Royaume-Uni: la bulle New Labour a éclaté

Depuis 1997, le projet du New Labour a répondu à une double motivation. Accessoirement, il a offert aux Britanniques une version légèrement atténuée du néolibéralisme thatchérien dont s’étaient fatiguées les classes moyennes à la fin des années 1980. Des fonds publics ont été injectés pour rénover des services publics délabrés (précisons qu’une bonne partie de cet argent a servi à financer des partenariats privé-public, qui ont entraîné de fait la privatisation de certains services publics).

Principalement, il a œuvré à la consolidation d’un bipartisme sans compétition politique: sur les questions les plus importantes (redistribution des richesses, rôle de l’Etat, impôts, droit du travail, relations avec les syndicats, guerre d’Irak), plus rien ne distingue les néotravaillistes des conservateurs. Cette démarche électoraliste dite de "troisième voie" a été dictée par une stratégie rationnelle: Tony Blair et Gordon Brown ont estimé que les Britanniques, échaudés par la brutalité sociale du thatchérisme, ne seraient pas tentés d’élire un gouvernement conservateur avant longtemps. Ils ont fait le pari que les électeurs travaillistes traditionnels (classe ouvrière, fonctionnaires) soutiendraient le Parti travailliste en traînant les pieds, mais le soutiendraient quand même, car ils n’auraient nulle part où aller à gauche (le scrutin majoritaire à un tour lamine implacablement toute force politique de gauche).

Ras-le-bol populaire devant une politique économique au service des plus riches

Ce pari était certes rationnel, mais à haut risque aussi. Pour qu’il soit couronné de succès, il nécessitait le concours de circonstances extérieures, en particulier une croissance économique américaine et internationale continue. L’économie britannique dépend essentiellement des services et de la finance. Il n’est donc pas étonnant que la crise suscitée par les subprimes l’ait touchée plus que tout autre économie européenne. Le gouvernement Brown, entre autres malheurs, a heurté de plein fouet le Northern Rock… C’est dur et cela fait mal: aux ménages moyens (souvent d’anciens électeurs conservateurs séduits par le "pragmatisme" de Tony Blair), horrifiés par la baisse de l’immobilier; aux jeunes couples aussi qui ne peuvent emprunter pour accéder à la propriété.

A cela, il faut ajouter une double gaffe monumentale. Il y a peu, le gouvernement a renoncé à imposer des hommes d’affaires très fortunés qui, non domiciliés en Grande-Bretagne, ne payent aucun impôt à l’Etat britannique. Inversement, Gordon Brown a relevé l’assiette de l’impôt pour les foyers les plus modestes. L’argent récolté a été indirectement "redistribué" aux catégories moyennes!

Des députés travaillistes, d’ordinaire serviles, ont paniqué quand leurs administrés ont commencé à se plaindre de cet acte inique. Ils ont contraint le premier ministre à revenir sur cette décision et à compenser les perdants. Mais le mal était fait: cette mesure antipopulaire, emblématique du projet New Labour, a provoqué la désertion en masse d’électeurs travaillistes vers les conservateurs et les libéraux-démocrates ou leur abstention. Le leadership indécis de Gordon Brown ou l’usure du pouvoir -arguments souvent avancés par les médias- n’ont joué qu’un rôle marginal dans cette débâcle électorale (le plus mauvais score enregistré par les travaillistes aux élections locales depuis… 1968!).

Le conservateurs reprennent pied dans les bastions travaillistes

La vraie raison de ce décrochage électoral a été le ras-le-bol populaire devant une politique économique au service des plus riches (les inégalités entre les plus riches, les classes intermédiaires et les plus pauvres ont dramatiquement augmenté depuis 1997).

La débâcle électorale que vient d’enregistrer Gordon Brown laisse augurer un avenir très sombre pour son parti: l’électorat populaire a déserté en masse le New Labour, permettant aux conservateurs de reprendre pied dans les bastions travaillistes où ils avaient disparu depuis quinze ans (Nord de l’Angleterre, Pays de Galles). Dans le Sud, la défaite est également sévère, mais il s’agit ici de la défection des classes moyennes et supérieures qui sont retournées vers le Parti conservateur, dirigé par David Cameron, blairiste crédible.

Ken Livingstone, à Londres, a mieux résisté que ses collègues travaillistes. En réalité, il n’aurait jamais dû perdre. S’il s’était présenté en candidat indépendant (comme en 2000), il aurait largement battu Boris Johnson, présenté par les médias comme un bouffon. Johnson est un "toff", c’est-à-dire un membre des classes supérieures du pays. Il a été éduqué à Eton, l’une des "public schools" les plus élitistes. Il constitue le type idéal du Tory bien né, figure en général haïe ou moquée par le public. Journaliste raté aux commandes du Spectator, hebdomadaire de la droite dure, connu pour ses commentaires racistes et sexistes, doté d’un humour douteux et d’une élocution incompréhensible, Johnson ferait presque passer George W. Bush et Silvio Berlusconi pour des hommes politiques compétents.

Pour Ken Livingstone, la perte d’une élection imperdable

Des commentateurs, une fois de plus, ont eu recours à des explications futiles pour rendre compte de la défaite du maire sortant: l’usure du pouvoir, de mauvaises fréquentations politiques, un style "impérial" ou encore ses soutiens à Hugo Chavez ou à la cause palestinienne.

En fait, Livingstone a perdu car, candidat sous les couleurs du New Labour, il a fait l’objet du même rejet populaire que celui réservé aux autres élus travaillistes. Son retour dans le Parti travailliste en 2004 l’a amené à se solidariser avec le néolibéralisme du New Labour. Il a payé cette association au prix le plus fort: la perte d’une élection imperdable (Londres est majoritairement une ville populaire, donc de gauche) contre un candidat conservateur grotesque, alors que son bilan de maire en matière de transports, de logement et de lutte contre la criminalité était bon dans l’ensemble.

La bulle New Labour a donc éclaté. Des conservateurs revanchards sont aux portes du pouvoir. D’ici deux ans -sauf événement extraordinaire- ils remporteront les élections. David Cameron héritera d’un pays gangréné par les inégalités, doté de services publics médiocres, de la législation sociale la plus régressive du monde occidental (après les Etats-Unis), d’une main d’œuvre majoritairement peu qualifiée et maltraitée (généralisation des "working poor", les travailleurs pauvres, en dépit de l’introduction d’un Smic).

C’est de ce Parti travailliste-là, qui a failli si spectaculairement à bâtir une société plus juste et plus solidaire, que les électeurs veulent se débarrasser au plus vite. Le moment venu, Cameron ne perdra guère de temps à défaire les réformes sociales du New Labour. Il y en a si peu! Dès ses premiers jours à Downing street, il aura les coudées franches pour emmener le pays encore plus à droite.


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
16H23 06/05/2008

Je sais bien que l'européanité de la Grande-Bretagne est toujours problématique, mais il serait peut-être opportun de replacer la défaite des néo-travaillistes britanniques dans un contexte plus large.
En assez peu de temps nous avons observé, en France, la défaite de Ségolène Royal aux présidentielles ; en Allemagne, la montée en puissance électorale (relative, tout de même) du Linke ; en Italie, la défaite de Veltroni aux législatives ; et donc, dernièrement, cette déculottée municipale du New Labour. Si l'on ajoute à cela la victoire tout de même assez courte de Zapatero en Espagne, le tableau devient intéressant en ce qu'il dessine une réticence à l'endroit d'une gauche qui n'en finit pas de se recentrer (pour dire le moins).
Qui sait, nous assistons peut-être à l'émergence électorale d'une revendication en faveur d'une gauche décomplexée. Il s'agit d'être prudent, mais ce serait une excellente nouvelle.
Lorsque Fillon explique que le terrain idéologique est celui de la droite, il a raison pour le moment. Pour autant, ce n'est sans doute pas une fatalité.

 
16H24 06/05/2008

Une question : si le scrutin uninominal à un tour "lamine" les partis autres que Tory et Labour, comment expliquer la percée (en termes de nombre de votes) des libéraux démocrates (+/-25 %) ?

Autre question : si le bilan social américain était encore pire que le britannique, comment expliquer pourquoi et comment les Républicains arrivent encore à gagner des élections aux USA ? Un radicalisme de droite primaire ?

Autrement, pas de commentaire. On aurait aimé que cet article ait été publié AVANT l'élection, il eût été prophétique.

 
18H06 06/05/2008

Même question que Jacyb : je trouve l'analyse un peu courte sans prendre en compte la percée des Lib-Dems - sauf paradoxalement à Londres où leur score a diminué.
Mais, si j'ai bien compris, la défaite de Livingstone à Londres vient aussi de l'entente plus ou moins acceptée entre le candidat LibDem et le tory : les deux se rejoignaient sur le discours sécuritaire notamment. Ken le Rouge a aussi pu choquer par son discours de défense du voile islamique, non ? Au final le score des Libdems a baissé, alors que leur "seconde préférence" allait surtout à Johnson ?
Ma modeste contribution : http://www.lepost.fr/article/2008/05/03/1188728_londres-sian-la-verte-ke...

 
20H51 06/05/2008

les socialistes sont trop complexés, ils ont une autre voie.
on commence à voir que le libéralisme qui était très bien au début, est en train de toucher au taquet.
On commence à voir toutes ses aberrations.
On commence à comparer les salaires, les niveaux de vie, les niveaux de travail (delocalisations).
On est gouverné par des financiers (pas élus) qui font croire que se sont les politiques (élus) qui ont le pouvoir.
On assiste à de grande alliance, (ce qui diminue la compétition entre grandes boites)
On assiste à un partage du monde par les dites boites
On assiste à la politique de pénurie qui rapporte autant pour moins cher en investissement (voir pétrole, bouffe) que la politique de la compétition et d'investissement.

Combien de temps va-t-on accepter cela ??
la loi du marché est truquée, ce n'est plus du libéralisme.
les électeurs vont bien finir par le comprendre, mais il faut le leur expliquer.

 
10H01 07/05/2008

Effectivement, le sort du New Labour, mais aussi celui des sociaux-démocrates allemands, qui préfèrent gouverner avec la droite qu'avec l' ""extrême"" gauche, devrait permettre aux socialistes français de perdre moins de temps avec les sirènes d'un faux réalisme.

Malheureusement, ces échecs laissent la gauche européenne un peu plus exangue et déboussolée. La reconquête des idées, de l'ambition progressiste et du pouvoir n'est pas facilitée.

http://photine.blog.lemonde.fr/

 
10H07 07/05/2008

On ne peut pas vanter les vertus du travail (de Thatcher à Sarkozy) à longueur de temps et construire un système qui privilégie la rente (bourse, immobilier...).

On ne peut éternellement profiter de la mondialisation tout en la faisant payer aux plus pauvres. On ne peut dire aux gens "vous devez acheter" et en même temps "vous gagnerez moins".

Quand est ce qu'on verra la capitalisme boursier (libéralisme) pour ce qu'il est : la plus grosse arnaque de tous les temps.

 
Annie | Traductrice en Angleterre
11H54 07/05/2008

D'abord Ken Livingstone n'a pas seulement perdu à cause de sa proximité avec le parti travailliste. Plusieurs journaux et documentaires télévisés ont révélé peu avant les élections des pratiques népotistes et une tendance à la mégalomanie à la mairie de Londres. Ces accusations ont pesé très lourd dans la balance.
Deuxièmement, le choix de la troisième voie de Tony Blair qui peut être criticable correspond à l'impossiblité pour le parti socialiste d'être élu sous la bannière Old Labour. Ce n'est pas un choix que j'approuve, mais il était pragmatique.
Troisièmement, au niveau social, si les inégalités se sont creusées, c'est que la mondialisation va plus vite que les réformes gouvernementales.
Il y a beaucoup à reprocher à Tony Blair et son gouvernement, mais c'est le premier gouvernement depuis la création du service de santé national à avoir introduit autant de mesures sociales, destinées à réduire la pauvreté (ce qui a été fait dans une certaine mesure pour un nombre important d'enfants) et les inégalités. Là c'est un échec.
La croissance économique en Grande Bretagne, due à une forte libéralisation a permis d'introduire un salaire minimum. Avant cela, les employés de MacDonald dans le Devon étaient payés 10 francs de l'heure.
Le modèle anglais est peut-être voué à l'échec, mais il serait injuste de ne pas reconnaître les réformes sociales introduites sous ce gouvernement.
La crise économique touche maintenant l'Angleterre, et les électeurs semblent se détourner du parti travailliste, mais pour qui a connu ce pays il y a 25 ans, il a fait des progrès absolument étonnants.

 
jmm
08H51 09/05/2008

Effectivement, Blair a introduit un timide salaire minimum. Mais heureusement dans deux ans quand Cameron arrivera, l'Angleterre ne sera plus le pays avec les plus mauvaises lois sociales. Notre petit S. inspiré par ces lois aura fait pire en France, et Cameron pourra à son tour s'en inspirer, tant il est vrai que l'ensemble des gouvernants occidentaux de droite et malheureusement de gauche s'inspirent toujours du pire ailleurs pour nous expliquer la fatalité.
Quant à Gordon Brown, les années Blair, et son passage au ministère des finances l'a évidement transformé en néo-economiste, tandis que sa volonté anti-européenne n'a pas baissée...

 
22H36 07/05/2008

Cet article fait montre de peu de qualités d'analyse. Quand bien même l'auteur est apparemment un habitué de la Grande-Bretagne, il projette des préoccupations françaises, plus précisemment les préoccupations de la gauche française, sur la situation politique outre-manche.
Juste quelques points.
1) Si New Labour a perdu à cause du "ras-le-bol populaire devant une politique économique au service des plus riches", pourquoi est-ce que ce sont les conservateurs qui ont gagné? A première vu, cela n'a pas beaucoup de sens. En s'amusant un peu, on serait tenté de présenter (avec aussi peu d'arguments que l'auteur) l'idée inverse: c'est parce que l'électorat britannique considère New Labour trop "socialiste" qu'il s'est tourné vers un parti qui l'est encore moins, le Parti Conservateur. D'ailleurs, pourquoi un parti plus redistributeur que New Labour n'a-t-il pas connu de succès lors de ces élections? L'auteur nous explique que c'est parce que...
2)..."le scrutin majoritaire à un tour lamine implacablement toute force politique de gauche". Cette explication est très faible. Le scrutin majoritaire est en place depuis plus d'un siècle, il n'a pas empéché le Parti Travailliste, dans les années vingt, de remplacer le Parti Libéral comme deuxième parti britannique, justement parce qu'il présentait une offre politique à la gauche des libéraux. Depuis les années 1970, de nombreux "troisièmes partis" ont emergés periodiquement dans la vie politique anglaise: des partis gallois et ecossais, le Parti Vert (1989), le Parti Libéral qui a fait son grand retour sous la forme des Libéraux Démocrates. Mais, en revanche, aucun parti à gauche de Labour n'a réussi à émerger. Pourquoi? Selon l'auteur, c'est à cause de la loi éléctorale. C'est faux, c'est bien plus à cause de l'électorat lui-même.
3) "la législation sociale la plus régressive du monde occidental (après les Etats-Unis)". Voilà qui n'est pas très gentil pour l'Australie.
4) "les inégalités entre les plus riches, les classes intermédiaires et les plus pauvres ont dramatiquement augmenté depuis 1997". C'est faux, le coefficient GINI aujourd'hui est au même niveau qu'il y a dix ans. http://www.statistics.gov.uk/cci/nugget.asp?id=332.
J'ai par ailleurs déjà lu dans la presse française que les inégalités n'avaient pas augmenté, mais baissé sous Tony Blair. C'est faux également, puisqu'elles sont restées stables.
En somme, l'auteur n'est qu'un homme de gauche français énervé par le blairisme. Il nous présente une petite histoire qui résonne bien avec ses opinions politiques: New Labour a perdu parce que sa politique n'a pas été suffisamment sociale. Malheureusement, peu d'éléments corroborent cette thèse. A vrai dire, je suis moi-même une personne de gauche qui ne voit pas le blairisme d'un bon oeil. En revanche, je ne laisse pas mes convictions obscurcir mon analyse.

 
01H24 08/05/2008

1) Libre a vous d'interpreter de maniere impressionniste mes propos, mais ce n'est pas ce que j'ai ecrit : la debacle electorale des neotravaillistes s'explique par une double desertion. Sur son flanc droit, le New Labour a ete lache par les classes moyennes-superieures qui ont perdu confiance dans le nouveau "parti du business" (Tony Blair), celui qui avait acheve une transition en douceur vers un "thatcherisme a visage humain" (croissance continue, faible imposition des hauts salaires, bulle immobiliere). Ces electeurs essentiellement concentres dans le sud et les Midlands ont vote en masse (ou ont re-vote) pour les conservateurs. Sur son flanc gauche, un electorat populaire, en general concentre dans le nord, le Pays de Galle (et en Ecosse qui ne votait pas la semaine derniere). Ce lachage populaire etait deja acquis en 2001 (absention record de 41%), il s'etait aggrave en 2005 et il s'est encore accentue en 2008. Bien evidemment, les motivations qui ont conduit a cette double desertion sont radicalement opposees. Flanc droit : recherche de solutions encore plus neoliberales dans l'espoir de conserver les "acquis" des 25 annees ecoulees. Flanc gauche : desespoir vis-a-vis de la politique menee par un parti de "centre-gauche".

2) Vos remarques concernant les effets du scrutin majoritaire a un tour sont largement erronees. D'une part, le depassement du parti liberal par le parti travailliste est un "one off" historique, que l'on peut expliquer par le lachage des liberaux par le TUC et l'organisation politique de la classe ouvriere. Depuis le debut du 20e siecle, la situation est figee : 2,5 partis, c'est-a-dire 2 partis "de gouvernement" et un 3e (le parti liberal) qui, dans les circonstances actuelles, n'a aucune chance de bousculer le status quo.
Presenter les partis regionaux comme un "3e parti" est assez surprenant, car leur implantation est exclusivement... regionale. Quant a l'exemple de la percee des Verts en 1989, il est atypique puisque ce fut l'unique occasion ou les Verts connurent une percee electorale significative dans des conditions exceptionnelles (election europeenne, vote-defouloir par excellence avec un taux d'abstention record). Il n'est donc pas faux d'envisager que l'introduction de la representation proportionnelle ou un scrutin mixte (scrutin majoritaire avec des corrections proportionnelles) permettait la percee de nouveaux partis, en particulier a gauche. Un scenario de type Die Linke ou une alliance entre lib-dem de gauche, decus de gauche du New Labour et Verts de gauche seraient possibles dans ces conditions.
Selon vous, le glissement a droite serait la faute de "l'electorat". Les Britanniques seraient donc par nature des reacs neolibeaux? Je trouve cet argument un peu court et tres peu convaincant...

4) Les inegalites entre les plus riches et le reste de la population ont nettement augmente depuis 1997. C'est un fait aussi indiscutable qu'indiscute, ici, en Grande-Bretagne. Tony Blair, en 2001, l'avait reconnu sur la BBC : "Peu importe que les riches se soient considerablement enrichis. Ce qui importe, c'est que les plus pauvres gagnent plus". Un argument imparablement de gauche, n'est-ce pas?...

Et vous, homme de gauche francais, tres enerve par mon analyse, comment expliquez-vous cette deculottee electorale? Vous n'en soufflez mot!

 
15H18 08/05/2008

Bonjour Monsieur Marlière. Tout d'abord, j'admets que ma contribution avait une tournure un peu (trop) vindicative.
1) Il y a du vrai dans votre analyse: abstention à gauche et ralliement à droite. Il est dommage que vous ne l'ayez pas dit explicitement dans votre article. En revanche, cela n'explique pas tout, et je vois d'autres facteurs, aussi importants, que vous semblez nier.
Premièrement, l'électorat lui-même. En affirmant cela, mon propos n'est pas d'insulter les Britanniques comme vous le suggérez. Il s'agit plutôt de prendre acte du fait que les Britanniques sont, bien plus que les "continentaux", acquis à des politiques économiques libérales. Pas tous, évidemment, et les classes moyennes plus que les classes populaires, bien sûr. Il n'empêche, des études telles que les British Social Attitudes Survey et British Elections Survey montrent depuis les années 80 une tolérance bien plus grande du libéralisme économique que par le passé, un phénomène qui par ailleurs touche toutes les classes sociales. Rien de tel en France, en revanche. De même qu'aux Etats-Unis il existe une grande hostilité au "big government" y compris au sein des classes populaires, il existe en Grande-Bretagne une bien plus grande acceptation du libéralisme au sein de l'électorat qu'en France par exemple. Certes, on pourrait affirmer que ce n'est pas dans leur intérêt, et qu'ils sont aveuglés par les discours ambiants, mais c'est là une question différente. On pourrait également répondre que ce n'est pas une question de demande, mais d'offre; autrement dit, que les Britanniques sont libéraux parce que New Labour ne leur offre pas d'alternative, et que donc que la responsabilité porte en premier sur les politiques et pas sur l'électorat. Il y a une part de vrai dans cette idée, mais les débâcles du old Labour "socialiste" en 83 et 87 montrent qu'il y a également une part de faux.
Deuxièmement, comme vous le mentionnez, l'usure du pouvoir et la personnalité de Gordon Brown. Vous balayez ces explications du revers de la main, ce qui me semble injustifié. Ces deux éléments, l'usure du pouvoir et la personnalité des candidats, ont très souvent joué un rôle dans de récentes élections en Europe (et également en France, comment le nier?), alors pourquoi pas ici?
2) Sur la loi électorale, mon exemple des partis régionaux n'est pas aussi mauvais que vous le dîtes. La perspective déterministe sur le système électoral que vous semblez prendre aurait du mal à rendre compte de leur percée. Par exemple, si dans une circonscription écossaise le SNP passe devant soit Labour soit les Conservateurs, cela démontre qu'un troisième parti peut se hisser au niveau des deux premiers dans une circonscription donnée. Après tout, Respect, un parti douteux mais malgré tout à gauche de New Labour, a réussi à gagner à Londres lors des dernières législatives. En somme, ce n'est pas une question de loi électorale, c'est une question de partis. Et, tiens donc, aucun grand parti clairement à gauche n'a emergé ces dernières années. Je réitère mon propos, la loi électorale est une explication très insuffisante.
4) Cette question est empirique, donc une citation de Tony Blair n'est l'argument le plus convaincant. Il y a plusieurs manières de mesurer les inégalités: GINI, 1er/10ème décile etc, et des statistiques à ce sujet sont collectées par de nombreux organismes (institut national de statistique britannique, FMI, Banque Mondiale, OCDE etc). En termes de revenu, les inégalités ont beaucoup augmenté sous Thatcher avant de se stabiliser sous Blair, il est vrai a un niveau très élevé. En termes de patrimoine, elles n'ont cessé d'augmenter mais cela a été le cas partout en Europe et particulièrement en France, donc il n'y a pas d'exception britannique ici.

 
Annie | Traductrice en Angleterre
09H32 08/05/2008

Je crois que ce qui explique cette déculottée est que Gordon Brown exemplifiait la bonne gouvernance économique qui était autrefois l'apanage des conservateurs: un faible taux d'inflation, de chômage, des taux d'intérêts et des dépenses publiques maîtrisées. Egalement une certaine proximité avec les milieux d'affaires qui lui faisait confiance. Northern Rock et la crise ont changé tout cela. G. Brown qui n'est pas un leader particulièrement charismatique voit sa principale compétence remise en cause. Et je crois que c'est pour cela que les Anglais se tournent vers les conservateurs.
L'usure aussi. Et sans oublier l'argument qui a fait élire Sarkozy, l'immigration.

 
10H19 08/05/2008

How can Monsieur Marliere maintain his position as an academic, a senior university lecturer? His comments are both ill-informed and biased.

His comments about Ken Livingstone are "à côté de la plaque" and he has obviously misunderstood the situation leading up to the London elections which may PARALLELL the country-wide local elections but are entirely different

 
10H20 08/05/2008

How can Monsieur Marliere maintain his position as an academic, a senior university lecturer? His comments are both ill-informed and biased.

His comments about Ken Livingstone are "à côté de la plaque" and he has obviously misunderstood the situation leading up to the London elections which may PARALLELL the country-wide local elections but are entirely different

 
isabey | Issy
17H11 10/05/2008

Hey Catzou Bonjour.
Please transcribe the singular when called for. "is entirely different".
Monsieur Marliere is an old Etonian. they are never wrong.
Salut