
Qui est l'homme qui m'est imposé en 4 X 3 mètres sur les murs du métro pour la deuxième fois depuis un an ? De quelle nature est la révolte qui s'empare de moi quand je vois cet ancien publicitaire tenant en main » La Société de Consommation » de Baudrillard, torse nu dans une posture d'auto-glorification exemplaire ?
Que me dit-il ?
» J'ai fait fortune grâce à la publicité, j'en connais tous les rouages, je suis cultivé et je détourne les théories des plus grands penseurs des années 1970 à mon profit, je vous le montre, j'en annihile l'efficacité.
Afin que vous n'alliez pas chercher plus loin,
afin que vous n'alliez pas chercher dans la réflexion une échappatoire à la voie que je vous impose,
je vous montre : le livre, un objet inoffensif, la pensée réduite à un titre, le titre réduit à une sentence, une assertion implacable.
Je vous expose mon cynisme et mon mépris,
je vous expose ma réussite, construite sur votre crédulité qui ne se dément pas, que je vous renvoie encore et toujours.
Et vous resterez passifs encore et toujours.
Comme tout ceci est jouissif, comme tout ceci est simple, vu d'ici.
Je sais que d'après Baudrillard, la consommation est un mode de représentation.
Je me représente.
Ne cherchez pas plus loin. Plus loin que mon image, mon pléonasme.
Ne cherchez pas à penser, à remettre en cause, à contester.
Ainsi va le monde. La Société de consommation.
Ne cherchez pas à le lire, je l'ai fait pour vous,
j'en applique les méthodes et vous, le comportement. Il n'y a rien à faire de plus. »
Qui est l'homme ? Selon les Galeries Lafayettes, l'homme de 2008 est donc cultivé, narcissique, cynique.
Après avoir fait fortune grâce à la publicité, il la fait fructifier en vendant maintenant son regard sur la publicité et la société de consommation, à travers tous les modes de diffusion imaginables : plateaux télé, romans, films, campagnes publicitaires.
L'icône est là, mais à quoi renvoie-t-elle, à quelle transcendance ?
L'icône postmoderne ne renvoie qu'à elle-même.
Puisque la société de consommation construit son propre mythe, qu'elle s'autoalimente, puisque la publicité est son plus grand instrument de propagande, qu'elle forge l'image de ce que le consommateur doit désirer, elle attend de lui qu'il agisse en conséquence.
Agir en conséquence ? Cela veut dire consommer et se résigner
Se résigner à absorber ces images dégradantes, considérer que la pensée est inefficace, qu'elle finira nécessairement par être récupérée au profit de lois économiques, comme Adecco récupère Coluche et Gandhi, les réduisant à être des hommes « pleins de ressources humaines » au profit de sa propre campagne publicitaire.
Se résigner au fait qu'il est normal d'être pris pour un con par ceux qui nous manipulent et qui, par-dessus le marché, prennent plaisir à nous le montrer, de la manière la plus explicite qui soit, sans aucune forme de vergogne.
Ne se prend-on pas à rêver d'un nouveau commando antipub lorsqu'on est deux fois l'an confronté à cette complaisante publicité de la publicité ?
La suprématie de cet affichage est naturellement fondé sur le postulat que personne ne s'insurgera.
Qu'aucune alternative n'est possible.
Quoi qu'en disent les doux rêveurs, les révoltés, les idéalistes, qui feraient mieux de remiser leur héritage au grenier.
Quarante ans après mai 68, il est de mauvais ton de prôner la révolte, tant il paraît évident que les révolutions ont échoué, que les idéologies sont mortes, que ceux qui critiquaient le système en sont devenus les maîtres, que les penseurs ont été absorbés, digérés, rendus totalement inoffensifs, que les figures révolutionnaires sont tout juste bonnes à faire vendre des T-shirts sur des marchés, des abonnements Internet et que les clichés du « beau mois de Mai » sont affichés place de la Sorbonne sponsorisés par la Fnac.
Il devient vital de créer des espaces pour une pensée insoumise
Pourtant n'est-ce pas aujourd'hui, alors que les phénomènes décrits par Baudrillard, Debord et Foucault sont devenus notre pain quotidien, que les images nous envahissent, que la sur-information et la publicité ont complètement noyé la recherche du sens, que tout nous incite à faire preuve d'un renoncement désabusé, qu'il devient vital de redonner ses chances à l'idéalisme, la révolte, ou du moins de créer des espaces pour une pensée insoumise ?
Non, les idéologies ne sont pas mortes, la plus grande idéologie postmoderne étant justement de nous faire croire qu'elles le sont. Le nivellement des grandes idéologies politiques ne doit pas nous cacher le totalitarisme de l'idéologie de marché et de la consommation.
Il n'y a pas de fatalité. Le libéralisme n'est pas un horizon indépassable.
Le cynisme et l'écrasement qui nous sont infligés ne sont pas insurmontables.
Creuser la brèche. interroger les images, ne jamais remettre en cause notre droit à la conscience et au refus catégorique.
Frédéric, tu n'es pas l'Homme. Tu n'es pas l'icône adulée de ton temps, il est fort à parier que beaucoup méprisent tout ce que tu représentes en te représentant sur cette affiche.
A commencer par moi.





















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De desbois
commerçant | 13H41 | 22/04/2008 |
Réctification : le mot c'est éxcusez ma confusion !
De desbois
commerçant | 13H42 | 22/04/2008 |
Le mot c'estéxcusez la confusion !
De patrick114
psychiatre à st anne | 13H43 | 22/04/2008 |
c'est pas un homme ça mais si non qui c'est ? on croise plus de femmes au galerie farfouillette
De guerzit
Incomprenant majeur | 13H43 | 22/04/2008 |
Donc c'est un livre qu'il tient entre ces mains ? Ah bah c'est la première fois que j'en voyais un moi. Comme quoi j'aurai appris quelque chose.
De phalae
13H44 | 22/04/2008 |
Je suppose qu'après cet article et ces commentaires, vous ne remettrez plus jamais les pieds aux Galeries Lafayette, non ?
J'imagine aussi qu'aucun d'entre vous n'a été voir 99F ni l'a lu, si ?
à phalae
De brogilo
in angulo | 19H53 | 22/04/2008 |
Pas lu, pas pris.
De Photine
13H49 | 22/04/2008 |
Non, Beigbeider n'est pas cultivé : il ne sait pas ce que veut dire quaterly (trimestriel). Pire, il croit que ce mot n'existe pas en anglais.
Je me disais hier que le métier que je ne voudrais faire pour rien au monde, c'était publicitaire : comment peut-on produire des « idées » aussi connes ? et surtout qui donnent envie de vomir sur le produit « promotionné » ?
Pourquoi ça marche, la pub ? n'est-ce pas tout simplement un mythe ?
http://photine.blog.lemonde.fr/
à Photine
De Olf.
the_jurassian_dream | 14H24 | 22/04/2008 |
Pourquoi les idées seraient aussi connes.
Pourquoi ce ne serait pas toi qui serait si con.
Entre nous. Si c'est si cons alors c'est que les gens sont cons.
Je fricote dans le milieu et qd une pub est nul je la laisse dans son coin je suis pas jaloux. Hein j'ai mis le doigt dessus. Toi tu le serais.
Tu manques d'amour.
à Olf.
De parti
punishment park | 22H06 | 22/04/2008 |
et vous d'humour
quand on est con…rip georges
à Olf.
De ELCHEKATZO
La Revolte des Crabes | 12H58 | 27/04/2008 |
OTF
Extraordinaire votre niveau de réflexion
Continuez de fricoter, la pub vous va si bien !
à Photine
De Jess Feuillie
liberté et vérité | 12H23 | 24/04/2008 |
Beigbeider nest pas cultivé, faut oser dire ca quand meme. J'imagine que vs le connaissez tres bien pour le dire, quil est un de vos amis. Apres, excusez moi, mais il est critique littéraire, donc il lit bcp. Faut se les encaisser les bouquins de Sartre, Heidegger ou alors ceux de Baudrillard. Je sias quil kles a lu ceux la. Moi, perso, l'etre et le néant jai essayé s'est hyper dur (meme si dautres de lui sont plus abordabeles, cf les romans), et baudrillard (le systeme des objets, la société de conso) aussi.
La pub est un métier de création. Il y e a de tres bonnes voyons. je ne suis pas ds la pub. J'essaie juste de ne pas me faire bouffer par des convictions qui limitent ma liberté. On y trouve des sociologues, des psychologues….Et excusez moi, ce ne sont pas des gens cons.
Cette pub se moque de ce type de réaction que vs avez :
Beibegder, apotre de la critique de la société de conso et, en eme temps de la jet set parisienne, se transforme en lassumant en homme objet qui, malgré tout, a un appétit sprirituel fort (baudrillard). Cette pub cest la résistance de l'homme a son environnement, c'est son irréductible liberté de choix.
Alors sortez de votre posture de militant. Cest trs conformiste en fait ce que vs dites. Vous pourriez jouer dans fight club héhé.
De desbois
commerçant | 13H51 | 22/04/2008 |
Mais que s'est-il passé dans mon méssage précedent ? alors je réecris : l'image de l'homme nous prend par l'émotion et on s'en fout ; le sens c'est la MARQUE ,l'écrit,le mot du client de la pub ; ainsi toute l'affiche est disqualifiée et,bonjour,passons à autre chose et notre chemin !
De tolinn
14H22 | 22/04/2008 |
Vu il y a quelques jours : cette même affiche, une main taquine armée d'un marqueur noir avait rayé une partie du titre du livre. Ce qui donnait :
« La Société de cons »
De Triquoise
rouge de honte | 13H55 | 22/04/2008 |
Râââh ! Je ne suis donc pas seul ! Merci pour l'article, excellent ! Mais pour redonner toute sa substance vitale à l'affaire : c'est la prochaine recrue du PSG version ligue 2, sponsorisé par les Galères Lafaillite. Bref, un truc dont tout le monde se fout.
De Superblaireau
comme son pseudo l'indique | 14H00 | 22/04/2008 |
Rien que d'en parler, c'est jouer le jeu !
à Superblaireau
De pierre_caracas
18H48 | 22/04/2008 |
pas d'accord.
Certes, l'ignorance consciente, c'est l'échec de cette affiche - cette conception du monde - qui nous dit « je t'enc… et tu aimes ça ».
Mais il faut s'insurger, il faut lutter, il faut être scandalisé et/ou y aller à la peinture noir et au marqueur ! (j'ai beaucoup d'admiration pour les anti-pub, malheureusement je suis trop lâche pour me joindre à eux)
à Superblaireau
De ELCHEKATZO
La Revolte des Crabes | 03H13 | 23/04/2008 |
Et peut-être que ça s'appelle aussi reparler de notre Société du Spectacle… Peut-être aussi est-ce un point culminant, une concentration de signes :
Homme, Société de consommation, Image, déification et en même temps réification…
Tout le monde n'est pas parisien (même si j'en fus) et il est évident que le travail de lobotomie et de déspiritualisation continue. Quand on voit ça, en effet, on se dit qu'il va devenir obligatoire de cracher sur les affiches aussi insultantes vis-à-vis de leur publique !
De Olf.
the_jurassian_dream | 14H09 | 22/04/2008 |
Yeyo…
L'extremisme. Pourquoi auriez vous raison.
Vous ne le savez pas en faite. Du coup l'attaque frontale de ce qui représente votre doute (ici la pub et son message liberal menaçant…lolx3) est le moyen de vous sentir rassuré.
Mais en réalité qu'est ce qui vous differencie du TuningMan ou FashionBoy.
Rien. Pas le meme maillot mais la meme passion…
Ici le message est des plus simple. Frederic avec son livre de Baudrillard ne choque pas. Il montre seulement que lui meme n'est pas plus intelligent que nous alors qu'il connait parfaitement les rouages du systeme.
Mais bon soyons rebel ! ouais.
De MathildeFonvillars
étudiante en philosophie | 14H11 | 22/04/2008 |
Alors oui la critique d'accord.
Mais il est tout de même étonnant de voir qu'un diplômé de Sc.Po ne sait pas faire la différence entre libéralisme et néolibéralisme.
« il n'y a pas de fatalité. Le libéralisme n'est pas un horizon indépassable. »
Le libéralisme politique est le fondement de nos sociétés démocratiques, vouloir le dépasser c'est remettre en question nos sociétés fondées sur le respect des libertés individuelles.
Ouvrez votre dictionnaire !
à MathildeFonvillars
De Karmeliet
Faiseur de logiciels | 23H00 | 22/04/2008 |
C'est bien le sens original du terme « libéralisme ».
Mais il est tout de même étonnant de voir qu'une étudiante en philosophie ne soit consciente que les mots se chargent en conotations au fil du temps.
De Costi
14H13 | 22/04/2008 |
J'adore ce genre d'article, où des phrases courtes et rageuses s'enchaînent à ne plus savoir qu'en faire.
Le meilleur passage :
« La suprématie de cet affichage est naturellement fondé sur le postulat que personne ne s'insurgera.
Qu'aucune alternative n'est possible.
Quoi qu'en disent les doux rêveurs, les révoltés, les idéalistes, qui feraient mieux de remiser leur héritage au grenier. »
On dirait que ça a été recopié dans Hell.
Bravo, rien à dire.
De maisand
14H25 | 22/04/2008 |
STOPUB
http://paris.indymedia.org/IMG/jpg/doc-8032.jpg
De Veum
doctorant | 14H26 | 22/04/2008 |
Un article comme on aimerait en voir plus souvent sur rue89 !
De castorpolitique
Rien | 14H32 | 22/04/2008 |
Le consensus déomocratique est devenu un trou noir qui aspire tout en son centre, la diversité des opinions est morte.
Il faut faire quelque chose, je suis bien d'accord. Tous et tout est soumis au nouveau diktat du ventre de la république, et si vous avez une idée pour se battre, je suis partant !
http://castorpolitique.wordpress.com
De Hodie
15H05 | 22/04/2008 |
Le plus comique (ou le plus tragique), ce serait que que Morgane Lory ne soit personne d'autre que Frédéric lui-même. J'en crois l'homme capable.
De FF23
15H26 | 22/04/2008 |
Peut-être suis-je déraisonnable, mais toute cette verve à l'encontre d'une affiche dans un couloir de métro, je trouve ça mignon.
Cela fait aussi plaisir de voir qu'il y a des gens qui ont le courage de dire tout haut ce que d'autres pensent tout bas (très rapidement et en écoutant leur iPod entre deux rames de métro.)
Ce défoulement qui mêle le futile à l'agréable rafraichit l'air moite, vicié et sentant l'urine de nos couloirs de métro. Il apporte une bouffée (parfumée ? ) d'air frais à ces cohortes de fourmis plus ou moins laborieuses qui ensemblent suent, s'énervent et courent dans les souterrains de la capitale.
Donc merci à vous encore, pour cet exutoire symbolique !
(et merci à Brise WC pour son action irréprochable)
Nous savons qui est l'ennemi maintenant, un sourd grondement se fait entendre… la montagne a bougé.
Mais je m'égare, telle est l'inspiration que votre article suscite. Mes antennes frétillent à nouveau, et je repars, tête baissée dans ma course au bonheur consumériste.
De Amococadix
15H36 | 22/04/2008 |
Aussi incroyable que ça puisse paraitre, je n'avais pas remarqué cette affiche. En fait je crois que je ne remarque plus d'affiches trop de pub tue la pub, et à force d'être en permanence solicité, j'ai du m'immunisé, je sais pas…
Que ce soit dans le metro sur internet ou dans un magazine, je ne vois plus que des espaces dispensables dont je suis incapable de citer le moindre contenu après les avoir aperçu.
Du coup Beigbeder il aurait aussi bien pu être à poil complet en train de faire des sudokus que j'aurais pas relevé… et tant mieux finalement.
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 15H37 | 22/04/2008 |
Il me vient cette idée :
Merci Rue89 d'avoir choisi de comprimer l'image en jpeg qualité minimale.
Ce traitement d'image par pixels dégoulinants aurait dû être appliquer par consentement entre le client et son agence de com », si réellement ils voulaient atteindre l'impertinence qu'ils revendiquent avec tant d'outrecuidance ampoulée.
De steed1
prosateur à mi-temps | 15H39 | 22/04/2008 |
photoshopé à mort, le beg !
De noblogo
15H47 | 22/04/2008 |
Cet homme, parmi d'autres, ne connaît pas le sens du mot consentement. Il applique ce que j'appelle la « logique des violeurs ». Ainsi en est-il également de France2.
Pour se consoler, se rappeler que lors d'une sortie de la « République des lettres » (qui, par soucis de sauver les petits métiers, est devenue la « République des concierges » - pardon pour les concierges), M. L'homme nous a montré son véritable tronc : féliciter, donc, le travail des retoucheurs numériques (autre petit métier mal employé).