (tout de meme 1m d'habitants)on a la sensation de rentrer dans un pays en guerre…Et dire que l'on est dans un haut lieu de l'histoire industrielle des états unis….
Et apres ça on veut nous parler de capitalisme à visage humain
De Comptesuple18octàlademandeduriverain
bavureux mais pas ripoux ! | 22H45 | 20/05/2008 |
Je suis entrée dans un Carrefour avec un tee-shirt imprimé « l » abus de libéralisme est dangereux pour notre survie , Sarközer tue « (encadré rectangle noir comme pour les cigarettes) . Il n'a pas fallu 5 minutes pour être virée .Je suis allée me faire filmer et photographier par la télé et la presse locale , avec un commentaire acide sur les produits chimiques et la malbouffe vendus dans ce market super.
Un de nos RG déguisé en Miss Fin du Monde obtient toujours un franc succès lors de nos élections - infos régionales.
Les citoyens doivent être informés par NOUS , qui ne devons pas nous contenter de nous indigner entre nous sur les forums. AGIR !
De léo solo
09H41 | 21/05/2008 |
La main invisible du marché laisse des traces bien visibles.
Voilà un reportage qui valide l'aphorisme de r Char :
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil »
De Gringo
| 13H13 | 21/05/2008 |
Comment se fait-ce qu'un commentaire autrefois selectionné disparaisse de la liste… ? Les écrits perdent en pertinence avec le temps ; -) ?
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 14H34 | 21/05/2008 |
Félicitations à Yves Marrocchi pour cet exposé et pour son implication personnelle au service des populations affectées. Je sais par expérience que l'engagement de personnes comme lui pèse de tout son poids tant dans l'image très positive que les populations afro-américaines ont généralement des Français, considérés comme des progressistes, que dans la défense et le maintien d'un espoir d'intégration en leur sein. Ceci n'est pas mince au vu de la perspective communautariste qu'on a voulu et qu'on veut encore leur imposer. Bravo, donc !
Cela dit -- et ce qui suit ne conteste en rien l'argumentaire environnemental très charpenté qu'Yves Marrocchi nous présente --, je voudrais apporter quelques précisions.
Tout d'abord, East St. Louis a joué un rôle « phare » important dans l'émancipation culturelle afro-américaine, en dépit de tout. On en veut pour preuve l'enregistrement de « East St. Louis Toodle-Oo » (composition de Duke Ellington et de son trompettiste Bubber Miley) par l'orchestre de Duke en 1926. Cette version traduit une vision somme toute légère de la situation de la ville, elle s'apparente à une œuvre de style Dixieland plutôt joyeuse. Il en va tout autrement de la version beaucoup plus sombre enregistrée en 1937 sous le nom de « NEW St. Louis Toodle-Oo » ; par bien des côtés (tempo plus lent, sonorité à dominante tragique), celle-ci constitue une sorte d'oraison funèbre suite à la dévastation résultant de la grande dépression des années 30.
Ensuite, il ne faut pas sous-estimer la sociologie spécifique aux ghettos noirs américains. Car ce qui s'est passé à East St. Louis n'est pas seulement le fruit de la dévastation environnementale causée par une industrialisation à outrance dans un paysage urbain. On retrouve cette dévastation dans d'autres lieux, pas plus pollués que d'autres au départ, comme Newark (New Jersey), Détroit (Michigan), Philadelphie (Pennsylvanie), ces deux dernières villes étant à majorité noire, ou encore dans des quartiers comme Watts (Los Angeles), Bushwick, East New York (Brooklyn, NY). Il y a de multiples autres exemples.
A chaque fois, le dépeuplement résulte de l'apartheid résidentiel qui sévit encore malgré l'abolition officielle de la ségrégation raciale à la fin des années 50. Sauf dans quelques rares endroits privilégiés, cet apartheid n'a pu être surmonté. Il est profondément ancré dans les mentalités américaines, et se conforme au schéma suivant : (1) afflux de populations noires déshéritées originaires du sud dans les villes, (2) réactions hostiles des prolétaires « petits blancs », (3) exode de ces derniers, qui craignent leur propre « sur-prolétarisation compétitive », (4) constitution de ghettos presque intégralement peuplés d'Afro-Américains, (5) tentatives désespérées de ces derniers de fuir le ghetto… pour se retrouver dans un autre ghetto, et ainsi de suite…
La tragédie des ghettos est qu'elle reproduit à l'infini le schéma de l'esclavage et de ses conséquences : non seulement sur-paupérisation des Noirs, mais encore impossibilité pour les Noirs ayant connu une certaine réussite économique et sociale d'échapper à l'emprise de la ségrégation résidentielle (il existe des ghettos afro-américains petits-bourgeois ou même – rarement – bourgeois). L'un des plus graves problèmes est la quasi incapacité des ghettos de promouvoir en leur sein des élites susceptibles d'être entendues (ou écoutées) par les politiques blancs, qui, même lorsqu'ils sont bien intentionnés, sont impuissants à inverser la tendance globale.
Le maintien de cette ségrégation de fait explique pourquoi, après des décennies de « négligence bénigne » (l'expression est de Daniel Patrick Moynihan, ex-ministre de la santé, de l'éducation et du bien-être, qui a appliqué cette politique dans le gouvernement de Richard Nixon au début des années 70), on a pu se résoudre à effacer la ville d'East St. Louis de la carte. C'est nier la réalité parce qu'on est incapable ou peu désireux de la réformer.
De Aimeho de Tahiti
02H46 | 22/05/2008 |
Article impressionnant d'autant plus avec les photos qui illustrent de façon terrifiante le contenu de l'article. Merci à Yves d'avoir franchi le fleuve Missouri. Certains riverains n'en ont pas moins rappelé qu'en France des friches industrielles marquaient le territoire hexagonal de manière indélébile. Suite à l'abandon sauvage e'activité industrielle sans obligation préalable d'une réhabilitation des sites exploités, après traitement des substances toxiques comme à Salsigne dans l'Aude ou ailleurs. Et comme certains voyageurs nous l'ont démontré cela c'est passé au Chili avec le « cimetière de trains » d'Uyuni ou de la ville mine fantôme d'Humberstone. Là nous sommes plus dans la fin de l'exploitation éhontée du pillage exogène (comme l'on dit) de ressources naturelles.
Tout cela nous parle du passé mais déjà le futur se présente et nous fait froid dans le dos. Pour se limiter au seul Pacifique les 2 projets d'exploitation du nickel en Terre Kanake, ou Nouvelle Calédonie, soulèvent des interrogations sans grandes réponses fiables. Si certaines précautions semblent avoir été prises sur la limitation des rejets au Nord sur le site de Goro, il n'en est pas de même au Sud où les inquiétudes se font jour. Destruction d'une forêt primaire qui est exceptionnelle là bas et rejet des effluents avec un émissaire en eau moyenne à quelques kilomètres à l'intérieur du lagon. Or c'est le même lagon que l'état français voulait inscrire au Patrimoine mondial de l'Humanité avec son VRP de luxe, C. Estrosi qui avait réservé un Falcon privé à 180.000 Euros pour ne pas rater une « sauterie » à l'Elysée.
Par contre le même état français se donne tous les moyens pour effacer toutes traces de ses mortelles activités stratégiques à Moruroa, Fangataufa et sur les atolls de repli de Hao et des Gambiers. Ce zèle intempestif va à l'encontre de l'esprit de la délibération de la Commission permanente de l'Assemblée du 6 février 1964 dont la délibération 64-27 portant « cession gracieuse de Moruroa et Fangataufa, en toute propriété par le territoire à l'état », car la restitution après les expérimentations devaient se faire « en l'état ». A cette époque toutes les économies étaient bonnes à prendre. Après février 96, période qui met fin à toutes les expérimentations, tout le matériel militaire et civil déclassé a tout simplement été « jeté » derrière la barrière récifale, côté Grand Bleu. Merci pour les générations futures !
Mais cela a été pire en Micronésie. Bikini site des expérimentations atmosphériques américaines a été déclaré impropre à toute vie humaine après que la population indigène soit revenue vivre sur la « terre de ses ancêtres ». Il en fut de même pour Eniwetok quant à l'atoll Johnston où ont été enfouis sous un dôme de béton une partie des résidus irradiés, il semble inutile de vouloir y résider.
Pour en revenir à l'article d'Yves Marrocchi qui a été largement apprécie par nombre de riverains et passants, sans ses photos, il aurait perdu en puissance et en impact. Mais dans nos îles, ces gains de sable dans le plus grand océan de la planète, un appareil photo ne sera bientôt plus nécessaire à Moruroa, Fangataufa, Bikini, Eniwetok sans parler des expérimentations anglaises à Maralinga et Emeu Creek, en Australie. Les preuves photographiques seront bientôt impossibles, seules les archives auront un sens.
Bon, j'ai été un peu long mais l'article n'est plus en première page, alors…
De Alexandrassi
Journaliste | 02H48 | 22/05/2008 |
Excellent article, excellentes photos, excellents commentaires qui permettent d'aller plus loin.
De Iluvalar
| 06H09 | 23/05/2008 |
Monsanto n'a rien à voir avec la création de ces bâtiments ^^ . Sauf p-e qu'il se trouve à St-Louis.
Il s'agit de photo de bâtiments qui ont été abandonné pour diverse raison dont il est question sur ce site :
http://www.eco-absence.org/esl/index.html
Qui fait un inventaire détaillé des bâtiments abandonnés de la région de st-louis et de leurs histoire.