Tout d'abord, un aveu : je connais depuis plus de quinze ans Boris Johnson, le candidat conservateur à l'élection du maire de Londres jeudi. Pendant cette période, j'ai rencontré sa première femme, sa deuxième femme et sa maîtresse -bien que je pense que celle-ci ne méritait pas ce titre à l'époque. J'ai collaboré aux mêmes publications que lui aux débuts de sa carrière journalistique et peux encore me souvenir de certains de ses articles. L'un d'eux, consacré au statut juridique de l'un de ses enfants (« félicitations, c'est un Belge ») me fait encore rire quand j'y pense.
Deuxième aveu, j'ai rencontré il y a environ quinze ans Ken Livingston, le maire actuel de Londres, qui se présente une nouvelle fois. Il était à l'époque simple membre du Parlement. Je ne connais pas ses maîtresss -même si je subodore qu'il y en a plusieurs- ni ses collègues. Mais je me souviens d'un dîner mémorable organisé par un journal londonien, au cours duquel nous avons discuté sans fin de savoir si Staline était diabolique ou pas. Je disais qu'il l'était, et il n'était pas d'accord. Personne n'a rigolé.

Connaissant personnellement les deux protagonistes de ce scrutin, je devrais m'interdire d'écrire sur cette élection du maire de Londres qui a lieu le 1er mai. Mais, dans ce cas, peu importe. Car même s'il y a des gros dossiers en jeu -police, circulation, logement-, cette campagne a été totalement dominée par les personnalités remarquablement différentes et fortes des deux candidats. Ce n'est pas un choc froid d'idées, ou même une confrontation entre le parti travailliste de M. Livingstone et le parti conservateur de M. Johnson. C'est un affrontement entre Ken et Boris, une compétition dans laquelle les anecdotes personnelles l'emportent depuis le début sur les programmes politiques.
Les deux candidats n'ont pas fait grand chose pour décourager cet état de fait. Et bien qu'il ait été plus restreint qu'à l'ordinaire au cours de cette campagne, Boris est un homme qui ne peut s'arrêter de faire des plaisanteries, que ce soit sur les maîtresses en question ou sur la ville de Portsmouth (« drogue, obésité, sous-performance et députés travaillistes »).
Dans la plupart des portraits qui lui sont consacrés, on retrouve les descriptions de sa crinière ou le qualificatif d'« ex-Etonien » (ancien élève de l'école privée élitiste Eton, ndlr). On y trouve généralement sa plus célèbre citation :
« Votez conservateur, cela fera grossir les seins de votre femme et accroîtra vos chances de posséder un jour une BMW M3. »
Une phrase pas forcément représentative de son sens de l'humour d'ordinaire tourné vers l'autodérision. Exemple : « Derrière la façade élaborée d'un bouffon imbécile, se cache souvent un bouffon imbécile »…
Ken, à l'opposé, n'est ni drôle, ni sur le registre de l'autodérision. Son besoin d'attirer l'attention s'exprime d'une autre manière : les célébrations coûteuses qu'il avait envisagées pour le cinquantième anniversaire de la prise de pouvoir de Fidel Castro à Cuba, son soutien à un notable musulman défendant les attentats suicides et la peine de mort pour les homosexuels.
Comme Boris, Ken choque souvent les gens, mais ses insultes ne proviennent généralement pas de blagues. Il a décrit l'ambassadeur des Etats-Unis en Grande-Bretagne comme un « petit escroc ciselé », et accusé un journaliste juif qui se serait comporté comme « un garde de camp de concentration ». On me dit qu'il prend parfois de bonnes décisions sur les transports, mais la circulation dans le centre de Londres me semble toujours atroce.
C'est donc véritablement un clash de personnalités, et pas très sérieux de surcroit. Car si les Londoniens s'intéressaient véritablement à leurs problèmes de circulation, Boris ne serait pas candidat, et Ken n'aurait jamais été élu. Mais cette campagne vaut la peine d'être suivie car elle préfigure peut-être les compétitions électorales à venir : véritablement post-modernes et post-idéologiques. Dans un monde dans lequel les dossiers ne sont plus au centre du débat, et dans lequel les partis politiques ne sont plus vraiment pris au sérieux, il ne reste plus beaucoup de sujets de conversation que de savoir qui a dit quoi à qui, et qui a la langue plus pendue que l'autre.
Aux Etats-Unis, la politique est plus clivée, et le pays trop divisé pour cela. Mais à y regarder de plus près, la campagne des primaires démocrates a également dégénéré en un choc particulièrement désagréable de personnalités. Toute confrontation sur la durée entre des gens qui, avouons-le, ne sont pas très éloignés les uns des autres sur les grands enjeux, se transformera inévitablement en farce. Qu'elle soit amusante dans le cas de Londres, ou acide comme dans le cas des Etats-Unis, dépend des personnalités des candidats en question.
Alors vive la politique idéologique, pour qu'il y ait un réel enjeu d'idées, et espérons que l'élection présidentielle américaine, lorsqu'on en sera là, en contienne des éléments. Car, au moins, ça permet de parler des choses qui comptent. Un dernier aveu : j'espère que Boris gagnera !
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De Tophee
en haut a gauche | 17H45 | 30/04/2008 |
Ken livingston et un homme de conviction. Il a fait un tres bon travail a la mairie, et ce malgres le gouvernement qui lui a mis beaucoup de baton dans les roues au debut. Il c'etait fais viter du Labour pour avour gagner cette election !
D'un autre cote, Boris Johnson n'est qu'un triste sire. Son humour et souvent raciste. C'est excellent journaliste, comme l'apelle le monde, c'est fait virer de son journal a cause de son habitude d'inventer des citation.
Bref, si il est elu, il vas nous faire rire comme Sarko : Jaune. Il ne feras rien de propre car son but est d'etre maire (de « faire » maire ? ). Londres n'est pas sa preocupation. Tout ce qu'il fera, c'est de casser ce que Livingston a fait. Apres, il faudras recommencer.
De martin citron
stagiaire en Colombie | 21H26 | 30/04/2008 |
Je ne suis pas journaliste mais cet article n'a pas l'air d'etre d'une franche impartialité…
On a d'un coté le gentil Boris qui rigole et fait des blagues, qui meme si elles ne sont pas droles ne refletent pas sa pensée, et de l'autre le vilain Ken communiste stalininen, homophobe qui soutient des terroristes, sans humour, antisémite, mauvaise politique de circulation(d'après la journaliste, pas d'après certains riverains londoniens)…
Boris a bien une maitresse mais c'est pas grave Ken en a surement une voire meme plusieurs.
Ça fait quand meme beaucoup d'opinions personnelles, et rien sur leurs programmes respectifs que j'aurais aimé connaitre.
De gébé
21H45 | 30/04/2008 |
Quels que soient les défauts que l'on puisse trouver à l'article, je trouve qu'il apporte un éclairage sur une réalité qui dépasse donc nos propres frontières : la pipeolisation outrancière des hommes politiques, et la prédominance de la personnalité par rapport aux idées, convictions et programmes.
Apparemment les anglais ne sont sur le sujet pas mieux lotis que nous.
Signe des temps…
De NM
22H18 | 30/04/2008 |
Bravo Tophee ! Apres avoir passé 15 ans a Londres, lire des articles qui representent Boris comme un bouffon sans danger me laisse pantois ! A. Applebaum s'est visiblement trop marré pour etre objective et comme elle le dit elle n'aurait pas du l'ecrire cet article. Quant a Ken, pas parfait, mais quand meme mieux que Boris meme si c'est pas diffile. Que les londonniens puissent se dire qu'un Etoninen pourra etre un bon gestionnaire d'une ville ca me fait me marrer : the guy couldn't organise a piss up in a brewery !
De Andbeyond
Etudiant un peu utopiste passionné ... | 00H00 | 01/05/2008 |
On peut en effet déplorer que les sujets de fond ne soient, comme les contributeurs l'ont souligné, presque pas abordés.
Sur les transports en particulier, il faut cesser de voir cela que par le petit bout de la lorgnette, par exemple son trajet en taxi entre Heathrow et le West End, on zappe l'essentiel.
La Congestion Charge a eu un effet clairement positif sur la fluidité de la circulation dans la ville. Ceci est bénéfique pour tous, les vélos, bus et piétons !
Jamais autant d'argent n'a été investi dans les transports en commun que sous Ken Livingstone. Le réseau s'améliore à vitesse grand V : voir les nombreuses extensions du DLR, le saut qualitatif apporté par London Overground, la conversion de l'East London Line en véritable train de banlieue, etc.