Voici plusieurs années que l'on entend déplorer partout le manque de vocations scientifiques chez lez jeunes français, nos enfants. De savantes études ont été lancées pour expliquer la baisse sensible des inscriptions en facultés scientifiques, même parmi les jeunes qui ont passé un baccalauréat scientifique, et des régions consacrent des crédits importants pour tenter de redonner à nos jeunes le goût des sciences.
Mais l'on n'enseigne toujours pas l'informatique dans les collèges et lycées, très peu dans les collèges où l'informatique est considérée comme une technologie parmi d'autres et pas du tout au lycée. Une option informatique au lycée qui a fonctionné quelques années a été supprimée en 1998 sans que l'on sache vraiment pourquoi. Or à l'évidence, d'une part l'informatique joue un rôle de plus en plus important dans la quasi-totalité des activités humaines et d'autre part elle attire de nombreux jeunes, comme il est normal, les jeunes perçoivent fort bien ce que sont les grands enjeux de l'époque dans laquelle ils vivent.
L'informatique doit être une discipline à part entière
De graves comités assemblés au ministère de l'Education ont décidé que l'informatique ne devait pas être considérée comme une discipline « autonome », sous le prétexte qu'elle sert comme un outil dans tous les domaines, et cela a comme conséquence que l'on ne forme pas de professeurs d'informatique, c'est-à-dire des professeurs dont l'informatique est la matière principale, comme les mathématiques, le français, ou l'histoire et la géographie le sont pour d'autres. Tout au plus donne-t-on une formation généralement beaucoup trop brève à des professeurs d'autres disciplines avec l'espoir qu'ils s'en serviront dans leur cours.
Le résultat est que, alors qu'une proportion croissante de garçons et filles de douze ans savent se servir d'un ordinateur, pour jouer, surfer sur le Net, dialoguer avec leurs copains via Messenger ou charger des photos, personne ne leur montre que ces mêmes ordinateurs, désormais répandus dans les classes et dans les foyers, peuvent servir à mille autres choses dont beaucoup sont passionnantes, pour peu qu'on sache les programmer.
Personne ne leur dit qu'on peut passer sa vie à faire de l'informatique, et y trouver un champ d'activité particulièrement riche. Au contraire, dans une classe de quatrième d'un bon collège de Saint-Quentin-en-Yvelines, des élèves avaient, il y a quelques jours une leçon d'informatique consistant à leur apprendre à faire ce que beaucoup savent très bien faire depuis de nombreuses années : rien n'est plus anti-pédagogique et propre a dégoûter les élèves qu'un cours où l'on ne leur apprend rien qu'ils ne sachent.
Une attirance des jeunes pour l'informatique laissée en friche
Nous sommes ainsi dans une situation assez folle : beaucoup de ces jeunes qui aimeraient en savoir plus, qui, pour de nombreuses bonnes raisons, pourraient songer à faire de l'informatique plus tard, ne voient pas leur curiosité satisfaite.
On laisse en friche une attirance qui pourrait se transformer en vocation, une de ces vocations dont on déplore le manque. On peut s'interroger sur cet état de fait à nos yeux déplorable et contre productif.
Nous pensons que malheureusement bien peu de gens savent à quel point l'innovation et le progrès passent en ce moment par l'informatique : nous entendons souvent dire que les jeunes n'ont pas besoin par exemple de savoir programmer un ordinateur, parce qu'il y a des logiciels pour faire tout ce que l'on peut avoir envie de faire, logiciels dont l'écriture est l'affaire de spécialistes et dont il suffit de connaître le mode d'emploi, comme on connaît celui d'une machine à laver.
C'est une profonde erreur : les logiciels sont en perpétuelle évolution, la plupart de ceux qui servent professionnellement sont conçus ou améliorés dans un dialogue permanent entre informaticiens et spécialistes de la matière qui les motive.
Ces spécialistes doivent avoir une bonne connaissance de l'informatique pour contribuer utilement, de façon intelligente et créative à ce dialogue : il en va de l'informatique comme des mathématiques, si l'on donne une bonne formation mathématique à nos futurs ingénieurs et techniciens ce n'est pas pour en faire des mathématiciens, c'est pour qu'ils sachent dialoguer utilement avec des mathématiciens, et poser des problèmes en termes mathématiques.
Tout le monde convient que cette bonne formation mathématique a beaucoup contribué à une grande qualité de l'ingénierie à la française, qui depuis la dernière guerre dans de nombreux secteurs du transport de l'automobile de l'avionique du nucléaire du BTP et d'autres a remporté de beaux succès.
L'informatique est aujourd'hui au cœur de l'activité humaine
Aujourd'hui c'est en termes informatiques que se posent de très nombreux problèmes, ce sont des systèmes de contrôle informatisés qui font marcher les processus industriels, ce sont les puces dont nos automobiles sont de plus en plus remplies qui en assurent l'amélioration sur tous les plans de l'économie de carburant, la diminution des rejets de CO2, la sécurité, le freinage, c'est l'informatique qui a fait récemment faire de très spectaculaires progrès à l'imagerie médicale et qui permet ceux de la génétique.
La recherche de l'excellence dans de très nombreux secteurs d'activité, celle qui par l'innovation peut assurer la croissance de notre économie doit passer par une bonne formation en informatique de tous nos futurs ingénieurs et techniciens qui seront immanquablement confrontés à un envahissement progressif de leur futur domaine d'activité par des procédés informatiques, et cette formation doit commencer le plus tôt possible.
La méconnaissance du rôle essentiel de l'informatique se manifeste parfaitement dans le rapport de Jacques Attali dans le quel il est écrit que les élèves auront acquis au sortir de l'enseignement primaire la « maîtrise » de l'informatique : comment peut-on parler de la maîtrise d'une science qui foisonnent de partout et dont les meilleurs spécialistes sont bien en peine d'imaginer ce qu'elle sera dans cinq, dix ou vingt ans ? Ne plus nier l'informatique comme une discipline d'avenir
Nous craignons fort qu'à persister dans cette négation de l'informatique comme science, comme l'un des domaines de la connaissance qui, en ce moment croît le plus vite et a le plus de retombées en termes d'innovation et d'applications, alors que aussi bien aux Etats-Unis que dans les grands pays émergents que sont la Chine et l'Inde, elle est considérée comme ce qu'elle est et, non seulement enseignée sans réticence, mais promue par tous les moyens comme une discipline d'avenir propre à susciter l'enthousiasme, la France ne se trouve reléguée à une place bien modeste dans le progrès technique et scientifique du XXIème siècle.
Nous en appelons au président de la République, si soucieux de croissance, au Premier ministre, au ministre de l'Education et aussi à tous nos collègues enseignants : il n'est plus possible de faire comme si l'informatique n'existait pas et ne bouleversait pas notre monde, il n'est plus possible d la traiter comme une discipline subalterne ou ancillaire et nous ne pourrons pas économiser le vaste effort de formation de notre jeunesse à ses concepts, à ses méthodes, à la réflexion qu'elle induit sur la plupart de nos activités.



















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De Di
mère déchlorurée (papotable) | 09H58 | 03/05/2008 |
Avant de pouvoir enseigner l'informatique aux enfants, faudrait d'abord l'enseigner aux profs ou embaucher des spécialistes en la matière, car pour l'instant, les enfants se débrouillent en général beaucoup mieux que leurs profs lors des rares cours d'informatique qui leur sont dispensés.
De Toumeno
Etudiant | 10H03 | 03/05/2008 |
Oui, il faut enseigner l'informatique à nos enfants.
Mais cela requiert des investissements, et il serait dommage de claquer de l'argent dans les produits de Microsoft, alors que les logiciels libres tels que Firefox, Thunderbird, OpenOffice s'adaptent très bien à une utilisation classique. Des logiciels libres tels que Kalzium (classification périodique) Gcompris (suite éducative pour les bambins), GeoGebra (géométrie), DrGeo (géométrie) et bien d'autres sont particulièrement bien faits.
Je suis tout à fait pour que l'on fasse de l'informatique une discipline à part entière.
Mais il faut faire découvrir un autre monde que celui de Microsoft (n'oublions pas que MS pratique la vente forcée de son système Windows).
Il y a des distributions Linux très faciles à installer telles que Ubuntu et Mandriva, et Edubuntu est spécialement adaptée à l'éducation.
Cela peut paraître assez « détail » ce genre de choses, mais le fait est que 90% de la population qui utilisent un ordinateur ne connaissent que Microsoft Windows et Office ainsi qu'Internet Explorer.
Ce monopole empêche la diversité, et donc finalement l'apprentissage.
Il faut sensibiliser les enfants à tous les systèmes, à toutes les technologies.
Rappellons que la majorité des logiciels libres sont gratuits, ce qui est très intéréssant par rapport aux autres logiciels qui eux sont payants. Beaucoup de distributions Linux sont gratuites aussi.
Enfin, le logiciel libre respecte les principes républicains :
Liberté d'utiliser le logiciel pour n'importe quel usage, de le copier, de l'étudier, de le modifier.
Egalité de tous les élèves : la plupart des logiciels étant gratuits ils y auront tous accès, et peuvent légalement se les copier entre-eux.
Fraternité car le LL repose sur l'entre-aide entre utilisateurs, et les développeurs de ces logiciels sont souvent bénévoles.
Quelques liens :
http://www.ubuntu-fr.org/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Logiciel_libre
http://www.edubuntu-fr.org/
http://www.mandriva.com/fr/telecharger
http://www.framasoft.net/
http://www.tice.ac-versailles.fr/logicielslibres/ (cf colonne de droite)
De yapadebug
10H23 | 03/05/2008 |
Ayant il y a quelques années participé à une « journée des professions » dans un collège, j'ai constaté que les gosses qui voulaient faire de l'informatique étaient systématiquement orientés en secrétariat-comptabilité. Intrigué, j'ai cherché à savoir, et je me suis rendu compte que c'était la conseillère d'orientation qui les orientait ainsi. J'ai rencontré cette dame, et effectivement pour elle l'informatique c'était « Word » et « Excel », rien d'autre. Ca fout la trouille non ?
Concernant l'enseignement de l'informatique dans les collèges et lycées, l'Education Nationale a mis en place le B2I, Brevet Informatique et Internet, que chaque élève doit obtenir. Le problème, et je shématise, c'est que ça a été fait pour des vieux « pédagos » ignares en informatique, il fallait que ces profs et inspecteurs comprennent, et du coup ca ne correspond pas du tout avec la culture informatique des jeunes d'aujourd'hui, qui n'y trouvent aucun intérêt dans la mesure où, en général, ils en savent bien plus que leurs profs.
La solution à mon avis, et je suis d'accord avec l'auteur de l'article, consisterait à faire de l'informatique une matière à part entière, avec un prof par collège qui pourrait en plus former, ou tout au moins informer les autres profs, qui en ont souvent bien besoin.
De JS84
10H36 | 03/05/2008 |
Enseignant stagiaire en mathématique, je mettrai un petit bémol à votre écrit.
Tout d'abord concernant la formation des enseignants, une de nos compétences évalué est « Maitriser les technologies de l'information et de la communication », pour résumer nous devons (et nos formateurs le vérifient) faire des séances informatiques sur Tableur et d'autres logiciels de mathématiques.
Cette année, j'ai emmené régulièrement ma classe de 2nde en salle informatique faire du tableur,pour effectuer des simulations dans le cadre des statistiques.
Ainsi, la plupart de mes collègues et je pense l'éducation national sont conscients que dans un monde de plus en plus informatisé, la maitrise de ces outils est indispensable pour nos élèves futur citoyen.
D'un autre coté,il est vrai que dans les séries scientifiques, il pourrait y avoir une vrai matière informatique où l'algorithmique serait enseigné. En tant qu'enseignant en mathématique, cela ne serait que bénéfique dans ma matière mais je pense et cela est dommage que ce n'est pas encore d'actualité.
Pour terminer, en terminale S, une épreuve expérimentale en informatique est sensé être introduite l'an prochain an mathématique au baccalauréat. Elle serait noté sur 4 et compterait dans la note des mathématiques. (Eh oui, mes collègues sont sensé les former à ces outils et terminer le programme qui n'as pas changé sans une heure en plus ! ! ! )
De François Doutriaux
Juriste et enseignant chercheur | 10H55 | 03/05/2008 |
Quand enseignera-t-on l'informatique à nos enfants dans le cadre institutionnel ?
Peut-être lorsque les programmes ne seront pas déterminés sur des bases essentiellement idéologiques, chaque ministre successif à l'éducation nationale souhaitant imposer sa « marque » programmatique.
Peut-être lorsque l'enseignement de la Marseillaise et les cours de morale ne seront plus considérés comme des « réformes de premiére importance ».
Peut-être également, lorsque les changements de programmes seront décidés par des individus nés aprés l'invention de l'ordinateur à circuit intégré (1963) et disposant (sans gérontophobie aucune) d'une culture minimale en la matière.
PEut-être enfin, lorsque l'on disposera d'un ministre de l'éducation nationale qui sait faire une régle de 3 et conjuguer le verbe naître au passé antérieur (amusant de voir à quelle vitesse la vidéo de canal a disparu de la plupart des sources classiques…).