
Contrairement au stéréotype, le médiéviste n'est pas toujours un calme historien retranché dans le silence monacal de sa bibliothèque. Il est loin d'être immunisé contre les passions politiques, et il lui arrive de saisir sa batte de base-ball (c'est une métaphore) pour arranger la tête d'un de ses collègues. Il peut même s'y mettre en bande. En témoigne la polémique déclenchée par le livre de Sylvain Gouguenheim, « Aristote au Mont Saint Michel ».
De quoi s'agit-il ? Gouguenheim a décidé de prendre à rebrousse-poil les recherches les plus récentes tendant à montrer que les musulmans ont facilité l'intégration de la culture grecque (médecine, philosophie, astronomie…) dans l'occident chrétien. Une alchimie qui a préparé le terrain des lumières et de notre démocratie, au sens moderne du terme.
Selon Gouguenheim, le rôle des savants arabes dans la transmission de cette culture a été très exagéré. Il affirme que le savoir grec a été, pour l'essentiel, directement traduit du grec au latin, sans passer par la case « arabe ». Mais pour beaucoup d'historiens, cette thèse est guidée par des arrières pensées idéologiques.
Roger Pol Droit encense le livre
Sous la plume du philosophe et critique Roger-Pol Droit, Le Monde des livres a présenté l'ouvrage, au début du mois d'avril, dans des termes très favorables, mais sans illusions sur sa charge polémique :
« Etonnante rectification des préjugés de l'heure, ce travail de Sylvain Gouguenheim va susciter débats et polémiques. Son thème : la filiation culturelle monde occidental-monde musulman. Sur ce sujet, les enjeux idéologiques et politiques pèsent lourd. Or cet universitaire des plus sérieux, professeur d'histoire médiévale à l'Ecole normale supérieure de Lyon, met à mal une série de convictions devenues dominantes. »
L'article se termine par un franc coup de chapeau :
« Somme toute, contrairement à ce qu'on répète crescendo depuis les années 1960, la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l'islam. En tout cas rien d'essentiel. Précis, argumenté, ce livre qui remet l'histoire à l'heure est aussi fort courageux. »
Pendant ce temps, le Figaro Littéraire publie le 17 avril une autre critique dithyrambique qui se termine par ces mots :
« Félicitons M. Gouguenheim de n'avoir pas craint de rappeler qu'il y eut bien un creuset chrétien médiéval, fruit des héritages d'Athènes et de Jérusalem. Alors que l'islam ne devait guère proposer son savoir aux Occidentaux, c'est bien cette rencontre, à laquelle on doit ajouter le legs romain, qui “a créé, nous dit Benoît XVI, l'Europe et reste le fondement de ce que, à juste titre, on appelle l'Europe'.”
Des médiévistes accusent Gouguenheim de sympathies suspectes
On commence à percevoir un grondement parmi les médiévistes. Laissera-t-on passer ce qui s'apparente selon eux à du “révisionnisme” ? La contre-offensive se prépare. Première salve, le 24 avril, dans le Monde : deux historiens, Gabriel Martinez-Gros (Paris-VIII) et Julien Loiseau (Montpellier-III) tirent à boulet rouge :
“Dans sa révision de l'histoire intellectuelle de l'Europe chrétienne, Sylvain Gouguenheim passe pratiquement sous silence le rôle joué par la péninsule Ibérique, où on a traduit de l'arabe au latin les principaux textes mathématiques, astronomiques et astrologiques dont la réception allait préparer en Europe la révolution scientifique moderne.
Ils vont plus loin, puisqu'ils accusent l'auteur de sympathies suspectes :
‘Dans ces troubles parages, l'auteur n'est pas seul. D'autres l'ont précédé, sur lesquels il s'appuie volontiers. Ainsi René Marchand est-il régulièrement cité, après avoir été remercié au seuil de l'ouvrage pour ses relectures attentives’ et ses ‘suggestions'.
Son livre, Mahomet. Contre-enquête’, figure dans la bibliographie. Un ouvrage dont le sous-titre est : ‘Un despote contemporain, une biographie officielle truquée, quatorze siècles de désinformation’. Or René Marchand a été plébiscité par le site Internet de l'association Occidentalis, auquel il a accordé un entretien et qui vante les mérites de son ouvrage.
‘Un site dont l'islamovigilance’ veille à ce que ‘la France ne devienne jamais une terre d'islam'. […] Les fréquentations intellectuelles de Sylvain Gouguenheim sont pour le moins douteuses. Elles n'ont pas leur place dans un ouvrage prétendument sérieux, dans les collections d'une grande maison d'édition.’

‘On me prête des intentions que je n'ai pas’
Une pétition commence à circuler contre la thèse de Gouguenheim et l'dée de ‘choc des civilisation’ qu'elle est accusée de véhiculer. Gouguenheim doit se défendre : il se déclare ‘bouleversé’ par ces attaques : ‘on me prête des intentions que je n'ai pas’ clame-t-il, toujours dans le Monde :
‘Mon enquête porte sur un point précis : les différents canaux par lesquels le savoir grec a été conservé et retrouvé par les gens du Moyen Age. Je ne nie pas du tout l'existence de la transmission arabe, mais je souligne à côté d'elle l'existence d'une filière directe de traductions du grec au latin, dont le Mont-Saint-Michel a été le centre au début du XIIème siècle, grâce à Jacques de Venise.’
Plusieurs mois avant la parution du livre, des extraits avaient été publiés sur le site d'extrême droite Occidentalis. Interrogé sur le sujet, Gouguenheim écarte l'argument :
‘J'ai donné depuis cinq ans -époque où j'ai découvert’ Jacques de Venise- des extraits de mon livre à de multiples personnes. Je suis totalement ignorant de ce que les unes et les autres ont pu ensuite en faire.
‘Je suis choqué qu'on fasse de moi un homme d'extrême droite alors que j'appartiens à une famille de résistants : depuis l'enfance, je n'ai pas cessé d'être fidèle à leurs valeurs’.
‘l'Europe du ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale et des caves du Vatican’
Mais cette interview n'éteint pas les passions, loin de là. Dans Télérama, dans un article plein d'envolées lyriques, le Philosophe Alain de Libera (mis en cause par Gouguenheim dans son livre) enfonce le clou :
‘Vue dans la perspective de la translatio studiorum’, l'hypothèse du Mont-saint-Michel, ‘chaînon manquant dans l'histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin’ hâtivement célébrée par l'islamophobie ordinaire, a autant d'importance que la réévaluation du rôle de l'authentique Mère Poulard dans l'histoire de l'omelette.”
Ce spécialiste du moyen âge conclut plus vertement encore :
“Cette Europe-là n'est pas la mienne. Je la laisse au ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale et aux caves du Vatican.”
Max Gallo, dimanche dernier sur France culture, dans l'émission “Esprit public”, prend la défense du livre. Le même jour, un pilier du Monde des Livres, Pierre Assouline, relaie l'émotion des historiens sur son blog. Il relève (non sans arrière pensée ? ) que Gouguenheim est un “spécialiste des chevaliers teutoniques, de la mystique rhénane ainsi que des croisades”. Il accuse :
“Non seulement le site Occidentalis a publié les ‘bonnes feuilles’ de ce livre neuf mois avant sa parution, alors qu'il était encore à l'état de manuscrit, mais Sylvain Gouguenheim a semble-t-il posté des commentaires, nettement plus vifs et directs que dans son livre, pour défendre la même thèse (le rôle de l'islam dans la transmission du savoir gréco-latin à l'Occident est un mythe) sur le blog d'Occidentalis, site d''islamovigilance”, et sur Amazon.fr, commentaires signés “Sylvain G.'… Encore reste-t-il à établir s'il s'agit bien de lui et non provocateur ayant parfaitement épousé sa rhétorique.
Libération, sous la plume de jean-Yves Grenier publie le 29 avril une critique nuancée de ce livre. Mais le lendemain, un collectif d'universitaires, dans les pages rebonds du quotidien, attaquent violemment le livre, sous le titre ‘Oui, l'Occident chrétien est redevable au monde islamique’ :
‘Historiens et philosophes, nous avons lu avec stupéfaction l'ouvrage de Sylvain Gouguenheim […] qui prétend démontrer que l'Europe chrétienne médiévale se serait approprié directement l'héritage grec au point de dire qu'elle aurait suivi un cheminement identique même en l'absence de tout lien avec le monde islamique'. L'ouvrage va ainsi à contre-courant de la recherche contemporaine…’
Selon eux, la démarche de Gouguenheim ‘relève d'un projet idéologique aux connotations politiques inacceptables’. Suit une longue liste de signataires. Une autre pétition, signée par des élèves et anciens élèves de l'école normale supérieure de Lyon, est publiée sur Télérama.fr. Elle demande pas moins qu'une ‘une enquête approfondie’ sur les commentaires signés ‘Sylvain G’ , et souhaite que ‘toutes les mesures nécessaires soient prises afin de préserver la sérénité pédagogique et la réputation scientifique de l'ENS LSH.’
Le soutien de la réacosphère
Gouguenheim est soutenu par la ‘réacosphère’, un terme de plus en plus utilisé pour désigner la partie la plus incisive de la blogosphère de droite. Un blog catholique, ‘le salon beige’ conclut euphorique : ‘Somme toute, contrairement aux idées politiquement correctes, la culture européenne ne doit rien à l'islam’. Un autre, ‘Baroque et fatigué’, sous le titre ‘mort aux cons’ s'en prend avec mordant aux historiens-pétitionnaires :
‘Ce qui est atterrant, c'est le déchaînement qu'a suscité l'ouvrage. Communiqués sur le thème ah, mais attention, ce type-là est tout seul, hein, nous on ne pense pas du tout comme lui'. […] Que disent-ils alors ? Hé bien, sachez que l'ouvrage de Sylvain Gouguenheim […] sert actuellement d'argumentaire à des groupes xénophobes et islamophobes qui s'expriment ouvertement sur Internet'.
Mon Dieu mon Dieu mon Dieu. Des groupes xénophobes s'expriment sur Internet. Que fait la police. Et alors, bordel de cul. Mais qu'est ce que ça peut faire, bon sang ? Depuis que le monde est monde, les écrivains voient leur livres recyclés par des types auxquels ils n'auraient pas été serrer la main, c'est regrettable, mais c'est ainsi.
Je préfère voir les groupes xénophobes et islamophobes plongés dans les bouquins de M. Gouguenheim qu'en train de taguer des croix gammées sur les cimetières, personnellement.’
Le bloggeur SIL, lui, parle de procès de Moscou :
‘Cette fois-ci c'est au tour du médiéviste Sylvain Gouguenheim de comparaître devant le tribunal du Politburo islamogauchiste. Il n'est pas le premier. Il ne sera pas le dernier. […] Moralité de l'histoire, au lieu de nous proposer un intéressant débat, ces historiens préfèrent nous proposer un petit procès moscovite, visant à classer cette thèse dans l'islamophobie ambiante’, le tout à quarante contre un. Bravo, quel courage.”
Et je vous passe les blogs d'extrême-droite. Toute cette controverse, qui aurait pu partir d'un bon pied -celui d'un échange musclé mais riche sur les racines de l'Europe, entre intellectuels adultes- semble donc tourner à l'échange stérile de noms d'oiseaux (l'insulte “fascistes” marche d'ailleurs dans les deux sens) : de part et d'autre, on est invité à choisir son camp, sans forcément avoir lu le livre en question, et le débat ne passe plus que par des termes formatés, tranchés et définitifs. Dommage.
► Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l'Europe chrétienne de Sylvain Gouguenheim - 282 p. - éd. du Seuil - 21€.




















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De Asse42
Royalais | 11H54 | 02/05/2008 |
L'article est intéressant parce qu'il permet de poser des questions de fond sur l'apport des religions, sur les échanges entre civilisations et qui domine qui.
Je crois qu'en fait il ne faut tomber dans l'excès ni d'un côté ni de l'autre. Il est incontestable que la culture grecque a influencé jusqu'en orient et particulièrement en Egypte. Il est incontestable aussi que la culture arabe a influencé l'occident pendant des siècles. Tout cela s'est au fil du temps croisé, mélangé pour parvenir à unifier les savoirs. Chaque civilisation ayant apporté son quorum au bien commun de l'humanité.
Je suis plus partagé sur l'apport des religions… Je crois que, qu'elle quelle soit, les religions ont oeuvré au ralentissement des échanges et au repli communautaire plutôt qu'à l'ouverture d'esprit. C'est mon plus grand reproche envers elles. Chacune essayant d'exercer sa domination sur les autres. Quelle perte de temps !
Je suis un amoureux de la mondialisation partagée, du croisement des cultures et, pour mon pays, de la France métissée. Il est temps de nous libérer des chaînes mentales qui nous poussent à nous opposer les uns aux autres alors que nous aurions tant de plaisir à grandir en commun.
De sunra7
12H49 | 02/05/2008 |
Pfff,toute cette histoire révèle l'hyporcrisie et la mauvaise foi de la bienpensance-tolérante qui est à l'origine de l'anémie intellectuelle de la gauche contemporaine.
Résumons , je ne vois pas en quoi réveler que l'islamn n'a pas été la courroie exclusive ce transmission de l'héritage grec de l'Europe est un une lecture dangereuse de l'histoire ou amènerait au conflit des civilisations.
Résumée ainsi la pensée de nos « islamophiles » veut dire qu'ils n'honorent la civilisation islamique de leur bienveillante tolérance que pour …services rendus à la civilisation occidentale.Aucunément pour sa valeur propre. On est pas très éloigné du raisonnement du bon sauvage ou de l'idiot utile , c'est selon. C'est de fait un lieu commun (que tout historien a le devoir de remettre en cause) censé prémunir de l'islamophobie.
Affirmer que seul l'islam a permis la sauvegarde de l'héritage grec leur sert de contrefeu à une analyse froide et objective de l'islam contemporain et de ses dérives.Ce qui est tout simplement scandaleux pour des historiens. De fait les pourfendeurs de Gougenheim se rendent coupables du crime dont ils l'accusent à savoir une vision idéologique de l'histoire.Or il s'avère que l'Histoire dont ils se font les hérauts loin d'être objective, est clairement idéologique (libérale , bien-pensante, « tolérante », MRAP). Prétendre le contraire procède de la malhonnêteté intellectuelle tant on apprend à tout historien en formation que tout récit historique est par définition subjectif car dépendant d'UNE perception.
Il est certes dommage de voir que des personnages aux intentions pour le moins honteuses (Extrême droite , Gallo , bientôt Finkielkraut sans doute) se servent de cette étude courageuse mais il en est ainsi pour toute étude scientifique. En histoire , le principe de précaution n'existe heureusement pas. Seule la connaissance et la compréhension du passé priment.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 13H25 | 02/05/2008 |
Et voilà ! Passés à l'as : Ibn Sina (Avicenne), Ibn Rushed (Averroës), les deux grands interprètes d'Aristote en langue arabe, lus avec passion par les Arabo-Andalous de Murcie et propagés par eux (surtout le premier) dans l'Espagne médiévale, et par voie de conséquence, en France…
C'est comme si on s'était arrêté à Charles Martel ! Poitiers 732, à nous la francité unique et sauvegardée !
Je ne suis pas historien, loin de là, mais je me souviens que Marco Polo s'est servi des enseignements des navigateurs arabes pour ses voyages, que le florentin Pic de la Mirandole, qui lisait l'arabe comme le grec, avait trouvé dans Ibn Sina l'embryon de la théorie « moderne » du progrès (Discours sur la Dignité de l'Homme), etc. En tout cas, il ne l'a sûrement pas trouvé chez Platon ou Plotin.
On notera aussi que Rabelais considère -- mais on objectera que l'on n'est plus alors au Moyen-Age -- que nul ne peut se prétendre savant s'il ne connaît l'arabe. La « tête bien pleine », l'aspiration à la connaissance encyclopédique, reflète en fait la tendance générale perceptible à l'Ouest dès le XIIème siècle, et à laquelle personne n'échappe, copistes monastiques compris : on lit tout, on s'inspire de tout, et l'on s'ébahit entre autres choses devant les connaissances des Arabes en théologie du développement humain. Descartes avait de bonnes raisons d'écrire son Discours de la Méthode -- le tri était indispensable, mais pour qu'il y ait tri, il fallait d'abord qu'il y ait de la substance à trier. Et en matière de substance, les Arabes ont été de dignes disciples des Grecs.
Autre chose : prière de bien garder à l'esprit que les universitaires ont leurs propres couteaux de boucher pour s'étriper les uns les autres ; mais ils fourbissent leurs armes en cachette et ne les ressortent qu'à l'occasion de confrontations « intra muros », pour ainsi dire. Leur problème est qu'à l'âge des médias triomphants, il y a des fuites et tout se sait bien au-delà des confins de l'académie. Heureusement pour nous et pour les progrès du débat.
De richelieu94
13H30 | 02/05/2008 |
Il n'est besoin de polémique sur la relation islam/ christianisme au Moyen age. C'est une histoire riche et complexe, sucession d'avancées réciproques et de recus communs. Dire que le Moyan Age occidental est seulement sombre, sale et ignorant relève de la plus grande igorance et j'invite les internautes à lire entre autre et d'urgence le Goff ou Duby. Dire que l'apport de l'Islam est nul relève de la même ignorance. Juste, au 11ème siècle, l'abbé de cluny fait traduire le coran en latin. Les arabes au même siècle nous retransmettent un savoir perdu de vue (mais non ignoré), la géographie de ptolémée et d'hérodote. Les ports francs échangent et commercent des métaux et des objets techniques avec les ports arabes. Au 9ème siècle, Charlemagne reçoit à Aix les émissaires de Bagdad. Des exemples comme ceci il y en a 1000. alors on trouvera des dingues des deux cotés, des obscurantistes, des imams givrés et des inquisiteurs exaltés par le sang. On trouvera des massacres des deux cotés, des errements spirituels et des croyances superstitieuses. Mais l'Islam et l'Occident ont fondé une aire culturelle extraordinaire. Alors ce que l'on peut reprocher au bouquin c'est bien de se retrouver sur Occidentalis (bande de faf heuseusement en sommeil) et d'alimenter dans ses conclusions (et non dans le travail en lui même) l'idée chère à notre président d'un « choc des civilisations ). ce choc n'existe pas et n'existera que si l'on alimente les haines, les discordes et la misère qui ravagent les terres d'islam. terres autrefois prospères et pourvoyeuses de savoirs uniques et partagés. Aujourd'hui sous la botte de nos amis, félons et tyrans qui ont instrumentalisé l'extrémisme musulman, fruit pourri et monstrueux d'une religion douce comme le miel ; portée par des hommes et des femmes qui croient sincèrement en l'amour de tous. Amen, abdullilah, vive la république !
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 14H24 | 02/05/2008 |
Oui , en bref , on ne connaitra jamais en 2008 la réalité historique du XIIem siécle à cause des racistes et des anti racistes qui se tapent dessus et nous cassent les couilles ..
( Les racistes nous les brisent encore plus que les anti , soyons justes )
De V comme vendetta
Ecrivain | 18H10 | 02/05/2008 |
Bon article, la controverse s'élargit, mais qui a lu le livre ? Gouguenheim choque aussi pour des points que vous ne mettez pas en relief dans votre papier.
Les arabes n'ont pas toujours été assujetti à l'Islam et n'étaient et ne sont toujours pas tous musulmans ; ceux qui ont les premiers traduit Aristote dans le monde dit « musulman » étaient chrétiens, et de langue araméenne, la langue du Christ.
N'oublions pas que les premiers Évangiles (2e-3e) ont été écrit directement en grec. La version grecque de la Torah s'était même diffusée dès le - 3e, la Bible dite des Septentes.
D'autres diront, théorie encore plus polémique, que le Coran ne fut pas transmis sous la dictée de l'Ange, car il en existe des versions différentes au cours des siècles, et les premiers manuscrits connus, mais c'est encore un grand mystère, n'ont pas grand chose à voir avec la version canonique d'aujourd'hui.
Tout est polémique dans ces marécages : l'Islam ne serait qu'une synthèse de nombreuses sectes chrétiennes et juives alors nombreuses du côté de l'Arabie païenne du 7e siècle.
De Shamash
Ingénieur agro | 21H08 | 02/05/2008 |
Du point de vue universitaire et concernant l'histoire de la pensée médiévale, il est certain que ce n'est pas une nouvelle : le monde médiéval était intellectuellement vivace aussi bien en Orient qu'en Occident. C'est dit et répété mais ça rentre difficilement. Ce n'est pas une nouvelle encore, mais Byzance est un chainon essentiel entre l'Antiquité savante et le Moyen Age savant. L'Empire romain ne cesse pas à 576 mais en 1453, de ce point de vue. Il n'y a pas l'Empire, puis une Barbarie où tout sombre, éclairé de loin par les magnificences du Califat.
L'Empire, en Orient et en Occident a été subverti militairement par des Barbares, qu'ils soient arabes ou germaniques. Dans les deux cas, les lumières ont vacillées mais pas de façon définitive. La différence notable entre les deux, c'est que les conquérants arabes ont subvertis puis converti une zone de haute civilisation, degré mesuré au nombre d'empires qui l'ont gouvernée : mésopotamienne, perse, hellénistique et enfin romaine. Les conquérant germaniques ont subvertis sans la convertir (parce que déjà convertie par une pensée romanisée) une zone fraichement romanisée après avoir été hellénisées par contact (sans main mise impériale).
Aujourd'hui, ça devient un enjeu civilisationnel : qui a transmis la civilisation à qui ? En vérité, la civilisation était DEJA transmise, mais à des degrés divers, au sein des zones d'influence. Le fait que le savoir vienne des Anciens a fait l'objet d'un combat dans les deux cas, mais dans les deux cas, la révérence au savoir antique a dominé le débat. Dans les deux cas, les barbares se sont civilisés au contact de leur conquête, comme les Romains au contact des Grecs. Et à distance médiane des deux foyers, arabe d'un coté, germanique de l'autre, Byzance tenait le rôle d'héritier référent. Byzance, la grande oubliée… Dans les deux cas, on a une religion dominante et d'inspiration barbare (christianisme ou islam) qui tend à se mettre au niveau des acquis intellectuels nés au sein de l'Empire. Dans le cas des barbares germaniques, cette religion a été reprise une fois romanisée. Dans le cas des barbares arabes, cette religion encore sous sa forme barbare (juive et paléo-chrétienne) a franchis les bordures de l'Empire pour enflammer les arabes de la péninsule. Mais dans les deux cas, les plus haut degré de civilisation a été atteint grâce à ce travail de distillation de la pensée religieuse par les clercs et les universitaires, dans un soucis égal de révérence aux bases, heureusement malléables, de la religion et du savoir antique.
Quoi qu'on puisse en penser il n'y a aucun parti pris contre la pensée barbare dans ce constat. Après tout, les Grecs sont d'anciens barbares de leur propre point de vue. Mais quand une civilisation a franchi d'un coup tant de barreaux sur l'échelle de la pensée, quand elle a fondée d'un coup la pensée rationnelle et son emploi dans la logique, la grammaire, la musique, les mathématiques, l'astronomie, la physique, la géographie, la médecine, l'histoire, la politique, la morale, et la philosophie comme pensée totale pour couronner le tout, aucun individu au sein de son époque ne peut refonder tout cela dans son coin. Pour produire du neuf, il fait son cursus dans ces humanités là.
Et c'est encore vrai aujourd'hui.
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