Entretien

« En France, personne n'étudie les tueurs en série »

Le procès de Michel Fourniret a repris ce lundi. Mais, exceptionnellement, Corinne Herrmann n'y est pas. Pas plus que Didier Seban, l'avocat des familles de victimes, pour qui elle travaille en tant que juriste, spécialisée dans les crimes en série. Elle est aussi l'auteur d'un livre sur le sujet.

Corinne Herrmann explique : « Nous sommes très fatigués avec Didier. La semaine dernière, j'ai du dormir douze heures en tout. » Car le procès Fourniret est épuisant. Et loin du cabinet parisien, à Charleville-Mézières. Du coup, les autres dossiers n'avancent pas. « Et en matière pénale, il y a des délais à respecter », précise-t-elle.

« On trouve 1500 corps par an »

Car il n'y a pas que Fourniret. D'autres tueurs en série sont, eux, en liberté. On sait simplement qu'une centaine d'entre eux ont été arrêtés depuis 1995. Et puis, il y a ceux qu'on ne connaît pas, ceux des années 2000 :

« Il y a beaucoup d'affaires non résolues. Aujourd'hui, on ne sait pas combien sont ces tueurs, combien viennent de l'étranger. On sait simplement qu'on trouve 1500 corps par an, non indentifiés, enterrés sous X. C'est quatre corps par jour. Et parmi eux, il y a des victimes de tueurs en série. »

Parmi les dossiers sur lesquels elle travaille aujourd'hui, il y a celui de l'autoroute A6. Une série de crimes non résolus, ou plutôt deux. D'un côté, plusieurs disparitions de jeunes femmes en Saône-et-Loire, et de l'autre des disparitions d'enfants dans l'Isère, non loin de Grenoble. (Voir la vidéo)



La justice et la police n'échangent pas assez

Ces criminels, c'est toute sa vie. Une vie qui a commencé avec « son » premier tueur, Emile Louis, dans l'affaire des disparues de l'Yonne. Une région qu'elle qualifie de véritable « pépinière de tueurs en série », révélatrice, selon elle, d'un dysfonctionnement des institutions.

C'est avec cette affaire qu'elle comprend comment les tueurs en série passent à travers les mailles du filet :

« On ne s'intéresse pas au principe de série en matière criminelle. On traite les dossiers séparément, du fait du découpage administratif. On ne fait pas d'enquête pour savoir si des dossiers se ressemblent. On n'échange pas suffisamment les informations, que ce soit dans la police ou dans la justice. »

La réforme de la carte judiciaire pourrait se révéler bénéfique dans ce domaine, facilitant les échanges entre pôles d'instruction. « On pourra avoir des échanges », concède-t-elle. Mais elle reste sceptique :

« Par expérience, nous savons qu'un juge a parfois du mal à taper à la porte d'un collègue parce que c'est son affaire, sa conviction. Dans les affaires compliquées, ils seront obligés de travailler à deux ou trois juges mais il y aura toujours un juge leader, qui aura peut-être tendance à imposer sa décision. Et on passera encore à côté d'un dossier. »

« En France, nous avons des criminels en série et nous ne les étudions pas »

Son travail à elle ne consiste pas simplement à rapprocher des dossiers, et faire le lien entre eux. Elle traque les tueurs en série, dissèque leur fonctionnement, révèle leurs stratégies. Elle se bat pour mieux les connaître :

« Chaque serial killer a son profil. Il est forcément unique dans son fonctionnement, dans son mode opératoire, dans sa façon de repérer les victimes. C'est lié à son histoire personnelle. Mais ces criminels ont des points communs.

“Ils ont tendance à mettre en place les mêmes stratégies, pour se protéger des enquêteurs. Et c'est grâce à elles qu'on va les repérer. Le tueur en série est un professionnel du crime. On va trouver dans son crime des traces de son professionnalisme. Quelqu'un qui commet un crime passionnel ne pourra pas se protéger comme eux.”

La priorité est donc de pouvoir étudier ces tueurs en série. Mais pour elle, rien ne sert d'attendre la loi sur la rétention de sûreté pour étudier ces criminels :

“C'est véritablement scandaleux que les personnes qui prennent la parole sur les tueurs en série aujourd'hui en France, qui se disent spécialistes, psychologues ou analystes, se contentent d'avoir vu les criminels quelques heures pour en sortir des théories sur ceux qui sont libres.

‘En France, nous avons des criminels en série et nous ne les étudions pas. Personne ne va les voir en prison, personne n'étudie leur parcours, leur vie. On est bien loin de connaître ces tueurs.’

Les tueurs en série se copient les uns les autres

Dans son livre, ‘Un tueur peut en cacher un autre’, Corinne Herrmann ‘transgresse un tabou’ en démontrant que les tueurs en série se copient, ‘pour assurer leur impunité’. Elle dénonce une véritable course au crime :

‘L'idée que les tueurs ne se copiaient pas rassurait tout le monde. Mais c'est totalement faux. L'humain copie l'humain. Ils veulent assurer leur impunité pour sévir le plus longtemps possible. Donc ils vont regarder ce que les autres font.

Ils vont s'inspirer des échecs des autres. Ils veulent être plus terrible que les autres. Chacun veut avoir le plus grand nombre de victimes. Quitte à s'approprier celles des autres.’

Michel Fourniret n'échappe pas à ce constat. Celui qu'elle appelle ‘le testeur’ se dit ‘pire que Dutroux’. Il se serait en réalité inspiré de la stratégie mise en place par le prédateur belge, pour assurer son impunité, ce qu'ignorent les experts. (Voir la vidéo)



La justice n'en a pas fini avec Michel Fourniret. Après ce procès, il faudra se pencher sur la soixantaine d'affaires non résolues qui pourraient être, pour certaines d'entre elles, reliées au tueur des Ardennes. Des crimes commis seul, ou en couple : l'enquête le déterminera. Mais pour Corinne Herrmann, ‘on est très loin de mener des enquêtes, et pour cela il faudra mettre en place des cellules, or il n'y en a pas.’

Vidéo : Sabrine Kasbaoui

Un tueur peut en cacher un autre de Corinne Herrmann - 540 p. - éd. Stocks - 21,50€.

46 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Artemisia.G

De Artemisia.G

Lulucarabine | 09H53 | 01/05/2008 | Permalien

En effet, en France on fait l'économie d'étudier les tueurs en série. On préfère verser dans la fascination nauséabonde comme le psychanalyste Michel Dubec EXPERT PSYCHIATRE AUPRES DES TRIBUNAUX ( ! ! ! ! ! ) qui vient de publier « Le Plaisir de tuer » (Le Seuil 2007). S'identifiant avec Guy Georges, dont les crimes l'excitent, il justifie le viol en l'excusant par la soi-disant nature ( ! ! ! ! ) masculine. Il écrit :
« Sans que je lui en parle, le tueur de l'Est parisien a peut-être deviné le trouble que j'ai ressenti en regardant les photos de ses victimes. Je les trouvais très attirantes. (…) Une communauté de désir nous rapprochait Guy Georges et moi. (…) parce qu'il existait entre nous un partage des mêmes “objets érotiques‘, j'ai pu faire un bout de chemin avec le tueur en série le plus célèbre de l'Hexagone (…) Je ne partageais pas la pulsion homicide de Guy Georges, heureusement. Mais je pouvais ressentir ce qui provoquait sa pulsion érotique. Entre nous, je l'avoue, ce goût commun entrebâilla une porte, jusque-là verrouillée à double tour, sur un possible échange. ’ (pages 211-212)

‘ Pour parler sans détour, dans la sexualité masculine, il existe un intérêt à obtenir la défaveur de sa partenaire, pas seulement ses faveurs ; à faire crier la femme, peu importe la nature de ses cris. L'acte de pénétrer est en lui-même agressif. Si un homme est trop respectueux d'une femme, il ne bande pas. ’ (page 213).

‘ Oui, c'était possible de s'identifier à ce violeur qui baise des filles superbes contre leur gré, mais évite de les soumettre à des conditions trop crapuleuses ou de les terrifier, au point qu'elles ne devinent pas qu'elles vont mourir. Deux d'entre elles ont demandé à Guy Georges d'enfiler un préservatif et il a accédé à leur requête, comme si de rien n'était ! ’ (page 213)

Voilà. Rien à ajouter sur ces extraits consternants, abjectes et qui, moi, me terrifient…
Quand on choisit des experts tout aussi malades que les tueurs en série, comment s'étonner des manquements de la justice française ?

Portrait de Susanna

De Susanna

09H59 | 01/05/2008 | Permalien

Voilà ce qui arrive quand on met en ligne des articles peu fouillés, mal informés et sans perspective. Ajoutez à ça le meurtre de la jeune Suédoise (il n'est pas question de « tueur en série » stricto sensu dans cette affaire - la définition est pourtant précise), les radars et les patrons voyous et vous obtenez ce café du commerce.

Le débat sur internet est navrant.

Portrait de vyolaine

De vyolaine

10H08 | 01/05/2008 | Permalien

Je reviens sur les commentaires juste au dessous de l'article :
Se faire pénétrer par les doigts de quelqu'un d'autre sans consentement est un viol. Il y a pénétration forcée et la personne qui a osé dire qu'il y avait une différence dans le dégoût devrait avoir honte. Si vous êtes tué par poison, cela sera sûrement moins violent qu'à la tronconneuse mais au final vous serez tout de même mort. On ne peut pas se permettre de dire que cette jeune femme a été « moins violé » parce qu'on ne lui a pas introduit un pénis mais des doigts. On revient en arrière là ! C'est pareil que de lui dire « Oh tu sais, ça vaut peut être pas le coup d'aller voir la police pour un truc comme ça. Ils doivent avoir mieux à faire »… La loi a enfin évolué pour reconnaitre les différentes manières de violer quelqu'un et on continue d'ouvrir des guillemets pour en parler. A l'étonnement générale oui on peut se faire violer par les doigts. Ca peut sûrement parraitre bégnin pour certains mais c'est au niveau législatif il n'y a (théoriquement) pas de différences.

Portrait de Tophee

à vyolaine Portrait de vyolaine De Tophee

en haut a gauche | 15H52 | 01/05/2008 | Permalien

Qu'il ny ai pas de difference au niveau legislatif, c'est ben de le rapeller. Mais il faut surtout comprendre que l'effet sur la victime est le meme. Un viol n'est pas une peripetie qui dure 5 minutes, c'est une soufrance spychologiaue qui dure toute la vie. Quelque soit le mode operatoire.

Portrait de ju_mrt

De ju_mrt

10H16 | 01/05/2008 | Permalien

Pour préciser qu'il y a quelques passionnés (si on peut appeler ça comme ça) qui étudient, justement, les tueurs en série. De nombreuses thèses ou mémoires sont disponible dans les universités.

Souvent les études qui portent sur ce sujet s'intéressent plus aux tueurs en série en américains et jusqu'à la découverte des attrocités de Fourniret, Georges, Louis etc.., il était difficile de trouver un point de comparaison avec la France.

La recherche va s'y intéresser de plus près, c'est certain. Les tueurs en série sont une conséquence d'un système.

Portrait de Venezuela

De Venezuela

vit aux Pays-Bas | 16H17 | 01/05/2008 | Permalien

« L'idée que les tueurs ne se copiaient pas rassurait tout le monde. Mais c'est totalement faux. L'humain copie l'humain. Ils veulent assurer leur impunité pour sévir le plus longtemps possible. Donc ils vont regarder ce que les autres font. »

Cela veut donc dire qu'il vaut mieux les juger en huis clos ? Ce serait une bonne idee.

Portrait de ibouse28

De ibouse28

12H54 | 01/05/2008 | Permalien

En France, personne n'étudie beaucoup de choses. Raison pour laquelle la télé française est envahie ou colonisée par les reportages et films anglosaxons. C'est l'incompétitivité française.

D'ailleurs les Français n'aiment ni la mondialisation, ni la concurrence…Tout ce qu'ils veulent c'est mondialiser avec les Noirs et autres arabes. Les Français sont des gens incompétents face aux autres peuples occidentaux. Ils ne veulent concurrencer que les Nègres et les Arabes.

Portrait de Artemisia.G

à ibouse28 Portrait de ibouse28 De Artemisia.G

Lulucarabine | 13H38 | 01/05/2008 | Permalien

« Les Français sont des gens incompétents face aux autres peuples occidentaux. Ils ne veulent concurrencer que les Nègres et les Arabes ».
Qu'est-ce que c'est que cette réflexion complètement hors sujet ? Nous vous serions reconnaissants d'éviter de nous écorcher les yeux avec des expressions racistes et nauséabondes. Merci.
Il n'est pas interdit de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de publier un commentaire.

Portrait de cosmicludovic

De cosmicludovic

guitariste ultra rock pop trash | 13H23 | 01/05/2008 | Permalien

1500 corps par an… !

c'est énorme, y-a-pas un bug ?

Portrait de Les Chats

à cosmicludovic Portrait de cosmicludovic De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 13H59 | 01/05/2008 | Permalien

C'est ce que soulignait Patico, comme vous il trouve ce chiffre énorme.

Portrait de Jacques BOLO

à Les Chats Portrait de Les Chats De Jacques BOLO

Auteur-Editeur | 15H29 | 01/05/2008 | Permalien

En effet, il n'y a qu'un millier d'homicides par an en France. Comment est-ce possible ? Est-ce 150 au lieu de 1500 ? Il faudrait une vérification de ce chiffre pour se prétendre journaliste (et plus généralement, une connaissance minimale du domaine dont on parle).

Portrait de Patico

à Jacques BOLO Portrait de Jacques BOLO De Patico

15H39 | 01/05/2008 | Permalien

Statistiques officielles du ministère de l'intérieur 2007 : http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_la_une/toute_l_actualite/voeux-p…

En 2007 : 765 homicides dont 653 résolus.

Portrait de Gevrey

De Gevrey

19H55 | 01/05/2008 | Permalien

Le thème du tueur en série (euh pardon serial killer…) a été célébré par hollywood via nombre de films…Fascination morbide pour des pseudos héros..
Un serial killer est un meurtrier qui n'a pas arrêté à son premier crime, c'est donc un tueur récidiviste. Définition un peu moins « glamour » mais plus juste.

Portrait de chambord

De chambord

14H23 | 02/05/2008 | Permalien

En France il ne devrait pas y avoir de tueur en série ! Tel est ma réponse, au lieu de palabré il faudrait déjà attaquer le sujet pas la racine !
Pas une seconde à la télé sans que ne passe des images de flingues, de flics et d'ambulanciers !
Alors à partir de là causer ….et du temps de perdu !

Portrait de Patico

à chambord Portrait de chambord De Patico

14H52 | 02/05/2008 | Permalien

Dommage qu'à la télé il n'y ait pas des cours d'orthographe à la place des « images de flingues, de flics et d'ambulanciers ».

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