Les socialistes parviendront-ils à échapper à la guerre des chefs ? Le sondage qui parait ce jeudi pousserait plutôt à répondre par la négative : les sondeurs eux-mêmes mettent d'ailleurs un peu d'huile sur le feu en n'interrogeant les Français que sur Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, alors qu'il y a pas moins de huit candidats déclarés ou possibles à la direction du PS.
Ainsi, selon le sondage publié par Le Point, le maire de Paris devancerait désormais la Présidente de Poitou-Charentes comme favorite non seulement des Français dans leur ensemble, mais aussi, et c'est une première, d'une majorité de sympathisants socialistes, pour succéder à François Hollande à la tête du PS. Même résultat pour la présidentielle de 2012, même si, à quatre ans de l'échéance, la question frise l'absurde.
Ce sondage n'est qu'à moitié surprenant, surtout depuis la confortable réélection de Bertrand Delanoë à la mairie de la capitale pour un deuxième mandat, et sa mise en orbite par une partie des socialistes opposés à la mainmise de Ségolène Royal sur le PS. Pendant ce temps, l'ancienne candidate à la présidence sillonne le pays et cherche à bétonner ses soutiens au sein du parti, mais sa dynamique semble enrayée.
A six mois du congrès socialiste de Reims, qui devra désigner le successeur de François Hollande, tout est en place, en tout cas, pour un choc frontal entre ces deux personnalités ; une perspective que beaucoup de socialistes jugent d'autant plus suicidaire que les différences de programme sont minimes.
Il y aura évidemment beaucoup d'autres rebondissements d'ici au Congrès socialiste. Mais de nombreuses voix, à l'intérieur du parti, s'élèvent déjà pour éviter que les militants deviennent les otages d'une guerre des chefs. Un millier de jeunes militants socialistes publient ainsi un appel ce jeudi pour que le rendez-vous de Reims ne soit pas un rendez-vous manqué. D'autres, comme le député Arnaud Montebourg, qui a sans doute son agenda personnel, mettent en garde contre la « présidentialisation du PS », et plaide pour un premier secrétaire qui n'ait pas vocation à être candidat en 2012.
Sans oublier les autres candidats qui n'ont pas dit leur dernier mot, comme Pierre Moscovici, Julien Dray, Manuel Valls, ou encore Martine Aubry qui ne s'est pas déclarée.
Ces débats peuvent faire sourire, et on peut évidemment juger que les socialistes sont incorrigibles, incapables de s'entendre sur une méthode alors qu'ils semblent avoir un boulevard devant eux, avec un président tombé de son piédestal et une majorité dans un drôle d'état après seulement un an de pouvoir. Le PS a montré qu'il pouvait remporter les municipales tout en étant en crise, mais il est peu probable qu'il en aille de même pour un scrutin présidentiel.
Les dirigeants socialistes ne devraient pas se laisser bercer par leurs sondages de popularité respectifs. L'expérience montre que si leurs querelles personnelles prennent le dessus, ils seront tous perdants. Et avec eux, l'idée d'alternance inhérente à la démocratie.
Pierre Haski
► Edito diffusé jeudi 15 mai sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.


























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De titou31
11H26 | 15/05/2008 |
Que l'on m'excuse, mais je vais avoir une position iconoclaste. Et si justement, ce qu'il fallait au PS, c'est une bonne guerre des chef ? Oui, une guerre des chef, avec du sang dans les couloirs du congrès, mais avec au final, un vainqueur, et un seul, et avec une minorité. On a eu ça pendant deux décennies, et on en est pas mort. On a même gagné des élections nationales…
Parce que depuis 10 ans au PS, c'est le consensus gnangnan, la fusion molle, la synthèse stérile. Tout le monde vit dans l'angoisse d'un nouveau Renne (et effectivement, les ingrédients sont là : peu d'idéologie, beaucoup d'écurie). Résultat, il suffit d'invoquer les spectre de la scission pour couper court à tout débat ou remise en cause.
Car coupons court à cette idée, la scission est illusoire. Pas parceque le PS est une grande famille où tous le monde fini par se reconcilier, non, mais parceque c'est le PS qui a l'argent, le fric, le flouze, le liquide indispensable au fonctionnement d'un parti (demandez au « nouveau centre »).
Mais alors, me demandera l'internaute perspicace, que se passera-t-il si on a une guerre des chefs, sans vainqueur nette, avec au finale, une majorité instable fruit d'alliances improbables pour raison de calcul de circonstances ?
Ben, là, le PS est vraiment dans la merde…
De Jess Feuillie
liberté et vérité | 11H33 | 15/05/2008 |
J'ai l'impression que le PS a un probleme avec ce que sous entend la notion de chef, tout comme ses adhérents (dont je suis). J'ai l'impression que le PS n'a pas encore totalement laché ses démons : la peur d'être un parti de la gagne, de la présidence, donc un peu individuel. Mitterrand, le seul gagnant du parti depuis la 5ème, était chef bien avant sa victoire.
Le débat sur le fait que le nouveau leader ne devra pas etre candidat est ridicule : il cache l'ambition de jeunes loups comme Montrebourg qui se drapent derrière de nobles idées pour se déculpabiliser. IUl est évident que si le new leader est en bonne position il essaiera de se présenter, cf Balladur en 1995. C'est normal.
Ce genre de débats au PS est un « marathon de palabres », comme disait Aron. On parle, on parle pour faire bonne figure, pour plus loin ds le temps. Mais jamais rien n'est fait. Jamais rien n'est choisi. C'est le statut quo, l'équilibre des courants. La seul chance du PS est justemment sa présidentialisation, que ca plaise ou non aux jeunes loups en position subalterne. Si le parti ne change pas d'ici 2012, je crois qu'il risque de perdre bcp de monde. Le fait que Sarko soit élu apres 12 ans de chiracisme était déja un avertissement, car le PS aurait du gagner. IL faut assumer le fait que en démocratie, il y a une lutte entre les parti pour l'accession aux responsabilités. Il y a donc compétition. Et pour vaincre, il faut s'organiser. Les gens du PS sont pris entre leur vieux démons et l'archaisme d'une bonne parti de leur militants qui le concoive encore comme la SFIO. Les dirigeants doivent prendre leur courage a deux mains, meme si cela doit heurter. Il faut se présidentialiser pour gagner.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 16H23 | 22/05/2008 |
Jess Feuillie pose le vrai problème : celui du chef. L'histoire montre que sans un chef incontesté, la gauche piétine. Elle n'a jamais gagné qu'avec un leader reconnu (Blum, Mitterrand) et une véritable discipline interne. Il faut également que le chef dispose d'un atout non quantifiable : le charisme, cette aura qui permet d'empiéter sur l'électorat qui ne se situe pas spontanément à gauche. La question du charisme pose problème actuellement car aucune personnalité ne s'impose encore « naturellement », y compris Ségolène, qui n'a été candidate que par défaut en 2007.
Qu'il y ait une bataille pour être chef ne me dérange par conséquent pas plus que cela, c'est « normal » en démocratie. Le charisme peut naître au fil du temps, de l'exposition dans les médias et des décisions prises, on le voit bien avec le phénomène Delanoë. L'essentiel est que les courants soient dissous, c'est à dire que les battus ne puissent constituer de « micro-états » dans l'état et faire ainsi échec au chef et à ceux qui l'auront désigné(e). La réforme statutaire du PS répondra-t-elle à ce besoin urgent ?
Au delà, le débat programmatique démontrera qu'il y a très peu de différences entre les tendances actuelles au sein du parti, quasiment toutes social-démocrates sur le fond.
Restent ceux qui se prétendent allergiques à la voie social-démocrate : Emmanuelli, Mélanchon, notamment, mais il y en a d'autres qui tous proclament que la priorité est le rassemblement de la gauche (PCF, Verts, altermondialistes, voire trotskystes), lequel rassemblement ne garantit en aucune façon que cet ensemble puisse jamais être majoritaire en France. Emmanuelli and Co. choisiront peut-être la voie de la scission, ce qui serait suicidaire pour eux-mêmes et pourrait faire le lit de l'extrême-droite comme en 2002, car cette dernière n'est pas morte pour toujours ; elle a toujours existé, avec des hauts et des bas. Le comportement de la gauche détermine en bonne partie, et par ricochet, quelle sera la taille de cette extrême-droite.
On objectera que la nécessité de la discipline évoquée ci-dessus mène au renforcement du bipartisme, mais cela n'est vrai que pour la présidentielle. Les législatives, régionales, municipales, européennes permettent aux minoritaires de s'exprimer et d'avoir des élus, s'ils le méritent. C'est particulièrement vrai pour les européennes, dont la gauche elle-même déprécie regrettablement l'importance.
La difficulté se situe dans la renonciation assumée des minoritaires au mythe d'une gauche « dure » triomphante en France. Dire NON à ceci, à cela, à tout nout de champ est un gage certain de défaite, car la sociologie du pays ne s'accommodera jamais d'une pléthore de tendances simplement négatives. La souplesse est une qualité indispensable en politique. Souplesse n'est pas compromission.
Un dernier mot : on pourra dire ce qu'on veut de l'état déplorable du PS. Mais c'est pire à droite ! N'assistons-nous pas actuellement au développement d'un refus, par la droite, du chef qu'elle s'est désigné en 2007 « par erreur » ? Il y a là une « fenêtre d'opportunité » à ne pas négliger.
De Servais-Jean 4591
HS | 14H25 | 15/05/2008 |
Cette guerre des chefs qu'on reproche au PS est une création de l'UMP et nous y fonçons tous dedans.
Le PS n'a que l'inconvénient, mais en est-ce un, de mettre sur la place publique ses interrogations.
Pensez vous que la méthode Sarkozy pour s'approprier l'UMP, dans le secret qui entoure les conspirateurs, soit une bonne méthode ? Cette méthode était valable pour l'UMP et pour Sarkozy car dans leur camp le mot de démocratie n'a pas beaucoup de sens, on le voit tous les jours actuellement à tel point que nombres d'observateurs parlent d'un régime à la soviétique.
Sarkozy laisse entendre qu'il ne se représentera pas en 2012 et oui, il ne se représentera pas si le PS se retrouve en ordre de bataille à cette échéance car il n'aurait aucune chance.
Que le PS se donne un nouveau secrétaire pour préparer l'échéance de 2012, un secrétaire qui ne pense pas à se présenter lui-même aux présidentielles mais qui soit là pour donner au futur candidat(e) toutes les chances de gagner.
C'est un travail à plein temps et qui demande une certaine abnégation.
Qui alors sera le candidat ? Le ou La Meilleur(e) qui aura eu trois ans pour prouver à la gauche,si possible toute la gauche, sa valeur sans avoir à s'occuper de la vie quotidienne du parti.