A debattre

Une pompe à bioéthanol victime de la Confédération paysanne


Ils étaient une quarantaine, Porte d'Orléans, massés autour de la pompe à bioéthanol mise en fonctionnement il y a dix-huit mois. A l'époque, Dominique Bussereau, ministre de l'Agriculture, était venu inaugurer -en grande pompe, pourrait-on dire- ce qui devait révolutionner l'essence. Devenu entre temps ministre des Transports, c'est encore de lui qu'on parle autour de cette même pompe, un morceau de pain à la main : au cœur de ce rassemblement organisé par Confédération paysanne, carburant et pain se mélangent et il va falloir choisir : se nourrir ou conduire.

Une expression que ne démentirait pas Jean Ziegler, rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation, selon qui les biocarburants constituent « un crime contre l“humanité”.


Le responsable de la station Total reste caché au fond de sa boutique, tant que les drapeaux du syndicat d'agriculteurs flottent sur son macadam. Au départ des manifestants, il se joint aux policiers pour regarder, hébété, sa pompe vandalisée. Visiblement perdu, il refuse de répondre à nos questions. A une d'entre elles, cependant, il lâche tout de même deux mots, dans un soupir :

“Vous allez porter plainte contre eux ? - Bien entendu…”

Voir aussi : Les biocarburants ont-ils encore un avenir ?

3 commentaires sélectionnés

Les agrocarburants = les Pompes Funèbres.
Vite, un petit exercice de calcul/SVT/instruction civique, à soumettre au diplômé en mathématiques Xavier Darcos.

Emma et Jérémie, habitants à Trifouilly-les-Châteaux, vont voir leur mère (gravement) malade à l'hôpital de Perpète-les-Bains..
Sachant :
1°) que l'hôpital de la ville de Trifouilly vient de fermer son bloc chirurgical, pas assez rentable, pour ne garder que sa maternité.
2°) que le plus proche hôpital se trouve maintenant à 78 km de chez eux.
3°) que la SNCF vient de fermer la ligne Trifouilly-les-Châteaux/Perpète-les-Bains.
4) que le voisin, qui aurait pu les emmener, vient de perdre son boulot à Perpète, et de vendre sa bagnole qui lui coûtait trop cher.
5°) que la voiture du père des enfants consomme 6 litres de bioéthanol aux 100 kilomètres.
6°) que le père des enfants, qui n'a plus qu'un point sur son permis de conduire, roule en moyenne à 80 km/h tellement il a peur du gendarme.
7°) qu'il faut l'équivalent en blé de 100 baguettes de pain pour fabriquer 5 litres de bioéthanol.
8°) qu'un enfant meurt de faim dans le monde toutes les 30 secondes.
Combien d'enfants auront le temps de crever dans le monde pendant le voyage qui conduira Emma et Jérémie à l'hôpital ?

(chiffres de consommation de bioéthanol et de mortalité infantile à affiner, bien entendu)

Portrait de Littlenemo

De Littlenemo

16H57 | 30/04/2008 | Permalien

Je pense qu'il y a une confusion complète sur l'importance réelle des biocarburants en Europe et dans le reste du monde. Les agriculteurs européens (à qui on a demandé de produire moins en gelant des terres alors qu'une partie de la planète avait faim sans que personne ne s'en émeuve) peuvent tout à fait répondre aux objectifs d'incorporation d'éthanol dans l'essence (10%). Cela n'affamera pas la planète.
Sur ce dossier, la confusion est inquiétante et on joue sur le registre de l'émotion. Sans doute pour se donner bonne conscience. A quand des autos moins puissantes et moins gourmandes en carburant ? A quand la dispariton de l'automobile dans les villes où les enfants n'arrivent plus à respirer ? A quand la fin du transport par poids lourd jusqu'à la porte des commerces où nous allons consommer sans nous soucier du bilan carbone du transport ?
A quand une société qui ne soit plus dépendante à l'extrême du pétrole ?

Portrait de argiope

De argiope

chatouille ou pique, c'est selon | 21H38 | 30/04/2008 | Permalien

Attention à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Il y a éthanol et éthanol.
« Fabriquer de l'éthanol à partir de maïs ou de blé est une absurdité technologique et économique. Le rendement à l'hectare de la culture du maïs atteint 10 tonnes de grain. Un tonne de grain fournit 600 kg d'amidon après un processus d'extraction extrêmement coûteux. Soit six tonnes d'amidon à l'hectare. Cet amidon doit être ensuite traité pour fournir la “soupe” qui conduira à la fermentation en éthanol à partir de levure. La culture de maïs nécessite en outre d'énormes quantités d'eau. Tout ceci consomme énormément d'énergie primaire.
Si l'on considère la culture de canne à sucre, le schéma est complètement différent : la production de canne atteint 100 à 120 tonnes de canne à l'hectare avec un rendement en sucre de l'ordre de 20%, soit 20 tonnes de sucre à l'hectare, à comparer aux six tonnes du maïs. La production d'éthanol base canne est productrice nette d'énergie puisque le résidu ligneux de la canne sert de combustible et sert pour partie à produire l'énergie nécessaire à la transformation. »
(source : la chronique Agora)

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