
Contrairement au stéréotype, le médiéviste n'est pas toujours un calme historien retranché dans le silence monacal de sa bibliothèque. Il est loin d'être immunisé contre les passions politiques, et il lui arrive de saisir sa batte de base-ball (c'est une métaphore) pour arranger la tête d'un de ses collègues. Il peut même s'y mettre en bande. En témoigne la polémique déclenchée par le livre de Sylvain Gouguenheim, « Aristote au Mont Saint Michel ».
De quoi s'agit-il ? Gouguenheim a décidé de prendre à rebrousse-poil les recherches les plus récentes tendant à montrer que les musulmans ont facilité l'intégration de la culture grecque (médecine, philosophie, astronomie…) dans l'occident chrétien. Une alchimie qui a préparé le terrain des lumières et de notre démocratie, au sens moderne du terme.
Selon Gouguenheim, le rôle des savants arabes dans la transmission de cette culture a été très exagéré. Il affirme que le savoir grec a été, pour l'essentiel, directement traduit du grec au latin, sans passer par la case « arabe ». Mais pour beaucoup d'historiens, cette thèse est guidée par des arrières pensées idéologiques.
Roger Pol Droit encense le livre
Sous la plume du philosophe et critique Roger-Pol Droit, Le Monde des livres a présenté l'ouvrage, au début du mois d'avril, dans des termes très favorables, mais sans illusions sur sa charge polémique :
« Etonnante rectification des préjugés de l'heure, ce travail de Sylvain Gouguenheim va susciter débats et polémiques. Son thème : la filiation culturelle monde occidental-monde musulman. Sur ce sujet, les enjeux idéologiques et politiques pèsent lourd. Or cet universitaire des plus sérieux, professeur d'histoire médiévale à l'Ecole normale supérieure de Lyon, met à mal une série de convictions devenues dominantes. »
L'article se termine par un franc coup de chapeau :
« Somme toute, contrairement à ce qu'on répète crescendo depuis les années 1960, la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l'islam. En tout cas rien d'essentiel. Précis, argumenté, ce livre qui remet l'histoire à l'heure est aussi fort courageux. »
Pendant ce temps, le Figaro Littéraire publie le 17 avril une autre critique dithyrambique qui se termine par ces mots :
« Félicitons M. Gouguenheim de n'avoir pas craint de rappeler qu'il y eut bien un creuset chrétien médiéval, fruit des héritages d'Athènes et de Jérusalem. Alors que l'islam ne devait guère proposer son savoir aux Occidentaux, c'est bien cette rencontre, à laquelle on doit ajouter le legs romain, qui “a créé, nous dit Benoît XVI, l'Europe et reste le fondement de ce que, à juste titre, on appelle l'Europe'.”
Des médiévistes accusent Gouguenheim de sympathies suspectes
On commence à percevoir un grondement parmi les médiévistes. Laissera-t-on passer ce qui s'apparente selon eux à du “révisionnisme” ? La contre-offensive se prépare. Première salve, le 24 avril, dans le Monde : deux historiens, Gabriel Martinez-Gros (Paris-VIII) et Julien Loiseau (Montpellier-III) tirent à boulet rouge :
“Dans sa révision de l'histoire intellectuelle de l'Europe chrétienne, Sylvain Gouguenheim passe pratiquement sous silence le rôle joué par la péninsule Ibérique, où on a traduit de l'arabe au latin les principaux textes mathématiques, astronomiques et astrologiques dont la réception allait préparer en Europe la révolution scientifique moderne.
Ils vont plus loin, puisqu'ils accusent l'auteur de sympathies suspectes :
‘Dans ces troubles parages, l'auteur n'est pas seul. D'autres l'ont précédé, sur lesquels il s'appuie volontiers. Ainsi René Marchand est-il régulièrement cité, après avoir été remercié au seuil de l'ouvrage pour ses relectures attentives’ et ses ‘suggestions'.
Son livre, Mahomet. Contre-enquête’, figure dans la bibliographie. Un ouvrage dont le sous-titre est : ‘Un despote contemporain, une biographie officielle truquée, quatorze siècles de désinformation’. Or René Marchand a été plébiscité par le site Internet de l'association Occidentalis, auquel il a accordé un entretien et qui vante les mérites de son ouvrage.
‘Un site dont l'islamovigilance’ veille à ce que ‘la France ne devienne jamais une terre d'islam'. […] Les fréquentations intellectuelles de Sylvain Gouguenheim sont pour le moins douteuses. Elles n'ont pas leur place dans un ouvrage prétendument sérieux, dans les collections d'une grande maison d'édition.’

‘On me prête des intentions que je n'ai pas’
Une pétition commence à circuler contre la thèse de Gouguenheim et l'dée de ‘choc des civilisation’ qu'elle est accusée de véhiculer. Gouguenheim doit se défendre : il se déclare ‘bouleversé’ par ces attaques : ‘on me prête des intentions que je n'ai pas’ clame-t-il, toujours dans le Monde :
‘Mon enquête porte sur un point précis : les différents canaux par lesquels le savoir grec a été conservé et retrouvé par les gens du Moyen Age. Je ne nie pas du tout l'existence de la transmission arabe, mais je souligne à côté d'elle l'existence d'une filière directe de traductions du grec au latin, dont le Mont-Saint-Michel a été le centre au début du XIIème siècle, grâce à Jacques de Venise.’
Plusieurs mois avant la parution du livre, des extraits avaient été publiés sur le site d'extrême droite Occidentalis. Interrogé sur le sujet, Gouguenheim écarte l'argument :
‘J'ai donné depuis cinq ans -époque où j'ai découvert’ Jacques de Venise- des extraits de mon livre à de multiples personnes. Je suis totalement ignorant de ce que les unes et les autres ont pu ensuite en faire.
‘Je suis choqué qu'on fasse de moi un homme d'extrême droite alors que j'appartiens à une famille de résistants : depuis l'enfance, je n'ai pas cessé d'être fidèle à leurs valeurs’.
‘l'Europe du ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale et des caves du Vatican’
Mais cette interview n'éteint pas les passions, loin de là. Dans Télérama, dans un article plein d'envolées lyriques, le Philosophe Alain de Libera (mis en cause par Gouguenheim dans son livre) enfonce le clou :
‘Vue dans la perspective de la translatio studiorum’, l'hypothèse du Mont-saint-Michel, ‘chaînon manquant dans l'histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin’ hâtivement célébrée par l'islamophobie ordinaire, a autant d'importance que la réévaluation du rôle de l'authentique Mère Poulard dans l'histoire de l'omelette.”
Ce spécialiste du moyen âge conclut plus vertement encore :
“Cette Europe-là n'est pas la mienne. Je la laisse au ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale et aux caves du Vatican.”
Max Gallo, dimanche dernier sur France culture, dans l'émission “Esprit public”, prend la défense du livre. Le même jour, un pilier du Monde des Livres, Pierre Assouline, relaie l'émotion des historiens sur son blog. Il relève (non sans arrière pensée ? ) que Gouguenheim est un “spécialiste des chevaliers teutoniques, de la mystique rhénane ainsi que des croisades”. Il accuse :
“Non seulement le site Occidentalis a publié les ‘bonnes feuilles’ de ce livre neuf mois avant sa parution, alors qu'il était encore à l'état de manuscrit, mais Sylvain Gouguenheim a semble-t-il posté des commentaires, nettement plus vifs et directs que dans son livre, pour défendre la même thèse (le rôle de l'islam dans la transmission du savoir gréco-latin à l'Occident est un mythe) sur le blog d'Occidentalis, site d''islamovigilance”, et sur Amazon.fr, commentaires signés “Sylvain G.'… Encore reste-t-il à établir s'il s'agit bien de lui et non provocateur ayant parfaitement épousé sa rhétorique.
Libération, sous la plume de jean-Yves Grenier publie le 29 avril une critique nuancée de ce livre. Mais le lendemain, un collectif d'universitaires, dans les pages rebonds du quotidien, attaquent violemment le livre, sous le titre ‘Oui, l'Occident chrétien est redevable au monde islamique’ :
‘Historiens et philosophes, nous avons lu avec stupéfaction l'ouvrage de Sylvain Gouguenheim […] qui prétend démontrer que l'Europe chrétienne médiévale se serait approprié directement l'héritage grec au point de dire qu'elle aurait suivi un cheminement identique même en l'absence de tout lien avec le monde islamique'. L'ouvrage va ainsi à contre-courant de la recherche contemporaine…’
Selon eux, la démarche de Gouguenheim ‘relève d'un projet idéologique aux connotations politiques inacceptables’. Suit une longue liste de signataires. Une autre pétition, signée par des élèves et anciens élèves de l'école normale supérieure de Lyon, est publiée sur Télérama.fr. Elle demande pas moins qu'une ‘une enquête approfondie’ sur les commentaires signés ‘Sylvain G’ , et souhaite que ‘toutes les mesures nécessaires soient prises afin de préserver la sérénité pédagogique et la réputation scientifique de l'ENS LSH.’
Le soutien de la réacosphère
Gouguenheim est soutenu par la ‘réacosphère’, un terme de plus en plus utilisé pour désigner la partie la plus incisive de la blogosphère de droite. Un blog catholique, ‘le salon beige’ conclut euphorique : ‘Somme toute, contrairement aux idées politiquement correctes, la culture européenne ne doit rien à l'islam’. Un autre, ‘Baroque et fatigué’, sous le titre ‘mort aux cons’ s'en prend avec mordant aux historiens-pétitionnaires :
‘Ce qui est atterrant, c'est le déchaînement qu'a suscité l'ouvrage. Communiqués sur le thème ah, mais attention, ce type-là est tout seul, hein, nous on ne pense pas du tout comme lui'. […] Que disent-ils alors ? Hé bien, sachez que l'ouvrage de Sylvain Gouguenheim […] sert actuellement d'argumentaire à des groupes xénophobes et islamophobes qui s'expriment ouvertement sur Internet'.
Mon Dieu mon Dieu mon Dieu. Des groupes xénophobes s'expriment sur Internet. Que fait la police. Et alors, bordel de cul. Mais qu'est ce que ça peut faire, bon sang ? Depuis que le monde est monde, les écrivains voient leur livres recyclés par des types auxquels ils n'auraient pas été serrer la main, c'est regrettable, mais c'est ainsi.
Je préfère voir les groupes xénophobes et islamophobes plongés dans les bouquins de M. Gouguenheim qu'en train de taguer des croix gammées sur les cimetières, personnellement.’
Le bloggeur SIL, lui, parle de procès de Moscou :
‘Cette fois-ci c'est au tour du médiéviste Sylvain Gouguenheim de comparaître devant le tribunal du Politburo islamogauchiste. Il n'est pas le premier. Il ne sera pas le dernier. […] Moralité de l'histoire, au lieu de nous proposer un intéressant débat, ces historiens préfèrent nous proposer un petit procès moscovite, visant à classer cette thèse dans l'islamophobie ambiante’, le tout à quarante contre un. Bravo, quel courage.”
Et je vous passe les blogs d'extrême-droite. Toute cette controverse, qui aurait pu partir d'un bon pied -celui d'un échange musclé mais riche sur les racines de l'Europe, entre intellectuels adultes- semble donc tourner à l'échange stérile de noms d'oiseaux (l'insulte “fascistes” marche d'ailleurs dans les deux sens) : de part et d'autre, on est invité à choisir son camp, sans forcément avoir lu le livre en question, et le débat ne passe plus que par des termes formatés, tranchés et définitifs. Dommage.
► Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l'Europe chrétienne de Sylvain Gouguenheim - 282 p. - éd. du Seuil - 21€.




















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De loller
11H34 | 02/05/2008 |
Il faut les comprendre, nos p'tits cathos intégristes…
La chute d'Acre remonte à 1291, l'appel de Jean Dubois à la IXème croisade (qui n'eut pas lieu) à 1305…
Mais l'église, une fois de plus, nous montre qu'elle a tout son temps…
De personne
11H51 | 02/05/2008 |
On a bien tout les éléments d'un bon Troll
http://fr.wikipedia.org/wiki/Troll_%28Internet_et_Usenet%29#D.C3.A9roule…
Savoir qui a transmis ce savoir change quoi ? Islam ou christianisme ni l'un ni l'autre n'en sont plus détenteurs.
à personne
De Pimpampoum
21H48 | 02/05/2008 |
On a déjà un godwin ; )
http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin
De Asse42
Royalais | 11H54 | 02/05/2008 |
L'article est intéressant parce qu'il permet de poser des questions de fond sur l'apport des religions, sur les échanges entre civilisations et qui domine qui.
Je crois qu'en fait il ne faut tomber dans l'excès ni d'un côté ni de l'autre. Il est incontestable que la culture grecque a influencé jusqu'en orient et particulièrement en Egypte. Il est incontestable aussi que la culture arabe a influencé l'occident pendant des siècles. Tout cela s'est au fil du temps croisé, mélangé pour parvenir à unifier les savoirs. Chaque civilisation ayant apporté son quorum au bien commun de l'humanité.
Je suis plus partagé sur l'apport des religions… Je crois que, qu'elle quelle soit, les religions ont oeuvré au ralentissement des échanges et au repli communautaire plutôt qu'à l'ouverture d'esprit. C'est mon plus grand reproche envers elles. Chacune essayant d'exercer sa domination sur les autres. Quelle perte de temps !
Je suis un amoureux de la mondialisation partagée, du croisement des cultures et, pour mon pays, de la France métissée. Il est temps de nous libérer des chaînes mentales qui nous poussent à nous opposer les uns aux autres alors que nous aurions tant de plaisir à grandir en commun.
De skalpa
actif et militant ? | 12H05 | 02/05/2008 |
Ca c'est du titre accrocheur !

Baston en lieu et place de divergences.
Bravo à vous ou comment attirer le lecteur vers un sujet pas forcément très vendeur !
http://kprodukt.blogspot.com
De said sellali
cadre à nantes | 12H01 | 02/05/2008 |
je suis assez amusé par la place énorme qu'à prise l'Islam en France à tout, point de vue. En effet, il ne passe pas une journée sans qu'un obscure intellectuel nous sorte sa thèse généralement fumeuse pour flinguer l'Islam et l'influence qu'elle a eu sur l'europe. Cette« Islam bashing » prouve une seule chose : l'Islam est devenue La seule religion encore forte et qui fait débat en Europe. C'est tant mieux, mieux vaut faire débattre et causer que passer complétement inaperçue. C'est le cas de la religion chrétienne catholique, notamment en europe, dont TOUT LE MONDE se tape. Nous sommes ainsi en train d'assister à un passage de témoin : l'Islam étant devenue la religion leader au monde par le nombre de pratiquants, il est normall pour les challengers de la critiquer ou d'essayer de la rabaisser . Par un curieux mouvement, cela ne fait que la renforcer comme jamais.
à said sellali
De DBL8
Retraité | 18H29 | 02/05/2008 |
« C'est le cas de la religion chrétienne catholique, notamment en Europe, dont TOUT LE MONDE se tape. »
Pas du tout d'accord ! !
Il y en a eu moins UN qui NE S'EN TAPE PAS ! !
MOI : O Et je ne suis pas seul dans mon coin.
Ne faites pas une généralité de votre cas !
à said sellali
De saivo
20H55 | 02/05/2008 |
ben non les chretiens sont 2,1 milliards (la médaille d'or tu y es loin)
à said sellali
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 00H27 | 04/05/2008 |
Qui doute que les Arabes aient connu les philosophes grecs ? Qu'on les ait connus par eux ou autrement, où est l'importance ? C'est comme demander si vous avez lu la nouvelle dans le Monde ou le Figaro.
Je suis contre le mélange des cultures, pas parce que j'en déprécie certaines, mais parce que je ne mets pas de chantilly sur mes escargot. Je souligne que j'ai passé plus de la moitié de ma vie au sein d'autres cultures. Heureux, et sans jamais la moindre tentation de leur imposer la mienne.
Pierre JC Allard
http://nouvellesociete.org/5170.html
à pierrejcallard
De guerzit
Incomprenant majeur | 10H01 | 05/05/2008 |
Ca cé vrai, on mélange pas chantilly et escargot… Et il en va exactement de même avec les personnes, je mange pas de noir avec du blanc… Ni l'inverse… Et les vaches seront bien gardées.
Et le fait que vous ayez voyagé renforce votre propos.
Nouvelle société… Tu m'auras pas…
De ex-riverain
x | 12H20 | 02/05/2008 |
théorie fumeuse. Frédéric II, empereur du saint empire romain germanique (1194 -1250), aimait beaucoup s´entourer de savants arabes, c´était pas pour jouer aux cartes. ni pour parler de théologie d´ailleurs, vu qu´on le soupconne d´avoir été un gros mécréant.
à ex-riverain
De 3-bastet
électron libre | 10H55 | 03/05/2008 |
Non, c'était pour jouer aux échecs… Bof !
De sunra7
12H49 | 02/05/2008 |
Pfff,toute cette histoire révèle l'hyporcrisie et la mauvaise foi de la bienpensance-tolérante qui est à l'origine de l'anémie intellectuelle de la gauche contemporaine.
Résumons , je ne vois pas en quoi réveler que l'islamn n'a pas été la courroie exclusive ce transmission de l'héritage grec de l'Europe est un une lecture dangereuse de l'histoire ou amènerait au conflit des civilisations.
Résumée ainsi la pensée de nos « islamophiles » veut dire qu'ils n'honorent la civilisation islamique de leur bienveillante tolérance que pour …services rendus à la civilisation occidentale.Aucunément pour sa valeur propre. On est pas très éloigné du raisonnement du bon sauvage ou de l'idiot utile , c'est selon. C'est de fait un lieu commun (que tout historien a le devoir de remettre en cause) censé prémunir de l'islamophobie.
Affirmer que seul l'islam a permis la sauvegarde de l'héritage grec leur sert de contrefeu à une analyse froide et objective de l'islam contemporain et de ses dérives.Ce qui est tout simplement scandaleux pour des historiens. De fait les pourfendeurs de Gougenheim se rendent coupables du crime dont ils l'accusent à savoir une vision idéologique de l'histoire.Or il s'avère que l'Histoire dont ils se font les hérauts loin d'être objective, est clairement idéologique (libérale , bien-pensante, « tolérante », MRAP). Prétendre le contraire procède de la malhonnêteté intellectuelle tant on apprend à tout historien en formation que tout récit historique est par définition subjectif car dépendant d'UNE perception.
Il est certes dommage de voir que des personnages aux intentions pour le moins honteuses (Extrême droite , Gallo , bientôt Finkielkraut sans doute) se servent de cette étude courageuse mais il en est ainsi pour toute étude scientifique. En histoire , le principe de précaution n'existe heureusement pas. Seule la connaissance et la compréhension du passé priment.
à sunra7
De .gwen.
irreversiblement destructuré | 22H41 | 02/05/2008 |
Je suis en accord avec la facon de poser le probleme sur le terrain ideologique, mais pas avec ce qui ressort de votre commentaire.
Pour préciser, de la lecture que j'ai de l'article, il ne s'agit pas de mettre chaque apport a qui de droit, tache impossible par essence - on ne sait pas les traces que laissent les civilisations (c'est tout le probleme) - mais bien de minimiser l'apport de l'islam dans la culture occidentale, voire de le faire disparaitre. Or, meme si il n'y a a priori aucune raison qu'il n'est pas exister de traducteurs grecs latins, il est plus que certain (c'est plus blanc que blanc la ! ) qu'il y a eu des traducteurs (traducteur c'est reducteur ! ) grecs arabes (voir commentaire ci-dessous de Jaycib 14h25) !
Parce qu'on ne peut pas mesurer, au sens cause a effet, les apports des uns et des autres, en discuter relève forcement de l'idéologie. L'idée qui me semble essentiel de défendre ici, est que le savoir et la culture, semblable a un état dynamique (definition de sciences physiques), se propage de civilisation en civilisation, sans qu'ils ne soient la propriété de l'une ou de l'autre. Tenter de montrer qu'une civilisation fonctionne en cercle fermé est dangereux (et faux) parce que cela pourrai signifier qu'une civilisation s'approprie la culture ou le savoir au détriment des autres. Ce qui conduit aux politiques imperialistes et aux chocs de civilisations (« race et histoire » de Levi-strauss) !
Le meme phénomene d'état dynamique se produit localement avec la culture et le savoir, certains sont pour le copyright, les droits d'auteurs et les autres pour le copyleft et la culture du peuple. Pour faire rapide, voir le passage (entre autre), « A l'heure du nouveau come-back berlusconien, quel “bilan d'étape” faîtes-vous ? de l'article
http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/wu-ming-aucun-pays-n-est-a-l-abr…
Les théories évolutionniste, sont en générale a prendre avec précaution. Souvenons nous de la théorie de Darwin, qui en premiere lecture (grossiere) pourrais dire que l'homme déscend du singe (ce qui est une mauvaise lecture, puisqu'on devrait plutot dire que l'homme et les singes ont un ancetre commun). Ces théories ont permis de convaincre des civilisations entiere de colonisateurs (nous) que certains groupes d'hommes, classés de facon phénotypique, étaient moins evolués que d'autre (plus proche de l'ancetre commun supposé) et donc qu'il était de leurs (notres) devoirs d'amener la civilisation. Ces idées ne sont pas mortes rapidement, puisqu'Il a fallu attendre un bon siecle, c'est-a-dire la génétique moderne, pour dire de maniere irréfutable qu'il n'y a qu'une seule race d'humain (ce qui n'est pas vrai avec d'autre espece). Avant le raciste pouvait s'appuyer solidement aux théories évolutionnistes de Darwin pour défendre leurs idéees !
Cela corrobore une partie vos propos, mais accentue le fait que le coté idéologique est non négligeable, meme essentiel dans ce genre de débat. En particulier ici le contexte etant un “choc” culturel entre une civilisation dite occidentale (civilisation basee sur les marchés privés avec un fond de democratie) et une civilisation issue de l'islam, il est utile de mettre en avant leur interdépendance, leurs points communs, plutot que de pointer leurs différences et de chercher a les accentuers (cela me rappele une certaine idée de la laicité ! ).
Surtout dans un contexte ou le president Jacky (certain dise bling bling, moi je suis “old-school” et je prefere la Jacky's touch ! ) de France met en avant l'apport de l'eglise catholique dans les fondements de la republique Jackilandaise !
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 13H25 | 02/05/2008 |
Et voilà ! Passés à l'as : Ibn Sina (Avicenne), Ibn Rushed (Averroës), les deux grands interprètes d'Aristote en langue arabe, lus avec passion par les Arabo-Andalous de Murcie et propagés par eux (surtout le premier) dans l'Espagne médiévale, et par voie de conséquence, en France…
C'est comme si on s'était arrêté à Charles Martel ! Poitiers 732, à nous la francité unique et sauvegardée !
Je ne suis pas historien, loin de là, mais je me souviens que Marco Polo s'est servi des enseignements des navigateurs arabes pour ses voyages, que le florentin Pic de la Mirandole, qui lisait l'arabe comme le grec, avait trouvé dans Ibn Sina l'embryon de la théorie « moderne » du progrès (Discours sur la Dignité de l'Homme), etc. En tout cas, il ne l'a sûrement pas trouvé chez Platon ou Plotin.
On notera aussi que Rabelais considère -- mais on objectera que l'on n'est plus alors au Moyen-Age -- que nul ne peut se prétendre savant s'il ne connaît l'arabe. La « tête bien pleine », l'aspiration à la connaissance encyclopédique, reflète en fait la tendance générale perceptible à l'Ouest dès le XIIème siècle, et à laquelle personne n'échappe, copistes monastiques compris : on lit tout, on s'inspire de tout, et l'on s'ébahit entre autres choses devant les connaissances des Arabes en théologie du développement humain. Descartes avait de bonnes raisons d'écrire son Discours de la Méthode -- le tri était indispensable, mais pour qu'il y ait tri, il fallait d'abord qu'il y ait de la substance à trier. Et en matière de substance, les Arabes ont été de dignes disciples des Grecs.
Autre chose : prière de bien garder à l'esprit que les universitaires ont leurs propres couteaux de boucher pour s'étriper les uns les autres ; mais ils fourbissent leurs armes en cachette et ne les ressortent qu'à l'occasion de confrontations « intra muros », pour ainsi dire. Leur problème est qu'à l'âge des médias triomphants, il y a des fuites et tout se sait bien au-delà des confins de l'académie. Heureusement pour nous et pour les progrès du débat.
à Jaycib
De FdT
En pleine décroissance | 02H51 | 03/05/2008 |
A propos de Charles Martel cette histoire m'a toujours fait sourire. Nos bouquins d'histoire nous laisserait à penser qu'après cette bataille de Poitiers les Arabes se seraient volatisés hors de France comme par enchantement. La réalité fut tout autre. Certains Arabes sont restés présents en France après cette bataille. Ils ne sont pas restés en tant que conquérants et administrateurs mais ont formé de petites communautés pacifiques dans divers endroits isolés de France et ont fini avec le temps par totalement se fondre dans la population locale. Selon certains historiens quelques noms de village français porteraient la marque éthymologique de cette présence arabe.
à Jaycib
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 14H06 | 04/05/2008 |
Avicenne, Averroès et tant d'autres… dont Alhazen qui révolutionna l'optique et inspira Bacon, Thomas d'Aquin et en général toute la théorie optique médiévale.
Selon http://islamineurope.blogspot.com/2008/04/europes-debt-to-islam-given-sk… cité par un riverain, cet ouvrage prétend que les philosophes arabes auraient rejetés ce qui ne se conciliait pas philosophiquement avec l'islam. Jusqu'à Nietzsche, on pourrait dire que la philosophie « occidentale » n'a pas cessé de se faire onto-théologie compatible avec le judéo-christianisme.
Dire en outre que les ouvrages d'Aristote sur la politique ou l'ethique n'intéressaient pas les philosophes de l'aire arabo-musulmane relève de la supercherie intellectuelle.
Le plus grave est probablement de dépeindre l'islam comme étranger à l'Occident alors que cette religion du Livre en fait partie tout autant que Byzance et les philosophes grecs « païens ».
D'un point de vue d'histoire de la philosophie, de telles thèses relèvent d'un révisionnisme inquiétant et d'une mauvaise foi que n'aurait pas renié le plus scandaleux des jésuites !
De richelieu94
13H30 | 02/05/2008 |
Il n'est besoin de polémique sur la relation islam/ christianisme au Moyen age. C'est une histoire riche et complexe, sucession d'avancées réciproques et de recus communs. Dire que le Moyan Age occidental est seulement sombre, sale et ignorant relève de la plus grande igorance et j'invite les internautes à lire entre autre et d'urgence le Goff ou Duby. Dire que l'apport de l'Islam est nul relève de la même ignorance. Juste, au 11ème siècle, l'abbé de cluny fait traduire le coran en latin. Les arabes au même siècle nous retransmettent un savoir perdu de vue (mais non ignoré), la géographie de ptolémée et d'hérodote. Les ports francs échangent et commercent des métaux et des objets techniques avec les ports arabes. Au 9ème siècle, Charlemagne reçoit à Aix les émissaires de Bagdad. Des exemples comme ceci il y en a 1000. alors on trouvera des dingues des deux cotés, des obscurantistes, des imams givrés et des inquisiteurs exaltés par le sang. On trouvera des massacres des deux cotés, des errements spirituels et des croyances superstitieuses. Mais l'Islam et l'Occident ont fondé une aire culturelle extraordinaire. Alors ce que l'on peut reprocher au bouquin c'est bien de se retrouver sur Occidentalis (bande de faf heuseusement en sommeil) et d'alimenter dans ses conclusions (et non dans le travail en lui même) l'idée chère à notre président d'un « choc des civilisations ). ce choc n'existe pas et n'existera que si l'on alimente les haines, les discordes et la misère qui ravagent les terres d'islam. terres autrefois prospères et pourvoyeuses de savoirs uniques et partagés. Aujourd'hui sous la botte de nos amis, félons et tyrans qui ont instrumentalisé l'extrémisme musulman, fruit pourri et monstrueux d'une religion douce comme le miel ; portée par des hommes et des femmes qui croient sincèrement en l'amour de tous. Amen, abdullilah, vive la république !
à richelieu94
De berot
10H36 | 03/05/2008 |
Pas besoin de polémiques, en effet.
L'islam au Moyen-Age ne peut être jugé avec nos idéologies de 2008 ;
A l'époque, religion et science ne faisaient qu'un et les différentes religions s'interpénétraient par la science…ou le djihad.
Debut 11e S., qui donc poussait le futur pape auvergnat Sylvestre II à étudier 3 ans en Catalogne arabisée et à se déguiser( ? ) en musulman pour visiter la bibliothèque de Cordoue. ?
Au même moment l'« islam » (en fait des nations berbères et chrétiennes mozarabes) créaient une colonie d'un siècle à ST Tropez avec l'aide des premiers « collabos », les seigneurs du coin qui attisaient ainsi leurs propres rivalités.( on n'en parle plus , localement, pas plus que de 1940)
Alors, l'apport de la science islamique ? Presque rien, Mr Gougenheim ? Des guerres ? Autant que les grecs ou les romains ?
Les trois, mon ajudant !
Cette polémique est idiote, mais elle fait avancer la « science ». Après tout, les divagations de Faurisson n'ont-elles pas fait réouvrir le procès Papon ?
Etripez-vous,chapelles médiévistes, il en restera toujours quelque chose !
De Hatamoto
14H01 | 02/05/2008 |
L'article est intéressant, mais j'espère qu'on laissera les historiens débattre ensemble, et ne pas condamner l'auteur de ce livre et le transformer en martyre de la cause réactionnaire. L'histoire est un outil politique, qu'on laisseles historiens fournir les outils avant de les « adapter » aux fins politiques.
Je note aussi la confusion entre monde arabe et islam… Un arabe musulman écrivant un livre, est-ce un apport de l'islam à la culture ou apport de la culture arabe ?
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 14H24 | 02/05/2008 |
Oui , en bref , on ne connaitra jamais en 2008 la réalité historique du XIIem siécle à cause des racistes et des anti racistes qui se tapent dessus et nous cassent les couilles ..
( Les racistes nous les brisent encore plus que les anti , soyons justes )
à Numerosix
De compte supprimé 24
| 14H51 | 02/05/2008 |
Salut N°6,
Fort heureusement, c'est une époque déjà bien étudiée et remettre sur le gaz le vieux ragoût du déni des influences multiples de n'importe quelle civilisation n'apporte pas grand-chose. C'est du déni, tout simplement. C'est comme si un historien contestait l'influence européenne en Mongolie, à la même époque : il suffit de relire Marco Polo, ou encore mieux, Guillaume de Rubrouck, pour se rendre compte que ça grouillait d'artistes, de lettrés et d'artisans européens, chez eux.
Dans le cas du bouquin cité dans l'article, sans l'avoir lu, il est permis de penser que c'est une bouse négationniste.
Par contre, tu as tout à fait raison : il y a eu un débat complètement débile l'an dernier à propos du livre sur les traites négrières d'Olivier Pétré-Grenouilleau :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Olivier_P%C3%A9tr%C3%A9-Grenouilleau
Tout le monde s'était déchiré sur le sujet, et le malheureux historien, qui avait fait un travail d'une qualité irréprochable, s'est retrouvé traîné dans la boue par les deux camps.
à compte supprimé 24
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 15H30 | 02/05/2008 |
Bah , c'est aussi que je suis un vieux con . Je regrette ma jeunesse dans les années 60 et 70 ou l'ensemble de la société s » occupait surtout de penser l » avenir , et pas de s'empailler sur le passé , a part pour s'en moquer la plupart du temps !
( et ou on foutait par derision des croix gammées en une de Hara Kiri et de Liberation et que l » extreme droite faisait zero ou genre 0,3 % des voix )
à Numerosix
De compte supprimé 24
| 16H23 | 02/05/2008 |
C'est parce qu'elle n'est plus une société, tout simplement, N°6 : un conglomérat d'individus retranchés chez eux n'est pas une société.
Tout seul dans son coin, c'est impossible de voir l'avenir. Alors on se replie sur un passé fantomatique et fantasmé. C'est comme ces vieux garçons qui rêvent de la femme idéale toute leur vie et qui finiront seuls.
Pourtant, il suffit d'ouvrir sa fenêtre : le soleil est radieux, au dehors.
à compte supprimé 24
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 16H45 | 02/05/2008 |
Tu es un sage, Cyp !
à Numerosix
De compte supprimé 24
| 17H48 | 02/05/2008 |
Tu me verrais, tu dirais pas ça, surtout quand j'engueule les ordinos qui veulent pas m'obéir en beuglant et que toute la famille est morte de rire, là-haut. Avec la lampe frontale et le tournevis affûté, je fais peur aux clients : -)
à Numerosix
De Desactivé
Pourvu d 'antennes , c 'est pas cou... | 00H00 | 04/05/2008 |
Le pire c « est qu'on combat l » avenir ! celui qu'ils nous préparent et dont on ne veut pas plus que de leur sanglant passé..
De Servais-Jean 4591
HS | 14H55 | 02/05/2008 |
Dans la cathédrale du Puy en Velay se trouve une fresque (difficilement accessible) représentant deux joueurs d'échec dont l'un est arabe.
A la limite des départements de la Haute-Loire et de l'Ardèche se trouve les ruines de la chartreuse de Bonnefoy qui a abrité une colonie arabe jusqu'au XI ème siècle, colonie qui s'est dispersée dans la région par la suite et qui y a fait souche.
Pour le reste je trouve l'article intéressant dans le sens où il donne les deux visions possibles de l'apport de l'Islam.
Il ne faut pas oublier non plus l'occupation pendant plus de cinq siècles de la moitié de l'europe par l'empire ottoman, ce qui ne peut que laisser des traces matérielles mais aussi culturelles.
Alors la baston chez les médiévistes, si ça les amuse !
De Saida_de_Routchild
Paris I (sciences politiques) | 14H56 | 02/05/2008 |
Comme il est efficace de taper sur l'Islam pour faire parler de soi..
La polémique crée par cet historien en est la preuve. Choc des civilisations (et autre conneries du genre), quand tu nous tiens !
Il peut apres tout dire ce qu'il veut, tant qu'il se base sur un travail scientifique et déontologique honnête.
Les historiens doivent néanmoins réagir, sans politiser le sujet.
Il faut que la recherche historique reste loin des considérations politiques et idéologiques. Je sais de quoi je parle, l'an prochain, je serais en master d'histoire (et de science politique), et j'aimerai qu'on me laisse faire mes recherches tranquille, sans qu'on me dise que les archives sont innaccessibles, ou que mes hypthèses déplaisent à l'intelligentsia !
à Saida_de_Routchild
De paco
22H24 | 02/05/2008 |
Si tu es en master d'histoire et de sciences po., tu sais que la recherche historique est plongée dans les considérations politiques et idéologiques : le tout est de savoir si elle y est jusqu'aux orteils ou jusqu'au cou. Beaucoup d'excellents ouvrages sont nés d'une recherche liée à un engagement (voir l'historiographie de la Révolution française, pour la plus connue).
De plus, un historien, comme Gouguenheim, sait fort bien où il met les pieds… ça ne veut pas dire que son travail n'est pas scientifiquement et déontologiquement honnête, mais il en connaissait nécessairement les aspects polémiques.