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Prostitution étudiante : peu de chiffres et nombre de fantasmes

Au commencement, il y avait… le chiffre annoncé par le syndicat SUD-Etudiant sur un de ses tracts en 2006. Le syndicat parlait alors de « 40 000 étudiant-e-s condamné-e-s à la prostitution ». A l'époque, ce chiffre invraisemblable n'a que très peu été repris dans les médias. Le buzz est véritablement né lorsque, fin 2007, deux livres sur la prostitution étudiante sortent coup sur coup, chez la même maison d'édition, Max Milo.

Il s'agit du travail de mémoire de Master 2 de sociologie d'Eva Clouet, étudiante à la fac du Mirail de Toulouse, et du témoignage de Laura D., une étudiante qui a eu recours à la prostitution pour payer ses études. C'est là que les médias reprennent le sujet. En boucle, ou presque. Les deux auteurs enchaînent interviews et plateaux télé. Reportages et enquêtes se multiplient [y compris sur Rue89, qui a également interviewé Laura D., ndlr].

Sur un mur de Porto, en 2006 (fxtv.fr)

Ces deux publications présentent l'intérêt de constituer un témoignage vécu de la prostitution étudiante. Eva Clouet, dans « La Prostitution étudiante à l'heure des nouvelles technologies », se base sur des témoignages et des rencontres avec des étudiantes -et un étudiant- qui se prostituent.

Leurs motivations sont souvent les mêmes : un besoin d'argent pour payer leurs études, leurs loyers ou arrondir leurs fins de mois. La solution de la prostitution est souvent vue de manière temporaire, le temps de leurs études. Dans « Mes chères études », Laura D. raconte son expérience et la façon dont elle a gagné de « l'argent rapide mais pas facile ».

« J'accompagne des hommes, au moins une fois par mois, à des repas d'affaires »

C'est souvent derrière leur écran que les étudiants trouvent leurs rendez-vous. Les sites d'annonces fourmillent d'hommes qui cherchent une « masseuse occasionnelle » ou une jeune fille pour « faire le ménage en tenue sexy ». Elodie, étudiante de 22 ans, surfe sur les site d'annonces à la recherche d'un « mécène ». Elle est « escort girl » mais ne se prostitue pas, elle s'est jurée de « ne rien faire d'ordre sexuel » :

« J'accompagne des hommes, au moins une fois par mois, à des repas d'affaires ou des sorties culturelles. Je prends 200 euros pour quatre heures, ce qui n'est pas excessif. »

Mais si Elodie s'en tient à des « soirées d'accompagnement », d'autres, via leur blog ou petites annonces, vendent leurs massages ou leurs « services ». Pour une rémunération qui va de 100 à 400€ par heure.

Une réalité difficile à chiffrer

Selon le chiffre avancé par SUD étudiant, 40 000 étudiants auraient recours à la prostitution, ce qui représenterait 1 étudiant sur 57 ! Un chiffre invraisemblable. Selon la préfecture de police, le nombre de prostituées global en France serait compris entre 15 000 et 20 000. Parmi elles, les étudiantes représenteraient une proportion minime.

Selon François Rigal, président de l'Institut national de la prostitution, la prostitution étudiante reste un phénomène « marginal ». Ce que confirme l'Office central de la répression de la traite des êtres humains (OCRETH) :

« La prostitution étudiante est plutôt une activité individuelle et occasionnelle, (…) un phénomène très discret et difficilement quantifiable qui, de plus, n'est pas répréhensible. »

Mais alors, d'où sort ce chiffre de 40 000 étudiants prostitués ? SUD-Etudiant a depuis longtemps fait disparaître ce tract, et plus aucune mention de ce chiffre n'apparaît sur son site Internet. Le syndicat s'était en outre défendu en s'abritant derrière le rapport Dauriac de 2000, qui concernait la précarité des étudiants… mais ne contenait aucune information sur la prostitution.

Pour l'Institut national de la prostitution, le mythe de la prostitution étudiante relève plus de la « légende urbaine » que de la vérité :

« Il n'y a pas un phénomène de prostitution étudiante spécifique en France. Il y a par contre un phénomène de prostitution occasionnelle, favorisé par le web.

“Parmi ces occasionnelles, il y a évidement une part d'étudiantes, mais nous ne pensons pas que cette proportion soit supérieure à la proportion d'étudiantes dans la population.”

100 000 étudiants “pauvres”

Il n'y a jamais eu d'étude sur la prostitution étudiante à l'Observatoire de la vie étudiante (OVE). Mais en réaction à l'emballement de la presse à ce sujet, l'OVE a tenu à clarifier les choses le 24 janvier 2008 dans un communiqué de presse. L'OVE déclare qu'il n'y a aucune information et aucun chiffre établi à ce jour. Les chiffres globaux sur la prostitution sont eux-mêmes “à manipuler avec précaution”, reconnaît le ministère de l'Intérieur. Mais l'Observatoire de la vie étudiante rappelle :

“Une frange assez importante des étudiants (20%) vit dans des conditions délicates, au moins parce qu'ils sont amenés à travailler beaucoup, longtemps, et concurremment à leurs études, ce qui s'avère très préjudiciable à leur réussite universitaire. Les étudiants en situation de pauvreté grave et durable représentent, eux, 1,5% de l'ensemble.”

Selon le rapport Dauriac de 2000, 100 000 étudiants vivent en-dessous du seuil de pauvreté, chiffre qui semble toujours d'actualité si on croit les campagnes de l'Unef contre la précarité étudiante.

Tout le buzz autour de la prostitution étudiante aura au moins eu le mérite de mettre en lumière la précarité des étudiants. A quand des mesures pour y remédier ? En partenariat avec :

4 commentaires sélectionnés

Portrait de DidierB63

De DidierB63

Devant un écran | 11H31 | 26/04/2008 | Permalien

Peu de chiffre ? En fait, on peut dire : pas de chiffres…
Le résultat final de ce buzz médiatique aura été de décrédibiliser les futures alertes que les syndicats étudiants lanceront sur le sujet, ou sur celui de la précarité.
On en ne crie pas au loup impunément, surtout quand il n'y a pas de preuve que le loup est de le bois…

http://polemiquons.over-blog.com/

Portrait de Francois Toulouse

De Francois Toulouse

11H41 | 26/04/2008 | Permalien

Ceci me rappelle un autre fantasme des médias : l'explosion de la prostitution en Allemagne à l'occasion de la coupe du monde de football.
Là aussi, des chiffres délirants avaient été repris par la presse, et les médias s'étaient empressés de faire des reportages dans les bordels allemands de Berlin, leur faisant une grande publicité à cette occasion.

Voici un échantillon du texte accompagnant une pétition avant la coupe du monde :
« Du 9 juin au 9 juillet 2006, douze villes allemandes accueilleront la Coupe du monde de football, 36 millions de spectateurs environ - majoritairement des hommes- sont attendus ; et l'on estime à 40 000 le nombre de femmes “importées d'Europe centrale et d'Europe de l'Est vers l'Allemagne pour les ‘servir’ sexuellement.”

Quelques temps après l'emballement médiatique, seul de rares articles, comme ici http://bellaciao.org/fr/article.php3 ? id_article=31401
ont signalé que le chiffre est extrêmement exagéré

Il semble donc que ces exagérations sont répétitives sur ce problème, et c'est d'autant plus dommage que les problèmes évoqués (la pauvreté dans le cas le plus récent, la prostitution pour l'Allemagne) sont réels, les déformer ou les exagérer ne peut que desservir les causes défendues.

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 12H10 | 26/04/2008 | Permalien

Alors mon vieux fantasme de me retrouver nu au milieu d » étudiantes à lunettes dans un salle de TD surchargée a me faire fouetter avec des polycopiés ne pourra jamais être assouvi ? Je suis bien déçu . j » étais pourtant prêt à mettre le prix !
Tant pis , il sera dit que je ne serais jamais client des prostituées . Je suis pas un vrai mec ,ni un bon consommateur, rien a faire .

Et bon courage à tous les étudiants précaires , quelque soit le genre de prostitution auquel on les oblige a recourir ..

Portrait de Venezuela

De Venezuela

vit aux Pays-Bas | 11H38 | 27/04/2008 | Permalien

J'etais etudiante il y a plus de 25 ans, je bossais pendant l'annee et pendant les vacances. Malgre des propositions malhonnetes, je n'ai jamais ete tentee par la prostitution. Pourquoi, serait-ce different aujourd'hui ?

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