coup de coeur

Burg et Nusseibeh, regards décalés sur le Proche-Orient

Voici deux hommes si proches et si lointains. Tous deux issus de grandes familles politiques, de part et d'autre d'une ligne de fracture, avec un père plus grand que nature auquel ils vouent une admiration sans bornes. Tous deux étaient destinés à être au coeur du pouvoir, et ils ont choisi de rester à la marge. L'un est Israélien, l'autre Palestinien.

Avraham Burg et Sari Nusseibeh sortent simultanément -dans leur édition française au moins- deux volumineux ouvrages étrangement similaires. Une plongée introspective dans leur famille et dans l'histoire de leur pays, un regard critique sur soixante ans d'épopée à la fois commune et opposée, depuis la deuxième guerre mondiale, le partage de la Palestine du mandat britannique, les guerres, les occupations, les négociations, les confrontations…

Leurs pédigrées sont irréprochables, chacun dans son camp. Le père d'Avraham Burg a été un dirigeant du Parti national religieux d'Israël, membre de la première Knesset (Parlement) à la fondation de l'Etat juif il y a soixante ans, ministre de Ben Gourion. Le fils a été président de la Knesset, Conseiller du premier ministre, président de l'agence juive et du Mouvement sioniste mondial, avant de prendre du recul et de se marginaliser volontairement sur la scène politique israélienne. Devenu un homme d'affaires, il ne se gène pas pour porter un regard critique sur un pays qui, visiblement, n'est pas à la hauteur de ses ambitions.

Les Nusseibeh, de leur côté, plongent leurs raçines au plus profond de l'histoire de Jérusalem. Depuis le VIIe siècle, ils sont dépositaires des clés du Saint Sépulcre, une grande famille musulmane que les différentes églises chrétiennes ont pris comme » arbitre » de leurs querelles pour garder le tombeau du Christ… Le père de Sari a été gouverneur de Jérusalem à l'époque où la Jordanie contrôlait l'Est de la ville trois fois sainte. Le fils, diplômé d'Oxford et de Harvard, a fait partie des réseaux de Yasser Arafat dans les territoires occupés pendant la première Intifada, puis aux débuts de l'autonomie palestinienne, avant de prendre la tête de l'Université Al Quds de Jérusalem, une manière de faire un pas de côté face aux impasses de la vie politique palestinienne.

Ces livres se parlent indirectement, dans la mesure où l'un comme l'autre, traversé par la figure incontournable du père, est à la recherche d'une solution à un conflit que Sari Nusseibeh qualifie joliment de » querelle égoïste entre deux tribus ethno-centrées » . Ils se parlent d'autant plus qu'ils racontent des enfances et des vies qui se déroulent à quelques kilomètres les une des autres, l'une dans le quartier » allemand » de Jérusalem-Ouest, l'autre dans la vieille ville de Jérusalem-Est et alentour. Mais leurs regards, leurs réflexions, leurs mots les plus durs, sont pour leur propre société, par pour l' » ennemi » d'en face, celui avec lequel ils aimeraient tant trouver les voies et moyens de la coexistence.

Mais l'horizon est loin d'être dégagé. Sari Nusseibeh raconte par le menu son engagement et sa désillusion dans le combat palestinien, et même s'il conserve visiblement une grande tendresse pour le personnage d'Arafat, en décrit aussi les impasses, la tolérance vis-à-vis d'un entourage corrompu, les clans… Et il s'achève sur la montée en puissance du Hamas islamiste qu'il considère comme un » désastre » pour » ceux qui souhaitaient promouvoir la coexistence pacifique » . Pour Sari Nusseibeh :

 » Le Hamas et le mur (construit par Israël le long de la ligne de démarcation avec la Cisjordanie, ndlr) sont les deux facettes d'une même réalité. L'un et l'autre ferment la porte au dialogue. »

Les deux livres se retrouvent étrangement sur un point : la shoah. Celle-ci donne son titre au livre d'Avraham Burg, » Vaincre Hitler » , et Sari Nusseibeh évoque, lui aussi, l'anisémisme européen qui a conduit aux camps de la mort :

 » Un jour que je feuilletais un ouvrage consacré à deux philosophes juifs viennois, je tombais sur un récit des émeutes antisémites des années 1930. Je compatis tout de suite à l'angoisse terrible de ces hommes face à leurs démêlés avec la bureaucratie qui menaçait de confisquer leurs biens en les humiliant sans cesse. Cela me rappela le sort de mon propre sort depuis 1947. Je connaissais l'histoire de l'antisémitisme européen à l'origine de la barbarie de l'Holocauste, mais voilà qu'aux données objectives, s'ajoutaient soudain des émotions. »

Il n'est pas aisé pour un Palestinien de parler de ce sujet constitutif de l'inconscient israélien, comme on le verra avec Avraham Burg. Je me souviens d'avoir assisté un soir à un dialogue de sourd à Jérusalem, entre deux intellectuels, l'un palestinien, l'autre israélien, dans les quelques mois de détente qui ont suivi les accords de pais d'Oslo, en 1993. Le Palestinien avait suggéré que chacun devait faire un pas vers l'autre, lui pour comprendre l'importance de la Shoah dans l'histoire juive, et l'autre le poids de la Naqbah (la » catastrophe » , le partage de la Palestine en 1948, ndlr) dans le traumatisme collectif palestinien. L'Israélien refusa, en colère, de placer la Naqbah au même niveau que la Shoah et le dialogue tourna court.

Avrahm Burg, lui-même issu d'une famille juive allemande jusqu'au bout des ongles par son père, s'adresse indirectement à cette question en se demandant comment » vaincre Hitler » , celui qui existe encore dans la tête des Israéliens. » Nous sommes une société conduite par les traumatismes » , m'a expliqué Avraham Burg lors d'un récent passage à Paris :

 » Nous ne tuons jamais nos ennemis. Nous avons besoin d'eux en vie, pour nous rappeler ce qui pourrait arriver. Nous sommes une société conduite par Hitler, le traumatisme absolu. »

Dans son livre, Burg démontre comment David Ben Gourion a instrumentalisé le procès du nazi Adolf Eichmann en 1961 :

 » Le procès Eichmann fut un plaidoyer en faveur de la classe politique d'alors devant le tribunal de l'histoire israélienne. (…) La mort d'Eichmann devait clore le chapitre de la Shoah et inaugurer l'ère de l'après Shoah. De fait, c'est le contraire qui s'est produit. »

Cet » Hitler » dans les têtes israéliennes, pèse sur les comportements, jusqu'à nos jours, estime-t-il :

 » Je me demande souvent pourquoi nous Israéliens préférons élire à notre tête des généraux de l'armée ou des membres des services secrets. Est-ce pour effrayer l'ennemi arabe, ou pour nous rassurer nous-mêmes ? Nous rassurer non pas par rapport à la force de cet ennemi, mais par rapport à nos propres faiblesses. Comme si les dirigeants issus de l'armée étaient la meilleure réponse que nous puissions apporter à nos déficiences pendant la Shoah et tous les autres pogromes de l'histoire du peuple juif » . (…) Le jour où nous cesserons de nous sentir traqués, l'armée rentrera peut-être dans les casernes, comme l'a rêvé Herzl, et n'encombrera plus les coulisses du pouvoir. »

Une porte de sortie de ces traumatismes, estime Burg, déçu par le caractère autocentré de son pays, serait de partager les souffrances des autres au lieu de les ignorer au nom de sa propre histoire :

 » Je m'obstine néanmoins à rêver qu'Israël pouvait et peut encore devenir autre chose que la réincarnation de toutes les victimes torturées de l'histoire juive toute entière. Il peut devenir le signal d'alarme du monde. Un indicateur des valeurs humaines et universelles. »

On en est loin, et Avraham Burg déplore que les Israéliens projettent sur les Palestiniens l'ombre de leurs traulatismes passés. Il regrette surtout qu'Israël soit devenu, comme il me l'a dit, » un royaume sans prophéties » . Il se contente donc d'être devenu un homme d'affaires » politiquement non correct » , tout juste capable de susciter des polémiques sans fin lorsqu'il sort un livre comme celui-ci, mais incapable de façonner le nouveau judaisme humaniste qu'il appelle de ses voeux.

Avraham Burg et Sari Nusseibeh sont deux voix iconoclastes dans un paysage ravagé par des décennies de violence et de haines aveuglantes accumulées. Elles ne suffisent pas à créer des passerelles et à inverser des tendances lourdes destructrices. Mais elles ont le mérite d'exister, et de permettre un retour sobre, lucide et intelligent sur une histoire pleine de bombes à retardement qui empêchent une paix réelle.

Pierre Haski

► Vaincre Hitler, par Avraham Burg, traduction : Orit Rosen et Rita Sabah, ed. Fayard, 359p., 23€.

► Il était un pays, Une vie en Palestine, par Sari Nusseibeh, avec Anthony David, traduction : Marie Boudewyn, ed. JC Lattès, 500p., 26€.

58 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de thurar

De thurar

14H20 | 01/05/2008 | Permalien

très intéressante mise en parallèle. Merci M. Haski. Autant j'avais lu vu entendu parler du livre de A. Burg,
http://www.la-bas.org/article.php3 ? id_article=1396&var_recherche=a+burg
http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/index-fr.php ? page=emission&id_rubriq…
http://www.monde-diplomatique.fr/mav/98/
Autant je n'avait rien vu sur le livre de S. Nusseibeh.
Ça me donne personnellement envie de les retrouver tout deux dans un entretien qui serait surement passionnant.
Rue89 n'a pas de correspondant en Israël qui pourrait réaliser cela ?

Portrait de kawouede

à thurar Portrait de thurar De kawouede

22H28 | 01/05/2008 | Permalien

Il y avait aussi une interview d'A. Burg dans Charlie Hebdo il y a trois semaines (eh oui ce journal a aussi des pages tout à fait sérieuses ! ).

A propos du procès Eichmann voir le film projeté il y a quelques années (un montage avec des textes d'Hannah Arendt) : à un moment si ma mémoire est bonne un ancien déporté évoque la responsabilité des autorités juives de Palestine à l'époque (dans l'absence de secours apportée aux victimes), mais ce passage n'est pas exploité dans le film (et au procès ? ) comme s'il touchait un tabou trop douloureux (il y a alors des réactions hostiles dans la salle).

Portrait de caro

à kawouede Portrait de kawouede De caro

délinquante avérée | 22H44 | 01/05/2008 | Permalien

Je n'ai pas vu le film sur le procès Eichmann et le regrette, car je me demande ce que pouvait bien faire les Juifs de Palestine pendant la guerre avec le Grand Mufti de Jerusalem allié d'Hitler !

Portrait de Pierre Haski

à kawouede Portrait de kawouede De Pierre Haski (auteur)

Rue89 | 07H21 | 02/05/2008 | Permalien

Je pense que vous faites allusion au film de Rony Brauman et Eyal Sivan, « Un spécialiste », basé effectivement sur la lecture d'Hannah Arendt et sur un nouveau montage des images du procès Eichmann.

Portrait de Phil2922

De Phil2922

Retraite invalidité | 15H01 | 01/05/2008 | Permalien

Malheureusement, dans les années 30, en Allemagne, les Nazis brûlaient les livres… C'est bien sûr important que ces deux livres existent, mais je crains que le fossé soit tellement grand entre les deux communautés que la passerelle de réconciliation ne se fasse de si tôt… ! !

http://phil195829.overblog.com

Portrait de Compté supprimé 2

De Compté supprimé 2

Compte supprimé 2 | 17H26 | 01/05/2008 | Permalien

je suis complétement ignare en matiére de géo politique concernant le proche orient.

j'aimerai comprendre comment des personnes qui ont connues l'enfermement, le mépris, l'extermination ,le racisme etc,peuvent « répeter » l'Histoire, en demandant à des Palestiniens de vivre derière un mur, dans la misère, enfermés, sans eau , et devant passer à des « checks points » pour aller travailler et se faire soigner.

ce message n'est pas partisan : il s'agit d'une interrogation pour laquelle j'attends des réponses qui m'éclairent et me permettent d'avancer vers la compréhension.
merci

Portrait de Martin D

à Compté supprimé 2 Portrait de Compté supprimé 2 De Martin D

17H54 | 01/05/2008 | Permalien

Israel a été créée et gérée depuis sa création par des juifs sionistes.

le sionisme est une idéologie raciste et xénophobe qui vise à rassembler en un point tous les juifs (Israel de 1948) et vise à agrandir cet espace (conquête de tous les territoires palestiniens = colonisation)

personnellement, je trouve moi ausi choquant que des juifs puissent massacrer la population palestinienne.

une minorité de juifs s'opposent au sionistes, ce sont les natura karta

Portrait de Compté supprimé 2

à Martin D Portrait de Martin D De Compté supprimé 2

Compte supprimé 2 | 18H11 | 01/05/2008 | Permalien

merci pour ta réponse mais je n'arrive pas à comprendre comment la haine de l'autre peut créer un état ?
je ne comprends pas comment un peuple adhére à cette haine ?
quelles mécanismes permettent cette folie collective ?
comment un peuple peut il se conduire en horde alors qu'il a vécu le fait traité en animal ?
comment fonctionne cette manière d'etre citoyen et comment elle s'alimente ?
je suis « tordue » ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! je veux comprendre !

Portrait de Martin D

à Compté supprimé 2 Portrait de Compté supprimé 2 De Martin D

19H11 | 01/05/2008 | Permalien

le moyen utilisée est les médias.

on présente les palestiniens comme des terroristes, jour après jour, jusqu'à ce que ça rentre dans le crâne de la populace.

Portrait de Compté supprimé 2

à Martin D Portrait de Martin D De Compté supprimé 2

Compte supprimé 2 | 19H27 | 01/05/2008 | Permalien

merci Martin , je pense que tu as raison c'est une des pistes à mon avis si on veut analyser le comportement des masses.La propagande, l'effet de groupe font d'un homme humaniste un autre homme ; en disant cela je pense à « l'ennemi intime » : comment un homme ordinaire bascule dans la barbarie progressivement, à son insu et quand il le réalise : il est devenu bourreau.

Portrait de lifka

à Martin D Portrait de Martin D De lifka

23H33 | 02/05/2008 | Permalien

C'est clair que mettre des bombes dans les autobus ou les supermarchés ou d'envoyer des gamins se faire sauter au milieu d'autres gamins ce n'est pas du terrorisme et qu'on a besoin de la presse pour « que ça rentre dans le crâne de la populace. » qui n'est pas assez intelligente pour s'en apercevoir toute seule !

Au fait, c'est quoi ? Un grand humanisme ?

Portrait de Voyageur

à Martin D Portrait de Martin D De Voyageur

21H41 | 01/05/2008 | Permalien

Martin D

Je vois que vous avez choisi vos « bons Juifs »

c'est bien … felicitations ! ! !

Il ne vous est jamais venu a l'idee que les juifs ont une legitimite historique au moins aussi grande que les Arabes dans la region ? avez vous remarque que tous les pays de la region ont ete cree depuis le debut du 20 eme siecle. Alors dans ce cadre pourquoi refuser un etat juif si nce n'est parce qu'il est juif.

L'ONU a decidé à l'epoque la création de 2 etats sur cette terre et si l'Etat Palestinien n'a pas vu le jour a ce moment la faute n'en revient pas a l'etat Hebreu, mais a ses voisins qui ont pensé ne faire qu'une bouchée de ces juifs dont la majorité, pensaient ils
etait incapable de se defendre face a leur immensité.
Comment expliquez vous que de 1948 a 1967 date de la guerre des 6 jours, les etats Arabes « colonisateurs » de ce qui restait grace a leur incurie du territoire Palestiniens qu'ils administraient n'ait pas fait voix a cette revendication d'un etat independant qui ne les interressait que dans la mesure ou Ces palestiniens devait etre le bras armé de leur politique de négation de l'etat d'Israel réalité enciore actuelle. Alors si ce n'était pas tragique, vous me feriez bien rire avec vos ridicules affirmations de Sionisme egale racisme et xenophobie.
Simplifier les choses comme vous le faite montre que vous n'avez aucune compassion pour tous ces gens qui meurent sur place a cause de l'incurie et de la manipulation de leur dirigeant pour des but autres que l'interet des Palestiniens
Ca fait longtemps que plus personne ne croit a part vous peut etre au tout bon d'un cote et au tout mechant de l'autre. Vous avez des gens sur place qui essayent de trouver une solution a ce conflit qui dure depuis trop longtemps et qui permette a ces 2 peuples de vivre cote a cote en bonne intelligence. Mais visiblement tout a l'ecoute de votre haine, cette reflexion ne vous interresse pas

Portrait de popopop

à Voyageur Portrait de Voyageur De popopop

18H28 | 02/05/2008 | Permalien

M'étonnerait pas que les 2 con pères ci dessus n'évoquent ensemble le dernier succès du 7é art dans les stades….

Portrait de caro

à Martin D Portrait de Martin D De caro

délinquante avérée | 22H19 | 01/05/2008 | Permalien

@ Martin D

les naturei karta sont une toute petite bande de juifs ultra-religieux extremistes qui sont allés faire ami-ami avec Ahmadinejab à Téhéran lors de la conférence antisémite regroupant tout ce qui a de plus révisionniste/négationniste, comme Faurisson.

Ce ne sont certainement pas eux qu'il faut prendre comme modèle, sauf si, vous-même …

Portrait de lifka

à Martin D Portrait de Martin D De lifka

23H28 | 02/05/2008 | Permalien

Le sionisme est le mouvement de libération national né en pleine affaire Dreyfus, d'un peuple persécuté et opprimé. Toute autre définition est historiquement fausse et idéologiquement malveillante pour ne pas dire un autre mot.

Portrait de Sylvain7

De Sylvain7

17H39 | 01/05/2008 | Permalien

« Ancienneté de présence ancestrale israélite ou pas, on aura beau dire, on aura beau faire, la création de l'état ETHNIQUE d'Israël n'étant concevable sur la base d'expropriations, d'expulsions et donc forcément de meurtres face à d'inévitables expropriés expulsés résistant, elle ne pouvait pas être et ne peut toujours pas être êthiquement admissible.

Une seule solution admissible : des “bons” Juifs ou croyant être d'ascendance israélite , non pas morts, mais citoyens réellement égaux dans un état palestinien réellement démocratique et laïc , ou à la limite résidents.

Quant aux juifs racistes,pratiquant d'un des judaïsmes ou non, qu'ils s'envoient eux-mêmes au diable ! La Terre est vaste.

Portrait de Compté supprimé 2

à Sylvain7 Portrait de Sylvain7 De Compté supprimé 2

Compte supprimé 2 | 17H48 | 01/05/2008 | Permalien

je comprends ta réponse mais elle ne m'explique pas pourquoi cette repetition de la torture, de l'emprisonnement de la négation de l'autre.D'accord ,elle s'appuie pour les israéliens, sur un « droit de sol » tombé du ciel mais pourquoi cet acharnement à detruire autrui quand on a souffert d'un génocide ? qui veut m'éclairer ! merci !

Portrait de perlin et pinpin

à Compté supprimé 2 Portrait de Compté supprimé 2 De perlin et pinpin

03H51 | 03/05/2008 | Permalien

Votre question est pertinente, la réponse est difficile car ce que vous constatez est le résultat de plusieurs facteurs historiques et religieux pas forcément liés entre eux de surcroît.

Plusieurs commentateurs vous ont donné une réponse, mais pour vraies qu'elles peuvent être, elles n'expliquent pas toute votre question.

Je vais donc tenter de rajouter une pièce de plus à votre puzzle, en évitant de froisser qui que ce soit sur ce fil.

L'état hébreu est avant tout un état religieux ou plus précisément un état dans lequel la religion domine. La religion juive se fonde sur la notion de peuple élu par Dieu. Les autres non. C'est pourquoi certains considèrent les juifs comme racistes. C'est un peu plus compliqué comme vous le voyez.

La persécution des juifs ne se limite malheureusement pas à l'holocauste, elle a commencé bien avant et je vous renvoie à Annah Arendt pour en comprendre le déroulement (A. Arrendt était une juive de la diaspora non Sioniste).

Comme dans toute religion, une partie est extrémiste (les catholiques ont leurs fondamentalistes, les musulmans ont leur extrémistes, les protestants ont leurs évangélistes, etc.).

L'article d'Haski montre bien que Avraham Burg se plaint en fait de l'immobilisme dans lequel Israel est enfermé. Se sentir une perpétuelle victime (selon Avraham Burg) ne concourt pas à s'ouvrir à son prochain.

Par ailleurs, croire qu'on est le seul peuple élu par Dieu ne prédispose pas non plus à la tolérance si l'on fait partie des radicaux.

Une anecdote pour illustrer cet état d'esprit : je me suis laissé dire que si vous allez en Israel, vous constaterez que dans les hôtels, il existe 3 tarifs : le moins cher est pour l'Israélien, ensuite le prix monte pour le juif non Israélien et enfin, il est au maximum pour l'étranger non juif. Je n'ai pas pu vérifier par moi-même. Est-ce qu'un Israélien présent sur ce fil pourrait confirmer ce fonctionnement particulier ?

Ajoutez à cela que depuis sa création, Israel n'a cessé d'être inquiété par ses voisins, comme le précisent des commentateurs, et que le dernier en date (le HAMAS) menace toujours Israel de destruction et agit toujours contre Israel par des moyens terroristes, il y a tout de même de quoi les agacer.

Volià un cocktail qui peut expliquer en partie leur comportement d'aujourd'hui.

Certains pensent que la solution de la crise passe par le respect de la résolution 242 de 1967 de l'ONU, mais d'autres disent que la formulation de cette résolution est trop ambigüe pour être applicable : retrait de territoires occupés ou retrait de tous les territoires occupés… La voie actuellement choisie semble être celle de l'isolement du Hamas avec l'espoir d'un assèchement de ce ferment extrémiste. C'est pas gagné.

J'ajoute à titre d'opinion personnelle qu'Arrafat a sans doute été le pire dirigeant Palestinien pour la gestion d'un tel conflit et que du côté Israélien, ils ont aussi été gâtés ces derniers temps (Sharon et Olmert ne sont pas des tendres).

Bien à vous, en espérant n'avoir choqué personne

Portrait de Henricanan

à perlin et pinpin Portrait de perlin et pinpin De Henricanan

Consultant | 22H13 | 03/05/2008 | Permalien

Votre texte est attérant de bêtise… Il n'y a pas d'autres termes.

Portrait de lifka

à perlin et pinpin Portrait de perlin et pinpin De lifka

01H06 | 04/05/2008 | Permalien

Je ne vais pas répondre sur tout, il faudrait un mois pour vous répondre phrase par phrase. Mais tout de même, il y a des choses qui ne passent pas.

 »« L'état hébreu est avant tout un état religieux ou plus précisément un état dans lequel la religion domine. » »
absolument pas. Contrairement aux pays musulmans dont la loi est basée sur la Charia, la loi israéliennene se réfère à la religion que pour les affaires familiales. Sinon le droit appliqué est uin droit civil qui n'a rien à voir avec la religion. Il y a des partis religieux, mais les rabbins ne sont pas au pouvoir.et la liberté religieuse est totale. Verriez-vous une Gay Pride en Arabie Saoudite ?

 »« La religion juive se fonde sur la notion de peuple élu par Dieu. Les autres non. C'est pourquoi certains considèrent les juifs comme racistes. » »

Où avez-vous ça ? ? ? ? Et où avez-vous vu que les autres religions n'avaient aucune notion d'élection ? Ils l'ont au contraire reprise dans le pire des sens. les chrétiens considèrent qu'ils ont remplacé les Juifs comme élus de Dieu, quant aux musulmans ils considèrent qu'ils représentent l'aboutissement des religions du livre et que tous les autres sont des Dhimmis. L'Islam condamne à mort l'apostasie et ne conçoit les autres religions que comme soumises à l'Islam - en tout cas celles du livre, parce que les tenants des autres religions peuvent, eux, être mis en esclavage ou même au choix tués !

 »« Par ailleurs, croire qu'on est le seul peuple élu par Dieu ne prédispose pas non plus à la tolérance si l'on fait partie des radicaux. » »

D'une part cette histoire de « peuple élu “ qui a été tant caricaturée signifie avant tout des devoirs liés à l'alliance avec Dieu et à l'obligation de porter sa parole et certainement pas des droits ou des privilèges, ni une quelconque notion de supériorité.

D'autre part citez moi un peuple qui ne se considère pas comme ‘peuple élu’ ? Les Chinois s'appellent ‘l'empire du milieu’, les Indiens s'appellent eux-mêmes ‘les êtres humains’, les Français veulent apporter partout les Lumières et la civilisation, Les américains se considèrent comme chargés d'amener la démocratie partout,

Au moins les Juifs ne cherchent pas à embrigader les autres et à les convertir de force. La notion d'élection dans le judaïsme est le contraire exact du racisme.

”“je vous renvoie à Annah Arendt ‘’
Sur l'histoire de l'antisémitisme, plutôt que de renvoyer à Hannah Arendt, je vous suggère de lire la somme de Léon Poliakov.

”“Une anecdote pour illustrer cet état d'esprit : je me suis laissé dire que si vous allez en Israel, vous constaterez que dans les hôtels, il existe 3 tarifs : le moins cher est pour l'Israélien, ensuite le prix monte pour le juif non Israélien et enfin, il est au maximum pour l'étranger non juif. Je n'ai pas pu vérifier par moi-même.” »

C'est la chose la plus ridicule que j'ai jamais entendue. Vous n'avez pas pu le vérifier simpelment parce que c'est faux et malveillant.
A titre d'exemple voici des hôtels à Tel Aviv dont les tarifs sont clairement affichés :
http://www.hotels.fr/hotels-israel/hotels-tel-aviv/

Portrait de lifka

à Sylvain7 Portrait de Sylvain7 De lifka

23H45 | 02/05/2008 | Permalien

Parce que ça n'a pas été essayé pendant des centaines d'années dans des Etats « ethniques » où les bons Juifs étaient ceux qui acceptaient leur statut de dhimmis.

Qu'est-ce que vous préconisez comme Etat non ethnique ? Le modèle de l'Arabie saoudite ou celui de la Croatie ? Peut-être celui de l'Iran qui aujourd'hui finance le Hamas et le Hezbollah ?

Vous le voyez dirigé par qui cet Etat palestinien laïc et démocratique dans lequel les « bons » juifs dhimmisés se trouveraient si bien ? Par le Hamas comme à Gaza ?

Et je suppose que les Juifs « racistes » ce sont tous ceux qui veulent les mêmes droits que les autres peuples, à savoir le droit à l'autodétermination.

Intéressant !

Portrait de caro

De caro

délinquante avérée | 18H14 | 01/05/2008 | Permalien

@ hestia et Sylvain 7

Il faudrait peut être lire ce qu'écrit Avraham Burg :

« Comme si les dirigeants issus de l'armée étaient la meilleure réponse que nous puissions apporter à nos déficiences pendant la Shoah et tous les autres pogromes de l'histoire du peuple juif ». (…) Le jour où nous cesserons de nous sentir traqués, l'armée rentrera peut-être dans les casernes, comme l'a rêvé Herzl, et n'encombrera plus les coulisses du pouvoir ».

Il ne faut pas oublier qu'environ 1,5 M d'Israéliens sont non Juifs, qu'ils ont des élus à la KNESSET et que l'arabe est aussi langue officielle.

Des pacifistes oeuvrent des deux côtés pour trouver une solution négociée et que les Palestiniens aient aussi leur état, au côté de l'état israélien revenu dans les frontières de 67. Avraham Burg et Sari Nusseibeh font partie de ces pacifistes pour 2 peuples 2 états. Une très belle intervention de Sari Nusseibeh :

[…] « Pour conclure, j'aimerais dire que, dans mon esprit, une philosophie de la paix - et peut-être même la philosophie tout court - serait vraiment cela : faire un signe à ce cœur, ou intellect, ou âme, qui bat à l'intérieur de la coquille humaine, l'encourager à se libérer de ses particularismes, non tant pour les renier ou y renoncer, que ce soit son sexe, sa religion, sa nation ou sa culture, mais pour l'aider à les reconnaître comme telles afin de ne pas les laisser soumettre ou submerger l'humanité sous-jacente qui nous unit tous : une alerte rouge devrait clignoter au fond de nous au moment même où nous passe à travers l'esprit que le sentiment d'être juif, chrétien ou musulman - israélien, palestinien européen - prend le dessus sur notre sentiment d'être humain. »

http://www.lapaixmaintenant.org/article1803

Merci pour cet article qui donne envie de lire les deux livres.

Portrait de parti

à caro Portrait de caro De parti

punishment park | 22H15 | 01/05/2008 | Permalien

je souscrit entièrement en tant que non juif, non musulman, non chrétien, la paix maintenant me paraît être un beau programme…

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 10H35 | 02/05/2008 | Permalien

Merci, Pierre Haski, pour cette mise en perspective.

A cette heure, on ne peut que se désoler de l'enfermement respectif des deux entités en présence : allons-nous vers une guerre de 1000 ans ? Je le crains, tant les deux côtés n'arrivent pas à se dépétrer des pesanteurs de leur très lourde histoire.

Du côté israélien, Burg dénonce opportunément la mainmise des chefs de Tsahal sur la politique de Jérusalem. Et il ne fait guère de doute qu'Olmert n'est pas l'homme de la situation : soutien du bout des lèvres au processus de paix, mais tolérance sans cesse renouvelée des colonies juives en Cisjordanie. Opportunisme et duplicité sont les maîtres mots de son approche.

Du côté palestinien, il me revient en mémoire ce que Ben Ami, l'un des négociateurs d'Oslo, avait dit en toute amitié (mais oui ! ), mais avec une franchise juive caractéristique (parfois brutale), lors d'une conversation avec Yasser Arafat : « Monsieur le Président, vous avez à plusieurs reprises eu l'occasion de vous comporter en chef d'Etat, mais chaque fois que la situation exigeait l'audace d'un “saut” qualitatif vers la paix, vous avez préféré faire machine arrière à la dernière minute et vous réfugier sur l'Avantin du chef de guerre ou de parti, un territoire que vous connaissez mieux que personne, mais qui n'apportera jamais rien à votre peuple au bout du compte. Si vous persévérez, vous manquerez l'occasion d'être un Grand et de marquer l'Histoire de votre empreinte. »

(Cité de mémoire, Interview de M. Ben Ami sur la National Public Radio américaine.)

Comme ailleurs, nous sommes en manque d'hommes politiques d'exception…

Portrait de lo_tipol

De lo_tipol

12H46 | 02/05/2008 | Permalien

« Cela me rappela le sort de mon propre sort depuis 1947. »

Voilà une parole qui enlève beaucoup de sagesse à ce monsieur….Comment peut-il comparer la barbarie nazie, subie par une population au seul motif qu'elle appartient à une religion, avec ce qui s'est produit en 1947, conflit choisi par plus 100 000 000 millions d'habitants la région -habittant au moins 7 nations (pour faire la guerre, il faut être 2) - dont la source (il n'y a pas de fumée sans feu) remontait à des violences commises au moins 20 ans auparavant, soit bien avant l'accession au pouvoir du nazisme ?

« L'Israélien refusa, en colère, de placer la Naqbah au même niveau que la Shoah et le dialogue tourna court. »

Et l'auteur de cet article semble avoir beaucoup de mal à comprendre pourquoi.
Et il n'est pas le seul.
Inutile de lire les réactions de lecteur, et le retour de martinD, et son compère de bonnetot, Sylvain7 et autres habitués à ce lieu de rdv, pour en faire le constat…

Ce qui laisse supposer quelques années à devoir encore attendre un état palestinien indépendant.
Et je ne prends pas trop de risque en m'avançant ainsi.

 »…comment David Ben Gourion a instrumentalisé le procès du nazi Adolf Eichmann en 1961 : … »
Quelle merveilleuse analyse de texte.
Là, Monsieur Haski, je vais devoir commencer à me pincer le nez en vous lisant.

Ça commençait bien, pourtant.
Bien ripolinisé en Café de Flore, la vespasienne, pour une fois.

Monsieur Haski, il est écrit ici
http://www.monde-diplomatique.fr/mav/98/

« Quant à l'Etat palestinien, mort-né, la Jordanie et l'Egypte s'en sont réparti les dépouille »

Ce serait quand même pas mal de rappeler ça aussi de temps en temps. Vos analyses sont magistrales, M. Haski.
Elle valent bien un tel petit supplément.

1967-1947 = 20 ans….l'âge de raison.

Portrait de Pierre Haski

à lo_tipol Portrait de lo_tipol De Pierre Haski (auteur)

Rue89 | 15H06 | 02/05/2008 | Permalien

merci pour vos compliments aigre-doux…
Je ne vais pas répondre sur tout, mais sur cette anecdote que vous avez relevée, ce dialogue entre un intello palestinien et un israélien. Il ne s'agissait pas, je pense, de dire que les deux événements sa valent, mais qu'ils sont tous deux constitutifs de l'inconscient collectif de chaque peuple. Et prendre en compte le traumatisme national de l'un et de l'autre serait assurément un grand pas vers la paix.

Portrait de calimero29

à Pierre Haski Portrait de Pierre Haski De calimero29

17H43 | 02/05/2008 | Permalien

C'est vrai qu'il est pas mal cet article.

L'inconscient collectif de chaque peuple.
Deux éléments essentiels de ce conflit, c'est juste de le souligner.

Conflit qui aurait sans doute déjà trouvé une solution si ces 2 inconscients étaient les seuls inconscients collectifs qui entrent en jeu dans cette partie du monde.

Portrait de Compté supprimé 2

à Pierre Haski Portrait de Pierre Haski De Compté supprimé 2

Compte supprimé 2 | 20H34 | 02/05/2008 | Permalien

merci pour cette réponse ; enfin on y vient l'inconscient collectif : à lire « de la horde à l'ETAT » de Enriquez.

Portrait de lifka

à Pierre Haski Portrait de Pierre Haski De lifka

00H37 | 03/05/2008 | Permalien

Excusez moi, mais je ne peux pas être d'accord avec vous. C'est certainement ce que vous pensez - même si la première formulation n'était pas très claire - mais êtes-vous sur que c'est ce que dit Nusseibeh ? Tel qu'il le formule, on voit à l'évidence un signe =. Les Palestiniens ont inventé le mot Naqba, pour faire pendant à la Shoah, ils se sont inventé un récit mythique qui cherche par plusieurs points à recouvrir le récit juif. Quand une célèbre journaliste dit que l'image de Mohamed Al-Dura efface celle de l'enfant du ghetto, c'est exactement ça que ça dit. Sans compter cette idée dangereuse de l'instrumentalisation de la Shoah dont on peut voir ce qu'elle donne quand elle est reprise et poussée à l'extrême (ce sont les Juifs qui l'ont organisée) dans le discours négationniste tel que celui tenu dans une récente émission de la télévision du Hamas.(http://www.lapaixmaintenant.org/article1804)

Et puisque je vous parle directement, permettez moi de réagir sur un autre point que soulève Avraham Burg et sur lequel vous semblez d'accord : celui de la direction d'Israël par l'armée. Rappelez-vous comme tout le monde se réjouissait que ni Olmert ni Peretz n'appartiennent à ce milieu et que pour la première fois l'équipe dirigeante ne soit pas formée de militaires. Le résultat a été cette guerre désastreuse contre le Hezbollah. Dans un pays comme Israël toujours entre deux menaces peut-être vaut-il mieux des anciens militaires aux affaires : eux au moins savent ce qu'est une guerre et ne la déclareront pas à la légère, ils sont en outre respectés et écoutés par la hiérarchie militaire. Ils sont aussi plus légitimes pour négocier la paix.

Portrait de Pierre Haski

à lifka Portrait de lifka De Pierre Haski (auteur)

Rue89 | 13H36 | 04/05/2008 | Permalien

Merci de votre réponse. Chacun projette ses fantasmes, ne croyez vous pas que les Israéliens ont transposé leurs cauchemars du nazisme sur les Palestiniens ? C'est en tout cas la thèse de Burg, qui est assez convaincante. En revanche, je ne crois pas une seconde que l'image de Mohamed Al-Dura ait remplacé celle de l'enfant du ghetto, mais si c'était le cas, les Israéliens y auraient leur part de responsabilité.
Concernant les militaires, Burg souligne justement l'échec de Olmert et Peretz pendant la guerre du Liban dans le même sens que vous, mais en tire une autre conclusion. Il vaut mieux effectivement des militaires pour faire la guerre, mais si on tournait le dos à la guerre, ils ne sont peut-être pas les mieux placés pour mener un pays en paix ? Mais on rêve…

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