Depuis six mois, tous les Libanais redoutaient le moment où l'impasse politique dans laquelle ils vivaient déboucherait sur des affrontements armés. Les combats qui ont éclaté la semaine dernière à Beyrouth, et dont l'onde de choc atteint Tripoli, étaient donc inscrits dans la logique politique libanaise.
Ce qui était moins prévisible, c'est la facilité avec laquelle les miliciens chiites du Hezbollah ont pris le contrôle un temps de Beyrouth-Ouest, le fief de la majorité parlementaire, et ont fait reculer le gouvernement sur deux décisions qui concernaient le « parti de Dieu ».
La démonstration de force a été éclatante, et a bien fait passer le message : le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, peut détruire quand il le veut le fragile équilibre sur lequel vit le Liban depuis la fin de la guerre civile, il y a plus de quinze ans. Une dure leçon pour les leaders politiques de la majorité parlementaire, qui ont souvent joué avec le feu sans avoir, on le voit, les moyens de leur posture.
Au passage, toutefois, le Hezbollah a brisé un tabou en faisant couler le sang libanais, plusieurs dizaines de morts en quelques jours. Le Hezbollah avait réussi, après avoir tenu tête aux Israéliens pendant la guerre de l'été 2006, à devenir quasiment un héros national et pas seulement chiite. C'est terminé : le Parti de Dieu est redevenu une menace et un ennemi pour une bonne partie des musulmans sunnites et des chrétiens, qui n'accepteront pas de se soumettre.
L'épreuve de force, la vraie, est-elle encore évitable ? Le pessimisme s'est de nouveau emparé du Liban qui avait retrouvé une nouvelle vitalité, malgré l'instabilité régionale. Le pays du Cèdre avait connu une grande période de ferveur et de mobilisation après l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafic Hariri, il y a trois ans, qui avait entraîné le départ des troupes syriennes stationnées au Liban. Mais l'espoir des Libanais a vite été déçu, la ligne de fracture interne s'est de nouveau creusée.
Le Liban vit depuis six mois sans président, signe du blocage politique. C'est tout l'équilibre du partage des pouvoirs entre les Communautés qui est ainsi menacé de disparaître dans la violence.
Mais ces faiblesses internes ne doivent pas faire oublier les acteurs extérieurs, qui utilisent le Liban pour leurs jeux de puissance. Le Hezbollah n'aurait pas une telle position de force, en particulier militaire, sans le soutien de la Syrie, et surtout de l'Iran. Et la majorité parlementaire bénéficie du soutien et des encouragements de la France, qui ne pèse plus très lourd au Liban, et surtout des Etats-Unis.
Le principal danger pour le Liban, serait de devenir un terrain d'affrontement entre l'Amérique et l'Islam radical. Ce serait désastreux pour les Libanais eux-mêmes, mais aussi pour cette région jamais avare de guerres.
La diplomatie française s'honorerait de tout tenter pour faire reculer le risque de guerre civile et empêcher que le Liban devienne un deuxième Gaza. Cela passe, sans doute, par quelques révisions déchirantes à Paris.
Pierre Haski
► Edito diffusé mardi 13 mai sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.




















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De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 08H36 | 13/05/2008 |
Je souhaite que la France discute avec toutes les parties, et qu'on ne se satisfasse pas de soutenir les chrétiens et les sunnites. Mais qu'est-ce que ça changera au fond ? La France n'a plus qu'une influence très limitée, y compris auprès des chrétiens réunis autour du général Aoun, ennemi des ex-phalangistes et allié du Hezbollah. Seule l'UE pourrait avoir un impact, mais il y a fort à parier qu'on assistera à son alignement sur les positions américaines.
L'Iran et le Hezbollah pratiquent la politique du pourrissement systématique du Liban, à mon sens. Ils attendent une conjoncture meilleure pour prendre le contrôle du pays, car ils savent que cela mènerait nécessairement à l'affrontement avec Israël (et, par extension, avec les Etats-Unis, l'UE et même les pays sunnites du Golfe persique soucieux d'équilibre et de limitation des prétentions hégémonistes de l'Iran). Ils ne souhaitent agir qu'en position de force. Pour l'heure, on n'en est encore qu'au déplacement de pions sur l'échiquier. La situation me paraît tellement compromise que tout ce qu'on pourrait souhaiter, c'est que ce jeu d'échec se poursuive as infinitum.
Le rôle de la Syrie est très ambigu, comme d'habitude. La Syrie joue strictement perso : elle veut réintégrer le Liban mais ne sait pas très bien comment faire. Elle compte peut-être sur une faute majeure d'Israël et a tout lieu d'espérer, vu le comportement stupide d'Olmert vis-à-vis des Palestiniens, par ailleurs oubliés de tous.
Gare à ce qui se passera le jour où l'Egypte post-Mubarak basculera dans le camp des Frères Musulmans, radicaux mais sunnites, comme le Hamas. Le jeu des alliances actuel se défera vite, car je ne crois pas qu'on puisse échapper à un conflit sunnite-chiite à terme.
La vraie menace me paraît se situer dans un tel affrontement, pas dans la pénétration de la région par Al Qaïda.
Reste la question centrale AUJOURD'HUI : comment maintenir debout un Liban moribond pour assurer l'équilibre entre les forces de la région. Ca semble très mal parti.
Je souhaiterais qu'on discute de ces questions en profondeur sur Rue89. J'ai déjà exprimé ce voeu dans le passé.
à Jaycib
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 12H53 | 13/05/2008 |
Tiens ! Nouvelle rétrogradation… c'est comme aux examens avec deux correcteurs ?
à Jaycib
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 13H22 | 13/05/2008 |
Elève puni dont on exige un acte de contrition ?
à Jaycib
De Servais-Jean
4591
alpha-béta | 13H51 | 13/05/2008 |
J'ai tenté de rattraper le coup mais je n'ai plus de munitions. J'espère que les « autres » n'en ont plus aussi.
De réfléchir semble gêner certains riverains mais bon, faut faire avec.
à Jaycib
De Sacha25
14H26 | 13/05/2008 |
« La France n'a plus qu'une influence très limitée » Et c'est heureux. Quand arriverons-nous à faire admettre que, malgré des dizaines de siècles d'« éducation », les gens sont parfaitement capables de savoir ce qu'ils veulent et l'imposer aux soi-disant chefs (même si ceux-ci disposent de moyens considérables)
« La Syrie joue strictement perso » : je pense qe vous n'avez pas entièrement compris ce qui se passe en Syrie depuis la mort du président Hafez El-Assad
« elle veut réintégrer le Liban » : depuis 1920, grand Liban, grande Syrie, que d'hésitations au sommet. Que veulent les gens ? Les francophones du début du XX° siècle de la région sont-ils si différents des anglophones de la même époque de la même région
« je ne crois pas qu'on puisse échapper à un conflit sunnite-chiite à terme. ». Saurons-nous montrer l'absurdité de tels adjectifs à ce qui n'est qu'une lutte de pouvoir ?
à Jaycib
De amedawar
(géographe au Liban) | 16H11 | 13/05/2008 |
Monsieur Jaycib,
le Hezbollah n'est pas qu'un pion de l'Iran mais a aussi un agenda local, à savoir, une meilleure représentativité dans le système politique afin de tirer plus d'avantage et de pouvoir des institution, comme les sunnites, et les maronites avant eux, l'ont fait.
Quant à la Syrie, vous devriez préciser qu'il s'agit du régime baasiste, lui même contrôlé par la communauté alaouite. Son comportement est autant justifié par des considérations idéologiques (la grande Syrie) que stratégiques (alliance avec d'autres minorités - nombreuses au Liban - afin d'endiguer l'éventuelle montée des sunnites / frères musulmans.
Par ailleurs, d'un point de vue tactique, la Syrie est la meilleure alliée de la droite israélienne, et inversement. C'est même à se demander si le Hezbollah n'est pas une partie prenante tout à fait avertie à ce jeux de dupe. La question des fermes de Chébba en est la plus criante évidence.
Je suis donc d'accord avec vous pour dire que ce qui est perçu comme le danger futur n'est pas tant al-Qaïda mais bien la montée générale de l'islamisme sunnite dans la région, que ce soit avec les frères musulmans en Syrie et en Egypte, ou le Hamas en Palestine. C'est d'ailleurs bien ce danger qui a été perçu par les Occidentaux quand, contre la logique dite « démocratique » dont ils prétendent faire la promotion, ils défendent les régimes autoritaires syriens, egyptien, ainsi que le Fatah palestinien, pourtant perdant des élections démocratiques en Palestine.
à amedawar
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 18H38 | 13/05/2008 |
Je rejette autant l'islamisme fondamentaliste sunnite que les Pasdarans, les mollahs iraniens et le Hezbollah.
Mais soutenir le chiisme contre les sunnites ? Pourquoi le ferais-je ? J'admets la dimension politique et sociale du Hezbollah, mais celle des Frères Musulmans en Egypte n'est pas moindre.
La difficulté est précisément pour un diplomate français hypothétique de se situer au dessus de la mêlée. Je ne suis pas diplomate, mais je perçois bien les pièges d'une telle posture.
à Jaycib
De compte supprimé 13
16H39 | 13/05/2008 |
@ Jaycib
si je peux me permettre, je vous propose d'ajouter quelques pions dans votre jeu :
- les EU soutiennent les sunnites contre les chi'ites partout où ils le peuvent : Fatah Al Islam a été toléré, sinon armé et financé, par le gouvernement Siniora, avec le soutien et la bénédiction des USA et du Prince Bandar d'Arabie Saoudite, qui voyaient dans cette organisation une force capable, le jour venu, de lutter contre le Hezbollah.
- Ces mêmes EU souhaitent depuis longtemps installer une base à la frontière Nord du Liban, sur l'ancienne base aérienne, à Kleiaat. Rafik Hariri était connu pour être très fermement opposé à cette installation.
Objectif : contrôle des oléoducs proches (Mer Noire et Caspienne) Bakou/Tbilissi/Ceyhan
- grand écart de la Turquie, allié EU et associé avec l'Iran (contre Kurdes)
à compte supprimé 13
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 18H40 | 13/05/2008 |
Je n'ai jamais dit que les USA ne jouent pas leur propre jeu dans la région depuis longtemps. Bien au contraire. Mais cela n'est pas gravé dans le marbre.
à Jaycib
De compte supprimé 13
18H44 | 13/05/2008 |
» Pas gravé dans le marbre « ? ? ?
que voulez-vous dire ? Que rien n'est prouvé ou que rien n'est immuable ?
Parce que pour les preuves… il y a pléthore.
à Jaycib
De Caius
Expert en management | 17H58 | 13/05/2008 |
Il me semble quannt à moi que les Libanais seraient parfaitement capables de s'entendre entre eux s'il n'y avait ce jeu des influences étrangères (on dit occidentales, mais en réalité, essentiellement état-uniennes, et accessoirement saoudiennes, d'un côté, irano-syrienne de l'autre.
Ce sont ces influences nocives qui viennent troubler le quatidien des Libanais, chaque camp poussant ses pions pour s'assurer un avantage stratégique dont les Libanais n'ont probablement rien à tirer.
L'idéal serait de « neutraliser » le Liban, de faire admettre à tous les camps qu'ils n'ont aucun droit de faire ingérence dans ses affaires intérieures. Pour cela, encore faudrait-il que les Etats-Unis et leurs alliés dans le monde sunnite acceptent de dialoguer avec l'Iran et son allié syrien, et vice-versa. Aujourd'hui, on en est loin. Peut-être une administration Obama parviendrait-elle à franchir ce pas ? Peut-être…
à Caius
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 18H42 | 13/05/2008 |
S'entendre entre eux aujourd'hui sur une éventuelle neutralisation ? A mon avis, c'est trop tard. Le Hezbollah a fait sa démonstration de force, ce n'est pas pour du beurre.
à Jaycib
De Caius
Expert en management | 11H33 | 14/05/2008 |
Ce n'est que trop vrai. Mais cette exacerbation des conflits est sans doute indissociable des ingérences étrangères de tous bords dans la politique libanaise. Le Hezbollah serait il aussi agressif s'il n'était pas soutenu activement par l'Iran et la Syrie ?
Aussi longtemps que les puissances extérieures continueront à pousser leurs pions sur l'échiquier libanais, ce genre d'affrontements ne fera que s'amplifier. A quand un joueur pour dire : et si on se mettait d'accord pour arrêter la partie et laisser les Libanais respirer ?
à Caius
De amedawar
(géographe au Liban) | 19H25 | 13/05/2008 |
Cher ami, on parle de politique internationale ou on joue à la marelle ? Nous parlons du monde arabe, un vrai sac de vipères depuis des siècles, et du Liban, royaume, s'il en est, des conflits tribaux et communautaires.
Pour le neutraliser, j'attend des propositions concrètes ! ! ! Et je vous préviens, le GIGN, ça va pas suffire.
à amedawar
De Caius
Expert en management | 11H35 | 14/05/2008 |
Stopper les ingérences étrangères ne suffirait peut-être pas, en effet, à calmer le jeu. Je persiste à penser, cependant, que ce serait une condition nécessaire, même si elle ne serait pas forcément suffisante.
à Caius
De TABBOUCH
REALISTE | 13H23 | 14/05/2008 |
Ce que vous dîtes est vrai sur tout, cauis.
Sauf une petite nuance : L'IRAN et la SYRIE ne sont pas prêts à tout négociation :
Le premier : son objectif ultime :
* Prendre possession de la décision politique du monde arabe ( éternel conflit perse-arabe) et faire la jonction entre l'iran, l'irak, la syrie et le liban pour atteindre Israel (c'est le 2e objectif) pour chasser le diable sioniste ( les termes du hezbollah et iraniens)
Donc, tout le reste ne sera que perte de temps pour nous (libanais , arabes et occidentaux)
et gain de temps pour la syrie, hezbollah, hamas, iran.
à TABBOUCH
De Caius
Expert en management | 10H16 | 15/05/2008 |
Vous avez sans doute raison, Tabbouch, en l'état actuel des choses personne n'est prêt à négocier un retrait, une diminution des influences au Liban.
Le premier à le faire aura un grand mérite, et je doute en effet que ce soient l'Iran et la Syrie, au moins tant que l'administration Bush est en place. C'est pourquoi on peut espérer d'une administration Obama moins obnubilée par « l'axe du mal » qu'elle prenne un jour les devants en acceptant de parler avec ces deux pays.
En tous cas, c'est tout ce qu'on peut souhaiter pour le Liban, pour que les Libanais puisssent reprendre leur destin en mains.
à Jaycib
De Dauberte nicolas
forprofien avignon | 18H18 | 13/05/2008 |
oui sujet de géopolitique internationale très interessant et qui mérite sans aucun doute un meilleur décryptage que les miettes très superficielles de l'actualité nationale. C'est pour l'éclairage et la production de sens face à ce genre de situation complexe du moyen-orient et d'Asie mineure, ou du monde en général, que je me suis inscrit sur la rue.
Ton analyse mérite une perspective historique, un développement des enjeux, des risques de pourrissement, la mise en relief de la position alternative que peut représenter la France ou l'Europe…une information et une synthèse que l'on est en droit d'attendre de notre ministre mais qui semble se satisfaire d'un apaisement très relatif selon ses termes, ce qui indique en effet que la France n'est guère en position de peser sur quoi que ce soit dans le conflit.
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 09H20 | 13/05/2008 |
Je relis ceci : « Le Liban vit depuis six mois sans président, signe du blocage politique. », ouï ce matin sur Europe 1.
Ce qui est vrai, je te le concède, Pierre.
Mais depuis combien de temps la Côte d'Ivoire vit-elle sans président ? Là aussi les élections ne cessent d'être reportées…
Je m'attendais ce matin à ce que tu parles de la liberté de la presse et de l'annonce d'hier soir de Bayrou, ou du séisme chinois, pays et thèmes qui semblent te tenir à cœur.
Je n'ai pas été déçu, pour une fois, d'entendre parler du Liban. Mais surpris.
De said sellali
cadre à nantes | 11H30 | 13/05/2008 |
« Un Affrontement entre l'Amérique et l'Islam radical » qu'il disait. Fichtre. La réalité est bien plus simple. Le Liban ne pourra malheureusement pas se passer d'une tutelle extérieur sans que le système confessionnel, véritable poison soit liquidé. Résultat : la tutelle sera irano-syrienne. CQFD. C'est aussi clair que cela. Ainsi,les Etats-Unis (et non l'Amérique qui pourrait faire penser à l'amérique latine ou centrale) sont en train de perdre leur influence sur le Moyen-Orient, en raison des décisions catastrophiques de Bush (Irak, Palestine…..).La conséquence étant que comme la nature à horreur du vide, l'Iran prend la place de gendarme régional et devient le nouveau maitre du Moyen-Orient. Il ne sert à rien de le nier.
Les arabes sunnites ne peuvent s'en prendre qu'à eux -même pour cette situation. Leurs inféodations aveugles aux bushistes est en train de les mener à leurs pertes.
Moubarah, les 2 Abdallah et consorts resteront dans l'histoire comme les crapules qui ont soumis les nations arabes sunnites aux perses chiites. Je dois vraiment me pincer pour le croire.
à said sellali
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 11H49 | 13/05/2008 |
À votre avis, Said, y a-t-il la place pour un « à moins que … » dans votre analyse ?
à leconcombrevert
De said sellali
cadre à nantes | 19H48 | 13/05/2008 |
On verra cher Leconcombrevert si l'histoire me donne raison. Toutefois, Je suis assez confiant sur mon analyse.
à said sellali
De amedawar
(géographe au Liban) | 19H30 | 13/05/2008 |
Merci Concombre Vert !
Notez aussi l'expression « Il ne sert à rien de le nier », souvent utilisée dans les commissariats de banlieue.
Said Sellali, pincez-vous ! Vite ! Très fort !
De Samia Méziane
cadre dans une PME | 12H41 | 13/05/2008 |
« La diplomatie française s'honorerait de tout tenter pour faire reculer le risque de guerre civile et empêcher que le Liban devienne un deuxième Gaza. Cela passe, sans doute, par quelques révisions déchirantes à Paris. »
Pierre Haski a raison. La France qui n'a pas la puissance militaire des Etats-Unis d « Amérique, a, par contre, une large influence au Liban et dans la région, contrairement à ce que pense Jaycib. Mais cette influence ne peut s'exercer que si le message émis par la France se distingue de la diplomatie américaine. Une France alignée sur la diplomatie des États-unis n'a aucun intérêt, elle est inaudible. On attend d'elle, qui connaît si bien le terrain et les protagonistes, et qui est tellement attachée, sans arrière-pensée régionale, à la l'unité et à la souveraineté libanaise, quelle se distingue par des initiatives imaginatives et fortes.
Au-delà des liens de l'histoire, bien réels, ce qui nous lie au Liban aujourd'hui, c'est une vision du monde, du dialogue des civilisations, ainsi que l “appartenance à la francophonie, très réelle dans toutes les communautés du pays des Cèdres. Le Sommet de la francophonie à Beyrouth l'avait bien montré, comme quotidiennement les reportages avec non seulement les politiques et les élites dirigeantes mais aussi les gens de la rue, dans toutes les régions. À ce propos, je suis très étonné (pour ne pas dire plus) que la chaîne EURONEWS, s'évertue à présenter dans ses cartes et autres signalétiques le Liban sous le nom de Lebanon, et Beyrouth sous le nom de Beirut, alors que les pays du Maghreb, par exemple, sont présentés en français sur cette chaîne. Il serait bon qu'EURONEWS sache que tout ce qui exprime le Liban officiel, se fait en arabe d'abord, mais ensuite en français. Ainsi, les plaques minéralogiques des voitures, les billets de la Banque du Liban, les timbres de la Poste, les passeports, les noms des rues de Beytouth et des villes principales, les panneaux sur les axes routiers, etc. Je me pose des questions, ainsi que mes amis libanais, sur cette volonté systématique d'angliciser artificiellement le Liban. Bizarre, bizarre…
à Samia Méziane
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 20H41 | 15/05/2008 |
Influence française sur les chrétiens mais pas tous), les druzes et certains sunnites, soit, mais la question n'est pas là. Quel est l'état de notre influence sur le Hezbollah, l'Etat dans l'Etat ? Que je sache, la France ne contredit pas la position officielle des Occidentaux, qui est simplement « qu'on ne parle pas aux terroristes ».
Si on ne parle pas au Hezbollah et à l'Iran du côté chiite, ou au Hamas et aux Frères Musulmans (en secret, cela va sans dire, on n'a pas intérêt à froisser Mubarak ou Abou Mazen en ce moment) du côté sunnite, on n'aboutira à rien. La France pourrait avoir la vocation d'un médiateur, mais ce n'est pas le chemin qu'elle prend.
Sur l'anglicisation : la principale « puissance » culturelle au Liban est/était l'université américaine de Beyrouth, ce n'est pas rien. Cela dit, les deux langues peuvent coexister. En ce qui concerne Euronews, c'est comme au sein de l'UE, l'anglais est dominant car c'est une langue plus répandue et plus facile à manier. Autre exemple : en Belgique ( ! ), les élites wallones et flamandes de la vie civile se parlent en anglais… pour ne pas faire de jaloux.
La francophonie formelle au Liban est un vestige du protectorat. Pour que le français préserve ses positions au Liban comme ailleurs, il faut que la France joue un rôle modèle (je ne dis pas DE modèle) en diplomatie, et nous sommes loin du compte. Pour les Français moyens, le Liban se réduit à Hariri et à la famille Gemayel, car ce sont les personnes qu'ils voient à la télé. Quelquefois, on entend Walid Jumblatt, mais quelquefois seulement. Ce n'est pas représentatif et ce n'est pas suffisant, c'est même contre-indiqué en l'occurrence.
La francophonie est un combat d'arrière-garde perdu d'avance si la langue française ne fait que véhiculer les pensées et les pratiques médiocres des dirigeants français.
à Samia Méziane
De TABBOUCH
REALISTE | 13H36 | 14/05/2008 |
Bien dit chere Samia. Je pense pareil
Mais cela est typique à la france qui oublie ses origines et les rejette ( là, on change de sujet, mais vite fait et dit) : on dit en france : faire du shooping et au canada plus francophone que chez nous : ils disent magasiner
Ce serait bien d'ouvrir un autre sujet d'ailleurs là dessus.
Jacyb : Ce que vous dites est loin de la vérité.
Je suis libanais et je vous confirme ce que dit Samia.
Merci.
De amedawar
(géographe au Liban) | 15H42 | 13/05/2008 |
Qui veut la destruction du Liban ?
Etrange question, à vrai dire, monsieur Haski.
A moins que vous ne vouliez parler des ruines des institutions de l'Etat ? Ou du système confessionnel sous-jacent à tout le fonctionnement du système politique ? Le second, héritage du Mandat français et de l'organisation des communautés dans l'empire ottoman, est à l'origine de la faillite du premier, faisant du pays des Cèdres le ventre mou du Proche-Orient. Partout ailleurs, régimes autoritaires et dictatures, règnent en maîtres.
Personne ne veut la destruction du Liban, mais tous ces régimes, comme un certains nombres de pays occidentaux, se plaisent à instrumentaliser le Liban et ses communautés dans les bras de fer qu'ils se livrent en permanence.
Au Liban non plus, personne ne veut la destruction de ce pays (à part peut-être le Parti National Socialiste Syrien). Il reste cependant que les négociations entre les groupes politico-confessionnels passent parfois, hélas, par des épreuves de force plus violentes qu'à l'accoutumée, afin de provoquer un rééquilibrage du système politico-confessionnel.
A ce titre, la guerre civile de 75-90 qui s'est conclue par les accords de Taëf (quand Hariri et Joumblatt étaient de grands amis - obligé certes - du régime syrien) a été un moyen d'équilibrer le partage du pouvoir et du système de prébendes de l'Etat entre chrétiens maronites (les anciens maîtres du pays mis au pouvoir lors du Mandat français) et musulmans. Si les sunnites, sous la houlette de l'homme d'affaire séoudo-libanais Rafic Hariri ont été les premiers bénéficiaires de cet accord, les chiites, en revanche, n'ont pu tirer leur marrons du feu que grâce à la présence de leur parrain syrien et de son armée d'occupation.
Le retrait de cette dernière en 2005 et la victoire du camp du 14 mars lors des élections de juin ont clairement mis le camp chiite (et ses alliés) dans nouvelle posture les obligeants à re-négocier leur position au sein des institutions étatiques (partage du pouvoir, des Ministères et du budget, ainsi que la distribution des avantages à leur électorat).
Le 14 mars, sûr de ses appuis et de sa légitimité, n'a malheureusement pas su anticiper la détermination du Hezbollah, son infléxibilité et son énorme capacité organisationnelle.
Aujourd'hui, en attendant l'élaboration d'un système politique post-Taëf où les chiites bénificieraient d'une place à la hauteur de leur force (politique et démographique), le pays est divisé en deux : D'un côté, le Hezbollah a confirmé sa main-mise directe sur le Sud, la plaine de la Bekaa et la banlieue Sud de la capitale. De l'autre, l'armée - sous les auspice de son ambïgu général (décoré entre autre de Ordre du Mérite Syrien – grade d'excellence) a pris position le long de ce qu'il faut hélas appeller à nouveau la ligne de démarcation entre les deux camps ainsi qu'autour des résidences et des propriétées des chefs sunnites et druzes à Beyrouth Ouest mis, de facto, en résidence surveillée. Les chrétiens, de leur côté, se tienne tranquillement à l'intérieur de leur « gated communities » qui convient si bien à leur angoisses de minoritaires dans un monde arabe de moins en moins tolérant.
Monsieur Haski, tant qu'il n'y aura personne pour vouloir la destruction du système tribalo-confessionnel, il n'y aura pas de destruction du Liban. Là est le problème de ce pays depuis son indépendance.
à amedawar
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 18H46 | 13/05/2008 |
Je ne comprends pas la conclusion. Il y a au moins une négation de trop, à mon sens.
à Jaycib
De amedawar
(géographe au Liban) | 19H37 | 13/05/2008 |
1- Tant qu'il n'y aura personne pour vouloir la destruction du système tribalo-confessionnel
Décryptage : tant qu'on garde (et défend) le système politique libanais actuel…
2- il n'y aura pas de destruction du Liban (cf. titre de l'article de Haski)
Décryptage : le Liban restera tel qu'il est…
3- Là est le problème de ce pays depuis son indépendance.
Décryptage : depuis que les Français se sont barrés…
De Samia Méziane
cadre dans une PME | 16H01 | 13/05/2008 |
Jaycib annonce qu'il souhaite discuter des questions en profondeur.
Il n'en prend pas le chemin :
En liant l'avenir de la langue française aux « pensées et aux pratiques médiocre des dirigeants français“, ce qui est peu court comme critère de pérennité d'une langue partagée par une cinquantaine d'Etats à travers le monde.
En affirmant que la principale ‘puissance’ culturelle au Liban c'est l'université américaine de Beyrouth : connaît-il seulement l'importance francophone et la modernité de l'Université Saint-Joseph, la grande diversité de ses enseignements dans les disciplines scientifiques les plus pointues, son rôle dans la société libanaise toutes communautés confondues, l'exportation récentes de ses établissements dans les pays du Golfe, en particulier à Abou-Dhabi, le rôle primordial de l'enseignement du français dans les écoles de l'État libanais - qui continuent d'exister malgré toutes les pires difficultés au quotidien - comme dans l'enseignement privé, sans parler des nombreux Lycées franco-libanais de la Mission laïque.
En affirmant que la francophonie au Liban est un ‘vestige du Protectorat, alors qu'elle y est aujourd'hui très vivante et très populaire, non plus seulement dans la communauté maronite (comme c'était le cas au temps du Protectorat), mais dans toutes les couches de la société et dans toutes les communautés. J'ai donné quelques exemples évidents dans mon premier message.
En faisant croire que les chiites (quand il parle d'eux, il dit Hezbollah, ce qui est un raccourci un peu facile quand on connaît la réalité, raccourci que seul le Hezbollah appréciera ! ) ne sont pas francophones, alors que grâce à l'enseignement du français dans le système gratuit de l'Éducation nationale, mais aussi au milliers de familles de l'émigration libanaise chiite de retour notamment d'Afrique noire, cette communauté est devenue très francophone, jusque dans les plus petits villages du Sud.
En essayant de justifier le traitement linguistique anglophone sur Euronews concernant le Liban, pays membre de la francophonie, alors que d'autres pays arabes francophones au même titre que le Liban (Algérie, Maroc, Tunisie, Mauritanie…) sont présentés en français sur cette chaîne (financée en grande partie par des capitaux publics français), parce que la langue anglaise est plus répandue et plus facile à manier !
Je me suis inscrite très récemment à Rue 89. Mais ce n'est pas pour entrer dans des polémiques interminables, et de répondre à des jugements à l'emporte-pièce. C'est uniquement pour donner mon point de vue sur des sujets que je connais et qui m'intéressent. Par ailleurs mon temps de loisirs ordinateur est très limité à cause de mon travail. J'interromps donc mes commentaires sur ce sujet. Ceux qui ont bien voulu me lire auront compris mon point de vue. Et je félicite Pierre Haski pour son édito.