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Un prof internaute a planché sur les programmes de Darcos


Une école primaire, rue Saint-Maur à Paris (G. Coulon).

Pendant deux mois, les enseignants ont été consultés par le ministère sur un projet de refonte des programmes. Une consultation qui avait valu à Rue89 de nombreux témoignages ou commentaires, la plupart s'émouvant du « tournant réactionnaire » acté par ces nouveaux programmes.

Parmi ces internautes, l'un d'eux, Sébastien Goyer, nous a contacté plusieurs fois : d'abord avant d'avoir pris connaissance de la version finale telle que Xavier Darcos l'a présentée mardi dernier. Puis après le discours du ministre de l'Education nationale, qui en dévoilait les grandes lignes la semaine dernière.

Bachotage dès le CE1

Directeur d'une petite école en Charente et prof dans une classe de trois niveaux (grande section, CP et CE1), Sébastien Goyer reproche au ministère d'avoir « transformé le rôle des enseignants en distributeurs de savoirs et de connaissances au lieu d'en faire des médiateurs » et instauré « un bachotage dès le CE1 » en faisant la part belle aux apprentissages mécanistes et au par coeur.

Craignant que les résultats de la consultation sur le terrain ne soient étouffés, Sébastien Goyer a carrément lancé un blog spécifiquement consacré aux nouveaux programmes. Intitulé « Ecoles de Charente16 : programmes 2008 », son but était préventif : il entendait pouvoir confronter le ministre aux retours des enseignants, « extrêmement négatifs », assure-t-il :

Copie amendée… mais l'inquiétude demeure

Ayant décrypté pour Rue89 le dernier discours de Xavier Darcos, la semaine dernière, Sébastien Goyer reconnait que certaines « fausses bonnes idées » ont été retoquées dans la version définitive dévoilée mardi dernier, prenant en compte les remontées des enseignants. Exemple : le passé antérieur, qui devait être enseigné dès le CM1, attendra finalement le collège. Ou encore : la démarche scientifique expérimentale se trouve remise au goût du jour dès le cycle 3.

Toutefois, notre internaute enseignant reste sceptique sur la faisabilité du programme, au diapason du SNUIPP qui déplorait dans la foulée :

« Le ministre, dans l'embarras, procède à un véritable tour de passe-passe. Il ne publie qu'un volume horaire annualisé pour l'histoire-géographie, l'éducation physique, les sciences et l'éducation artistique, et cherche ainsi à masquer la forte réduction du volume horaire dévolu à ces domaines disciplinaires. »

En pratique, Sébastien Goyer estime que le volet « découverte du monde », soit les sciences et l'histoire-géographie, devrait notamment pâtir des changements à la rentrée.

« Une approche électoraliste »

Mais, en dépit de quelques aménagements à même de rassurer les enseignants, le directeur d'école charentais déplore « le populisme » dont use Xavier Darcos dans cette réforme. Dès le début de la consultation, il a craint de se faire « enfumer », explique-t-il à Rue89 :

« Xavier Darcos a une approche électoraliste. A longueur d'interviews, il vante ses résultats auprès des parents, mais c'est manipulateur et populiste : les parents ne sont pas informés sur le contenu réel, ce ne sont pas des pédagogues. Or on va vers un classement des établissements et un contrôle accru par les parents, qui pourront vérifier ce que leurs enfants ont vraiment appris. »

Or, selon notre internaute, il peut être dangereux que Xavier Darcos invoque autant le soutien des parents :

Pour Sébastien Goyer, même si les programmes ont en partie changé, l'empreinte reste la même. L'enseignant charentais s'offusque notamment du « mépris » de Xavier Darcos pour ceux qu'il appelle « les pédagogistes » :

Le directeur d'école estime en fait que l'entourage du ministre a choisi le dos à « trois décénies de pédagogie » :

« Pour Xavier Darcos, les experts en science de l'éducation sont des idéologues. Lui fait des programmes politiques. Ils sont inspirés par un courant très minoritaire qui a une approche mécaniste et réactionnaire de l'enseignement. C'était valable dès le début et cela n'a pas évolué du tout après la consultation. »

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Anny Paule

De Anny Paule

docteur en sciences de l'éducation | 13H56 | 06/05/2008 | Permalien

Je suis, par hasard, devenue « docteur en sciences de l'éeducation », au terme de trente cinq années de carrière en collège.

Ce sont les directives et instructions, plus absconses les unes que les autres, que chaque ministre s'empressait de publier pour « marquer son territoire » qui m'ont conduite à faire une recherche et à rédiger une thèse… C'est le fossé immense entre ce qui avait motivé ma décision de devenir professeur de lettres (autrement dit, ma propre expérience d'élève et d'étudiante) et ce qu'il m'était demandé d'enseigner qui m'a conduite à chercher à comprendre où se situait la faille originelle.

Ma recherche m'a permis de découvrir que les fameuses lois « de démocratisation » du système scolaire, telles qu'elles ont été présentées et telles qu'on les représente encore (Berthoin et Fouchet) n'étaient autres que l'assujettissement hâtif à une demande patronale, et que dès leur instauration, il n'avait pas été question de moyens pour parvenir à la réussite mais d'économie de moyens… Si ces réformes ont à peu près fonctionné jusqu'à la première crise pétrolière (correspondant, en termes de réformes, à la réforme Haby), les choses se sont corsées par la suite… et les discours tenus depuis lors sur l'éducation ont mis à mal tout le monde enseignant. (Mais, « qui veut noyer son chien l'accuse de la rage », c'est bien connu ! )

Le ministre actuel répond lui aussi à une demande expresse d'économie de moyens, et à une deamnde du MEDEF, ainsi sa réforme vise à former dans les délais les plus courts, au « prix » le plus intéressant possible, « un produit » (nos enfants, nos petits enfants) prêt à être vendable au moins offrant des patrons, un « produit » pensé en terme de « marchandise » ou de « capital humain » dont il importera de tirer des bénéfices… ou qu'il conviendra de jeter.

Ce type de réforme ne formera certainement pas le « parfait honnête homme du XXI° siècle, il fera des individus formatés à obéir à des automatismes appris dès leur plus jeune âge…

“L'éducation est le moyen le plus efficace dont dispose une société pour former ses membres à son image” (M. Halbwachs)… dans cette société marchande, qu'attendre d'autre ? Nous sommes loin, très loin de la pensée d'un Condorcet qui entendait que “l'école forme des hommes libres, des citoyens qui ne s'en laissent pas conter mais qui entendent qu'on leur rende des comptes” !

Portrait de babylone

De babylone

23H53 | 06/05/2008 | Permalien

Je ne suis pas enseignante et encore moins détentrice d'un doctorat en sciences de l'éducation mais j'ai parfois l'impression qu'un mauvais procès est fait au « par coeur » qui aurait tendance à abêtir nos enfants … Ne confond-t'on pas là compréhension et apprentissage ? Il me semble qu'une chose ne peut être apprise sans être comprise, en revanche ce n'est pas parce qu'une notion est comprise qu'elle est sue … Est ce que je me trompe ? ? ?

Portrait de Claude PELLETIER

De Claude PELLETIER

Retraité dans son jardin | 07H23 | 07/05/2008 | Permalien

Votre remarque est bien venue. L'école a du mal avec le sans faute. Elle en est loin. Et si l'on se réfère aux études raisonnées de la question, cela en a toujours été ainsi. L'échec scolaire a toujours fait partie du paysage. Quand j'étais élève à l'école primaire dans les années cinquante, près d'un quart des élèves redoublaient le CP et la moitié de chaque génération avait redoublé au moins une fois leur scolarité primaire. On pouvait là aussi en sortir illettré(e) mais cela ne faisait pas les choux gras des médias car la société digérait mieux les apprentis ayant des pb avec la langue écrite.

Le fonctionnement de l'intellect humain est une chose complexe. Il existe toutes sortes de conceptions de l'apprentissage (ce que fait un individu acquérant des savoirs, des savoir-faire, des compétences) et sur la manière d'enseigner aux élèves (ce que font les enseignants). Et des différences existent sur notre façon de comprendre la mémoire qui est l'une des facettes de notre vie intellectuelle. Cette facette paraît indispensable. Elle se cache dans les fondations de tout ce que nous faisons, pensons. L'école devrait veiller à ce que les élèves la développent et devrait y être plus sensible ; et surtout donner des moyens, des méthodes aux élèves pour mieux s'en servir. Mais elle ne devrait pas se contenter de faire pratiquer le « par cœur » qui n'est qu'une des façons de la concevoir, de la pratiquer.
Cette vision ancienne revient souvent sur le devant de la scène, en contrebande, c'est celle de l'entonnoir enfoncé dans la tête de l'élève et du professeur faisant couler son savoir. L'élève qui répéterait comme un perroquet serait dans la ligne. Une réussite !

L'école avait eu tendance (tendance ! ) à ne pas se satisfaire de l'élève perroquet. Bravo. Il est contre-productif de déconnecter la mémoire des autres facultés intellectuelles. Et surtout si l'on dissocie compréhension et mémoire où va-t-on ?

Enfin il serait tout autant déraisonnable de donner toute la place au « par cœur » que de l'exclure complètement des pratiques pédagogiques.
Et la pratique du « par cœur » ne règle pas la question de l'entraînement de la mémoire.
Que fait-on pour développer la mémoire des élèves ?
Pense-t-on bien à développer toutes les fonctionnalités de notre cerveau ?

Portrait de Meinhof

De Meinhof

Chef marketing | 11H29 | 07/05/2008 | Permalien

Oui, vous vous trompez car on peut apprendre une chose sans la comprendre et c'est d'ailleurs pour ça que depuis des années les enseignant attachent plus d'importance à inculquer une méthode de réflexion plutôt que des notions apprises bêtement par coeur.

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