Je me présente: je m'appelle Eric Dubois. J'ai 41 ans et des poignées de jours. Je suis un poète vivant. J'écris des poèmes, j'ai commis quelques recueils dont certains chez Encres Vives. Très souvent, je publie des textes dans des revues littéraires. Mais là n'est pas mon propos.
Je suis un poète vivant et je ne veux pas être enterré tout de suite! Je m'explique: je ne veux pas être momifié, statufié lorsque je serai octogénaire! Je veux qu'on me lise, en pleine force de l'âge, dans ma quarantaine! Je veux être lu par le grand public!
Attention: beaucoup de poètes pourraient le dire également! Au nom de tous les poètes, je dis ceci: que les grands médias cessent de nous ignorer et nous lisent et parlent enfin de nous!
Je souffre d'être classé parmi les "hermétiques", les "élitistes", les "abscons" ou pire encore les "ringards"! Je souffre des tirages confidentiels, des revues entre initiés, des chapelles et des avant-gardes. Je souffre, nous souffrons, poètes de la place que nous occupons au sein de la société! Il est loin le temps d'Eluard, d'Aragon, de Prévert, de Seghers, des vers mis en musique par Ferré, Brassens ou Ferrat. Certes, la poésie s'est desséchée dans les années 1970-80 au profit d'expérimentations verbales qui l'ont éloignée du grand public.
Mais depuis quelques temps, le lyrisme revient, la poésie chante, elle dit quelque chose mais selon une certaine exigence d'un lyrisme métaphorique retenu. Une nouvelle génération commence à faire parler d' elle mais peu connue du grand public : Ariane Dreyfus, Valérie Rouzeau, Jean-Luc Despax, Matthias Vincenot, Emmanuel Berland , Laurence Bouvet… nés entre la fin des années 1950 et les années 1980. Alors, amis lecteurs, lisez de la poésie, achetez-en ou bien empruntez des livres à la bibliothèque de votre quartier! Lisez de la poésie et les poètes vivants!

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Tututut ! Rien à faire, "un bon poète c'est comme un bon indien... c'est un poète mort" ^^
Je rigole, camarade... moi aussi je fus publiée ici ou ailleurs, et même là-haut où c'était très bien vu... mais quelques soirées mondaines caquetantes m'ont redonné une vision plus nette de la chose.
Il y a une autre voie : oublier le futile rêve de gloire, vivre la poésie dans l'instant et non en faire un blason doré... sous peine de n'être qu'un alibi qu'on exhibera dans les pince-fesse parisiens... redevenir une ombre qui passe...
...un capitaine englouti dans le pli de l'azur...
Laissez traîner vos recueils un peu partout, ils trouveront leurs lecteurs, s'il savent leur parler. Pour le reste, vous souvenez-vous de ça ?
Et que faudrait-il faire ? ...
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
des vers aux financiers ? Se changer en bouffon
dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? Une peau
qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ? ...
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S'aller faire nommer pape par les conciles
que dans des cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
être terrorisé par de vagues gazettes,
et se dire sans cesse : oh, pourvu que je sois
dans les petits papiers du Mercure François ?
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
préférer faire une visite qu'un poème,
rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! Non, merci ! Non, merci !
Mais... chanter,
rêver, rire, passer, être seul, être libre,
avoir l'oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,
mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
pour un oui, pour un non, se battre - ou faire un
vers !
Bien Amicalement
Lohiel
(extrait de Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand, bien sûr)
merci pour cette sortie.
En effet
la poésie c'est tout,
sauf les mots de la plainte.
Comment le dire sans brutalité ?
Vous voulez être un poète vivant ? Fort bien. Vivez.
C'est à vous de l'être, pas au public de vous faire tel. Je lis sur votre site que vous faites des récitals. Eh bien, il me semble c'est une des voies à suivre.
Pour le reste, le problème qui vous fait si mal, c'est peut-être que c'est la poésie elle-même qui n'est plus très vivante, en France du moins. La poésie, c'est d'abord un chant, avec ce que cela implique de mise en branle du physique (la voix, en particulier). Or, pour ce que j'en connais (peu), la poésie française ne me semble pas très chantante. Rouzeau, oui : mais plutôt Va où que Récipients d'air... (Tiens, où j'ai foutu ce petit recueil qu'elle avait publié, je crois, au Dé bleu ?)
Que la poésie retrouve le corps, elle sera plus vivante, et vous aussi. C'est tout le mal que je vous souhaite.
"Vous voulez être un poète vivant ? Fort bien. Vivez.
C'est à vous de l'être, pas au public de vous faire tel"
Pas mieux.
Salut mon cher Thierry!
(va falloir qu'on cause tout les deux , mais pas ce soir, faute de temps... et de disponibilité d'esprit.
Plutôt demain matin où demain midi voire aprés-midi, je ne sais pas encore, vu que j'ai quelques obligations qui me taraudent d'ici à là.
En attendant, mes amitiés à tous en maison 13, même et surtout à l'excellent Déluge, ce rancuneux!!!:-)))))
Bonsoir,
J'ai mon meilleur ami qui est aussi un "poète vivant"...
Il s'est débrouillé pour éditer tout seul son recueil, en a vendu quelques exemplaires, dédicacé d'autres (dont le mien...), fait tous les concours de poésie existants, gagné plusieurs premiers prix etc...
Je l'admire, parce qu'il prépare un autre livre, mais tout est tellement commercial, qu'il va falloir encore qu'il se débrouille seul. C'est ça qui est dommage, bien peu de maisons d'éditions ont le courage d'aider de "jeunes auteurs" et encore moins quand il s'agit de poésie.
Bon courage, et persévérez.... regardez le slam ! c'est pas mal !
Editer soi-même son bouquin, c'est du compte d'auteur, donc ce n'est pas éditer !
Je ne m'attaque pas là à la qualité littéraire mais au fait qu'un livre existe AUSSI par la maison d'édition, ce qu'énormément d'auteurs oublient souvent.
Eelisa, le problème n'est pas le courage des maisons, c'est souvent tout simplement le fait de pouvoir vendre la poésie... Les ventes de poésie sont ridicules au regard des ventes de littérature ou BD, et c'est carrément suicidaire pour un éditeur d'éditer de la poésie.
On peut le faire pour la beauté du geste, pas pour en manger, à moins de tourner à coup de subventions, ce que font certains et heureusement.
Certains y arrivent : Le Cheyne entre autres...
Donc j'en profite aussi pour répondre à l'auteur de l'article : Ce ne sont pas les auteurs de poésie qui sont morts ou vivants, c'est les lecteurs de poésie.
Et puis quelle importance ? Vous écrivez pour les autres ? Ou uniquement pour vous ? L'important est-il d'écrire, de publier, ou d'être lu ?
"Je suis vivant et vous êtes morts" d'Emmanuel Carrère, biographie littéraire de Phillipe K. Dick, en Points.
Il y en a tant, pourtant, de grands poètes, ainsi...
"Charles Pennequin est vivant
absolument vivant
(c'est-à-dire dans la merde)"
Mais parfois, mieux vaut être dans la merde que dans la littérature aseptisée (bien propre...) et promue pour légitimer une culture française après laquelle on court... à grand renfort de profits !
Salut
Je suis aussi a Strasbourg et suis plutôt d'accord avec toi. Au cas où lis-moi à la fin, y a lecture... Et je parle de la revue, je chercherai en tout cas à lire Pennequin, si tu as des pistes n'hésite pas.
Monsieur le Poète, par vertu de notres belle culture électronique, vous voici élevé au statut de CELEBRITE SANS INTERMEDIAIRE, Bravo à Rue89, bravo à vous, bravo au siècle.
http://ysengrimus.wordpress.com/2008/04/29/microcelebrite-ou-celebrite-s...
Paul Laurendeau
"Que les grands médias cessent de nous ignorer et nous lisent et parlent enfin de nous".
Par les temps qui courent, c'est un air que l'on entend tous les jours, il y en a même qui se plaignent de l'AFP.
Peut-on encore faire de la poésie comme il y a un siècle, et vouloir être vivant ?...
Les seules lettres de noblesse de l'art, c'est l'évolution.
pas clair et sentencieux, une explication peut-être ?
Je dois reconnaître que ce n'est pas très étayé... et sentencieux. Alors en guise d'explication, je peux très concrètement (et brièvement) parler du travail de sculpteur qui a été le mien.
Au début, pendant les années que dure l'apprentissage, on est dans une démarche essentiellement technicienne. On explore les possibilités, c'est-à-dire qu'on essaie d'avoir une idée des limites dans lesquelles on peut travailler. Ensuite, à l'intérieur de ces limites, on commence à créer. On réalise progressivement que la technique qu'on a reçu est pour beaucoup dans les choix formels, et la démarche créative est finalement relativement contingentée. On a fait une œuvre personnelle, un petit peu, mais la technique n'est pas innocente, ne peut pas être déclinée à l'infini, et impose de faire aussi dans l'exercice de style.
A partir de là, on se sent à l'étroit dans les limites, et on commence à imaginer des nouvelles formes. Mais hors limites, la technique n'existant pas encore, il faut la créer. C'est bien plus coton que d'apprendre, mais c'est aussi beaucoup plus existant.
Si on trouve les bonnes solutions, on finit par imprimer ces nouvelles formes à la matière. Et là, on voit la différence avec les pièces de la première période. Celles-là sont beaucoup plus personnelles, ne ressemblent à aucune autre. On rentre dans ce qu'on appelle au sens propre l'art contemporain (et pas au sens commercial, attention !), c'est-à-dire dans ce qui est d'ici et maintenant, et pas d'avant.
C'est cette notion d'évolution dont je parlais dans mon commentaire laconique. Et pour moi, le vivant, le contemporain, le personnel, sont indissociables.
Alors de la même manière qu'on ne peut pas sculpter comme il y a cent ans et être vivant, on ne peut pas non plus faire de la poésie vivante sans renouveler un peu la forme.
Lapsus révélateur : j'ai écrit "c'est bien plus coton que d'apprendre, mais c'est aussi beaucoup plus existant" au lieu de "beaucoup plus excitant".
ce lapsus était le bienvenu et pour ma part , je préfère existant ...
Bonsoir A.V.
Enchanté d'apprendre qu'il y a encore, aussi ici sur Rue, des gens qui font des choses avec leur mains et non pas seulement élucubrer avec leur tête.
Votre description du processus créatif est excellente.
Il n'est pas sans me rappeler ce que disent les Chinois depuis quelques millénaires à savoir :
-Au commencement, le métier est CRU, FRUSTE, PRIMITIF, (SHENG).
Ce que vous appelez les années d'apprentissage, la démarche essentiellement technicienne. Chez un poète, mais aussi chez un sculpteur, cela peut se traduire par une période essentiellement mimétique, façon bien commode d'explorer les aînés en restant à l'intérieur de leurs limites.
-A force de pratique, on murit, autrement dit on gagne TERRIBLEMENT en habileté.
C'est la période LA PIRE.
C'est d''ailleurs pourquoi beaucoup en restent là.
Le monde est plein de "faiseurs" et c'est bien triste.
Mais après tout ce sont aussi ceux-là qui gagnent le mieux leur vie de leur vivant!!!
Cette période virtuose, les Chinois l'appelle SHOU.
Mais un authentique artiste ne peut pas se contenter d'en rester là. C'est ce que vous appelez "se sentir à l'étroit dans ses limites".
Il faut donc en revenir au SHENG du départ, mais un SHENG bien différent, puisqu'il s'agit désormais, pour l'artiste au sommet de son art, au sommet de sa maîtrise, de s'en défaire comme d'une gangue, pour redevenir capable de spontanéité fruste et primitive.
Ce SHENG-là se gagne effectivement au prix, comme vous le dîtes très bien, d'un "hors limites", certes angoissant, mais c'est la seule "excitation" qui vaille.
On voit par-là que l'"art des fous" ou l'"art des enfants" , aussi intéressant qu'il soit, n'appartient qu'au premier SHENG.
Pour atteindre à un quelconque "état de grâce", comme dirait Issibee, il faut donc en passer par un apprentissage.
A preuve, Picasso a mis toute une vie à redevenir un enfant.
-
Bonsoir Brogilo.
Merci pour ce commentaire. C'est toujours étonnant de constater qu'en dépit du fait qu'on travaille dans la solitude de l'atelier, le processus créatif est universel et transcende les cultures et le temps.
Je retrouve le SHENG de la spontanéité primitive dont vous parlez. D'abord parce qu'il correspond à un glissement vers une manière de travailler basée sur l'improvisation. Ensuite, en sculpture, défricher veut dire aussi créer des nouveaux outils pour des nouveaux gestes, notamment en les forgeant. Au-delà même de l'art, cette action m'a rapproché de manière très sensible de l'essence même de l'Histoire humaine.
"Pour atteindre à un quelconque "état de grâce", comme dirait Issibee, il faut donc en passer par un apprentissage.
A preuve, Picasso a mis toute une vie à redevenir un enfant."
Bonjour brogilo
Si tu connaissais Picasso,tu saurais que ce qui a été écrit sur ce Picasso redevenu enfant est une fumisterie qui continue de polluer les médias(excuse-moi, mais ici, par ton intermédiaire)
Que son geste soit, à la fin de sa vie, celui de l'enfant manipulant la peinture, je suis d'accord. Mais quant au résultat obtenu, ses oeuvres sont des oeuvres et non des dessins d'enfants. Si les dessins d'enfants étaient des oeuvres d'art, les marchands le sauraient! Picasso sait dessiner, comme le poète sait les mots et leur syntaxe. Quand acceptera-t-on de voir en Picasso l'interprète de Génie, qu'il fut toute sa vie?
Bonjour, Pikasso 02.
S'il te plaît, soit gentil, relis mon post. Il fait lourd à Paris et je n'ai pas le courage de récrire la même chose une deuxième fois :
1er SHENG, 2eme SHENG, etc...
Au fait, merci pour ton mail!
Alors c'est pas compliqué, je m'appelle Cyprien Luraghi, j'ai 50 ans et je suis un poète vivant.
Mais je fais pas comme toi, Éric : je balance tout en ligne et à l'œil, et je ne compte surtout pas sur la presse ou l'édition pour qu'on me lise, et encore moins pour gagner le moindre rond.
T'as qu'à jeter un œil à mon site, où t'as de quoi te coller de la poésie à gaver (en cherchant bien, vu que c'est un immense foutoir sans panneaux indicateurs) et carrément des bouquins entiers si tu chercvhes encore mieux.
T'as aucune chance d'être connu avant ta mort, c'est clair ? et moi non plus, et ça chie pas. Alors tu me feras plaisir en offrant tout gratis à tes lecteurs : vendre des livres en ligne, c'est illusoire, et c'est frustrant. Tu perds ton temps et ton énergie, sinon, et c'est très mauvais pour la poésie.
Le Net, c'est l'écriture !
www.blogacyp.fr
:)
Kifkif pour moi. Exemple:
http://www.ecouterlirepenser.com/textes/pl_fc_casey.htm
Paul Laurendeau
Pas forcément d'accord mais pas envie de Paul et Mickey.
En tout cas heureux de votre méthode de diffusion, mais pourquoi paierait-on des romanciers et non des poètes ?
Amitiés.
Tu sais combien ça touche, un romancier (de base, pas Houellebecq) ?
Entre 5 et 10% du prix de vente HT de son bouquin.
Concrètement, mon petit Poulpe publié chez Baleine en 99 et tiré à 6000 ex, puis adapté en BD en français (4500 ex) et en espagnol (4000 ex), m'a rapporté en tout et pour tout 12000 francs, soit 1829€. Et il s'est bien vendu.
Un tâcheron de l'écriture comme Pouy de fait à peine plus que le smic.
À ce tarif, je préfère donner.
Tu n'as pas honte de t'être ainsi engraissé sur le dos de tes lecteurs?
Le problème du livre en net, cependant, c'est que cela fait mal aux yeux. Pardon d'être aussi prosaïque dans un article consacré à la poésie.
Salut Nompas,
Lire de longs textes à l'écran, c'est tout simplement atroce... mais j'ai fini par m'y faire.
Pour la poésie, par contre, c'est impeccable.
Le vrai problème, c'est le statut de l'écrivain, avec ou sans papier. Quand tu as, comme dans mon cas, entre 500 et 800 lecteurs quotidiens depuis des années sur ton site (IP uniques, moteurs de recherche déduits) et que tu touches pas un sou pour ton travail, tu te dis qu'on vit dans un drôle de monde. En plus tu es parfaitement méprisé par le milieu de l'édition et les sociétés littéraires, qui se tiennent cois en pinçant le nez dans le déni et l'omerta.
Enfin, si personne ne s'y colle, ça ne se fera jamais. Donc je fais et je me tais.
Je vais peut-être te choquer, mais je trouve qu'écrire - je parle de littérature évidemment - ne devrait pas être considéré comme un travail qui doive donner lieu à rémunération.
Je sais ce que cette remarque a de contestable, entre autres parce que si on suivait ma "prescription" à la lettre, on laisserait bien plus de possibilités aux rentiers qu'aux autres.
En même temps, on échapperait aux Da Vinci Code (même pas de soulignement, la chose n'est pas digne de cela) et autres plats cuisinés sous cellophane qui devraient rendre malades après consommation.
Bon, ce que je viens d'écrire est très superficiel, le problème est tellement vaste!
Tiens bon en tout cas.
Heu, là je ne suis pas d'accord, Nompas. C'est très concret, la littérature ; ça n'a rien d'éthéré ou de planant. Ça demande énormément de technique, de pratique et un temps fou. C'est comme si tu disais à un ébéniste que son métier et sa passion, son savoir-faire, devaient être gratuits, et la commode sur laquelle il s'est échiné aussi.
Tout travail mérite salaire, non ? Derrière les écrivains, t'as tout un tas de monde qui est payé : de l'éditeur au libraire en passant par l'imprimeur et le distributeur... alors pourquoi l'auteur, sans lequel tout ce petit monde ne vivrait pas, devrait offrir le fruit de sont travail ? Déjà que c'est le moins payé de la bande...
L'édition brasse un fric monstrueux, mais nous, on n'en voit pas la couleur.
Je n'irai pas dire qu'un ébéniste ne doit pas être payé, sinon un menuisier risquerait de se fâcher!
Je le sais bien, que l'écriture littéraire n'est pas seulement question d'inspiration (tu n'es pas adepte des muses? Moi non plus.)
Mais je refuse d'assimiler l'oeuvre d'art au fruit d'un travail tel que j'entends le mot "travail": ce dont on dépend pour subvenir à ses besoins matériels quand on n' est pas né avec la petite cuiller à fortune dans la bouche.
Je me suis beaucoup interrogée, et continue à le faire, sur la nature de l'art, et l'une des rares réponses que je me suis faite à moi-même (et probablement une des seules que je me ferai jamais), c'est que l'art ne peut pas avoir comme finalité première celle de répondre aux besoins matériels de celui qui crée. Sinon, qu'est-ce qui le distinguerait du reste? D'ailleurs, qu'est-ce qui distingue ce que l'on nous vend souvent aujourd'hui sous le nom d'"art", du reste?
Je sais qu'il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet, que je ne suis pas allée très loin dans son exploration, et qu'il y a beaucoup à redire dans ce que je t'ai écrit: cette conversation n'est pas de l'art, mais elle est intéressante, pour moi en tout cas.
L'art ne peut – et ne doit pas – être dissocié du "reste", Nompas. Enfin je crois ; il en fait partie, comme les rêves qui occupent une partie non négligeable de nos nuits et font que nous sommes humains.
Les artistes maudits, ça arrange surtout les éditeurs et les ayants-droits. On a des estomacs et des familles comme tout le monde. Pour la poésie, c'est assez particulier, puisque très confidentiel : un immense poète comme l'est Kenneth White ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Kenneth_White ) survit péniblement sans se plaindre. J'apprécierai que nos impôts puissent lui payer une retraite décente, au moins.
Quoi que tu puisses en penser, il s'agit d'un travail, rien d'autre. Et c'est tout aussi vrai pour un auteur de petits mickeys dans mon genre que pour les grands génies de l'écriture devant lesquels je suis baba et que je n'égalerai jamais.
Je confirme, Cyp. L'art se nourrit de la vie, sinon il se nourrit de l'art, et ça devient franchement pénible. Et ça demande effectivement beaucoup de technique, de pratique et de discipline. Quoi de plus normal que d'être rémunéré pour ça, pour continuer à créer ?...
Je ne dissocie pas l'art du reste, je l'en distingue. Ce n'est pas une raffarinade (mes excuses pour cet affreux mot). Preuve en est que je n'accepte pas que l'on dise que l'art engagé n'en est pas par nature, et pourtant cette "idée" est à la mode dans les cénacles littéraires (auxquels je ne participe pas mais dont j'ai eu entre autres des échos facultadins dans ma jeunesse) depuis plusieurs décennies.
Attention, risque de blessure: si tu crois n'être qu'"un auteur de petits mickeys", ce que je ne crois pas que tu sois - ni l'inverse, ne t'ayant pas assez lu ailleurs qu'ici - pourquoi veux-tu être publié? Pour quoi? Pour qui?
Tu veux mon avis (je crains que tu n'en veuilles plus mais te le donne quand même)? Je crois que tu devrais écrire autrement qu'en ligne (je ne te parle pas d'ici, je te parle de ton blog), et sans te demander si tu es un disneylandeur ou un génie. Tu verras bien.
Je vais aller voir Kenneth White.
Remarque: j'ai écrit aussi, il y a longtemps, sans chercher à me faire publier. Pour moi c'était de la sueur et des palpitations, mais pas du travail.
Les cénacles littéraires et moi, on est très fâchés, Nompas. La répulsion est mutuelle, et très violente. Ils tournent en circuit fermé, par copinage et se cooptent dans des milieux qui ne sont pas le mien. Un écrivain autodidacte prolétarien, c'est trois gros mots de trop, pour eux. Je suis de cette école :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9rature_prol%C3%A9tarienne
Je ne me dévalue pas en parlant du petit mickey : pour l'instant, pris comme je le suis par mon travail alimentaire, je n'ai pas le temps matériel de me lancer dans un livre "sérieux". Pourtant, ça me démange.
J'aimerai être publié parce que... parce que... ben je sais pas exactement, à vrai dire. Parce que ce que j'ai déjà publié sur papier a eu du succès et que j'ai un public qui apprécie – même si plein d'autres me traitent tout le temps d'écrivain raté... Va demander à un comédien pourquoi il aime s'exhiber sur les planches... il sera sans doute aussi emmerdé que moi pour te répondre :-) J'écris pour un public, pas pour ma gueule.
Parce que je crois, même si c'est vaniteux, avoir élaboré une petite cuisine maison assez différente de celles des cantines industrielles, aussi.
Mais je crains bien que l'éditeur qui osera me laisser le champ libre n'existe pas.
J'insiste sur la notion de travail : pour nous autres, c'est une tâche impérieuse à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire. C'est assez fastidieux, mais quel plaisir aussi de voir chanter les mots. Ce n'est pas un passe-temps, en tout cas.
Mes excuses à ceux qui nous lisent éventuellement, et à toi, Cyp, mais je n'ai pas le temps de répondre tout de suite. Je reviendrai dès que possible. Je laisse juste une bribe d'avis (très subjectif): l'écriture littéraire n'est ni un passe-temps ni un travail , tel que je l'ai défini (subjectivement) plus haut.
Cyp, la revenante est là, mais toi peut-être pas, en plus cela va bientôt devenir illisible. Je vais de ce fait sur ton blog.
"Mais je crains bien que l'éditeur qui osera me laisser le champ libre n'existe pas."
Chiche ?
Tu pourrais? Ce serait top!
Chiche !
On peut toujours essayer !
Et on peut/doit en parler !
So... Je te fais passer mon mail...
Je ne sais pas pourquoi mais je respire un peu mieux.
Je vais rechanger ma situation, du coup.
Je le sais oui, mais merci de redonner les chiffres qui font peur...
Je crois qu'il devrait continuer à vendre les revues et d'éventuelles recueil, c'est aussi simple. Des textes en ligne il en met donc tant mieux pour tous ceux qui les croise. En répondant à son propos, j'ai voulu un peu dire tout ça. Je crois que la qualité déplace les montagnes... mais comme tu dis même publié, très peu à en attendre.
Je me doutais bien que t'étais un pouet pouet...
Florent Marchet est un poète contemporain à mes yeux.
http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article4828
une expérience comme une autre : http://poesieschoisies.net/
à A.V. Croyez-vous vraiment que la poésie actuelle est comparable à celle des siècles passées. Croyez-vous que la poésie s'écrit, se vit comme aux temps de Villon, de Ronsard, de Baudelaire, de Prévert, de Néruda etc. etc. etc. ?
La poésie est le seul art à savoir retranscrire la vie, les sentiments, mais cela nous importe-t'il encore?
Comme le conte qui reprend peu à peu sa place dans la société, j'espère que la poésie va elle aussi retrouver la sienne. La parole de passeur du conteur et celle de révélateur du poète sont deux voix qui ne subissent ni le temps ni les modes.
Il y a beaucoup d'auteurs, fortement sous influence, qui écrivent à la manière de. Et non, la poésie n'est pas le seul art à savoir retranscrire la vie. Toutes les formes d'expression peuvent le faire.
Je suis d'accord avec vous dans tous les arts cela est vrai, par contre la poésie actuelle ne se limite pas à ces poèmes à la manière de.
Pour moi, tout ceci reste bien subjectif, la poésie est le seul art qui offre la possibilité de partager la vie, les émotions. Je ne dis pas que les autres arts ne le permettent pas, je dis que c'est le seul dont ce soit l'objectif.
D'autre part la poésie est le seul art dont il soit, en France, impossible de vivre, ou alors en s'acoquinant à d'autres arts, l'exemple le plus évident étant la chanson.
L'autre problème de la poésie c'est que tous nous avons écrit un "poème", en cela la poésie rejoint la photographie. Beaucoup considèrent que comme ils ont fait des "poèmes", fait des "photos", que ce ne sont pas des arts, ou plutôt que c'est tellement simple à faire.
Bonjour Monsieur Dubois,
Je ne parlerai pas de la forme de votre texte ici présent mais le trouve un peu maladroit ET suis très heureux de le trouver dans RUE89. Ayant parlé avec Fabien, le seul fait que vous ayez écrit ici veut dire qu'on vous a ouvert les portes de RUE89 afin d'écrire cet article. Je vous suggérerais de demander peut-être une "rubrique" de mise en ligne de texte ce pourrait-être réellement intéressant et ouvrir RUE89 sur une autre actualité : celle de nos textes.
Je suis aussi poète et en effet, il n'est pas évident d'être ouï ; il paraît que 2% des lecteurs de livre seulement sont lecteurs de poésie.
A mon avis la poésie aujourd'hui est en effet confidentielle, mais ne l'a-t-elle pas toujours été ? D'autre part, comme la littérature, elle ne fût accessible qu'à une élite. Mais, aujourd'hui, les lecteurs sont, à mon avis, plus diffus et diverses ce qui peut avoir son avantage.
Pour exemple : Fred, un ami éducateur "comme une évidence" sort parfois le matin un recueil de poésie de sa poche pour lire un poème à ceux qui sont autour de lui, souvent le matin comme pour "lancer" la journée et donner à penser.
Comme vous, trouvant que la poésie a trop peu de place, je me sers de mes talents de "communicateur et de publicateur" pour faire une revue regroupant notamment des poètes. Elle est auto-produite et assez confidentielle mais je fais confiance à la qualité de nos textes (car j'y veille) pour parler pour nous.
je parle de La Révolte des crabes :
http://revolte.des.crabes.free.fr
Et comme vous, notre premier "prétexte" est de dire "Nous sommes vivants" donc disons...
Je n'ai pas encore vraiment publié par flemme et un peu par connaissance d'une certaine forme de milieu littéraire qui préfère mettre en avant des poètes consacrés. Je ne citerai pas de nom mais "le commercial-capitaliste" touche tous les organes de la société. D'ailleurs, si vous écoutez les chansons et tubes d'aujourd'hui avec un oeil un peu plus critique que le baladeur MP3 qui engloutirait volontiers la planète musique, vous trouveriez aussi qu'on ne nous chante pas les bonnes chansons. Les journalistes des grands médias ne sont pas si bon, les peintres et autres artistes (parfois subventionnés) pas les meilleurs, etc...
Il n'y a aucune évidence certes et bien sûr cela n'intéresse que peu nos contemporains de mettre le nez dans cette littérature : Ca ne rapporte pas assez entre autre... De plus avoir une capacité de jugement quant aux poèmes demande beaucoup d'humanité et d'acceptation de la différence et ce n'est pas ce qui se fait de mieux aujourd'hui, on préfère souvent le standard repérable. Les éditeurs vont et viennent en effet, levant le poing de la poésie et, baissant par la suite les bras du porte-monnaie. Les autres ont peur de se tromper et ne publient que des anthologies.
Par ailleurs vous avez l'air de connaître Alain Suied que Marc Syren un ami Strasbourgeois a invité aux Lectures du F.E.C., ces échanges de mots et de talents, la création de notre visibilité à travers les lectures et les revues entre autre, n'est-elle pas notre meilleure arme ? Sans parler de la qualité de nos textes.
Je prépare personnellement pour MARDI 13 MAI une Lecture de poèmes Au F.E.C. Strasbourg (17 place Saint-Etienne à 20.30) Entrée Libre.
Poème d'introduction pour mardi
( texte ancien mais qui me plaît) :
Le poète seul suit ses vers
La baguette à main du stylo magique
Car regarde surpris les mots
Qu'il ne sait d'où
Ni du comment critiquer
Faute de se lire, il regarde et parfois accepte.
Quand s’enchaînent phrases
A ses lèvres en lecture
Il peut contempler étonné public,
Lui, essayant peut-être d’aimer
Sans retour aux sources de ses mots
Peut-être verront-ils ce que ne peux entendre
Car mille oreilles sont mille yeux du sens.
Ainsi perdus les sons offerts
Ne font qu’un ailleurs
Hors des voies naturelles du poète
S’inclinant à tous les risques de dire
Sans savoir si gronde le chœur des oreilles.
Perplexe mais heureux poète de lire
Comme s’il perdait ses yeux
Et à chaque mot-don
Se sens léger de rajeunir.
Lionel CHETRET
Pour toutes ces raisons, je vous soutiens et faisons guerre de nos mots, surtout si les blessés et les morts s'ouvrent à leur être à travers nos chants...
Amitiés.
P.S. : Donnez-nous ici un poème pour nous enjouer. Merci.
Heureusement, des éditeurs comme POL, Al Dante, Cadex, et d'autres plus confidentiels, croient encore à la poésie...
Heureusement, des mags comme Boxon, Nioques, Ouste, Fusées, Il Particolare, Doc(k)s, etc. existent encore...
Heureusement, des sites comme http://www.t-pas-net.com/libr-critique existent de plus en plus !
En outre, il est bon d'aller par là : http://charles_pennequin.20six.fr/
Et puis, humble contribution personnelle de poète un peu vivant : http://psychanalyse-paris.fr/phipoepsy/