PS : la démarche de Martine Aubry est la bonne

Sans passionner outre mesure les Français, la question de l'avenir du PS les mobilise suffisamment pour qu'ils suivent avec intérêt le débat actuel sur son leadership. Ségolène Royal ? Bertrand Delanoé ? Julien Dray, Pierre Moscovici, ou bien encore, pourquoi pas, François Hollande prétendant que finalement, dans l'intérêt du parti, il ne voit vraiment personne d'autre que lui-même pour sa succession ?

Les supputations vont bon train, et il faut dire qu'elles sont plutôt affligeantes, tant elles reviennent à mettre la charrue avant les bœufs. Car enfin, le problème n'est pas de savoir quelle personnalité va organiser la vie de ce parti ! Il est d'abord bon de savoir sur quelle base. Il est vrai que depuis 6 ans, ce n'est pas le travail sur le fond qui a caractérisé les activités du PS, et que faute de réflexion approfondie sur l'avenir, et même sur le présent sur l'état de la société française, il s'est largement laissé aller à subir des logiques de communication et d'image et à suivre l'opinion et les médias.

Mais il n'y a aucune raison pour que cela continue indéfiniment, sauf à décider que ce parti est indécrottable, et à accepter qu'il se contente de remporter des élections locales, celles pour lesquelles priment l'enracinement sur place, la bonne connaissance des administrés, le sérieux, la compétence, sans qu'il soit nécessaire ni même utile de s'inscrire dans une visée nationale et de développer des projets ayant trait à l'avenir du pays tout entier. Le PS se prépare à faire un choix de personne, et il faudra bien qu'une majorité se dessine.

En fait, trois possibilités s'offrent à lui. Ou bien il continue de suivre les sondages et les indications de la presse people,pour finalement retenir un secrétaire-candidat-à-la présidentielle qui, faute de fond, aboutira à l'échec, comme ce fut le cas avec Ségolène Royal en 2007. Ou bien il se livre à la tambouille interne, au jeu des courants, fractions et groupes, pour sortir du chapeau un secrétaire-pas-nécessairement-candidat-à-la-présidentielle, un plus petit dénominateur commun habile et fin manœuvrier, mais qui risque de manquer de l'ampleur nécessaire s'il s'agit de dessiner des grandes perspectives. Ou bien il se dote d'un ensemble clair et cohérent d'orientations, il procède à des choix politiques, il propose des mesures justes, solidaires et adaptées aux problèmes du monde contemporain et de la société française, avant de désigner celui ou celle qui sera le mieux à même de porter ces orientations et ces propositions.

Priorité au travail de fond

La démocratie interne est une réalité au PS, et il faut se réjouir de voir s'ouvrir le débat en son sein sur l'élection du premier Secrétaire, le calendrier, le fonctionnement des instances. Mais comment ne pas souhaiter qu'un tel débat soit sous-tendu par des idées fortes et ambitieuses, plutôt qu'animé par les résultats des sondages d'opinion ou éclairé par les photographies de la presse people. Et ici, on constate que depuis son succès électoral à Lille, le nom de Martine Aubry circule avec une certaine insistance.

En donnant la priorité au travail de fond et à la réflexion collective, Martine Aubry ne nous dit pas si elle sera candidate au poste de premier Secrétaire de son parti, ou non -elle avisera le moment venu. Elle nous dit par contre qu'il faut retrouver le goût de la construction politique dans ses dimensions intellectuelles aussi bien que pratiques, et qu'au moment où les dégâts du néo-libéralisme et du libéralisme sont patents, avec par exemple la crise américaine des sub-primes ou les problèmes de la faim et de la nourriture à l'échelle de la planète, il faut proposer d'autres mesures que de dérégulation et de retrait de l'Etat.

Personne ne peut dire si elle succèdera à François Hollande ; mais on peut affirmer, par contre, qu'elle propose une démarche qui fait sens, et qui présente l'immense avantage de faire passer les idées, les projets, la vision d'une gauche ambitieuse et réaliste avant les attributs médiatiques des individus.

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Suppriméàlademandeduriverain17.02.09

De comptecourant

06H19 | 06/05/2008 | Permalien

Non merci.

Aubry a conduit de façon autocratique « sa » réforme sur le le temps de travail dite « loi des 35 heures ». Pour rappel parce que certains sont décidément amnésiques, c'est hyper commode par les temps qui courent, elle l'a imposée en décidant que les entreprises avaient jusqu'en 2001 pour l'appliquer, et que celles qui ne l'appliqueraient pas payeraient une amende pour compenser. La plupart des grandes entreprises de production ont payé l'amende et n'ont appliqué les 35 heures qu'à la date butoir, sans négociation avec les syndicats. Parce que toute négociation était inutile. Lorsqu'elles ont appliqué la loi sur les 35 heures, contraintes et forcées, elles ont délocalisé leur production.

Et ça, je ne vais pas l'oublier, ni oublier le chômage que ça a entraîné. Je ne vais pas oublier non plus qu'à partir de 2002, les salaires ont été gelé, et que les salaires d'embauches ont subi un abattement de 30% et que c'est la raison pour laquelle il y a une telle perte de croissance.

Par ailleurs, c'est oublier aussi un peu vite que les 35 heures ont eu d'autres effets maléfiques :

sur les retraites, moins d'heures travaillées pour les cotisations
sur les chômeurs, moins d'heures travaillées pour le calcul de leurs droits
sur les entreprises, des subventions inespérées

Non, décidément non, Aubry reconnait qu'elle ne s'est pas préoccupée dans sa loi des 35 heures, des plus fragilisés et des plus pauvres. 10% dit-elle. C'est encore 10% de trop sachant que cette loi a surtout profité à ceux qui pouvaient se payer des loisirs. Les autres redemandent les 40 heures en 2008. Belle avancée en effet !

Je crains surtout qu'elle ne remette le couvert si elle accède de nouveau à des responsabilités nationales. Elle oublierait à nouveau 2 ou 3 choses au profit de sa satisfaction personnelle.

La réduction du temps de travail c'est génial, surtout quand on peut en profiter.

Portrait de bernard catelain

De bernard catelain

Cadre administratif à Lille | 08H49 | 06/05/2008 | Permalien

Martine Aubry a le meilleur profil pour rassembler la gauche, c'est une évidence !

Je suis le témoin en tant que lillois de la force de Martine Aubry à écouter, à rassembler et à faire des propositions. Elle peut réussir au PS ce qu'elle a brillamment réussi à Lille (66 % au dernières élections municipales ! ).

C'est une femme de conviction, crédible et qui de toute évidence n'a de cesse que de faire passer l'intêrét de la gauche devant les intérêts et les ambitions personnelles des uns (des unes ? ) ou des autres.

Faisons-lui confiance !

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 09H56 | 06/05/2008 | Permalien

Ouais. Je suis moins admiratif de Martine Aubry que d'autres. C'est une bonne manoeuvrière, elle l'a démontré à Lille. Elle est très douée en général, c'est également vrai.
Mais il faut se souvenir que son principal titre de gloire ( ? ? ) à Lille consiste à avoir intégré dans la ville des banlieues de gauche comme Lomme afin d'assurer sa réélection.
Je ne suis pas non plus impressionnné par les 35 heures. La question n'était pas de réduire le temps, mais d'améliorer les CONDITIONS de travail. Et dans ce domaine, tout reste à faire. Et pas plus que Jospin elle n'a osé proposer qu'on se saisisse du problème des retraites à bras le corps.
Ces « omissions » nous hantent aujourd'hui.

Alors, Martine bonne candidate au secrétariat du PS ou à la prochaine présidentielle ? Il reste à déterminer si elle est capable d'une réflexion stratégique pour le pays (comme son père).

Pour le reste, le jeu des alliances au sein du PS me laisse froid. Elle saura peut-être tirer son épingle du jeu. Mais « unifier » la gauche est un voeu pieux. Ce n'est pas Besancenot qui me contredira sur ce point.

Clariufication : qu'on cesse de qualifier certains de « sociaux-démocrates » et d'autres de « socialistes ». Hormis les trotskystes, tout le monde à gauche est social-démocrate depuis belle lurette, y compris au PCF.

La question demeure : une fois au pouvoir, qu'n fait-on, comment le gère-t-on ? Tout le reste n'est que propagande à vil prix, au mieux une illusion fatale.

Portrait de François Debassan

De François Debassan

Fonctionnaire | 12H48 | 06/05/2008 | Permalien

Je vote à gauche depuis 30 ans, et je commence donc à avoir un peu de recul dans l'analyse de la situation…

Depuis la défaite de 2002, le PS n'arrive pas à redéfinir une ligne idéologique claire, face à une dérive populiste, dont l'élection de Nicolas Sarkozy est le symptôme évident.

Cette absence de ligne est aggravée par des luttes de pouvoir au sein du PS qui sont mal perçues par l'opinion. C'est cela qui a permis à Ségolène Royal de s'imposer dans le jeu comme un recours « de bon sens », avec le résultat que l'on sait.

L'échec de Sarkozy et les résultats des élections municipales imposent au PS une remise à plat de son fonctionnement et de son positionnement politique, une clarification collective, dont il ne peut faire l'économie.

Les Français attendent cette clarification, qui passe par un travail commun des intelligences du PS (elles sont multiples) autour de la définition de ses propositions pour la société, de ses choix économiques et sociaux, de ses alliances, de l'alternative que le parti propose pour les prochaines échéances électorales nationales, qui sont dans quatre ans.

En ce sens, quelqu'un comme Martine Aubry a raison, quand elle dit qu'il faut se préoccuper d'abord du fond avant de désigner des candidats au poste de Premier Secrétaire.

En tant que militant PS, mon attente est d'abord ce travail, la désignation d'un ou d'une responsable et d'un ou une candidat/e viendra naturellement.

Sans quoi nous allons assister à une guerre insupportable de quatre années pour le leadership, qui tuera la gauche, comme le parti Démocrate est en train de s'autodétruire aux USA avec ces interminables primaires qui vont finir par faire gagner le candidat Républicain…

Le PS a une responsabilité forte. Il est le leader de la Gauche, face à une Droite qui est en train de détruire méthodiquement tout notre socle social, et d'accroître la fragilité économique des Français.

Un élément nouveau doit à mon sens être pris en compte, celui de l'expérience des grands élus locaux de gauche, comme Aubry, Delanoe, Ayrault, entre autres, qui vivent la réalité du terrain.

Dans ma ville, Lille, je vois comment Martine Aubry travaille depuis quelques années, et avant elle Pierre Mauroy.

Ces grands politiques de gauche, qu'on a accusés en leur temps de dogmatisme idéologique pour mieux les caricaturer, ont réussi à développer leurs villes à la fois écononomiquement et socialement, ce qui montre donc que ce n'est pas incompatible.

Alors travaillons, proposons et cessons au PS ce jeu de massacre qui désoriente l'opinion et conforte le discours populiste anti-politique.

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 16H15 | 06/05/2008 | Permalien

Un bilan local bon et prédominant ? Je ne vois pas en quoi cela prédispose à un exercice satisfaisant de la responsabilité de secrétaire du PS ou de président de la république.

Et vous ne dites rien du bilan de Martine Aubry comme ministre du travail.

D'un autre côté, j'ai de la sympathie pour votre point de vue de militant. Il est exact que Martine est populaire au sein des sections locales du parti. Mais il est non moins exact que de véritables inconnus de la base locale ont pu recevoir des investitures douteuses de la part de Martine A. et de la fédé du Nord, en expprimant parfois un véritable mépris pour les militants locaux, sous le prétexte qu'ils avaient leurs entrées parmi les puissances du parti. Trois de mes parents ont quitté le PS à Lille pour cette raison.

Un dernier point. Vous préconisez une « ligne idéologique claire ». Qu'est-ce que cela veut dire, au juste ? Comment peut-on aujourd'hui transmuer une ligne idéologique en programme concret et crédible validé par les Français ?

Je ne trouve aucun intérêt à une « ligne idéologique ». Elle est constamment (et peut-être nécessairement) bafouée une fois qu'on est au pouvoir. L'idéologie ne procède ni de l'analyse ni de la méthode, elle résulte dans la plupart des cas d'un a priori, de pesanteurs héritées du passé, et n'a pas grand chose à voir avec la gestion périlleuse d'un gouvernement (tout au moins au niveau national).

C'est précisément ce qui tourmente le PS aujourd'hui.

Et s'il nous re-sert le plat d'un « rassemblement de toute la gauche », ou, par antithèse, du « vote utile », l'électorat français ne lui fera pas plus crédit qu'en mai 2007.

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