Appel au public : je veux être un poète vivant
Je me présente : je m'appelle Eric Dubois. J'ai 41 ans et des poignées de jours. Je suis un poète vivant. J'écris des poèmes, j'ai commis quelques recueils dont certains chez Encres Vives. Très souvent, je publie des textes dans des revues littéraires. Mais là n'est pas mon propos.
Je suis un poète vivant et je ne veux pas être enterré tout de suite ! Je m'explique : je ne veux pas être momifié, statufié lorsque je serai octogénaire ! Je veux qu'on me lise, en pleine force de l'âge, dans ma quarantaine ! Je veux être lu par le grand public ! Attention : beaucoup de poètes pourraient le dire également ! Au nom de tous les poètes, je dis ceci : que les grands médias cessent de nous ignorer et nous lisent et parlent enfin de nous ! Je souffre d'être classé parmi les « hermétiques », les « élitistes », les « abscons » ou pire encore les « ringards » ! Je souffre des tirages confidentiels, des revues entre initiés, des chapelles et des avant-gardes. Je souffre, nous souffrons, poètes de la place que nous occupons au sein de la société ! Il est loin le temps d'Eluard, d'Aragon, de Prévert, de Seghers, des vers mis en musique par Ferré, Brassens ou Ferrat. Certes, la poésie s'est desséchée dans les années 1970-80 au profit d'expérimentations verbales qui l'ont éloignée du grand public.
Mais depuis quelques temps, le lyrisme revient, la poésie chante, elle dit quelque chose mais selon une certaine exigence d'un lyrisme métaphorique retenu. Une nouvelle génération commence à faire parler d » elle mais peu connue du grand public : Ariane Dreyfus, Valérie Rouzeau, Jean-Luc Despax, Matthias Vincenot, Emmanuel Berland , Laurence Bouvet… nés entre la fin des années 1950 et les années 1980. Alors, amis lecteurs, lisez de la poésie, achetez-en ou bien empruntez des livres à la bibliothèque de votre quartier ! Lisez de la poésie et les poètes vivants !
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Tututut ! Rien à faire, « un bon poète c'est comme un bon indien... c'est un poète mort » ^^
Je rigole, camarade... moi aussi je fus publiée ici ou ailleurs, et même là-haut où c'était très bien vu... mais quelques soirées mondaines caquetantes m'ont redonné une vision plus nette de la chose.
Il y a une autre voie : oublier le futile rêve de gloire, vivre la poésie dans l'instant et non en faire un blason doré... sous peine de n'être qu'un alibi qu'on exhibera dans les pince-fesse parisiens... redevenir une ombre qui passe...
...un capitaine englouti dans le pli de l'azur...
Laissez traîner vos recueils un peu partout, ils trouveront leurs lecteurs, s'il savent leur parler. Pour le reste, vous souvenez-vous de ça ?
Et que faudrait-il faire ? ...
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
des vers aux financiers ? Se changer en bouffon
dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? Une peau
qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ? ...
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S'aller faire nommer pape par les conciles
que dans des cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
être terrorisé par de vagues gazettes,
et se dire sans cesse : oh, pourvu que je sois
dans les petits papiers du Mercure François ?
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
préférer faire une visite qu'un poème,
rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! Non, merci ! Non, merci !
Mais... chanter,
rêver, rire, passer, être seul, être libre,
avoir l'oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,
mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
pour un oui, pour un non, se battre - ou faire un
vers !
Bien Amicalement
Lohiel
(extrait de Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand, bien sûr)




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