Au détour d’une conversation avec un de mes amis de droite (eh oui, j’en ai quelques uns), Michel Fourniret est venu sur le tapis. Pourtant actuellement dans l’empire du Milieu, François (on lui donnera ce pseudonyme, il se reconnaîtra) perd (doublement) son temps à lire lefigaro.fr afin de suivre l’affaire du tueur pédophile.
« J’espère qu’il va manger un max, cet enculé! », éructe-t-il avec vindicte.
Rien de tel que ce genre de sentences pour donner au rouge-gorge que je suis un teint encore plus rubicond. Et ceci pour pléthore de raisons!
Tout d’abord, je ne comprends pas pourquoi les médias relaient ce genre d’informations voyeuristes un peu partout, livrant ainsi de vrais drames de vie au pathos populiste du 13 heures de TF1 (et pas que!). En quoi ces affaires judiciaires nous concernent-elles en tant que citoyens? Les Emile Louis, Francis Heaulme et autres Fourniret, on s’en branle!
D’où vient cet intérêt général pour les affaires judiciaires monstrueuses?
Ensuite, je me demande de quel droit tout un chacun y va de sa consigne de vote quant au verdict des jurés! Les jurés sont des citoyens lambda tirés au sort puis sélectionnés afin de rendre un jugement indépendant. Alors, soit on fait confiance à la justice et à nos concitoyens, et donc on ferme sa gueule, soit on rejoint les rangs du fan club de Rachida Gucci et on planche sur les réformes à mener dans notre institution judiciaire.
Enfin, je ne ressens que dégoût pour cette arène moderne où tout un chacun lève ou baisse le pouce, où la foule hurle « A mort! » comme sur la place de la Concorde en 1793. D’où vient cet intérêt général pour les affaires judiciaires monstrueuses, si ce n’est de la soif du peuple de se frotter à la mort par le petit détail gore et croustillant, à défaut d’avoir été réellement confronté à la chair en charpie comme Papi en 40?
Un psychanalyste dirait sûrement que le sujet est fasciné par le Réel et qu’il brave ce Surmoi réprobateur, permettant ainsi une éruption de Jouissance.
Souhaiter l’enfer, même à ceux qui ont commis des atrocités, n’est pas la solution
Aussi, je répondrai à tous ces vengeurs masqués de canapés derrière leur téléviseur, que souhaiter l’enfer (les flammes, Satan, tout ça…), même à ceux qui ont commis les pires atrocités, ce n’est pas la solution, car jamais la vengeance ni la violence n’en sont une.
J’irai même jusqu’à leur dire de se méfier, car à travers ce qu’ils souhaitent à l’Autre-assassin-violeur, c’est un peu une manière de condamner et de renier cette part de violence que l’on porte en chacun de nous. Cette violence est là, et elle peut être expliquée (si, si) à défaut d’être justifiée. Il faut apprendre à la contenir, mais certainement pas en la refoulant de la sorte ou en la rejetant sur l’Autre.
Au passage, on remarque souvent que les lobbyistes anti-homosexuels les plus virulents (prêtres, pasteurs, parlementaires conservateurs…) se révèlent être eux-mêmes homosexuels, comme de nombreux scandales nous l’ont prouvé. Sans faire d’analogie avec la pédophilie et le meurtre, je pense qu’il y a quelque chose à travailler du côté de la violence en soi, chez les personnes manifestant d’aussi vifs intérêts pour ce genre d’affaires.
► A lire ausi: « En France, personne n’étudie les tueurs en série »






En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
D’accord avec vous sur deux points, Tibokaya.
D’abord, on parle trop, beaucoup trop dans la presse et sur la boîte à images de cet individu ; on aimerait que les médias fassent un peu de silence sur cette affaire jusqu’au moment du verdict, car ce sinistre individu ne mérite guère l’attention, sans doute un peu malsaine, du public.
Ensuite les donneurs de leçons qui voudraient influencer les jurés feraient en effet mieux de la boucler et de les laisser faire leur travail. De toutes façons, le verdict est sans doute couru d’avance : perpétuité et peine de sûreté maximale…
Là où je suis moins d’accord, c’est sur le fait que j’estime légitime d’avoir du dégoût face à des individus de ce genre. Ce dégoût, il serait mieux de le garder pour soi, mais on ne peut guère reprocher à certains de l’exprimer à haute voix en cercle privé.
10 points rouges . Il fallait que ce que vous avez écrit soit écrit.
Le pire , c’est évidemment les crimes épouvantables , mais tout le reste me parait malsain aussi, avec ce procès , les images et les compte-rendus ..
Je coupe la radio, je change de chaine et je passe la page du journal, personnellement ..
L’être humain est ainsi fait. C’est avec la même curiosité monstrueuse que certains risquent l’accident pour « mater » un accident tout frais avec mort si possible : pour le frisson.
Pour ma part, mon côté voyeur et violent, je m’en sert pour m’éclater avec de bons polars, même terrifiants… il y a un bonus : à la fin du bouquin aussi horrible soit-il, on le referme et on peut l’oublier.
Le bon peuple a besoin de ces jeux du cirque faute d’avoir d’autres satisfactions qui leurs sont refusées par manque d’argent.
Et le pouvoir s’en sert pour l’abrutir un peu plus et faire passer des lois qui augmenteront encore sa puissance mise au service des possédants.
Si j’avais quelques millions de $ vous n’auriez pas le plaisir de me lire ici sur Rue 89 car mon penchant naturel me porterait plutôt à sillonner les mers du globe.
Je me demande… Je me suis toujours demandé si cet intérêt pour les « faits horribles » n’était pas une manière d’exorciser la bête en nous. Nous hurlons parce qu’au fond de nous-mêmes nous savons que nous aussi, nous sommes (serions) capables du pire. Que la différence entre un Fourniret et nous est minime, et qu’il faut absolument que nous nous raccrochions à tout prix à cette minuscule « particule » (de quoi ?)qui fait la différence. Cela rejoint ta conclusion, en quelque sorte…
Ceci dit et en passant, je comprends moins bien ton copain « dans l’Empire du milieu ». J’y suis aussi, et vu ce qui s’y passe en ce moment, j’ai un peu de mal à accepter qu’on puisse se faire du souci pour le sort, les actes et les discours (ou non-discours) d’un Fourniret. Enfin, bon, chacun ses priorités…
Je ne pense pas qu’il faille blâmer les personnes qui s’enflamment dans de telles affaires, au point d’en faire une affaire personnelle. Les seuls qu’il faut blâmer, ce sont les médias qui relayent ce genre d’information, qui sont malheureusement très nombreux. A la course à l’audimat, ce genre d’informations, croustillantes pour certains, sont toujours bien relayées par la plupart des médias qui ont trop soif de lecteurs.
Nous ne pouvons pas tous changer, changeons les médias.
D’accord, en partie.
D’un côté, l’aspect voyeur est effectivement peu ragoûtant, et avec la soupe re-servie pratiquement tous les jours, l’assiette est pleine ! Mais de l’autre, on ne sait toujours pas tout sur les forfaits de Fourniret. L’avocat des parties civiles, Chemla, fait un maximum de battage car lui, le(s) juge(s) d’instruction et la police pensent que F. pourrait être impliqué dans au moins quatre autres meurtres ou disparitions encore inexpliqués. Ils comptent sur la pub télévisée pour obtenir d’éventuels témoignages ou indices.
Calcul purement pratique de leur part : la télé donne des résultats, paraît-il, une fois le terrain débroussaillé — car, quelle que soit l’affaire, la police reçoit toujours des appels de gens (1) s’accusant faussement du crime, (2) accusant de parfaits innocents, (3) affabulant à l’extrême sans raison apparente.
Je ne crois guère à la « nature humaine » (c’est une notion conservatrice), mais les déviances m’intriguent, non pas en soi, mais parce que leur traitement par la justice me renseigne sur les défauts de notre système.
Ex. Le concept de « responsabilité » en droit pénal français me paraît pour le moins sujet à caution, et le fait que Fourniret, entre beaucoup d’autres, passe pour avoir « toute sa tête », m’interpelle…
Jaycib
Entièrement d’accord avec vous dans la mesure où vous vous situez sur le terrain de l’observateur impartial.
Il n’en est pas de même pour la majorité des spectateurs qui se contentent de recevoir l’information et qui n’ont aucun système d’analyse à leur disposition hormis leurs sentiments.
ayons une petite pensée pour les familles des victimes
tout est écrit ! un peu de raison critique pour éviter le piège de la justice spectacularisée .ce type de crime existe de tout temps . l’info elle, doit vendre sa pub .ni+ ni- !bof
Par respect pour les familles et les victimes, certains détails ne devraient pas être diffusés dans les média.
Mais, c’est sans compter l’usage fait des horreurs sur des cerveaux disponibles !
Dàbord, si on parle de la médiatisation de l’affaire Fourniret, il faut aussi penser à la médiatisation de l’affaire Fritzl (notamment dans la zone germanophone: Der Spiegel a publié un interminable article sur ce sujet), de l’affaire Dutroux, du 11 Septembre, du Temple solaire et du gaz sarin, ou encore du génocide au Rwanda: les évènements les plus choquants sont TOUJOURS largement médiatisés: cela tient de l’exorcisme collectif, et l’absence d’informations suffisantes sur les affaires comme celle de Fourniret aurait pour conséquence d’augmenter le nombre de ragots: parfois, entre la boîte à images et la boîte à rumeurs, il vaut mieux choisir la boîte à images.
Par contre, le copain touriste-lecteur-du-Figaro s’adonne à une pratique que nos petit cousins d’outre-Atlantique ont baptisé „Activisme judiciaire“: il se laisse aller à réclamer une décision de justice qui corresponde à son opinion personnelle sans chercher à savoir si son opinion correspond ou non à l’application de la loi.
Bonsoir.
Effectivement, les médias pourraient se passer de tous ces comptes rendus d’un procès dont on connait à peu près l’épilogue.
Pourquoi les gens sont ils friands de cela et, surtout, pourquoi jugent ils si férocement ces comportement ?
Si on travaille un peu avec les énergies (type méridiens chinois, kinésiologie etc…) on apprend qu’il y a en nous un « effet miroir ».
C’est le fait d’aimer ou de haïr une chose qui est potentiellement en nous ou que l’on voudrait avoir.
Nous aimons chez les gens ce que nous avons tendance à être ou aimerions être et nous haïssons chez les autres ce qui est un peu en nous ou qui pourrait l’être… montre moi tes amis et tes ennemis, je te dirais ce que tu veux être et ce que tu as peur d’être !
Plus la haine de quelque chose est forte plus il y a de risque qu’au fond de soi on admet, comprend et accepte ce qu’a fait la personne visée !
C’est une théorie bien sûr, mais elle ouvre des portes très utiles dans le travail sur les énergies et particulièrement quand on travaille sur l’émotionnel.
enfin un article dénonçant ce voyeurisme médiatique
moi aussi je suis choquée par tout cela
respectons les victimes et leurs familles….
Tout cela n’est que question d’audimat, un appât facile pour capter l’attention de l’être humain avide de sang
c’est l’être humain dans toute son horreur, voyeur et malsain…oire qu’un animal sauvage…!
je zappe …si R89 se met à l’audimat voyeur
Ben quoi on peut pas se renseigner?
ce qui est dérangeant, c’est que ce type de traitement de l’info est situé au meme niveau que le reste , comme si tout ce valait ..un lissage information-émotionelle ! là ça craint !.cela devient de l’info OgM , contaminante , et sans retour critique possible ! aie!
et toi qui le four nierait, t’as autre chose à dire que bien pensant ou politiquement incorrect…le simplet qui s’la pète du côté d’assas…
Je suis un citoyen lambda, Camarade (je travaille dans des lycées), pas un « journaleux »… Mais ravi de la critique constructive.
Achefkalement,
PS : et bon JT ce soir ;o) !
Je crois que c’était Nietzsche qui prétendait que l’être humain se délecte toujours de la souffrance de l’autre et que ce que cherchent ceux qui jugent les autres et souhaitent mille tourments aux coupables ne cherchent qu’à assouvir leurs instincts de violence et ne se soucient jamais de justice.
Pourquoi parvient-on si mal à se protéger de personne comme Fourniret? Comment se fait-il qu’après une première affaire de viol il se retrouve en liberté sans suivi médical, sans suivi judiciaire, sans suivi du tout? Comment se fait-il qu’il puisse tuer autant de fois? Est-ce qu’on naît psychopathe ou est-ce qu’on le devient?
Fait-on de la recherche sur ce type de trouble mental en France? en Europe? aux Etats-Unis? Ailleurs en Europe? L’application de la peine de mort après son premier crime aurait sauvé la vie de 6, 7, 8, 9, 10 ou 11 personnes nul ne sait exactement. La peine de mort a été abolie et on ne va pas revenir là dessus alors comment se protéger de tels individus ? Comment protéger les victimes et leurs familles?
J’ai eu un Fiigaro entre les meins. Dans le même numéro, un article sur Fourniret et l’autre sur la famille autrichienne elevée en sous-sol, avec moults détails divers sur l’état physique et psychologique de ces personnes et un ton digne des plus mauvais bouquin à faire larmoyer…
J’ai ri de lire une journal comme celui-là et je me suis interrogé sur les personnes susceptibles de lire cela par goût… Des hommes de droite il parait.
l’attrait que l’on a pour « les monstres » est du même ordre que l’attrait pour les contes fantastiques (voir ce qu’en disait Bruno Bettelheim ).Même fascination pour la bête qui sommeille au fond de chacun d’entre nous. En ce qui concerne le traitement voyeuriste et mercantile qu’en font les médias ,personnellement je zappe dès que je vois le mot Fourniret ou Fritzl.
« personnellement je zappe dès que je vois le mot Fourniret ou Fritzl »
Ah oui?
« Fourniret, un monstre dans l’arène de notre voyeurisme »
J’espère que vous entendez « votre voyeurisme » car je ne me sens pas du tout concerné par ce genre d’exhibition qui est faites de faits divers caricaturaux(cela (n’enlevant en rien à l’atrocité et l’écoeurement qu’il puissent m’inspirer) et qui bien trop souvent, en étant instrumentalisés, servent la volonté liberticide de certains dirigeants que je ne citerais pas.
Je parlerais plutôt d’exhibition qui ne sert qu’à remplir des parts de cerveaux vides.
Salut à vous, Camarades lecteurs !
Eh bien pour une première contribution, je suis content d’avoir tant suscité la discussion sur ce qui fut un de mes coups de gueule…
Merci de vos commentaires, je les ai lus avec intérêt (et je continuerai avec ceux qui suivront peut-être). Et ravi d’avoir modestement apporté ma pierre à l’édifice du débat démocratique.
Achefkalement,