Decryptage

Succession de Hollande : huit socialistes pour un fauteuil

Candidats déclarés ou non, huit leaders du PS se positionnent déjà pour devenir Premier secrétaire en novembre.

L'abondance de personnalités est-elle signe de bonne ou de mauvaise santé pour un parti politique ? A la différence de l'UMP, où les décisions importantes sont encore prises par l'Elysée, le PS connaît la diversité de voix et un afflux de candidatures au poste de Premier secrétaire, que François Hollande laissera vacant lors du prochain congrès en novembre.

François Hollande, lui, préfère répondre à cette question par un sourire. Cela l'« amuse ». Mais d'autres sont plus tranchants. Laurent Fabius ironise : « Il va bientôt être plus utile de demander à ceux qui ne sont pas candidats de lever la main. » Jean-Christophe Cambadélis s'énerve : « Cette espèce de foire des égos est quasi-insupportable. »

Royal vs Delanoë,
le match dans le match

A en croire les sondages, les deux égos les plus appréciés s'appellent Bertrand Delanoë et Ségolène Royal. Le match dans le match. Celui qui ôterait presque toute chance aux autres présidentiables (Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et François Hollande en tête) de se positionner en vue de 2012.

Ségolène Royal (Daniel Joubert/Reuters)Depuis son seul siège de présidente de Poitou-Charentes, Ségolène Royal continue de travailler son image de femme d'Etat sur sa lancée de candidate à la dernière présidentielle. Ripostes aux déclarations de Nicolas Sarkozy, aménagement d'un propre QG à Paris, lancement d'un nouveau site Internet, déplacements à l'étranger…

Prendre la tête du PS pourrait toutefois constituer un risque pour celle qui a toujours voulu apparaître hors des jeux d'appareil. Mais elle ne veut pas que les querelles de 2007 se reproduisent et aura besoin d'un parti en ordre de marche derrière elle pour gagner en 2012. Son véritable objectif. Et elle sait que sa popularité parmi les militants peut lui permettre d'y arriver.

Bertrand Delanoë (Charles Platiau/Reuters)Bertrand Delanoë aussi se verrait bien se servir du poste de Premier secrétaire comme d'une rampe de lancement vers l'Elysée. Mais sa récente réélection à Paris et ses déclarations de campagne rejetant toute convoitise nationale restent trop proches pour s'afficher. Et puis il doit encore compter ses troupes, le réseau jospiniste sur lequel il s'appuie n'étant plus aussi puissant qu'auparavant.

Entre eux, les divergences politiques ne sont pas très fortes. Tout juste le candidat Delanoë durant la campagne des municipales s'est-il démarqué de l'observatrice active qu'était alors Ségolène Royal sur la question des alliances avec le MoDem. Le premier a rejeté la main tendue par le parti centriste dans la capitale, quand la seconde réclamait que de tels partenariats soient conclus « partout » où cela est possible.

Mais on sera loin des batailles de fond qu'a connues le PS lors de précédents congrès. Loin des luttes de personnes et d'idées pour la direction du parti survenues entre Mitterrand et Rocard, ou Fabius et Jospin. Et les autres prétendants au poste de Premier secrétaire ne font pas non plus de leur différence idéologique leur principal argument de campagne interne.

Un quator de candidats déclarés


Julien Dray (Gonzalo Fuentes/Reuters)C'est le cas de Julien Dray qui l'affirme sans détours : « Je n'ai pas de différences majeures avec Ségolène Royal », mais le Premier secrétaire doit avant tout ne « pas être candidat à l'élection présidentielle », afin d'éviter qu'il s'oblige à des postures en vue de 2012 et puisse se concentrer pleinement sur la vie du parti.

C'est pour cela qu'il s'est porté candidat à la succession de François Hollande, dont il est un proche. Et espère bien rassembler, sur la motion qu'il présentera, les noms de Ségolène Royal et de Bertrand Delanoë, s'ils ne se lançaient pas dans la bataille. Un plan pour conquérir le PS que le porte-parole du parti a exposé en détails le 25 avril dans l'émission « Parlons Net » de France Info. (Voir la vidéo)



Pierre Moscovici (Rue89)Autre candidat déclaré : Pierre Moscovici. Dans un entretien accordé cette semaine à VSD, il répète ses « deux engagements » s'il devient Premier secrétaire : « Je ne serai pas candidat en 2012 et je serai neutre à l'égard des présidentiables. » L'ancien ministre délégué aux Affaires européennes se défait d'ailleurs de son étiquette strauss-kahnienne pour mieux faire étalage de cette image de neutralité.

Mais à s'éloigner de sa base, ses soutiens pourraient se réduire à peau de chagrin. Même si son image d'homme tempéré -barbe aidant- rassure les militants, séduit les médias dont il a fait le tour depuis quelques mois, et lui a permis d'obtenir le soutien d'Arnaud Montebourg, qui se verrait bien en échange appuyé par Moscovici pour conquérir la présidence du groupe socialiste à l'Assemblée nationale dans quelques mois.

Manuel Valls (DR)Représentant l'aile droite du parti, Manuel Valls, lui, ne se veut pas aussi rassembleur. Au PS, il veut « tout abattre pour tout reprendre ». Ses modèles ? « Les sociaux-démocrates allemands », ainsi que les travaillistes anglais : « Il faut construire une nouvelle force politique comme Tony Blair l'a fait avec le New Labour. » Le député-maire d'Evry espère « tout remettre en cause », jusqu'au nom du parti, écrit-il dans son livre qui vient de paraître, « Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche ! “ (Robert Laffont) :

« Parti socialiste, c'est daté. Ça ne signifie plus rien. Le socialisme, ça a été une merveilleuse idée, une splendide utopie. Mais c'était une utopie inventée contre le capitalisme du XIXe siècle ! “

Claude Bartolone (Charles Platiau/Reuters)‘Etre enfin de gauche’, Claude Bartolone le souhaite également pour le PS, mais il ne le conçoit pas forcément de la même manière. Il ne donne pas de gage de neutralité (à l'inverse de Julien Dray et Pierre Moscovici), il ne joue pas sa carte pour 2012 (Manuel Valls, si), il prépare le terrain de la prochaine présidentielle pour son mentor de toujours : Laurent Fabius, à l'opposé du positionnement du député-maire d'Evry.

Hamon au nom du NPS,
Aubry pour les reconstructeurs


Benoît Hamon (Rue89)Claude Bartolone disputera peut-être l'étiquette de ‘candidat de l'aile gauche’ à Benoît Hamon, qui a annoncé lors du dernier Conseil national du PS préparer une motion pour le congrès au nom du NPS (Nouveau Parti socialiste). Mais la cote du député européen a déjà été plus haute. Chouchou un temps de François Hollande, il a démissionné de son poste de secrétaire national à l'Europe du parti à la suite de son désaccord avec la position du PS sur le Traité de Lisbonne.

Dans ce jeu de prétendants, une carte pouvait également compter, celle des ‘reconstructeurs’, anciens ennemis qui ont d'abord réussi le tour de force de réunir notamment des proches de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius, avant de se déliter peu à peu. Pierre Moscovici a annoncé sa propre candidature. Montebourg l'a rejoint. Claude Bartolone s'en va également seul au front. Avoir comme principal dénominateur commun de faire barrage à un duel Royal-Delanoë n'a pas suffi.

Martine Aubry (Rue89)Reste Martine Aubry, qui en fait également partie. Revenue sur le devant de la scène nationale depuis sa réélection triomphale à Lille (66,56% des suffrages), elle la joue pour l'instant discrète. Pas d'annonces tapageuses, l'ancienne ministre de l'Emploi et de la Solidarité consulte à l'intérieur du parti. A l'extérieur, l'opinion publique s'intéresse de plus en plus à elle et la place en troisième position des personnalités préférées pour le poste de Premier secrétaire.

Mais même si Martine Aubry parvient à décourager ses deux prédécesseurs au classement (Delanoë et Royal), elle pourrait ne pas avoir pour autant le champ libre. Le maire de Paris et la présidente de la région Poitou-Charentes envisageraient alors chacun de lancer leurs hommes de confiance dans la course : Harlem Désir, pour le premier ; Vincent Peillon, François Rebsamen ou Michel Sapin pour la seconde. François Hollande, lui, pourrait continuer de s'en amuser.

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7 commentaires sélectionnés

Portrait de kawouede

De kawouede

12H45 | 04/05/2008 | Permalien

Le chaos n'est pas aussi grand qu'on pense. A mon avis c'est une tactique intelligente pour affaiblir Royal. La multiplication des candidatures / et des déclarations pour 2012 vise à noyer la star du Poitou dans la masse, plutôt que de mettre en avant un candidat d'union « tous sauf Royal ». C'est bien joué de la part des ténor(e)s du PS… Souhaitons que ça suffise à la remettre à sa (juste) place.

Portrait de yapadebug

De yapadebug

12H59 | 04/05/2008 | Permalien

Vu le boulot qu'il y a pour reconstruire le PS, je propose qu'on les nomme premiers secrétaires tous les huit à la fois.

Portrait de Suppriméàlademandeduriverain17.02.09

De comptecourant

13H36 | 04/05/2008 | Permalien

Bon article Julien. J'ignorais que Hamon présentait une motion.

Nous verrons bien, ça devient un peu la foire d'empoigne mais la démocratie apparente doit se faire à ce prix.

Si je zappe Aubry pour son exécrable bilan national,
Valls qui ne dit que des conneries, d'ailleurs quand on voit les performances des travaillistes et des socio-démocrates allemands on se demande si on peut qualifier les théories de Valls d'idées pertinentes,
Royal pour sa volte-face hallucinante après l'échec,
Dray qui ne voit que son ambition personnelle

je n'ai pas d'a-priori sur les autres. Delanoë serait le gardien du dogme. C'est un homme à poigne, c'est certain.

Je crois que les quadras et jeunes quinquas ne se sentent pas prêts pour le challenge présidentiel, alors pourquoi pas dans le costume du 1er secrétaire du PS ? De toute façon il faut rajeunir l'institution et si Hollande qui n'a que 53 ans n'y est pas parvenu, il faut peut-être rechercher des femmes ou des hommes encore plus jeunes.

Portrait de Les Chats

De Les Chats 24526

14H04 | 04/05/2008 | Permalien

8, dont 2 femmes cherchez l'erreur !

Portrait de Placide

De Placide

Analyste-programmeur | 18H15 | 04/05/2008 | Permalien

• Bertrand Delanoë a sans doute la légitimité de prétendre à la direction du parti-socialiste. Il aura à ferrailler avec la dame Ségolène Royal pour cela…et les militants socialistes trancheront !

• Mais de là à voir aujourd'hui les grands médias nous vendre avec la même force un Bertrand Delanoë « présidentiable » pour 2012 me fait fortement rigoler. Je n'ai pas d'autre mot !

• Pour ces médias qui nous auront brossés - et avec quelle outrance ! - en 2007, en « incompétente », une Ségolène Royal - pourtant Enarque, 25 ans députée, plusieurs fois ministre - je ne sais pas ce qu'ils feront alors d'un Bertrand Delanoë qui n'aura même pas chopé un petit « secrétariat d'état » au niveau national… ce qui lui confère une expérience nationale proche de zéro, pour rester correct !

• Nous aurons de quoi nous amuser quand ils feront - on peut compter sur eux ? - un portrait croisé Royal/Delanoë avec rubriques : niveau d'études, expérience nationale, etc. On va bien se marrer ! Et la dame du Poitou avec nous ?

• En plus ils sont un peu naïfs aujourd'hui certains prétendants socialistes pour 2012. Ils ne voient même pas que le choix de leur candidat(e) prévu pour fin 2010 en vue la présidentielle de 2012 se jouera, de fait, dans la foulée des élections Régionales de 2010. Et la seule de ces « présidentiables » socialistes qui concourra à cette élection est…Ségolène Royal. Avec une probable réélection à la tête de sa Région Poitou-Charentes qui les grillera tous, dans le pas, pour l'investiture socialiste à la présidence de la République…

• Et quand on pense que les régionales de 2010 seront forcément moins bonnes - avec un reflux - pour les socialistes qui contrôlent aujourd'hui la quasi-totalité des régions… Elle ne manquera pas d'afficher sa bonne mine si réélue, elle. Et de filer un nouveau coup de pied à tous ceux qui aujourd'hui s'amusent à tirer des plans sur la comète !

Portrait de Asse42

De Asse42

Royalais | 14H26 | 04/05/2008 | Permalien

Il me semble que dans un parti démocratique l'abondance de candidatures n'est pas à proprement parler scandaleuse. Il y a pléthore de talents au sein de ce parti et on ne va pas s'en plaindre. Je vois que vous avez même oublié marylise Lebranchu… Bref ça fait du monde.

Mais il faut comprendre qu'il y a beaucoup d'effet d'annonce et que peu, très peu, présenteront des motions.
On pourrait avoir une motion d'une gauche du PS, du Non à l'Europe et du repli sur les partenaires historiques de la gauche. On aurait une motion soc-dem portée par Moscovici. Une motion Jospino-Delanoë portant sur la référence aux dogmes immuables du parti et la rigidité des institutions internes. Et on pourrait avoir une motion Royal regroupant tous ceux qui pensent que le PS doit s'ouvrir au-delà de ses frontières pour accueillir toutes les bonnes volontés progressistes des alters au centre. Sans tabous et sans dogmes. Cette motion, qui a ma préférence, pourrait chambouler fortement l'inertie du PS en se basant sur la volonté des militants de faire de la politique autrement.

Il se pourrait donc que l'on ait un débat démocratique sur ce que doit être le futur du PS dans le siècle qui s'annonce. Pourvu qu'il soit démocratique et respectueux des personnes et il se pourrait même qu'il soit passionnant !

Portrait de Beeks

De Beeks

14H39 | 04/05/2008 | Permalien

on dirait un titre du journal paris turf ou tiercé magasine pour le prix du président de la république à Auteuil .avec le PS on joue comme on aime ! ! ! ! ! ! !

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