Proche de Madelin et de Pasqua, le conseiller du Président prône le volontarisme plutôt que la lutte contre les discriminations.
Depuis l'annonce du « Plan Espoirs Banlieue », Fadela Amara, la très exposée secrétaire d'Etat chargée de la politique de la Ville a disparu des médias. L'occasion de s'intéresser aux autres « cerveaux » de cette opération sauvetage des quartiers. Rue89 a rencontré Rachid Kaci, conseiller technique de Nicolas Sarkozy en charge de la politique de la ville. (Voir la vidéo.)
Rendez-vous dans un café chic de la rue de la Boétie, à Paris. A deux pas du siège de l'UMP, Rachid Kaci boit un café, un crayon à la main, un dossier jaune sous les yeux. Ses deux téléphones portables sonnent régulièrement.
Il juge bonne l'intervention télé de Nicolas Sarkozy : « Ça vous aurait étonné que je dise le contraire. » Presque autant que de lire une interview « exclusive » de ce quadragénaire dans le numéro d'avril du Choc du mois, canard d'extrême-droite. « Renaud et Edith Cresson ont donné une interview à ce journal. Ça n'est d'ailleurs pas un organe du FN et je n'ai pas tenu de propos nazis. Je me suis déjà exprimé dans l'Humanité. Je suis allé à la Fête de l'Huma », se défend-il, avant de préciser qu'il n'aurait jamais mis les pieds à une fête des bleu-blanc-rouge.
Dans ce grand entretien, Rachid Kaci aborde les thèmes dont il est spécialiste avec le ton qui lui est propre ; entre provocation et démagogie, avec un sel de « pas de tabous ».
Contre « la philosophie d'assistanat de la gauche »
Ancien proche d'Alain Madelin, cet ultralibéral pourfend « la philosophie d'assistanat de la gauche », les sans-papiers et le misérabilisme pour mieux glorifier le travail. Il est d'ailleurs ravi que du plan Espoir banlieue transpire son leitmotiv :
« J'ai bossé pour qu'on instaure une philosophie de l'effort et de la responsabilité. Ça ne sert à rien de passer des couches de peinture et de réparer les ascenseurs. On le fait depuis trente ans.“On peut changer les choses via l'école de la seconde chance, via le désenclavement des quartiers et en permettant aux gamins de pas forcément aller dans leur école de quartier. Beaucoup d'entreprises vont parrainer des gamins. On l'a fait avec Madelin à petite échelle.
‘Des entreprises ont aidés des types à monter leurs pizzerias, leurs sandwicheries, des trucs de transports. Ces sociétés, elles existent encore, dix ans après. Il n'y a que ça de vrai.’
Il regrette de ne pas travailler « suffisamment » avec Fadela Amara, qu'il connaît bien et avec qui il s'entend bien. Même s'ils ne sont pas d'accord sur tout.
« Mon père me disait toujours : “Tu es un bougnoule, tu resteras bougnoule.'”
Comme Nicolas Sarkozy, Rachid Kaci répète qu'il faut se retrousser les manches, suer, se battre pour y arriver. Et comme son père qui lui disait : “Il faut être le meilleur pour ne pas avoir, comme moi, à ramasser la merde des autres.”
Rachid Kaci n'a écouté que ce conseil. Son père, balayeur algérien, est arrivé en France en 1955. D'abord, à Nanterre, dans les bidonvilles. Puis dans une cité-jardin de Suresnes. Il balaie pour la municipalité : “Mon père me disait toujours : ‘Tu es un bougnoule, tu resteras bougnoule.'’
Le patriarche plie l'échine et demande à ses enfants de faire pareil, de ne surtout pas prendre position, de ne pas se montrer. Etant la seule famille maghrébine de l'immeuble, ils nettoient les saletés laissés par d'autres dans les parties communes par peur d'être accusés.
‘Je n'en tire aucune gloire, c'est le parcours classique d'un immigré. On cesse d'être un bougnoule quand on se retrousse les manches et qu'on se fait une place dans la société, il n'y a pas d'autre solutions. J'ai combattu SOS Racisme à cause de leur misérabilisme’, lâche l'ex-candidat à la mairie de Nanterre.
Rachid Kaci a, là, essuyé un gros échec en n'obtenant que 14,3% des voix. Une candidature un rien casse-gueule dans un bastion de la gauche. Les élections ratées, il connaît : les européennes en 1999, l'investiture de l'UMP en 2002 puis en 2004. Mais même dans ses échecs, Rachid Kaci invoque l'effort et le mérite :
« En politique, seul le rapport de force et l'initiative comptent. Pour être entendu, il faut aller au charbon et défendre ce qu'on a envie de défendre. Après on trouve des arrangements. »
Un petit tour chez les rocardiens, avant de rejoindre Sarkozy et Pasqua
Ce monomaniaque du travail acharné est satisfait de son poste actuel. Il dit s'y sentir utile et écouté par un Président avec qui il précise être en ‘contact direct.’
Rachi Kaci raconte être arrivé à la politique après une claque : la marche des beurs en 1983. Adolescent, il est alors bouleversé de voir des Maghrébins prendre la parole. S'ensuivent des années d'activités associatives. D'abord rocardien à la fin des années 80 avec France Plus, une association de défense des droits civiques : ‘On militait pour la diversité sur les listes des municipales.’
Puis, à droite. Il rencontre Nicolas Sarkozy, Charles Pasqua –‘le plus grand républicain de la classe politique française-, Alain Madelin : J'en avais marre du militantisme pur beur. Je voulais l'élargir à tous les gens socialement défavorisés.’ Aux trois hommes, Rachid Kaci voue toujours une grande admiration. A gauche, sans surprise, il dit apprécier le volontarisme de Manuel Valls. Et l'honnêteté de Lionel Jospin.
Il est volubile, adopte un ton un peu professoral pour dire les choses, et une voix moins agressive que son discours. Il hausse toutefois d'un ton lorsque le débat sur l'islam et l'entreprise est évoqué :
« Va-t-on éternellement se poser en victime ? Les entreprises n'ont pas à s'adapter, elles ont des logiques commerciales.“Si une fille voilée peut leur rapporter des contrats dans les pays arabes, ils l'engageront. Si ça leur pose problème, ils la refuseront et je ne vois pas le problème.”
‘Tout ce qui nous arrive, c'est de notre faute. Il faut arrêter de se plaindre.’
Pour lui, les problèmes de discrimination dans l'entreprise sont minoritaires et ne méritent pas que l'on s'y attarde, à moins de vouloir à nouveau focaliser les extrémismes sur la question de l'islam, d'‘autant que prouver une discrimination, c'est difficile’.
La discrimination positive, Rachid Kaci y est opposé : ‘Tout ce qui nous arrive, c'est de notre faute. Il faut se regarder dans la glace et arrêter de se plaindre.’ Sur l'ouverture estampillée diversité, il est en revanche satisfait. Au préalable, le conseiller de Nicolas Sarkozy avance les ‘qualités’ et ‘potentiels’ de Rama Yade et Rachida Dati, puis explique que ‘Rachida a été un mal nécessaire’, dans une société verrouillée.
Ces derniers jours, Rachid Kaci s'est replongé dans une lecture d'adolescence, ‘Pleure, ô pays bien aimé’ d'Alan Paton. Un livre sur la ségrégation raciale en Afrique du Sud. Et curieusement, il précise : ‘Mais on n'est pas dans un système d'apartheid, ici.’
Vidéo/photo : Audrey Cerdan


























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De kawouede
23H52 | 27/04/2008 |
Plutôt que de dénigrer je crois qu'il faudrait plutôt nous interroger sur la capacité de notre système « d'intégration » à fabriquer des gens comme Rachid Kaci. Il est fascinant (et glaçant) de voir comment pour être du côté des chefs / des leaders bref des anciens maîtres on peut se persuader que la République « s'incarne » dans des « hommes forts » - et ainsi renier toute une vision de la République très éloignée en fait de ce qu'elle a été réellement dans son histoire (le colonialisme, la discrimination, la stigmatisation, etc.).
En même temps, le point de vue de Kaci n'est pas fait que d'idéologie, il y a aussi un certain pragmatisme économico-libéral quand il résume la situation pour la discrimination à l'embauche (à part la première phrase ; attention je ne dis pas qu'il a raison) :
« Va-t-on éternellement se poser en victime ? Les entreprises n'ont pas à s'adapter, elles ont des logiques commerciales.
“Si une fille voilée peut leur rapporter des contrats dans les pays arabes, ils l'engageront. Si ça leur pose problème, ils la refuseront et je ne vois pas le problème.”
La croyance en l'entreprise toute puissante (le choix de l'UMP comme parti-entreprise avec un chef, un conseil d'administration, etc. y est liée sans doute) est certes facile à démonter / rejeter comme vaine et ridicule, mais il me semble que sans s'interroger sur ce qui a rendu POSSIBLE le parcours d'un Kaci (du rocardisme au sarkozisme en quelque sorte ! ) on ne pourra pas avancer dans la résolution des problèmes liés à l'intégration des étrangers ET/OU immigrés dans notre beau pays.
De castorpolitique
Rien | 23H52 | 27/04/2008 |
Son pansement sur la bouche, il se l'est fait en expliquant ses idées dans les banlieux ?
http://castorpolitique.wordpress.com
De François Doutriaux
Juriste et enseignant chercheur | 00H26 | 28/04/2008 |
Monsieur Rachid Kaci est le « produit » d'un systéme qui n'a rien de trés original : une approche purement idéologique à mes yeux, qui constite à défendre le point de vue du fort, et à considérer que la protection du faible est une approche « misérabiliste » ou victimaire.
La phrase que vous citez, pour qui pratique un peu le droit de la discrimination (notamment mais pas uniquement dans le domaine du travail), l'a un peu étudié et/ou connaît sa réalité factuelle, elle n'est pas seulement aberrante.
Elle est surtout ridicule.
A l'aune de cette idéologie, la norme n'a qu'une utilité : permettre aux « élites » de prospérer. C'est là le fondement même de l'ultralibéralisme. Les statistiques sont considérées avec mépris, exploitées et instrumentalisées sans être comprises, l'expertise doit laisser la place au « bon sens », la connaissance des acteurs de terrain écartée. Seul compte « l'idée ». La plus simple, la plus démagogique, la plus basique possible.
« si un handicapé peut leur rapporter des contrats auprés des institutions spécialisées, ils l'engageront. Si ça leur pose probléme, ils la refuseront et je ne vois pas le probléme ».
Remplacez « fille (sic) voilée » par femme, maghrébin, homosexuel, syndicaliste, senior, etc…
Il ne s'agit pas de politique. Ni de droit. Ni de sociologie ou même d'une vague connaissance de la situation, de ses difficultés et des moyens d'y remédier.
Là comme ailleurs, le gouvernement actuel ne méne pas de politique, il applique de manière mécanique une pensée dogmatique. Et encore, pour l'essentiel, les « réformes » ne sont que de coûteuses gesticulations qui ne modifient en rien les domaines abordés : grêve dans les transports, modernisation du travail, paquet fiscal, franchise médicale, modernisation des politiques publiques, réforme de la représentativité syndicale, rétention de sûreté, réforme des institutions, etc…
Dans toutes ces hypothéses, les changements sont essentiellement cosmétiques. Il s'agit de communication politique, pas de gestion de la chose publique. Démontrer que les changements effectués sont quasi inexistants n'est guère difficile dans chacun de ces cas.
La seule réelle constante de notre actuel gouvernement reléve du transfert de richesses (paupérisation des classes modestes et moyennes au profit des foyers les plus riches, appauvrissement de la sphére publique au profit de la sphére privée, accroissement des déficits publics au profit de certaines entreprises).
Rien de bien original là non plus. L'évolution des revenus français entre 1998 et 2007 relevait déjà de la même logique (quant bien même, sur la période 1998/2002, les revenus modestes augmentaient également, bien que dans une moindre mesure).
Quant au parcours personnel de ce monsieur, de ses allégeances changeantes à ses « références » (Pasque, Madelin, Sarkozy…), il n'illustre que sa propre ambition.
Rien n'a rendu possible ce parcours.
L'ambition et la corruption du pouvoir sont inhérents à tout systéme politique ou sociale.
De Zineb Dryef (auteur) 24
Rue89 | 00H30 | 28/04/2008 |
Bonsoir,
Je me demandais s'il fallait l'inclure ou non dans l'article.
Sous le pansement, une légère blessure liée à la réparation d'une trottinette.
De raoul le magnifique
00H34 | 28/04/2008 |
Il dit de nombreuses choses justes ce mec…Je suis souvent d'accord avec lui…
Finalement il n'y a pas que des rampants à l'UMP…
De RichardTrois
11H31 | 28/04/2008 |
Merci pour cet article particulièrement réussi qui éclaire les complexités du Monsieur.
Il ne dit pas toujours des bêtises. Ainsi en Décembre 2007, le conseiller, bien que très à droite et très sarkozyste, contredisait subtilement Nicolas Sarkozy après les émeutes de Villiers-le-Bel :
Quand son conseiller contredit Sarkozy
http://www.lepost.fr/article/2007/12/03/1061881_quand-son-conseiller-con…
Dans son apologie de l'effort matinée de stigmatisation, Rachid Kaci oublie peut être que de grandir à Suresnes en « étant la seule famille maghrébine de l'immeuble », c'est avoir bénéficié de cette mixité sociale et culturelle que la politique de la droite refuse à l'ensemble de la société. Pour la réserver sous conditions à quelques uns.
De mioumiou
14H00 | 28/04/2008 |
Je ne voit pas pourquoi un Français d'origine Maghrébine doit forcément être de gauche !
J'ai l'impression des fois qu'il existe une sorte de racisme (léger mais racisme quant même) dans les propos de gens de gauche lorsqu'un arabe est à l'UMP ou lorsque c'est un libéral. Comme tout le monde un arabe, un noir ou autre peut très bien croire à des valeurs de droite, aux lois du libéralisme et même au nationalisme pourquoi pas !
ça s'appelle de la démocratie et de la liberté de penser et ce n'est pas une trahison comme l'apperçoit certains, ils ne sont pas les suppos du PS, du PCF ou de la LCR, ce sont des gens qui reflechissent comme tout le monde.
De sunra7
10H38 | 29/04/2008 |
Rachid Kaci peut-être provoquant , parfois carrément énervant et même insupportable.C'est cependant quelqu'un de cohérent .
Le titre de cet article « très à droite » et révèle une méconnaissance totale des immigrés et des fils d'immigrés de la part des milieux de la gauche dite « tolérante ».Pourquoi ?
Comme je le dis souvent à mes amis français de souche , les immigrés d'extraction subsaharienne ou nord-africaine sont culturellement conservateurs : respect de l'autorité , l'école , la famille , éloge du travail….
Ils ne sont de gauche que par intérêt (les prestations sociales et la bienveillance condescendante de la gauche envers ces éternels damnés de la terre) et surtout parce que la droite française ( et les droites en général)ne les aime guère.
C'est en celà qu'il faut expliquer que certains « communautés » originaires d'Afrique de l'Ouest aient souvent davantage voté à droite qu'à gauche même s'il n'y a pas d'étude officielle à ce sujet .
Il est facile pour Rachid Kaci d'avoir ce discours pour la simple raison que cela va de soi de célébrer l'effort , l'autorité etc.Je ne crois pas qu'il ait eu besoin de se taper Von Hayek et cie, inutile de plaquer des grands débats idéogoloqieus par ailleurs stériles sur un parcours humain et politique au demeurant classique. N'importe quel noir ou arabe militant à SOS ou au PS ; vous confiera sa lassitude d » être une éternelle victime , un éternel assisté alors que celà va à l'encontre de l'éducation que nous avons reçue de nos pa. Que la gauche « tolérante » fasse son autocritique avant de traiter les uns et les autres de traitres etc…
De FdT
En pleine décroissance | 11H40 | 29/04/2008 |
Charles Pasqua –« le plus grand républicain de la classe politique française“-
Il faudrait prévenir les lecteurs de la présence de ce genre de perle cela évitera à certains d'entre nous de se retrouver avec l'écran et le clavie de l'ordinateur maculés de café après s'être esclaffés de rire !
J'apprécie certaines position de Kaci notamment concernant la notion de responsabilité individuelle, néanmoins contrairement à ces gens prétendûment partis de rien je ne fais pas porter l'entière responsabilité de leurs échecs aux autres. Sachons faire la part des choses sans tomber dans le piège de la victimisation.
Ne perdons jamais de vue que la réussite de chacun dépend tout aussi bien de soi que de facteurs environnementaux favorables hors de notre contrôle, il en est de même pour nos échecs. Beaucoup de ‘parvenus’ ont tendance à avoir la mémoire courte en oubliant ces petits coups de pouce de la vie les ayant aidés à devenir ce qu'ils sont (ce père illettré mais néanmoins ‘éclairé’, ce grand frère protecteur qui a servi de guide, cet instituteur extraordinaire, cette rencontre inattendue et qui changea tout…)
Dans la vie des individus se retrouvent accusés a tort et attendent leur exécution dans un de ces sordides couloir de la mort, d'autres par un concours de circonstances identique mais au résultat opposé réussissent leur vie. Tout n'est pas sous la dépendance de notre bon vouloir aussi bien nos réussites et bonheurs que nos échecs et malheurs…