Pour le jardinier humaniste, Sarkozy, en fondant son projet sur « le fric » et le « développement infini » a renoncé à tout projet de société.
Le concepteur du parc André Citroën tient son engagement. Choqué par l'« invraisemblable » déclaration de Nicolas Sarkozy sur le déterminisme et par ses prises de positions en matière d'économie, Gilles Clément a choisi, le 6 mai 2007, de ne plus travailler avec l'Etat. Il avait alors renoncé à retravailler sur le jardin qu'il a réalisé pour le musée du quai Branly. Et avait également annulé sa participation à un chantier en Martinique, à représenter la France à la Foire Internationale de Saragosse et à sa participation à divers colloques :
Gilles Clément prône une écologie humaniste. Influencé par les partisans de la décroissance, notamment par les ouvrages de Serge Latouche, Gilles Clément attend des gouvernements qu'ils imaginent et mettent place une nouvelle économie qui « ni ne brise ni ne détruit les mécaniques de diversités de l'environnement ».
Il vit son désengagement comme un acte de résistance. Le mot semble fort. Le paysagiste sourit et précise qu'il ne s'agit pas de résistance à Nicolas Sarkozy mais à un système : « D'un côté, il y a le point de vue transformisme lamarckien ; ceux qui pensent qu'on peut améliorer l'homme. Et de l'autre, ceux qui croient au déterminisme. Ils sont très darwiniens, très sarkozystes en somme. » Mais pas nouveau… Gilles Clément considère au contraire que Nicolas Sarkozy va plus loin que ses prédécesseurs dans la toute foi en un capitalisme, non plus productiviste mais désormais purement financier :
Militant idéaliste, Gilles Clément a théorisé, à la fin des années 90, l'idée du « Jardin Planétaire ». En s'intéressant aux espèces délaissées, il met en lumière la diversité (ignorée et détruite) de la planète. Son Jardin Planétaire consiste à considérer l'écologie en intégrant l'homme jusque dans ses espaces délaissés, tout en préservant l'environnement.
Son concept de « tiers paysage », né de l'observation de l'île de Vassivière à Beaumont-du-Lac (Limousin), associe aussi intimement environnement et politique. Partant du constat que la diversité des espèces se fait inexistante dans les espaces gérés par l'homme, Gilles Clément s'est intéressé aux espaces délaissés, aux friches, aux rebords d'autoroutes. Là où les machines ne peuvent pas aller, des espèces s'installent : « Dans ces fissures, des espèces animales et végétales s'installent. Il nous faut protéger ses zones. »
Or, pour Gilles Clément, le Président, en fondant son projet sur « le fric » et le « développement infini » a renoncé à toute utopie et à tout projet de société. Et le Grenelle ? « Une pitrerie, un crime », répond le paysagiste. Il estime que le gouvernement prend le prétexte de l'écologie pour servir des intérêts purement financiers, notamment en favorisant les agrocarburants alors même que « la planète est affamée » :
A ses prévisions alarmistes -« on va dans le mur“- Gilles Clément propose des solutions. Qui ne sont pas que des coups d'épées dans l'eau. A Nantes, les pouvoirs publics lui ont commandé une étude sur la diversité. A Cagliari, en Sardaigne, le président de la région souhaite déprivatiser une petite colline. Au Maroc, il travaille sur une zone de 700 hectares. En Libye, lui et son équipe planchent sur un immense parc. Divers chantiers pour lesquels le jardinier, comme il aime à se qualifier, applique ses théories.
Gilles Clément ne se sent pas isolé. Même s'il estime que les associations et écologistes qui ont participé au Grenelle se ‘sont faits gruger’, l'auteur du Manifeste du Tiers-paysage, reconnait que l'événement a permis de leur tendre le micro et de faire entendre leurs voix, jusque là inaudibles : ‘Même si les choses sont compliquées, il y a des façons concrètes de repenser l'économie et l'écologie.’ Il cite pêle-mêle le penseur Pierre Rabhi et son agroécologie, les expériences de micro-crédit ou la désobéissance civile.
Jardinier, paysagiste, botaniste, entomologue, penseur, écrivain. Gilles Clément a de multiples casquettes. Il est également professeur à l'Ecole supérieure du paysage de Versailles. Par envie de transmettre que le monde est un jardin. Et qu'il faut y mettre autant d'utopie que d'esthétique.
Avec Audrey Cerdan
























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De Caius
Expert en management | 12H24 | 10/05/2008 |
La question que soulève Gilles Clément soulève en fait celle de la démographie mondiale. Il ne sert pas à grand chose de promouvoir une écologie humaniste à l'échelle de notre pré carré franco-français si, par ailleurs, la pression démographique dans le tiers-monde continue à exercer des ravages sur l'environnement de la planète.
Pour que l'humanité puisse survivre et la Terre rester vivable, il est indispensable que l'espèce humaine accepte de restreindre son expansion. Cela passe par l'éducation et, condition étroitement liée, le développement des pays les plus pauvres : on n'observe la décroissance démographique indispensable aujourd'hui qu'à partir d'un certain niveau de bien-être. C'est le premier combat qu'il faut d'urgence gagner.
Le seond combat, qui nous concerne dans les pays développés, c'est effectivement de gérer notre bien-être de manière plus respectueuse de l'environnement. Pour le bien des générations futures, il est nécessaire que nous nous lancions dans une politique de décroissance dans tous les domaines où nous exerçons une trop forte pression sur l'environnement. Cela implique de sacrifier une partie de notre confort, de nos habitudes de consommation - usage immodéré de l'automobile, gaspillages en tous genres… Là aussi, c'est une question d'éducation.
Et à ceux qui objecteront qu'il nous faut de la croissance pour financer notre mode de vie, je répondrai qu'il y a un gisement énorme de croissance dans les services à la personne, des services peu consommateurs de ressources naturelles, et qui correspond à un besoin criant de nos sociétés où la natalité est (heureusement) en baisse et où la pyramide des âges enfle dans sa partie haute.
Espérons donc que l'on aura, avant qu'il ne soit trop tard, un autre discours que la fuite en avant productiviste qui n'annonce rien d'autre que la dévastation de la planète.
De ELCHEKATZO
La Revolte des Crabes | 12H29 | 10/05/2008 |
Merci pour l'article !
J'ai bien du mal à comprendre cet agacement vis-à-vis de G. Clément. Il est quand même clair que les bio-carburants sont la fin d'une agriculture de subsistance dans nombreux pays. Sans compter que dans le cas de ces cultures se pose-t-on une quelconque question sur l'utilisation intensive des OGM et/ou d'engrais contaminant toujours plus les nappes phréatiques… Déjà nos cultures se font bien souvent sur des sols morts, simples éponges à pesticides et à engrais.
un exemple d'article :
http://www.dossiersdunet.com/spip.php ? article864
(…)Les biocarburants ne peuvent pas être considérés comme une solution à long terme. Leur développement restera probablement limité. En effet, il a été estimé que sur la base des consommations de 2004, il faudrait des surfaces de production couvrant six fois la surface terrestre si l'on voulait remplacer tous les carburants fossiles par des biocarburants. Par ailleurs, de nouveaux problèmes écologiques apparaissent. Les surfaces agricoles dédiées à la production de biocarburants ne remplacent pas l'agriculture existante mais empiètent sur les espaces naturels, et notamment la forêt, particulièrement dans les pays de l'hémisphère sud. _ En Malaisie par exemple, on estime que 87% de la déforestation est liée à la production d'huile de palme condamnant l'Orang-Outan à disparaître avant 2020, (…)
De BobLaMouche
subversion + construction = substru... | 13H44 | 10/05/2008 |
Il y a quelque chose qui me gêne beaucoup dans vos deux premiers paragraphes. Vous parlez de pression démographique excessive en pointant du doigt le « tiers-monde ». Ainsi le tiers-monde ravagerait la planète. Vous proposez comme solution d'éduquer les populations (et ces populations en particulier) afin de les faire plonger dans le « développement ». C'est un point de vue qui n'est pas nouveau. C'est même celui qui inspire la marche de l'économie mondiale depuis une soixantaine d'années. Force est de constater que non seulement ça ne fonctionne pas, mais en plus cela a abouti au résultat inverse de celui escompté.
Alors soit, en vue d'adapter la population mondiale aux ressources globales, on programme arbitrairement, et depuis un point aveugle (un éventuel gouvernement mondial ? ) une diminution de la population de telle ou telle région, avec tous les effets désastreux qu'on peut imaginer.
Soit on vise à ce que telle population soit capable de s'approprier les ressources du territoire sur lequel elle vit (et donc à ne pas voir d'autres populations le faire à leur place), et à ajuster elle-même sa reproduction dans le temps en fonction de ces ressources ainsi contrôlées. C'est ce que l'on peut appeler une « autonomie relocalisée ».
De BobLaMouche
subversion + construction = substru... | 14H30 | 10/05/2008 |
Ils ont bon dos les agro-carburants…
Ce ne sont pas les agro-carburants qui sont la fin de la culture de subsistance locale, mais l'industrialisation, qui s'applique fatalement à ces fameux agro-carburants. D'ailleurs ils n'ont rien de nouveau, le moteur diesel a été conçu pour tourner à l'huile végétale.
Car bien avant les agro-carburants, il y a l'élevage (industriel, toujours). Ce sont exactement les même pratiques que celles évoquées avec les agro-carburants. Qui aujourd'hui voudrait dénoncer les milliards d'hectares dédiés à l'alimentation du bétail, par ailleurs maintenu enfermé dans des hangars ? Qui dénonce ces mégatonnes de maïs ou de soja, ces champs de monoculture à perte de vue, tout ceci pour engraisser la booooonne viande de supermarché ? Avec au final un rendement calorie/surface totalement dérisoire et la destruction de la vie paysanne ?
[NB : les animaux permettent par ailleurs de profiter de zones géographiques impopres à la culture ou même de vivre en symbiose avec certaines cultures comme c'est le cas dans le système de Fukuoka avec ses poissons et canards dans les rizières, mais cela n'a rien à voir avec les pratiques modernes largement répandues sur la planète]
De Phil2922
Retraite invalidité | 14H58 | 10/05/2008 |
Mais nous sommes déjà dans le mur. Dans les années 70, le remembrement (destruction de haies, mise en place d'hectares de terrain sans aucune protection naturelle…), a mis en place une agriculture productiviste tout en endettant de nombreux agriculteurs pour acheter les plus gros tracteurs, les plus grosses machines… Ceci s'est fait avec le soutien et la complicité du principal syndicat agricole, la FNSEA qui sévit aujourd'hui pour nous faire avaler les produits Monsanto, avec les OGM qui vont avec…
D'ailleurs, Gilles Clémént fait un moment de son interview, un lapsus entre le salon de l'auto et le salon de l'agriculture. C'est révélateur que nous sommes bien dans le mur de la société du fric et que nous avons besoin d'une sacré révolution pour modifier nos modes de vies actuels. Oui, la décroissance, sans forcément être un retour à la bougie, peut-être une réponse positive…
Nos enfants et petits-enfants vont pouvoir nous dire : « Mais vous saviez tout ça, et vous n'avez rien fait… ? ». Quand je parle de révolution, je le dis en pensant que nous avons dépassé le stade de la résistance puisqu'elle existe déjà, mais ne se trouvant qu'à petite échelle, la terre continue de s'essoufler… ! !
http://phil195829.overblog.com
De Caius
Expert en management | 15H49 | 10/05/2008 |
C'est malheureusement un constat auquel on ne peut échapper.
Précisons : les pays développés surexploitent la planète en consommant ses ressources naturelles et ceci pour des motifs largement futiles, car l'utilisation qui en est faite ne correspond pas à des besoins vitaux. Ils ont donc une très, très lourde responsabilité et s'ils arrivent heureusement à juguler leur croissance démographique, il leur reste beaucoup d'efforts à faire pour diminuer leur pression sur l'environnement.
Du côté des pays sous-développés, et rarement en voie de développement, eux aussi surexploitent bien souvent leurs ressources naturelles, mais pour survivre, tout simplement. La situation ne changera que si les populations en cause ont accès à un niveau d'éducation suffisant pour comprendre l'impérieuse nécessité d'un planning familial, et en même temps pour mieux gérer leurs rares ressources.
Mais le développement économique de ces pays est tout aussi crucial - et indissociable de l'éducation, d'ailleurs. Il est certain que si leur modèle de développement est le même que celui des pays riches, le monde court à la catastrophe : il leur faudra passer directement du sous-développement à un modèle de développement durable que nous, en Occident, n'avons pas encore été capables de mettre en oeuvre. Mais c'est la condition nécessaire pour qu'ils se sortent d'une misère qui est moralement inacceptable.
Parce qu'imaginer des pays pauvres ayant la volonté de contrôler leur population, mais incapables, faute de développement, d'assumer la charge que représentera le vieillissement de cette population, ce serait assurément un désastre.