Le match prix-salaires et l’oukaze de la BCE
De mars 2007 à mars 2008, la hausse des prix a été de 3,2%, propulsée par le prix du pétrole et des biens alimentaires. Les salariés et leurs syndicats se sentent fondés à réclamer une hausse au moins égale des salaires. Ce fut l’un des principaux mots d’ordre des défilés du premier mai. Par ailleurs, des conflits sur les salaires éclatent çà et là. Affrontement classique! Le patronat brandit la menace des délocalisations, en même temps d’ailleurs qu’il revient, avec la même menace, sur les 35 heures dans diverses entreprises. Sans doute tiendra-t-il bon et les salariés verront très probablement leur pouvoir d’achat réellement amputé, si la hausse des prix se poursuit à ce rythme.
La BCE et la FED: deux stratégies très différentes
Le Gouvernement fait le pari inverse. Il espère un ralentissement durant le second semestre, qui conduirait finalement à une hausse moyenne 2008/2007 de l’ordre de 2,2%, bien plus élevée cependant que sa prévision initiale de 1,6%. La banque centrale européenne, elle, fait de cette prévision un «oukaze». Alors même, que la banque centrale des Etats-Unis, le Federal reserve system ( FED), n’a pas cessé de baisser son taux d’intérêt depuis l’été, jusqu’à 2%, pour alléger le coût du crédit aux entreprises et aux particuliers, et favoriser une relance économique, la BCE, son Président Jean-Claude Trichet en tête, maintient, au contraire, son taux d’intérêt à 4% afin , affirme-t-il, de dissuader les entreprises d’accorder des hausses de salaires supérieures au taux de 2%, considéré comme la norme pour la hausse des prix.
Explications. Selon la théorie appliquée par la BCE, une baisse du taux d’intérêt pourrait inciter les entreprises à s’endetter un peu plus notamment à court terme, pour pouvoir financer un éventuel effort spécial en faveur des salaires. On les pousse donc à résister aux revendications, de façon à ne pas enclencher la fameuse spirale prix-salaires: les prix montent, les salaires suivent et relancent plus encore la hausse des prix.
En fait, c’est moins sur la réalité de ce mécanisme que compte la BCE, que sur son annonce qui doit suffire à dissuader les entreprises et leurs salariés d’entrer dans la spirale. Il y a donc tout un langage codé de la BCE pour laisser entendre selon les cas, que rien ne bougera ou même qu’une nouvelle hausse du taux est possible.
L'euro fort ralentit la croissance
Le problème est que le maintien du taux d’intérêt à 4% sur l’euro, face à une baisse du taux sur le dollar, a poussé l’euro fortement à la hausse par rapport au dollar. Les détenteurs de dollars les ont vendu pour se placer sur l’euro, plus rentable, ce qui a fait monter l’euro. Cette hausse de l’euro a rendu les produits plus chers en dollars et freine donc les exportations vers tous les pays qui importent en dollars, ce qui tend à ralentir encore un peu plus la croissance économique. Jusqu’à présent, les exportations françaises italiennes, et surtout espagnoles, semblaient souffrir seules de cette hausse de l’euro; les entreprises allemandes semblaient moins en pâtir, ce qui amenait d’ailleurs le gouverneur de la banque centrale allemande qui siège au Conseil de la BCE, à appuyer, sinon imposer, la rigueur affichée par Jean Claude Trichet. Il n’en va plus ainsi. La croissance allemande est fortement atteinte en 2008.
Pour autant la BCE va-t-elle se montrer moins rigoureuse? Va-t-elle baisser ses taux, comme le lui réclament plus ou moins clairement les politiques? Il ne le semble pas. D’abord sa mission, telle que fixée par le Traité de Maastricht, ne lui donne qu’une fonction: lutter contre l’inflation. C’est la différence fondamentale avec la FED, qui, depuis toujours, doit aussi veiller à maintenir un certain rythme de croissance économique. Ensuite, la BCE peut arguer du fait que la hausse de l’euro a un avantage: elle rend les importations de pétrole et autres produits, un peu moins chères pour les pays de la zone euro, ce qui contribue à lutter contre l’inflation. Toujours elle!
Droit dans ses bottes et droit dans le mur?
Toutefois, le grand public a quelque mal à suivre toutes les subtilités du raisonnement économique de la BCE. Il ne peut croire que, par le seul maintien de son taux d’intérêt, hormis l’effet précité de la hausse de l’euro, elle puisse contrer les hausses des prix mondiaux du pétrole de certaines céréales et des matières premières. Mais le Président de la BCE n’en a cure et il est probable qu’il va rester vent debout face à l’inflation. Sans doute en tire-t-il même quelque fierté; le "droit dans ses bottes" est un ressort fréquent chez les dirigeants politiques et économiques. Peut-être l’évolution des prix lui donnera-t-elle raison! Mais si ce n’est pas le cas? Si les facteurs internationaux de l’inflation persistent ou s’amplifient? Alors lui et les membres du Conseil de la BCE, avec leur "oukaze à 2%", risquent de porter, aux yeux de l’histoire, comme certains dirigeants des années 1930, les habits de naufrageurs de l’économie.
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Bonjour.
Ce débat me rappelle l'humour d'un auteur polonais: Mroszek.
Est-ce l'euro qui est trop fort ou le dollar qui est trop faible?
Pour les importations on y gagne, ... quoi que pour le pétrole cela dépende plus des taxes nationales (le carburant est 30% moins cher en Allemagne et Autriche qu'en France, à titre d'exemple)
Pour les exportations c'est le contraire.
Pour la 'balance commerciale' il faut prendre en considération celle, globale, de TOUTE la zone euro.
Ce qu'essaie de faire la BCE.
Et la dette record y est bien française.
Bon dimanche.
Jc
Vivant en Allemagne, je peux vous dire que le carburant est au meme prix des deux cote du rhin, voire plus cher ici.
J'ai fais le plein hier, du sans plomb 95; 1,495 le litre.
Dorian.
Je persiste et signe, même si ma voiture est diesel.
J'ai fait l'A/R Paris Innsbruck, via Sarrebruck, il y a environ 2 mois.
En gros un euro le litre de gas-oil là-bas.
Jissé
Question piège: Quel est le plus gros Pb pour rouler sur les autoroutes en Germanie?
edit: Un mien cousin (par alliance) est patron du service de chirurgie-cardio à l'hôpital d'Hannovre.
Il partage mon point de vue.
edit2: Facile à comparer.
Prix en France du fioul domestique: environ 1 euro/litre. J'ai fait le plein de ma cuve il y a une semaine.
Prix du gas-oil carburant (c'est la même chose, seule la couleur en est différente pour éviter les 'échanges'): environ 1,4 euros/litre.
CQFD
La BCE et plus généralement l'UE font très bien ce pourquoi elles ont été crées: Enrichir les riches et appauvrir les pauvres.
yapadebug.
Bonsoir.
Nous parlons de la BCE, pas de l'UE.
Avant l'Euro le Franc passait son temps en dévaluation par rapport au Mark.
Et l'économie française ne s'en portait pas mieux.
En quoi une dévaluation de l'Euro par rapport au Dollar appauvrirait-elle encore plus les pauvres?
La BCE n'est pas là pour faire 'tourner la planche à billet' pour masquer le déficit Sarkozien.
Que l'UE roule pour les favorisés, là on est d'accord.
Merci le PS (entre autres) pour l'enterrement des résultats du référendum.
Bonne fin de soirée.
Jissé
Gauger, c'est un mot intraduisible de Charente-Maritime qui signifie que l'eau est passé par le haut des bottes. Les pieds font flip-flop dans cette espèce de ragougnasse nauséabonde dont seules les bottes ont le secret. Il ne reste plus qu'une solution, les enlever.
Alors, messieurs ! Restez droit dans vos bottes si cela vous chante mais sachez que c'est un pari très risqué lorsque la vase monte.
Toutes les Religions se ressemblent, et fonctionnent sur les mêmes principes, même celle du Sacro Saint Pognon ! Les différents dogmes ont leurs Papes, dogmatiques jusqu' à l' absurde, sourds à toutr réalité, surtout celle des pauvres humains qui vivent hors de la révélation transcendentale, qui, donc, ne font pas partie des élus, et qui, donc, méritent leur sort. Des Vaticans de toute sorte, peuplés d' une prétendue élite éclairée, pour qui le réel a toujours tort, pour qui les catastrophes, qui frappent un peu plus loin, un peu plus bas, rassurons-nous, sont inexplicables, accidentelles et non structurelles, avec en haut leur Pape, comme tous les autres papes, droit dans ses bottes divines !
Amen, et bon retour à l' obscurantisme nouveau !
Mais ce Trichet ne triche pas, au moins ! Il administre contre le travail, en faveur de la rente, une monnaie de vieux, parce que les princes lui en ont donné mission.
Il en va autrement de notre princicule, qui attend aujourd'hui comme une grâce de la BCE une martingale propre à compenser le désastre de sa politique, laquelle, à l'Elysée comme à Bercy, a toujours été de comprimer les salaires, sous couvert de faire baisser les prix.
L' Europe appartient à ses vieux rentiers qui veulent que leur cagnotte en euro continue à prendre de la valeur .
Il payent avec quelques centimes d' euros les jeunes pour qu' ils poussent leurs fauteuils roulants, assurent leur sécurité et leurs fassent des pipes .
Le probleme reste simple, le plus grand nombre de gens soufrent de salaires non revalorise, le plus petit nombre recoit des bonus correspondant au salaire d'une vie entiere, malheureusement si le plus grand nombre sert la ceinture, la seule croissance possible (pour financer les fameux bonus et autres parachutes dores) viendrait de 2 sources, le jeux de monopoly qu'on appelle la bourse et l'exportation. Ceci conduira certainement a la lente ruine occidentale (ou rapide), exactement pourquoi soutiendrions nous ce genre de politique? Pour voir nos petits enfants mourir de faim?
cet article est à rapprocher de celui paru récemment sur l'inflation
http://www.rue89.com/explicateur/apres-tout-pourquoi-deteste-t-on-tant-l...
le vrai problème est que la phobie inflationniste des allemands, qui remonte à une histoire vieille de pas mal de dizaines d'années, plombe toute l'europe.
ils nous font ch..., ces allemands et la BCE, avec leur inflation, alors que l'inflation n'est plus un risque du tout (on devrait plutôt craindre la déflation)
pour une fois que les américains, à travers les missions de la Fed, se montrent plus intelligents que nous, ça vaut la peine d'être noté.
il devient urgent de redéfinir les missions de la BCE, voire son existence sous sa forme actuelle
Je ne vois pas de raison pour laquelle la BCE devrait changer de politique, d'autant plus que les partenaires européens de la France n'y seraient pas favorables.
L'euro est effectivement trop fort "en valeur absolue", mais il permet d'atténuer le renchérissement des denrées et produits achetés en dollars. Et l'inflation est une menace réelle, comme on peut le constater. Elle est même inévitable. Mais en quoi la baisse des taux d'intérêt faciliterait-elle un regain d'activité en Europe ? Ce serait mettre de l'huile sur le feu en quelque sorte. Et cette mesure serait vite diluée dans l'accélération subséquente de l'inflation.
On peut arguer, comme Mendès-France le disait en son temps, qu'un peu d'inflation ne nuit pas. Mais le danger actuel est celui de la stagnation et de l'hyper-inflation, que personne ne souhaite.
La Fed, en revanche, n'a eu que deux objectifs de base : 1) assurer la croissance économique aux USA, 2) conserver un dollar faible car cela favorise les exportations, au risque de booster l'inflation. Je ne perçois aucun signe d'infléchissement de cette politique, même si elle peut paraître suicidaire à moyen terme. Les Américains vont donc continuer à ne PAS épargner et à dépenser, alimentant par là-même l'énorme dette publique, et tout faire pour maintenir leur économie à flot. Il y a de bonnes raisons de croire que ce dernier objectif ne sera pas atteint. Et la Fed ne dispose plus d'aucune marge de manoeuvre, la récente baisse des taux à 2 % étant vraiment une limite à ne pas franchir, sauf révolution de sa pratique, qui devrait alors se traduire par un radical et très improbable moratoire des dettes... tout à fait contraire à l'idéologie dominante. Reste un retour au keynésianisme, avec intervention massive de l'Etat fédéral et subventionnement de projets d'infrastructures, inconcevable sous GW Bush mais possible si l'un des candidats démocrates est élu en novembre.
Dans tous les cas, il faut se rendre à l'évidence : la crise est très profonde. C'est une crise systémique grave qu'aucune politique monétaire n'arrivera à endiguer. Il n'y a pas lieu de se réjouir et encore moins de préconiser des "remèdes" à court terme dont l'efficacité, peut-on craindre, sera nulle ou presque.
Trichet a en son temps été remercié pour la faillite du crédit lyonnais en étant propulsé à la BCE. Il compte y faire mieux...Donc il restera inflexible jusqu'à ce que l'ensemble des politiques européens l'abattent pour sauver ce qui pourra l'être. Le problème, si les politiques des autres pays sont aussi nuls en économie que les notres, et bien Trichet est là jusqu'à sa mort.