
Travailleurs, travailleuses, il va falloir se démotiver
Selon le philosophe Guillaume Paoli, la motivation est devenue le Graal des entreprises : aux salariés de ne pas se faire piéger.
Le monde occidental est-il à la veille d'une nouvelle révolution ? En refermant « Eloge de la démotivation », cette question prend une nouvelle tournure. Depuis des années, Guillaume Paoli, philosophe exilé en Allemagne, s'interroge sur le monde du travail. Celui où l'on perd son âme, à force de désillusions. Propos noirs, mais pas sans pertinence où l'auteur démontre qu'il faut « mettre les freins ».
Il faut attendre la 80e page avant d'être convaincu que, décidément, cette plongée dans l'univers de la « démotivation » est un exercice périlleux mais nécessaire. Périlleux, parce que sa description est très analytique et fractionnée… pas toujours facile à suivre.
En résumé, le monde du travail d'aujourd'hui est confronté à l'impérieux besoin de canaliser la « motivation » des salariés. Faute de quoi, l'entreprise est condamnée à terminer sa course au cimetière des « marchés ».
Dans une économie où cette logique des « marchés » est omniprésente, la motivation conduit en fait les travailleurs à simuler. Lettre de motivation simulée, comportement de travail simulé, implication simulée… la « motivation » est « pervertie » explique le jeune philosophe français. (Voir la vidéo.)
La deuxième partie du livre montre que cette vision de l'univers économique est nécessaire. A quoi ? D'abord à mettre des mots sur un « malaise », un « mal-être » au travail, apparu depuis quelques années. Paoli développe une analogie éclairante avec les mécanismes de la toxicomanie : l'addiction dont souffre les cadres motivés se manifeste de plusieurs manières. Pour le meilleur et le pire : les cas de suicide au travail relèvent aussi de cette catégorie, estime l'écrivain.
Que faire ? « Je n'ai pas de solution », prévient Guillaume Paoli, sinon de préconiser une « prise de recul ». L'autre enjeu, à l'échelle collective, est ce « développement non maîtrisé » qui « nous mène tout droit vers le mur ». Comment articuler les deux dimensions ? Là encore, pas de réponse toute faite pour le « poseur de questions ». (Voir la vidéo.)
Dans les dernières pages de l'essai, l'ancien participant du mouvement berlinois des Chômeurs heureux prend nettement ses distances avec les néo-marxistes habitués de sa maison d'édition. Il ne sent pas plus d'affinités que ça avec la prose d'un Alain Badiou ou les nostalgies marxistes des penseurs de la Ligue. Il n'aime pas les « Français donneurs de leçon », bien éloignés des humaines préoccupations d'inactifs.
A l'appui de sa démonstration, il cite Etienne de la Boétie, Alexis de Tocqueville et Walter Benjamin qui, en voyant les Insurgés de 1830 tirer sur les horloges, écrit :
« Marx dit que les révolutions sont les locomotives de l'Histoire. Mais peut-être en est-il autrement. Peut-être les révolutions sont-elles le moment où le genre humain voyageant dans ce train tire le frein d'arrêt d'urgence. » (Voir la vidéo.)
Et si la France s'ennuyait tellement en 2008, que certains songeraient à tirer le « frein d'arrêt d'urgence » ? ► Eloge de la démotivation de Guillaume Paoli - Nouvelles éditions lignes - 189 p., 14€.
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De Francois Toulouse
12H50 | 27/04/2008 |
Bof…
Le discours de ce Monsieur peut être juste pour des personnes qui sont, dans leur travail, dans une situation de choix : travailler plus ou freiner.. Ca sera le cas de quelques cadres, fonctionnaires, mais la faille de son raisonnement, c'est qu'il confond la motivation par choix, qui existe mais qui est rare, avec la motivation par peur, beaucoup plus fréquente !
Et son discours est dangereux, car il incite à baisser les bras, à ne pas se révolter : que dirait-il face aux sans papiers en grève actuellement ? C'est dire si son discours est bien limité.
Quant à sa vision du gauchisme et de la prétendue théorie du complot, elle est fausse, et montre sa méconnaissance de nombreuses écoles de pensées : il n'y a pas plus opposé, par exemple, entre les théories de Bensaïd ou celles de Negri, ou encore de Bourdieu, dans ce qu'on pourrait appeler le post-marxisme : je ne vais pas développer ici, mais l'exemple fourni par ses penseurs très différents suffit à démontrer qu'il n'y a pas de position univoque à gauche de la gauche, et qu'il faudrait parler de-s gauche-s à gauche de la fausse gauche (le PS) plutôt que « du gauchisme »
Quant à ramener les gauches de gauche à une prétendue théorie du complot, c'est tellement ridicule que ça ne mérite pas de commentaire… sinon dire que l'auteur d'une telle bêtise de doit lire que des forums internet.
à Francois Toulouse
De Lohiel
non-officiel89.forumactif.net | 14H10 | 27/04/2008 |
J'ai du mal à comprendre votre message puisqu'il explique justement qu'il ne croit pas à la « théorie du complot » ?
à Lohiel
De Francois Toulouse
16H37 | 27/04/2008 |
C'est pourtant clair. Il évoque la théorie du complot pour qualifier l'ensemble des thèses de gauche, des oppositions post marxistes à l'ordre libéral.
C'est là une vision simpliste, et fausse, indigne d'un philosophe digne de nom.
C'est cette assimilation que je réprouve, et le fait qu'il dise « ne pas croire à la théorie du complot » est, en soi, insignifiant.
à Francois Toulouse
De Francois Toulouse
17H41 | 27/04/2008 |
Pour comprendre ce qui sous-tend la « pensée » de ce philosophe -désolé, c'est un peu long, mais c'est intéressant !
lire :
http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/conspiration.html
« Vouloir transformer toute analyse des structures de l'économie et de l'information en “ théorie du complot ” ne constitue pas une falsification ordinaire. Elle s'inscrit dans une logique d'ensemble.
Depuis un quart de siècle, la contre-révolution néolibérale, la décomposition des régimes “ communistes ” et l'affaiblissement des syndicats ont concouru à la renaissance puis à l'hégémonie d'une pensée individualiste.
Les institutions collectives sont démantelées ; celles que l'on édifie sur leurs décombres privilégient le consommateur désaffilié, l'“ individu sujet ”. La nouvelle idéologie dominante, qui accompagne cette grande transformation, la rend plus fluide, plus insensible aussi, en la proclamant “ naturelle ”, produite par des forces telluriques auxquelles nul ne pourrait résister et qui, de surcroît, apporteraient dans leur sillage de nombreux bienfaits partagés.
Dorénavant perçues comme “ marxistes ” et donc dévaluées à l'égal des régimes qui se prétendaient tels, les analyses structurelles de l'histoire, de la politique et des médias sont par conséquent dédaignées. Le refus de postuler que la spontanéité des “ acteurs ” et l'élan impétueux des “ droits de l'homme ” seraient les principes essentiels guidant la mondialisation expose au risque d'être qualifié d'archaïque, d'extrémiste ou de paranoïaque.
……………C'est dans ce contexte général qu'il convient de replacer la stigmatisation de quiconque »………entreprend d'étudier un ensemble de contraintes systémiques, donc collectives, pour tenter d'en déduire le comportement vraisemblable des agents d'un champ donné (économique, culturel, médiatique)
L'idée que des pesanteurs sociales produisent des effets distincts de ceux qu'enfanterait la seule volonté des individus incommode assez naturellement tous ceux qui privilégient des déterminations privées plus ou moins dépolitisées : choix du sujet, aptitude à l'« éthique » salvatrice qui protège le système contre ses « excès ». »
à Francois Toulouse
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 01H35 | 29/04/2008 |
Je n'ai pas lu le bouquin en question, donc ? ? ?
mais, à part une attaque de mauvaise foi contre la pensée « post-gauchiste » qui ferait passer le capitalisme pour une conjuration des « capitalistes » (relire le chapitre sur le fétichisme de la marchandise dans Le Capital) et donc l'oeuvre essentielle de « sujets » humains, et son caractère politiquement irresponsable, il y a peut-être une tentative louable de mettre l'accent sur d'autres aspects de la réalité sociale, qui pourrait tout à fait s'inscrire dans le sillage de Reich autant que de La Boétie : « pourquoi les masses ont-elles désirées le fascisme ? »
De FdT
En pleine décroissance | 13H01 | 27/04/2008 |
Beaucoup de boulots salariés à l'heure actuelle demandent trois choses : accomplir la tâche pour laquelle on reçoit un salaire, être docile, et donner les apparences de croire en ce qu'on fait en arborant un enthousiasme feint, en s'habillant convenablement (à la George Clooney)…or le problème est que ce dernier point est nerveusement épuisant pour des gens éveillés qui ne sont pas dupes du système. J'ai vu des gars faire le choix d'être ouvriers plutôt que de se contenter de boulots « plus propres » mais tout aussi mal payés ou peu s'en faut pour ces raisons. En effet l'avantage de la condition ouvrière c'est qu'en fin de compte il n'est demandé que deux choses : faire son boulot et fermer sa gueule. On peut aller au travail en arborant une gueule patibulaire, habillé en haillons, pas rasé de trois jours…sans que personne ne viennent te faire chier tant que le boulot est fait. A l'usine on ne te demande pas de croire en ce que tu fais, on ne te demande pas de paraître en prenant des faux airs à la George Clooney, on veut juste que tu fasses ton boulot. C'est pour ces raisons que ces personnes ont choisi la condition ouvrière plutôt qu'un boulot « propre » à salaire comparable.
à FdT
De Adarshini
Idéaliste | 16H23 | 27/04/2008 |
Le point négatif de ces boulots d'ouvrier, c'est que c'est crevant, physiquement.
Le point positif, c'est qu'on a le temps de philosopher, de penser, ou parfois d'écouter la radio…
Mon homme, lui, même en blanc de travail, il ressemble à George Clooney, na ! (…et il est pas tibulaire ! ! ! ! )
à Adarshini
De FdT
En pleine décroissance | 01H26 | 28/04/2008 |
Votre réaction est exactement ce que m'avait dit mon frère ! Il est ouvrier et il me disait que l'avantage de son boulot c'est qu'il lui laissait l'esprit libre de vagabonder, philosopher…en effet son travail à la fois ennuyeux et peu demandeur au niveau intellectuel accorde à son esprit une grande liberté. Il préfère largement faire ce boulot un peu physique plutôt qu'un autre tout aussi ennuyeux mais nécessitant de jouer la comédie et d'utiliser son intellect au service de choses qui ne l'intéressent pas voire l'agace. Au moins en tant qu'ouvrier son corps est certes prisonnier mais son esprit reste entièrement disponible à des pensées d'essence supérieure. Néanmoins je lui ai quand même conseillé d'envisager une formation de bûcheron/forestier qui lui permettrait d'allier boulot à son amour du grand air et de la solitude. J'espère qu'il réfléchira sérieusement à ma proposition car laisser vagabonder son esprit 8 heures/jour entre les murs d'une usine n'est pas non plus l'idéal…
De ker
13H02 | 27/04/2008 |
Pourquoi ecrire un bouquin pour sortir de tel lieux communs. J'espere que personne ne sera assez mazo pour lire un bouquin sans solution ecrit ar un pseudo philosophe (comme tous ceux qui s'autodeclare comme tel).
La solution, elle, est connu de tous, changer le systeme. Comment ? En reprenant le pouvoir au sein des entrepris et du monde economique afin que celui ci devienne un outil satisfaisant des besoins, et non pas un instrument de torture restreignant nos vie. Comment reprendre la possession des moyens de productions ? Grace a la poesie, la philo, la causette ? Chacun connait la reponse.
On peut toujours rever de recul, de detachement, mais nous sommes cerne. Vient le moment ou il faut assummer son diagnostique et combattre.
De Utilisateur désinscri
13H14 | 27/04/2008 |
je ne connais ni l'oeuvre ni la philosophie du philosophe Paoli
à la lecture de l'article (je l'ai lu deux fois ) je n'ai saisi ni celle-là ni celle-ci
en visionant les vidéos et en écoutant attentivement Paoli je me demandais ce qu'en fin de compte il voulait dire, où en voulait-il venir
j'ai constaté qu'il emploie souvent « je pense » avant de dire quelque chose ; mais, s'il le dit, c'est bien qu'il le pense, c'est à dire qu'il dit ce qu'il pense, non ?
il emploie aussi souvent « en fait » ; qu'elle est la signification exacte qu'il donne à ce « au fait » ?
il laisse des phrases inachevées, donc des pensées non exprimées complètement, ce qui fausse la compréhension, et saute d'une idée à une autre, ce qui donne une suite d'énoncés dont la fin ou la conclusion reste à être dévinée
curieuse manière de s'exprimer pour un philosophe et un écrivain
Paoli oublie qu'il y a des gens qui aiment leur travail et le simple fait de travailler et qui, en dehors des heures de travail, ont d'autres intérets ou activités (culturelles, sportives, associatives)leur permettant de s'enrichir et de s'accomplir sur un plan humain et social
quant au « malaise » et au « mal-être » au travail ils sont plus complexes que le simple fait de les constater, de les pointer du doigt ; un livre tout entier ne suffirait pas pour en donner les causes, les déchiffrer, les analyser, les appliquer à chaque individu pour être en mesure d'envisager les conséquences néfastes qu'elles produisent sur un être en « mal-être » et d'y remédier
s'il est vrai (ou supposé tel) que tout mal vient de la société, il est vrai aussi que celle-ci est faite d'hommes, et c'est à eux, individuellement et ensuite collectivement, d'agir et d'améliorer la situation (à tous les niveaux) ; je ne suis pas « donneur de leçons », j'essaie tout simplement de réfléchir à haute voix et
de me poser des questions que je n'ai pas trouvé dans ce que dit Paoli
De antalya
13H20 | 27/04/2008 |
Signez ! signez !
http://cll-corse.org/
à antalya
De netchou
assis devant le clavier,m'sieur le ... | 13H41 | 27/04/2008 |
Salut,oui moi j'ai signé ; mais pour en revenir au sujet sur la démotivation au travail,vous militant de la cause corse,peut-être avez-vous un avis ensolleillé…
De le _grand_clown_malade
if 6 was 9 | 13H23 | 27/04/2008 |
De bonnes questions sont lancées, il me semble :
Le travail est-il une fin en soit ou un moyen ?
Cette question doit être posée individuellement pour mieux y répondre collectivement ; Même si certaines personnes vivent pour leur travail, doit-on demander au reste des gens de le vivre de la même manière ?
Le contexte ambiant veut que l'on se motive collectivement à plus de compétition sociale, mais pour reprendre l'idée de ce monsieur Paoli, je pense que lorsqu'il parle de démotivation, ce n'est pas une idée contradictoire avec l'idée de révolution.
Précisément, dans ce contexte, une démotivation revient à saborder nos méthodes de travail, et indirectement nos méthodes de vies.
En clair, ce que l'on connaissait sous le nom de Fordisme ou Taylorisme a muté. Comme le dit Paoli : c'est maintenant un esprit libéré des interférences liées au travail qui est rentable, fini le tour de clé à molette à la file, bonjour bulbe inerte. Je pense malgré tout que ces interférences qui peuvent nous distraire au travail sont une source de créativité non négligeable.
Lorsque l'on fait des semaines de 50h en moyenne, on a beau aimer son travail et tout et tout, c'est moins évident de se divertir, de se cultiver et de voire du pays… Le néo-Fordisme a, en cela, quelque chose d'intriguant dans sa réussite. Elle repose sur notre croyance au fait que notre réussite individuelle est inversement proportionnelle à ce qui fait de nous des humains. Créativité, réflexion, esprit critique… : des mots ! Un discours attractif, intéressant, et tellement schizophrène…
Mais un homme averti en vaut deux !
De Pierrrrre
18H52 | 27/04/2008 |
»….la motivation conduit en fait les travailleurs à simuler. Lettre de motivation simulée, comportement de travail simulé, implication simulée… la « motivation » est « pervertie »…. »
==> Un peu comme en politique,
engagement citoyen et partisan simulé,
signatures simulées de pétitions,
défilés simulés,
grèves obligées pour raison simulée,
motivations corporatistes simulées par revendications misérabilistes.
La politique est pervertie par un jeu de cour obligé, où un langage politiquement correct se substitue à ce qu'on pense vraiment… pire… à ce que l'on sait….
De caro
délinquante avérée | 13H27 | 27/04/2008 |
Je suis assez partagée sur les dire de Guillaume Paoli. C'est vrai que les employeurs testent d'abord la MOTIVATION avant d'embaucher, à tel point que dans notre mission locale, nous avons instauré des simulations d'entretien d'embauche pour expliquer aux jeunes postulants ce qu'on attend d'eux. Travailleuse, travailleurs (merci Arlette, et les femmes en premier, pas comme dans le titre de l'article), vous ne pourrez rien y faire, tant que vous n'aurez pas changé le système avec les chômeurEs et autres demandeurEs d'emploi.
Le système en place et qui se développe, c'est l'obligation d'intégrer la grande famille des salariés, youkaIdi, youkaIda, au détriment de sa propre famille. C'est accepter des heures sup » pour bien se faire voir (gagner plus aussi) et éviter un toujours possible licenciement. C'est accepter la doctrine gouvernementale aux ordres du MEDEF travailler plus pour gagner plus, au détriment de la solidarité.
Cette doctrine a de beaux jours devant elle, tant que nous accepterons de mettre la valeur « travail » au centre de notre vie. Or, la vie, c'est aussi avoir du temps pour soi, pour sa famille, pour l'épanouissement.
« Attention danger travail », vieux film toujours d'actualité
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18355487&cfilm=45765.html
à caro
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 01H40 | 29/04/2008 |
Et même que… Attention Danger Travail, même plus besoin de voler le DVD :
http://fr.youtube.com/watch ? v=zELKWYA8lqg&feature=related
De ZYXXYO
13H40 | 27/04/2008 |
Ce qui est, au mieux amusant, au pire desespérant, c'est qu'au travail la démocratie perd tout son sens : obligé de fermer sa gueule, de paraitre motivé, de travailler à des horaires plus ou moins précis _quand on a cette « chance“_, sous peine de conséquences redoutables.
Quelques siècles auparavant, la pauvreté régnait mais la liberté au travail était plus importante, plus pauvre (fermier…) mais plus libre de faire son travail (je ne dis pas que c'était mieux : je n'ai pas vécu cette époque).
Maintenant on est libre qu'à la fin de sa journée de travail, où de toutes façons, fatigué par sa journée, le travailleur moyen se fera lobotomiser par un journal télévisé, censé expliquer en 30 minutes la complexité du monde actuel…
De Gringo
| 13H42 | 27/04/2008 |
Finalement, ceux qui gagnent le plus, c'est ceux qui gagnent sur la motivation des autres.
Des milliers de personnes triment et gagnent 50 € par an et l'actionnaire qui ne sait même pas ce que sa boite produit (d'ailleurs, il est actionnaire dans l'assurance, le dentifrice, un club de sport et une boite de cure-dents) gagne, lui, vraiment plus.
à Gringo
De Elosurlalune
Apprentie so...ciologue | 14H07 | 27/04/2008 |
Clairement d'accord. Si ça ressemble pas à de l'esclavage où le fouet aurait été remplacé par la carotte de billets au bout du bâton (des esclaves consentants ! Génial ! ), je veux bien savoir ce que c'est… Bon mais il faut aussi quand même savoir que c'est beaucoup de travail pour les dominants que de rester dans une position dominante (qui contraint leur esprit aussi). Personne n'est libre en réalité dans un tel système. A-t-on à ce point peur de notre propre liberté pour s'astreindre autant dans nos possibilités ?
à Elosurlalune
De Gringo
| 14H40 | 27/04/2008 |
D'accord avec vous pour le boulot de domination, rester calife à la place du calife est éreintant et paranoïsant.
Mais bon la « participation aux bénéfices » n'est pas la même ; -)
à Elosurlalune
De Servais-Jean
4591
alpha-béta | 14H42 | 27/04/2008 |
Elosurlalune
« c'est beaucoup de travail pour les dominants que de rester dans une position dominante »
Ben oui et il n'y a qu'à voir dans quel état ça les met !
De kane85
14H09 | 27/04/2008 |
Bonjours à tous
C'est chouette la motivation :
Il y a quelques années, une de mes connaissances briguait un poste de « technicien de surface »
Je met entre guillemets pour ne pas dire homme de ménage car j'adore la langue de bois qui veut qu'un chat soit un « felin domestique ».
Bref, on lui demandait une lettre de motivation.
Je lui ai dit qu'il fallait qu'il écrive qu'il adorait nettoyer les chiottes, surtout ceux d'une université qui sont top deg tous les jours et qu'il n'a jamais eu d'autre envie de toute sa vie. Que tout petit déjà, il passait sont temps à ripoliner les gogues chez ses géniteurs et que c'est pour ça qu'après avoir fait un bac + 3 et être arrivé à l'âge fatidique de 50 ans, avoir été licencié pour cause de délocalisation et avoir subi 2 ans de chômage sans retrouver le travail pour lequel il avait bêtement fait des études, il s'est subitement rappelé de son amour pour le nettoyage et que c'est pour ça qu'il demandait, à genoux, de lui octroyer ce merveilleux privilège de nettoyer la merde de ceux qui faisaient aujourd'hui leurs études pour, peut être, le remplacer dans quelques années.
Il m'a dit qu'il pouvait pas écrire ça !
Pourquoi puisqu'il lui était impossible de dire que c'était alimentaire et qu'il en avait tout simplement besoin ?
Motivation vous avez dit ? …
à kane85
De zipaboris
01H15 | 28/04/2008 |
Bonjour, Kane85
Délectable, votre truc sur la lettre de motivation !
« Lavorare stanca » ( travailler fatigue ) a écrit Cesare Pavese.
Travailler plus, on se demande où ça peut mener. Au Japon (et ailleurs, probable), des gens meurent d » hyper-motivation au travail.
Proposition d'ajout aux dictionnaires :
MOTIVER v.tr., MOTIVATION n.f. Du latin « motus », mouvement, à ne pas conf. avec « fermez vos gueules'.
(phys.)Pour un corps, passage de l'immobilité au mouvement, résultant de l'application au dit corps d'une force externe appelée “motivante'(ex : réveil-matin)
(entr.)‘Lettre de motivation’ (syn. : ‘Moi d'abord, plus que les autres’) : Exposé obligatoire pour tout candidat à une tâche salariée (cf.‘boulot’)des motifs censés le rendent plus propre qu'un autre à ladite besogne. (ital. ‘bisogno’, besoin. adj. ‘besogneux’ : se dit en mauvaise part de quelqu'un qui oeuvre par besoin, sans autre motivation déclarée. Ex : ‘Les pauvres mettaient encore à profit le repos dominical pour s'acquitter de la besogne conjugale.’ (Marie-Antoinette Marx, ‘C'était hier’)
etc. etc.
Se motiver, c'est positif !
à kane85
De guerzit
Incomprenant majeur | 08H08 | 29/04/2008 |
Je connais un gars de londres un peu détective qui disait souvent à son assistant corvéable à souhait : « Alimentaire mon cher Watson »…
De Servais-Jean 4591
alpha-béta | 14H34 | 27/04/2008 |
Et s'il suffisait de définir le sens du mot « travail », ou plus simple encore ressortir de l'armoire du temps son sens premier qui est l'acte de créer ou modifier un objet (matériel ou immatériel) dans le but de le rendre plus apte à sa destination finale.
Un charpentier trvaille le bois, un potier travaille la terre comme le paysan mais dans un autre but, etc.
Le travail est vu de plus en plus comme le moyen de gagner et de faire gagner de l'argent.
Nous ne sommes plus contents du travail que l'on vient de faire mais de l'argent qu'il nous a rapporté.
Cette perte de sens est la litière où se vautre le mal-être de notre civilisation.
Et ne sachant à quoi attribuer ce mal-être le mot de révolution se présente comme l'ultime solution.
Et encore une fois il convient de penser à la révolution copernicienne pour calmer un peu les esprits.
Travail à effectuer par tous nos philosophes.
à Servais-Jean
De Nyati
Etudiant | 11H40 | 01/05/2008 |
Petite précision concernant l'étymologie du mot travail : « Travail », du latin « tripalium », instrument à 3 pieux utilisé pour aider au « travail » des bêtes et du latin « trabicula », chevalet de torture.
Retrouvons donc, en effet, le sens premier de ce mot barbare et cessons de nous voiler la face quant au caractère aliénant de l'immense majorité des formes de travail.
Bien sûr que le travail peut souvent être épanouissant, mais
connaissez-vous quelqu'un qui ne soit soulager à l'arrivée de la fin de semaine ?
À raison de 35h par semaine, même un loisir devient corvée !
De asozial
aus Berlin | 14H48 | 27/04/2008 |
ne pas croire que la décroissance ou le refus de l'aliénation - ça c'est une révolution - seraient un coup de frein ; s'agiter dans tous les sens n'est pas avancer (n'est-ce pas not'bon maître ? )… c'est si facile de simplement s'écouter - jeter sa télé, laisser sa radio sur FIP, ne prêter attention qu'aux gens qui ont fait la preuve que ce qu'ils préconisent les rend heureux… pas riches ou enviables, mais heureux… moi on m'a appris que ce n'est pas bien de mentir, alors avec mon CV et ma motivation, personne d'a envie de me faire travailler - dommage…
De hagalma
14H50 | 27/04/2008 |
Société schizophrénique : le postulant à l'emploi est aussi un consommateur de « toujours plus ». Il faut donc produire avec ce zig pour le gugusse consommateur. Le même doit donc être un dévoué à la cause de l'Entreprise ET un « consummateur » de toutes les bonnes choses produites par ces mêmes entreprises. Société parano : le postulant à l'emploi est un petit jouisseur potentiel ; il faut donc s'assurer qu'il souscrive mot pour mot (MOTivation ! ) au credo de la boîte.
Ce sont des variables propositionnelles. Et puis il y a les variables de la financiarisation, les seules depuis longtemps à mettre un coup d'arrêt à cette (ébauche) de logique de faux-culs : fermeture, délocalisation, disparition, etc !
Où sont passés les gens, où est passé le travail (éventuellement interessant) pour faire vivre les siens, partager du temps avec les amis, faire oeuvre de quelque chose ?
Il faut se motiver ?
Comment se sortir des mots de l'asservissement à la plus-value ?
à hagalma
De Elosurlalune
Apprentie so...ciologue | 15H21 | 27/04/2008 |
En fait, on ne peut pas vraiment dire qu'il y ait une « société schizophrène », une « société parano »… En sociologie aujourd'hui, on a des cours, des bouquins, des colloques etc, sur la difficulté que pose la notion de « société ». Il y a des individus qui tous donnent du sens à leurs vies, actions, êtres, qui psychologisent, qui sociologisent eux-mêmes (et après on viendra nous dire que nous sommes de moins en moins lettrés ou cultivés et que l'école est un échec, bref).
Tout ça pour dire : oui, il y a des gens qui bossent dans le privé et qui sont contents parce qu'ils croient à leur truc, qui cherchent à se dépasser et à grimper pour gagner plus parce que « ça va de soi, c'estça la réalité de la vie maintenant » (donc qui croient en l'entreprise et jouent le jeu sincèrement), d'autres qui au contraire pensent que c'est du vent mais qu'il faut bien vivre de quelque chose, parmi eux il va y avoir des cyniques qui vont chercher du coup à faire un max de blé, il va y avoir également des gens aux ambitions plus humbles qui vont chercher à gagner correctement leur vie mais à garder leur vie privée à part et faire attention à ne pas passer trop de temps au travail ; il y a ceux qui sont conscients de se faire exploiter (par rapport à un ratio temps de travail/intérêt de l'activité/salaire etc) et qui choisissent de militer, se syndiquer, bref de se faire entendre, y a ceux qui subissent en silence, y a ceux qui voient pas le problème parce que c'est comme ça… Y a ceux qui bossent dans le public et qui ont aussi des profils divers. Y a ceux qui donnent à leur travail un sens éloigné de la tâche à effectuer : je pense à une étude faite sur les éboueurs et justement leurs motivations, qui montre (c'est assez triste) que la motivation à aller au boulot, c'est les pauses à picoler avec les collègues.
Et quand le travailleur sort du boulot, il peut devenir le consommateur. Il ne l'est pas forcément dans l'âme, il l'est aussi par défaut (parce que chasser le mammouth et cueillir des baies c'est plus possible), qu'il consomme bio, équitable ou ED, made in China etc ; y a celui qui va essayer de cultiver le plus possible son jardin parce qu'il trouve ça sain, parce que ça l'occupe, ou par conviction politique ; mais y a celui qui se fait livrer chez lui sans se rendre compte que le livreur se fait chier dans son boulot lors qu'il l'engueule parce qu'il a un quart d'heure de retard, parce que chacun fait son travail, lui a fait le sien toute la journée « sinon faut en changer hein, si vous êtes pas content ! » (comme si c'était aussi facile)…
La société est faite de tous ces gens-là et plein d'autres encore, c'est très difficile de faire des raisonnement généraux…
C'était juste pour dire ça.
à Elosurlalune
De hagalma
18H26 | 27/04/2008 |
Merci de votre commentaire, rappellant que la réalité est infiniment plus riche que ce qu'un discours veut bien en extraire, et la sociologie à ce propos nous enseigne beaucoup. En même temps, ce que vous dites me semble participer de quelque chose de très prégnant aujourd'hui, l'expression catégorielle. C'est à dire que si des discours particuliers à des groupes ou des sous-groupes revendiquent des choses (par exemple : ceux qui sont contents de travailler dans le privé, ceux qui militent,etc), rien ne fait lien, ou sens, entre les catégories. Rien ne fait sens, et ainsi que vous l'écrivez : « on ne peut pas vraiment dire qu'il y ait… UNE société ».
Il n'y a pas unité de sens (la gauche le sait, et reste médusée, tandis que la droite enfonce le clou en disant : « pas d'alternative »). Mais s'il n'y a pas de sens partagé qui fasse société, et donc vecteur d'une promesse, il y a de partagé le fait que « chaque Un » dans son coin (et avec quelques autres, d'où les catégories) peut bien (ou essayer de) prendre son pied comme il veut (ou peut). Entre cette unité de consommant, et l'abstraction, par exemple, d'une variable d'ajustement qui peut chambouler sans aucun égard pour quiconque l'environnement de vie quotidienne (emploi,salaire, prestation sociale,etc) il y a un grand écart qui n'est pas que sociologique, mais aussi mental (voyez par exemple le phénomène des suicides en entreprise).