Londres passe à droite, le parti travailliste en déroute électorale

Les résultats électoraux de Londres se sont fait attendre, mais leur annonce a été le coup de grâce pour le premier ministre travailliste Gordon Brown: la victoire du flamboyant conservateur Boris Johnson sur le doctrinaire maire sortant Ken Livingston symbolise la déroute du New Labour aux élections locales de jeudi. Et elle augure mal des prochaines élections générales, qui doivent avoir lieu avant 2010.

Pour The Guardian, le successeur de Tony Blair à la tête du New Labour et du gouvernement a subi rien de moins que "24 heures d'humiliation politique" pour ce premier vrai test électoral depuis son arrivée aux commandes. Les travaillistes n'ont en effet recueilli que 24% des voix nationalement, leur plus mauvais score depuis 40 ans, arrivant même après les Libéraux démocrates. Les Tories (conservateurs) de David Cameron enregistrent de leur côté leur meilleur score depuis seize ans, et se sentent des aîles pour revenir au 10, Downing Street, la résidence du premier ministre.

Les conséquences de ce scrutin risquent d'être considérables. "Compass", un groupe qui milite pour une alternative à gauche du parti travailliste, a aussitôt proclamé que "le New Labour est mort". Il est en tout cas mal en point, épuisé par le long règne de Tony Blair, entamé dans l'euphorie, et achevé en 2006 dans la disgrâce de l'engagement en Irak et d'un bilan économique et social contesté. Le règne des travaillistes avait démarré un premier mai ensoleillé, en 1997: je me trouvais à Londres ce jour-là, et un vent d'optimisme incroyable balayait la capitale britannique. Onze ans plus tard, c'est un 2 mai que le glas du New Labour a sans doute été sonné.

Gordon Brown, qui attendait son heure depuis longtemps, n'a pas su, ou pu, donner un nouvel élan à la gestion travailliste. Vendredi, il a blâmé la conjoncture économique pour les mauvais résultats de son parti, sans la moindre note d'autocritique:

"Mon boulot est d"écouter et de conduire, et c'est ce que je vais faire. Nous traversons une période économique difficile, avec des factures énergétiques et alimentaires en hausse, et une incertitude sur le remboursements des traites immobilières, sur le secteur bancaire. Au cours des prochains mois, il apparaîtra clairement que les décisions que nous avons prises nous permettront de traverser la période difficile. Nous préparons notre économie à une nouvelle période de croissance et de prospérité."

Un discours allures de méthode Coué, qui ne convainc pas les détracteurs de la politique du New Labour, et du style personnel du successeur de Tony Blair. Il est clair que celui-ci ne dispose que de quelques mois pour redonner confiance à son parti, lui donner les moyens de reconquérir son électorat dépité. Sinon, la messe sera dite.

Paradoxalement, la victoire de Boris Johnson pourrait représenter un cadeau empoisonné pour David Cameron, le leader Tory. Le nouveau maire de Londres est en effet un personnage incontrôlable, brouillon, peu gestionnaire, et qui s'abrite derrière un côté bouffon exhubérant. Pas de quoi faire le "manager" d'une grande métropole de classe internationale... Si Johnson échouait, cela décrédibiliserait le come back des Conservateurs. Mais le nouveau maire s'en est tiré vendredi par une pirouette, en proclamant "j'ai changé":

"j'ai été élu comme le nouveau Boris Johnson, et je dirigerai comme le nouveau Boris Johnson"...

Un clin d'oeil au New Labour de Blair, mais les Londoniens risquent de se lasser assez vite des jeux de mots de l'ancien journaliste du Spectator et du Daily Telegraph, dont tous ceux qui l'ont croisé à l'époque -dont je fais partie- se souviennent de lui comme d'un homme génial mais excessif en tout, antieuropéen jusqu'à la caricature, excellent polémiste et fonceur. Des qualités pour remporter une élection, pas nécessairement pour la gestion quotidienne.

► A lire aussi: Ken vs. Boris, élection post-moderne à Londres


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Par Bigseb | Blazé
15H41    03/05/2008

Hum, Boris élu, les londoniennes vont donc avoir de plus grosses poitrines?

C'est une de ses promesses de campagne, non?

]-> je fonce a Londres voir le résultat !

 
Par said sellali | cadre à nantes
17H47    03/05/2008

Le New Labour a été un mirage qui s'est échoué sur le désert irakien. L'avenir retiendra que la fin de Blair et du New Labour a été provoqué non pas par les difficultés économiques gravissimes du Royaume Uni, dont la croissance était largement basée sur la bulle financière et le crédit, mais par le désastre irakien.
D'ailleurs, le Royaume-Uni a perdu une place et est redevenu la 6 ème économie mondiale DERRIERE la France mais apparemment c'est tabou de le dire.

 
Par Caius | Expert en management
18H16    03/05/2008

Franchement dommage pour Ken Livingston, qui a fait de l'excellent travail en tant que maire de Londres en faisant passer des mesures impopulaires chez les plus nantis, et qui n'a pas manqué d'occasions pour dire tout le mal qu'il pensait de Tony Blair et de Gordon Brown.

Pour le reste, la déculottée des travaillistes est bien méritée et riche de leçons pour la gauche française. A force de mener une politique ultra-libérale, ce parti qui n'avait plus de gauche que la façade a labouré les terres des conservateurs. Les Britanniques n'avaient plus le choix qu'entre une droite se présentant pour ce qu'elle est et une droite se prétendant de gauche. Ils ont choisi la droite pure et dure, et envoyé la gauche droitière se faire voir. Pas de quoi verser une larme (sauf pour Ken), au contraire : cela rappellera peut-être aux travaillistes qu'ils doivent assumer leurs responsabilités devant le peuple.

Bon, qu'en pense t-on dans notre cher PS en état de mort cérébrale ? Cela devrait donner une bonne claque à tous ceux qui pensent grapiller des voix au centre-droit. Et un bon coup de pouce à ceux qui sont persuadés que le PS n'a d'avenir qu'à gauche, gauche.

 
Par PatryckFroissart | Proviseur retraité (Réunion)
06H43    04/05/2008

Volà ce qui arrive lorsqu'un parti de gauche applique une politique de droite.
Le parti travailliste, avec Blair, a trahi ses électeurs, et a jeté aux orties ses valeurs fondamentales.
Aujourd'hui, l'électorat anglais a le choix entre un parti conservateur, affirmant son idéologie de droite, et un parti travailliste qui se dit de gauche mais qui est aussi ultralibéral que l'autre.
Il est naturel que l'électeur vote pour celui qui ne triche pas.

Le PS français, dont les dirigeants sont souvent, explicitement ou implicitement, d'accord avec le sarkozysme, et dont certains sont aussi fascinés par le blairisme que l'est Sarkoz, devraient méditer sur ce qui vient de se passer outre Manche.