Chine, Birmanie: pourquoi l'une aide son peuple, l'autre pas

Deux catastrophes naturelles, deux régimes: deux attitudes radicalement différentes+. La Birmanie et la Chine viennent toutes deux d'êtres frappées par de terribles désastres naturels, un cyclone et un séisme. Les morts se comptent par dizaines de milliers et la population a besoin d'une aide d'urgence.

Mais dans le premier cas, la dictature militaire birmane se montre cruelle et inflexible, ne laissant arriver l'aide qu'au compte goutte et abandonnant des villages entiers sans assistance; de l'autre, le pouvoir autoritaire chinois déploie des moyens considérables pour aider les victimes, se montre compassionnel et relativement transparent.

Cette attitude diamétralement opposée en dit long sur l'état du monde. L'impuissance internationale à porter assistance aux populations birmanes -MALGRE leur gouvernement criminel- montre le coup d'arrêt qui a été donné au devoir, puis au droit d'ingérence que la France avait réussi à codifier il y a une vingtaine d'années, à la fin de la guerre froide.

Lorsque les diplomates français ont voulu faire adopter à l'ONU une résolution pour forcer la main au régime birman, ils se sont heurtés au refus de la nouvelle puissance, la Chine, et de celle d'hier qui retrouve son pouvoir, la Russie. L'ingérence humanitaire n'est plus d'actualité dès lors que les nouvelles puissances de l'heure s'y opposent: les Birmans payent chèrement aujourd'hui cette réalité diplomatique, froide et cynique.

Il est paradoxal, à première vue, de voir la Chine s'opposer aux secours en Birmanie, et se montrer ensuite exemplaire dans la gestion de sa propre tragédie. Mais dans un cas, Pékin défend un régime placé dans sa sphère d'influence; de l'autre c'est toute son évolution interne qui est en jeu.

On aurait tort de résumer l'attitude positive du pouvoir chinois vis-à-vis des victimes du séisme du Sichuan au seul désir de redorer son blason après les événements du Tibet et le parcours agité de la flamme olympique. Certes, à moins de trois mois des Jeux de Pékin, le pouvoir chinois ne pouvait risquer de nouvelles controverses.

Mais son attitude est aussi révélatrice de la différence de régime entre Rangoon et Pékin. D'un côté un pouvoir militaire qui n'a de comptes à rendre à personne, de l'autre un régime, certes toujours autoritaire, mais qui doit tenir compte d'une opinion publique. La société chinoise a en effet acquis de la voix, notamment grâce au développement d'internet: elle n'hésite plus à critiquer les failles du système. La Chine n'a rien d'une démocratie, mais son pouvoir sait que sa légitimité dépend en partie de son attitude dans des crises comme celle-ci.

La manière dont la Chine se mobilise autour de la tragédie du Sichuan est assez remarquable et encourageante. Même si elle ne change rien à ce que l'on connait par ailleurs de l'autoritarisme chinois. Et surtout à sa complicité dans la tragédie qui se déroule en Birmanie voisine, où Pékin ne manque pourtant pas d'influence.

Pierre Haski

► Edito diffusé mardi 20 mai sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.


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Par hgo04
12H05    20/05/2008

Ce qu'il faudrait, aussi, c'est connaitre un peu la psychologie de ces pays.. Que savons nous de la birmanie?? même de la chine?? pas grand chose, ou sinon rien.

Cet article me plait bien, mais le côté des différences sociales et mêmes "humanitaires" n'est pas abordées.

Nous voudrions que nore système de pensée soit le même sur toute la planète?? mais cela est impossible. Il y a des appréciations différentes en chaque coin des continents. La vie n'a, malheureusement, pas la même valeur en Birmanie qu'en france, ou que dans un pays africains ou sud américains...

Les droits de l'homme ne sont, pour l'instant, pas universels, qu'on se le dise.. c'est ainsi..

mais cela ne veut pas dire que l'on ne doit pas essayer..

Quant à imposer des secours??? je crains que cela ne dégénère si on tente de survoler un pays et parachutant des vivres.. Qui dit que dans les vivres on n'y trouvera pas autre chose?? armes, munitions, fascicules... bref.. cruels dilemnes et problèmes que tout cela...

 
Par Alexad
12H49    20/05/2008

Il faut croire que la morale dispensée par l'occident n'est pas vraiment crédible aux yeux des dictatures comme la Birmanie qui sont en première ligne pour en apprécier la malhonnêteté.
Quant à la Chine, ainsi que le précise Pierre Haski, ce n'est pas bien sûr ni les jeux olympiques ni le "rattrapage" de l'affaire du Tibet qui peut faire la différence de traitement d'une catastrophe dans ce pays.
Ce régime autoritaire et "intelligent", dominant un pays encore à majorité très pauvre, ne pourra fonder son expansion et maintenir son pouvoir que par l'adhésion d'une classe moyenne à ses décisions. Cette nouvelle bourgeoisie plutôt aisée, doit trouver son compte, d'une part en développement économique individuel et collectif, mais aussi, en terme de "justice" en analysant les actions de l'Etat comme étant légitimes et généreuses "en faveur du peuple". Ce cette manière, comme toute bourgeoisie, elle sera docile et partenaire de l'Etat...