Un documentaire de France3 défend la thèse de l'assassinat de l'ex-Premier ministre. Un livre s'attaque à cette rumeur tenace.

Les amateurs de théories du complot peuvent se réjouir : France3 s'apprête à diffuser, le 3 mai, un documentaire suggérant que Pierre Bérégovoy ne s'est pas donné la mort, mais a été assassiné. Aux antipodes, donc, d'un autre documentaire récemment diffusé par France2 dans le cadre de l'émission Un jour, un destin, et qui s'employait à mettre en lambeaux la thèse du meurtre.
Selon la version officielle, admise par la plupart des médias et des proches de l'ancien Premier ministre, ce dernier s'est tiré une balle dans la tête au bord d'un canal nivernais, il y a quinze ans jour pour jour, un mois après l'échec de la gauche aux élections législatives de mars 1993.
Mais les hypothèse d'une conspiration n'ont jamais cessé de circuler depuis le drame. L'une d'entre elle évoque par exemple » deux plongeurs » qui auraient attendu Béré dans l'eau du canal… Une équipe, a affirmé un ancien commissaire des RG en 2001, le suivait pas à pas…
« Pierre Bérégovoy s'est suicidé » « Ah ? Il est déjà 18 heures ? “
Le documentaire de France3, signé Francis Gillery, épouse franchement la thèse d'un assassinat. Dans la version que nous avons visionnée, il débute même par une scène, façon docu-fiction, assez brutale. Un huissier frappe à une porte, dans le silence d'un palais de la République : ” Monsieur, excusez moi de vous déranger, mais Pierre Bérégovoy s'est suicidé. » L'autre personnage (invisible) répond : » Ah ? Il est déjà 18 heures ? » Cette introduction accusait trop clairement François Mitterrand d'avoir trempé dans un assassinat : la chaîne publique a demandé qu'elle soit coupée ; Gillery a accepté.
La première partie du documentaire campe le portrait de Pierre Bérégovoy en » monsieur propre » . L'homme intègre qui aurait, la mort dans l'âme, accepté de fermer les yeux sur de très nombreux scandales (Urba, les frégates, Magny Cours, les écoutes…), et qui, donc, en savait trop. Seconde partie : une énumération des » faits troublants » liés à sa disparition : le rapport d'autopsie n'a jamais été communiqué à la famille, aucune expertise balistique n'a été effectuée, la position étrange du corps, l'arme (un 357 Magnum) qui ne colle pas avec la blessure, les témoignages » fantaisistes » du chauffeur et du garde du corps, etc. Sans parler de certains témoins qui attestent que Pierre Bérégovoy n'était pas dépressif, mais songeait au contraire à se lancer dans la course de la présidentielle. Le tout est accompagné d'une musique de film d'horreur (coups d'archets de violons suraigus et dissonnants), et d'insinuations sur le rôle qu'auraient pu jouer dans l'affaire François Mitterrand ou son âme damnée Michel Charrasse.
Autant dire que cette émission hérisse par avance les proches de l'ancien Premier ministre : » Encore une théorie fumeuse ? C'est hallucinant ! « , me déclare Vincent Sol, gendre de Béré, qui avait sa confiance :
“Qu'est-ce qu'ils s'imaginent, que le garde du corps était complice ? Si vous aviez vu son état de détresse après la mort de mon beau père ! A l'exception de son épouse [Gilberte, décédée en 2001, ndlr], tous ceux qui l'entouraient juste avant sa mort sont convaincus qu'il s'est bien suicidé, ils n'ont pas l'ombre d'un doute ! ”
“Avant sa mort, Pierre Bérégovoy m'a remis deux lettres”
Dans le documentaire de Gillery, l'ancien commissaire des RG Hubert Marty
Vrayance parle d'une » équipe » qui était chargée de suivre Béré
(mais Gillery ne précise pas que ce témoin, croit aussi à d'autres complots et qu'il est considéré comme un mythomane par son ancienne hierarchie).
A la fin du documentaire, un autre témoin, Pascal Mornac, musicien bourbonnais, affirme avoir rencontré aux abords du lieu du drame, AVANT l'arrivée du garde du corps et du chauffeur, mais après les coups de feu, une très hichckokienne petite dame « de type XVIe arrondissement » et deux mastards au crâne rasé engoncés dans des costumes, qui lui ont demandé de vider les lieux. Question : pourquoi Mornac a-t-il gardé ce lourd secret pendant quinze ans ? Il n'a pas souhaité nous répondre.
Sur plusieurs de ces » faits troublants » et de ces » zones d'ombre » , un livre apporte pourtant des réponses. » Bérégovoy, le dernier secret » est une enquête rédigée par un journaliste du Monde, Jacques Follorou. Le livre regorge d'anecdotes tendant à tordre le cou à l'idée selon laquelle Bérégovoy était, en avril 1993, » un battant prêt à se relancer dans d'autres batailles » . Oui, Béré a vécu une descente aux enfers, oui, il était un homme brisé par l'affaire Pelat (affairiste qui lui avait prêté un million de francs pour l'aider à l'achat d'un appartement) et épuisé par l'échec aux municipales, qu'il se reprochait. Jacques Follorou apporte également un témoignage capital, celui du gendre de Pierre Bérégovoy, l'avocat Vincent Sol :
» Plusieurs semaines avant sa mort, mon beau père, Pierre Bérégovoy, m'a remis deux lettres. La première m'était adressée, je l'ai ouverte, il me demandait de m'occuper de sa famille après sa mort. La seconde était au nom de François Mitterrand. On ne l'a pas ouverte, mais il devait lui annoncer la même chose qu'à moi ; sa volonté de disparaître. Je lui ai dit que vraiment il ne pouvait envoyer une telle lettre au chef de l'Etat, alors on l'a déchirée. »
Sol nous a confirmé cette anecdote. Hélas, il n'a pas gardé la lettre : « Quand il me l'a remise, j'étais furieux, je l'ai déchirée et jetée devant lui », nous raconte-t-il.
Follorou, enfin, affirme avoir eu, lui, accès au dossier judiciaire. Il restitue les éléments de l'enquête sur les causes de la mort du socialiste.
Il balaye par exemple la rumeur selon laquelle Bérégovoy serait mort après avoir reçu deux balles dans le corps. L'autopsie a eu lieu à l'institut médico-légal de Paris, au lendemain du drame qui, à l'époque, soulève une immense émotion en France. » Le tir est à bout touchant » conclut le texte cité par notre confrère, » il n'y a pas d'autres lésions violentes » . Bérégovoy est donc bien mort d'une seule balle tirée dans la tempe droite et ressortie par le front gauche. Des traces de poudre sont retrouvées sur sa main droite et sur sa chemise. C'est la même poudre que celle de l'arme trouvée à côté de son corps. Ce n'est pas tout : l'analyse toxicologique révèle l'absorbtion d'antidépresseurs les deux jours précédent le suicide.
L'énigme du « carnet noir »
Reste l'énigme du » carnet noir » dans lequel Bérégovoy prenait des notes, et qui avait étrangement disparu au lendemain de sa mort. Au point que Gilberte Bérégovoy, sa femme, s'interroge publiquement sur les circonstances de sa mort. En réalité, ce » carnet noir » (un répertoire) n'a jamais été soustrait par des barbouzes. Il a été pris par le directeur de cabinet de Bérégovoy, Didier Boulaud (aujourd'hui maire de Nevers), qui le confie alors à Vincent Sol. Pourquoi ? Pour ne pas dévoiler à l'épouse de Pierre Bérégovoy » l'existence de certaines relations de son mari » . Boulaud a fait cette confidence face à la caméra dans le documentaire de France2. Un secret d'alcôve qui pourrait, à lui seul, expliquer bien des contradictions, cachotteries, coups de fils mystérieux et autres » éléments troublants » .
Dans son livre, Follorou retrace l'obsession de Pierre Bérégovoy, à partir de l'affaire du prêt Pelat, pour ses « turpitudes passées » : mouvements d'argent sur son compte BNP dans les années 80, libéralités accordées à lui ou à sa famille par certains hommes d'affaires, comme Roger-Patrice Pelat, Samir Traboulsi ou André Bettancourt. Un récit sans complaisance, qui ébranle l'icone Bérégovoy, mais rend plus crédible encore la thèse du suicide.
Mais le livre ne lève pas entièrement le voile sur les mystères qui ont entouré l'enquête sur la mort du Premier ministre. Follorou cite ainsi quelques extraits du rapport d'autopsie, alors qu'il aurait pu les publier en annexe de son livre. Pour mettre un terme à ces quinze années de polémique, il y aurait un moyen simple : mettre un terme à cette ambiance de secret, tout mettre sur table, rendre public, une fois pour toute, l'intégralité des éléments de l'enquête judiciaire.
► A écouter sur France Inter : Bérégovoy, contre enquête sur un suicide, par Benoît Collombat





















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De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 18H35 | 30/04/2008 |
@ Pascal,
Donner un mois une version sur France 2 (où l'on évoquait tout de même la théorie du complot sur la fin pour la démonter) et le mois suivant développer sur France 3 la théorie du complot, n'est-ce pas une sorte de mission de service public ?
ça change que d'annoncer le décès d'une personne encore en vie. même si, à l'époque, le camarade Béré était mort sur place avant de ressuciter dans l'hélicoptère où il allait mourir, selon les dépêches. et France 2 qui diffusait don « Frou Frou » au lieu d'interrompre ses émissions… un autre 1er mai, pour le décès d'un pilote automobile, il en avait été autrement.
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
De Cyrano
19H14 | 30/04/2008 |
Vous omettez un autre élément important qui vient pourtant conforter votre thèse. Le réalisateur de ce document, Francis Gillery est aussi l'auteur d'un film du même type affirmant que Lady Di a été assassinée. Il semble avoir trouvé un filon porteur…
à Cyrano
De jabier
31087
consultant dans les Landes | 22H17 | 30/04/2008 |
Cyrano t'as du flair. Je pensais exactement la même chose.
à jabier
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 22H40 | 30/04/2008 |
Quand deux personne ont un projet et ne veulent pas en parler, vous avec techniquement un complot. La politique est une mosaique de complots. Un peu bebête, donc de parler de complots… On ne saura jamais pour Bérégovoy et ce n'est qu'un cas parmi mille
La (bonne ? ) nouvelle, c'est qu'avec l'internet, les cellulaires et autres nouveaux gadgets, on va maintenant entrer dans une ère de transparence. Pour le meileur ou pour le pire. http://nouvellesociete.org/5174.html
Pierre JC Allard
à Cyrano
De tomtombenz
Etudiant Master en alternance | 06H35 | 01/05/2008 |
Lady Di, le pape, Colluche, il est toujours impossible de déceler le vrai du faux…
Mais pour ma voisine qui est morte j'en suis persuadé c'est un complot ! ! ! La preuve, j'ai retrouvé à 10 mettre de chez elle une trace de pas de taille 46 alors qu'elle ne chaussait que du 38.
à tomtombenz
De pierrox
21H50 | 01/05/2008 |
Tu oublies le 11 septembre, même si peu de français sont morts ce jour-là…
à Cyrano
De Grégory
13H36 | 01/05/2008 |
Vous avez donc une certitude basée sur des faits dans le cas de Lady Di. C'est intéressant, pouvez vous détailler ?
De drzz
19H17 | 30/04/2008 |
L'annonce ne fait pas office de preuve.
http://leblogdrzz.over-blog.com
De netchou
assis devant le clavier,m'sieur le ... | 19H20 | 30/04/2008 |
Ladie Di,bérégovoy ? Sevran,aussi,peut-être ?
à netchou
De Patrick de Vigo
journaliste retraité de la BBC | 22H46 | 30/04/2008 |
ET ROBERT BOULIN, ALORS ?
Autre mort mystérieuse !
à Patrick de Vigo
De albinlemarin
08H25 | 02/05/2008 |
A part Boulin, ou en effet, l'affaire est vraiment glauque…toutes les morts violentes de personnes célebres sont donc des assassinats ? …
Les plongeurs dans le canal, c'est ce qu'on appelle la révolution de l'info ? …
De emachedé
19H33 | 30/04/2008 |
C'était un peu une évidence, il suffisait d'avoir un petit résumé des faits.
Et puis un premier ministre, ça en a vu d'autres avant de se suicider pour une simple « affaire ».
On attend avec impatience le documentaire. Les pro-Mitterrand vont aller se coucher tôt ce soir là.
Emachedé,
Blog Cpolitic : Actualités Politiques traitées avec Humour via des affiches de cinéma détournées
http://cpolitic.wordpress.com
De Pierrrrre
19H41 | 30/04/2008 |
pour Berregovoy, aucune idée….
par contre pour François de Grossouvre, il y a vraiment des doutes sèrieux…..
à Pierrrrre
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 19H57 | 30/04/2008 |
Pourquoi écrire Berregovoy au lieu de Bérégovoy Pierre ?
à Les Chats
De Pierrrrre
21H28 | 30/04/2008 |
… afin d'apporter réponse au mystère de la lettre disparue.
à Pierrrrre
De déluge
menuisier | 21H40 | 30/04/2008 |
Pour la même raison qu'il dit Mit'rand
Ce sont des sortes de tocs.
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 19H54 | 30/04/2008 |
Alors là je ne comprends pas et j'ai de grands doutes sur ce fait : « il ne pouvait envoyer une telle lettre au chef de l'Etat, alors on l'a déchirée. »
Sans la lire alors qu'il venait de se suicider ? Et adressée au chef de l'Etat ?
J'ai vraiment du mal à le croire.
à Les Chats
De Pascal Riché
(auteur)
7
Rue89 | 19H57 | 30/04/2008 |
Non : Béré et son gendre l'auraient déchirée, ensemble.
En fait, la version que m'a donnée Vincent Sol est un peu différente : lui a déchiré la lettre qui lui était adressée (en présence de Béré), et il a juste convaincu Béré de ne pas envoyer l'autre (qui a aussi disparu).
à Pascal Riché
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 20H03 | 30/04/2008 |
Pas envoyée, pas lue et introuvable ?
Et version différente ?
ça fait beaucoup ! !
à Pascal Riché
De sevinilud
en liberté surveillée | 20H24 | 30/04/2008 |
A l'époque, il était visible que Béré était très très déprimé. Je me souviens de ne pas avoir été étonné par ce suicide.
à Pascal Riché
De Grégory
13H51 | 01/05/2008 |
L'article et cette déclaration donnent l'impression que tout dépend de Vincent Sol, est ce bien le cas ?
Je ne suis pas familier de cette affaire, mais il y a pour ma part un élément qui me titille… Le père d'un ami officiait à l'hopital qui a pratiqué l'autopsie (le Val de Grace, il me semble) et je suis frappé par sa certitude de l'assassinat de Beregovoy alors que c'est un ennemi farouche de toutes les théories du complot. Malheureusement, il donne peu de détail, se considérant apparament tenu au secret.
Comme le fond remarquer d'autres lecteurs, il est aussi vrai que l'Elysée connaissait ces années là une veritable épidémie de suicide. Le suicide d'une personne prise dans la vie active avec une famille étant une chose archi rarissime, il est normal de se poser des questions, non ?
à Les Chats
De compte supprimé17
20H02 | 30/04/2008 |
Salut les chats
Sol a déchiré la lettre devant ou avec Beregovoy et non a sa mort. C'est en lisant celle qui lui était adressée qu'il a présumé qu'elle contenait la même chose et sans doute plus.
Bon j'arrive trop tard Mr Riché a répondu. …..
à compte supprimé17
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 20H33 | 30/04/2008 |
N'empêche je ne comprends pas, pas de conversation profonde pour comprendre pourquoi ? Ce qu'il voulait dire au Président ?
Et quand on fait deux lettres on devine des intentions morbides non ? Alors pourquoi ne pas avoir soutenu cet homme ? Pourquoi ne pas avoir creusé ?
J'aimais beaucoup cet homme.
à Les Chats
De fatalyst
21H43 | 30/04/2008 |
Pourquoi ne pas demander à Jean Montaldo…
à fatalyst
De DBL8
Retraité | 07H19 | 01/05/2008 |
« Pourquoi ne pas… “
Peut-être que Mm soleil pourrai donner une réponse, à l'époque il parait qu'elle officiait souvent dans cette sphère.
Ce genre d'événement fait les choux gras de rats qui veulent ce faire du fric en publiant, faisant des films ou autres !
Et ce n'est pas fini.
à Les Chats
De Pierrrrre
22H01 | 30/04/2008 |
»…Pourquoi ne pas avoir creusé ? … »
..mais..
De clive
19H58 | 30/04/2008 |
J'aime bien la phrase de conclusion..
J'aime bien.
Et elle peut resservir…
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 19H59 | 30/04/2008 |
« Pour ne pas dévoiler à l'épouse de Pierre Bérégovoy “l'existence de certaines relations de son mari”.
Et au pluriel en plus : -((
à Les Chats
De compte supprimé17
20H03 | 30/04/2008 |
Des « nièces “ à la mode de Bretagne ! ! ! !
De Noël
20H04 | 30/04/2008 |
Oui,comme Robert Boulin.
http://www.humanite.fr/2002-11-07_Societe_-L-assassinat-de-Robert-Boulin…