tribune

Carmen Chacon, la victoire par les armes du féminin

Une femme enceinte de sept mois et demi passe en revue une compagnie mixte des trois corps d’armes de l’armée espagnole, Terre, Mer et Air, devant le chef du gouvernement et des forces armées espagnoles : c’est Carmen Chacon, ministre de Défense, récemment nommée à la tête d’une armée dont 13,5% des effectifs, soit 16  311 soldats sont des femmes, qui a déjà installé une dizaine de crèches et en prévoit sept de plus en 2008.

Bien au-dessus des motifs politiques d’un tel choix, nous sommes ici dans le pur symbole : une femme porteuse d’un enfant, productrice de vivant, rend hommage et reçoit l’hommage d’une force qui, défensive ou offensive, utilise des armes de mort.

La femme produit l’enfant, de tout temps le symbole de l’innocence. Tellement innocent que, de Mathieu, pour qui il faut redevenir un petit enfant pour entrer dans le Royaume des Cieux (citation approximative), jusqu’aux Francs Maçons, appelés aussi Enfants de la veuve, un peu toutes les religions et croyances se sont servies de ce symbole.

La « production » d'enfants, domaine d’avant-garde

Elle produit un enfant, c’est à dire aussi le bien le plus précieux de l’humanité puisqu’il représente tout simplement l’avenir de l’espèce. C’est si vrai que certains économistes d’avant-garde se penchent sur cette « production » jamais prise en compte jusqu’à présent en termes économiques.

Certainement, jamais personne dans l’histoire n’a cru ni ne croit à la « paix perpétuelle” selon l’expression de Kant, mais prise au sens littérale du terme, ou à une paix aussi permanente que la révolution du même nom. Il est même difficile de croire aux “treguas indefinidas » façon Etaras. Il est apparemment plus facile qu’un chat tombe amoureux d’un chien et fraternise avec une souris qu’à deux hommes ou deux peuples d’être durablement en paix.

Cette femme ministre de la Défense est aussi le symbole de la nouvelle Europe née en 1945, ravagée par trois guerres mondiales, qui a créé un nouveau système international au sein duquel une guerre entre les Etats de l’Union n’est plus possible.

Quand le « féminin” l'emporte sur le “féminisme »

Le choix d’une femme enceinte, une future mère, pour cette haute distinction de la sphère démocratique est chargé de plus d’un sens. Pour la première fois peut-être, ce n’est pas le « féminisme’ mais le “féminin” qui est pris en compte. Le féminisme classique -qui est bien à l’origine de tous les progrès accomplis vers une égalité réelle entre femmes et hommes- s’est toujours méfié de la ‘fatalité » biologique revendiquée bien haut et largement utilisée dans la plupart des cultures et en particulier la chrétienne, et qu’au mot femme soit assigné d’emblée la signification secondaire de « mère », réduite en fin de compte à la fonction de reproductrice et de gardienne du foyer. La haute charge offerte à Carmen Chacon signifie à la fois la réussite du féminisme et son dépassement.

Une autre femme a tenté de s’installer dans le « féminin ». Ségolène Royal s’est présentée aux Français pour la présidence de la République avec toutes les armes et les attributs du féminin : mère de quatre enfants, élégante et ne déguisant pas son charme naturel sous des dehors de dragon, elle osa parler de concertation, de dialogue avec toutes les composantes de la société, de décision prise après consultation. Peu de certitudes à priori. Peu de phrases toutes faites à l’emporte pièce. Et toujours ce leitmotiv : la délibération avec les parties intéressées avant de prendre une décision. Ce qui était pour elle une méthode démocratique de gouvernement longuement méditée et préparée durant toute sa campagne est apparue à la majorité des électeurs comme un flou, un manque de certitudes, d’autorité. Ce n’était plus Indira Gandhi, Bandaranaike, Thatcher ou Bachelet. C’était du féminin.

Ségolène Royal parlait et organisait comme une femme. Mais ce qui est apprécié au niveau des entreprises -en particulier aux Etats-Unis où l’on a compris que la concertation et le dialogue à tous les niveaux signifiaient une gestion plus efficace et qu’une structure horizontale est plus productive qu’une structure pyramidale- ne passe pas encore en politique. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Face à un adversaire apparemment plein de toutes les certitudes destinées à tranquilliser les électeurs, les électeurs ont choisi l’illusion de la sécurité.

On peut se féliciter du fait qu’au niveau du symbole au moins, un préjugé fortement enraciné ait été, en Espagne aujourd'hui, enfoncé.


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ex-riverain | x
15H32 20/04/2008

cet article est d´autant plus lamentable que c´est une femme qui débite des horreurs sur les « productrices de vivant » (il s´agit bien des femmes, et non pas d´OGM!). c´est le féminisme 2008 qui fait un tripe axel et pond une ministre de la guerre. l´avenir de l´humanité fera le salut militaire avec un petit soldat dans son ventre ?

 
Servais-Jean | Psychanaliste orphelin
16H16 20/04/2008

alangaja ou l’art et la manière de faire comprendre….qu’il n’a rien compris.

 
ex-riverain | x
16H30 20/04/2008

hé bien, expliquez-moi…

 
Servais-Jean | Psychanaliste orphelin
16H36 20/04/2008

Il y a encore du chemin à faire pour que les mentalités changent et que la « femme » devienne enfin un être humain comme un autre.
Les résistances à cette évolution viennent aussi de leurs propres rangs, car s’il y a beaucoup à gagner, il y a aussi beaucoup à perdre dans les milieux aisés où elles ont souvent une position assez enviable.
Que cet exemple nous vienne de l’Espagne, pays que nous considérons comme machiste, est le signe d’une évolution que nous ferions bien de suivre rapidement.

 
ex-riverain | x
16H53 20/04/2008

c´est tout ?
j´ai beau chercher, je ne vois pas en quoi une une ministre de la guerre, enceinte ou pas, qui passe devant 100 000 uniformes ait quoi que ce soit en rapport avec le progres de la condition féminine.
tu votes Ségolene Royal et tu applaudis Rachida Dati béatement ? tu vas trouver beaucoup de considération aupres de la gente féminine…

 
Tinhinane | Médiatrice scientifique
19H10 20/04/2008

Au nom d’un enfant né d’une mère et d’un père subliminal l’humanité s’est déchirée des siècles durant comme elle l’avait fait avant ce symbole d’amour et de paix - nous dit on - et comme elle continue à la faire par les armes, les destructions diverses de l’environnement, les inégalités entre ses membres etc.

1. La femme n’est pas un ventre qui produit de la vie, une quelconque richesse, un bien de consommation
2. La femme n’est pas « naturellement » plus humaine, plus respectable, meilleure que l’homme.

Une femme peut enfanter d’un être abjecte, Hitler avait une mère, élever dictateur, Mussolini, Pinochet, Franco, Staline… avaient également une mère, éduquer des êtres détestables et des assassins, Aussaresse, Le Pen, Goebbels, Papon… ont eu des mères…. Je peux poursuivre cette liste qui ne prouve rien par ailleurs car ces mères ne sont pas responsable de ce que sont devenus leurs enfants pas plus que les mères des Résistants ne peuvent tirer gloire de ce qu’ont étaient leur enfants. Là, j’ai évoqué la mère mais mon raisonnement vaut également pour le père, pour la famille au sens restreint du terme et au sens large à savoir la société.

Zapatero n’a pas nommé une femme enceinte mais un être qu’il juge capable de mener à bien la mission qui lui est confiée. Depuis qu’il est au pouvoir il a multiplié des gestes extrêmement importants pour imprégner concrètement, objectivement et de manière pragmatique des valeurs auxquelles il adhère : une société plus juste qui respecte toutes ses composantes sans discrimination de sexes, de région, de pratiques sexuelles etc.

 
thierry reboud
21H23 20/04/2008

Ouf, merci Tinhinane…
Comme quoi la tribune la plus n’importe quoi peut finalement accoucher d’un commentaire qui la sauve.

 
Nicole Muchnik | Journaliste à Madrid
11H12 21/04/2008

Merci Tinhinane de nous rappeler au nom de la science qu’une femme peut accoucher d’un monstre et d’en donner quelques noms.
je suis tout de même surprise de cette violente résistance au symbolique. Une overdose de rationalisme peut-être ou un manque de culture (symbolique grecque, juive, et d’autres qui nous fondent un peu moins).
En tous cas je sais que Zapatero savait ce qu’il faisait car il a auprès de lui des femmes ouvertes à la pensée.

 
Tinhinane | Médiatrice scientifique
12H50 21/04/2008

Je crains que votre réponse ne soit un préjugé vis-à-vis de ma fonction (médiatrice scientifique) qui vous fait penser que mon commentaire était motivé par un scientisme et un « rationalisme » étroit (puisque vous terminer en disant que Zapatero a auprès de lui des femmes ouvertes à la pensée).

Je n’oppose pas le symbolisme et le naturalisme. Un symbole désigne une réalité qui évoque d’autres, absentes ou abstraites, il en est en quelque sorte la représentation, c’est un système signifiant qui ne vaut pas vérité mais perception et traduction de celle-ci - donc forcément relative et subjective. C’est une certaine « lecture » du monde avec un système de références multiples et variés. Je ne suis certes pas Vernant, ni Pigeaud, ni leurs maîtres ou élèves mais ne réduisez pas mon propos à un manque ou rejet de la culture antique par exemple.

Il n’y avait pas de violence ni symbolique ni réelle dans mon commentaire. Je tenais juste à exprimer le fait que selon moi, Zapatero, que je suis depuis sa venue au pouvoir, ne fait pas dans la sensiblerie ou dans le symbolisme. Il pose des actes très forts, avec intelligence et finesse. Parler de la république et de son histoire comme il le fait, permettre une historiographie de qualité, agir sur des questions de société extrêmement importantes (avortement, contraception, homosexualité, gouvernance démocratique des institutions, liberté d’expression…) qui maintenaient l’Espagne dans le rang des pays, disons rapidement, arriérés et conservateurs sont des signes qui m’indiquent que Zapatero et son équipe sont des leaders qui agissent sur le fond, donc les causes, et pas seulement sur les conséquences et par la forme.

 
Parisienne de Xian
01H20 21/04/2008

Disons que l’Espagne est une démocratie évoluée.
- la junte militaire n’est plus au pouvoir, et ça il y a pas mal de populations qui aimeraient simplement en être là (Birmanie, Corée du Nord, Algérie…)
- le pouvoir civil est élu démocratiquement. La liste de ceux qui ne sont pas à ce niveau là est trop longue.
- Une femme cheffe des armées.
Là, faut voir. Est-ce une garantie de préserver des vies ? Mieux qu’un homme ? quid du chef de l’Etat, qui décide au final ? Peu de choses sans doute, les interets politiques priment sur les hommes ET les femmes politiques.

 
Charles Mouloud | Bras gauche de la Vénus de Millau
06H18 21/04/2008

Vive l’égalité , vive la connerie partagée !
Demain je reste à la maison cuire les rutabagas pendant que Ginette ira sauver la planète !

 
jissé | Ingé retraité
10H27 21/04/2008

Bonjour Charles.

Ca se cultive encore les rutabas?

Ce NOM est resté gravé dans ma mémoire comme synonyme de « BEUURK », juste après guerre quand les pommes de terre et toute l’alimentation étaient plus que rares.

Sauf au marché noir. (Les tickets de rationnement ont duré encore bien des années après la fin -la faim? - de la guerre).

Idem pour les topinambours, ‘réhabilités’ depuis.

Bonne chance à Ginette.

Amicalement et culinairement vôtre.

Jissé.

 
Alcide Nikopol | Passé a l'Est
13H11 21/04/2008

J’preferais l’époque ou seuls les mecs etaient suffisament cons pour jubiler dans un uniforme.

Par contre le symbolisme en prend un coup en effet.

Avant la guerre c’etait une affaire d’hommes. Cyborgs de combat contre barbus en pyjama mais quand meme tres masculin.
Du moment qu’une femme (enceinte de surcroit, avec donc une petite dose de symbolisme en plus) est chef des armées cela veut-il dire qu’on peut les massacrer (les femmes de nos ennemis) avec moins de remords en cas de conflit ?

J’vois pas l’progres :-/

 
deecurl
15H35 21/04/2008

le premier pas à faire dans la lutte pour l’égalité c’est d’en finir avec le postulat systématique selon lequel la soi-disant fonction de reproductrice et de couveuse de la femme lui confère nécessairement plus de douceur, de sensibilité et d’humanité que l’homme.

par exemple « l’époque ou seuls les mecs etaient suffisament cons pour jubiler dans un uniforme », c’est l’époque ou les femmes, loin de ne pas vouloir aller dans l’armée, ne le pouvaient pas, parce que la loi et leur éducation leur interdit.

il y a des femmes dures, il y des femmes inhumaines qui ont commis ou fait commettre des atrocités, il y a des femmes qui sont des monstres, ni plus ni moins que les hommes.

on a aussi tendance à considérer un crime plus monstrueux lorsqu’il est commis par une femme, que lorsqu’il est commis par un homme, puisqu’alors en plus de violer les règles de la société elle viole les lois de son sexe.

l’égalité des sexes doit aussi se réclamer dans le mal.

 
ex-riverain | x
14H21 21/04/2008

moi non plus je ne vois pas le progres (ouf, je me sens moins seul, merci Alcide !).
je renouvelle donc notre demande d´explication.

 
anneanas
14H37 21/04/2008

Je rejoins Tinhinane sur cet article. Ma premiere pensee en lisant l’article est « qu’est ce que c’est que cette analyse? ». Si le chef des armees est un homme et que sa femme attend un enfant, va-t-on mettre en avant les memes arguments? Carmen Chacon est competente, le fait qu’elle « cree du vivant » n’a rien a voir la-dedans. Les femmes ne font pas des enfants toutes seules.. Et c’est bien parce que Zapatero a laisse cet aspect de cote (femme reproductrice) que c’est revolutionnaire. Quant a « Ségolène Royal parlait et organisait comme une femme », je ne saisis pas ce que ca veut dire. Enfin, le « feminin l’emportant sur le feminisme » est aussi incomprehensible. Le feminisme n’est pas feminin ni masculin, il est ne grace aux femmes mais son objectif est de transcender les barrieres et roles de genre, et c’est bien dans cette optique la que Zapatero a nomme Carmen Chacon: elle est competente, a de l’experience et oui elle est enceinte, c’est naturel, c’est son choix, et ceci n’a rien a voir avec sa fonction.

 
personne
16H12 21/04/2008

« elle est competente, a de l’experience et oui elle est enceinte, c’est naturel, c’est son choix, et ceci n’a rien a voir avec sa fonction. »

Elle est compétente aujourd’hui, elle le sera encore dans 6 mois, par contre entre les deux il y aura une période ou elle ne sera pas en mesure de tenir son poste. Sans prendre le cas extrême d’une crise, quel est l’intérêt autre que symbolique ? N’y avait il pas d’autres personnes (hommes ou femmes) ayant les compétences requises ?
On veut nous montrer quoi ? qu’une femme peut sacrifier sa grossesse au nom du pays ? Je ne suis pas sur que le symbole soit très glorieux.

 
deecurl
17H36 21/04/2008

au rythme où peuvent se succéder les différents gouvernements, j’imagine qu’on peut bien prendre un ministre intérimaire le temps d’un congé maternité sans que cela influe sur la marche du pays.

et à quelle moment cette femme sacrifie-t-elle sa grossesse? je n’ai compris le sens de votre phrase.

 
ClaireChar
15H00 21/04/2008

Cet article n’a absolumment aucun sens, il est prétentieux et inutile dans son écriture, les phrases sont longues et pompeuses comme le propos.

Je suis une femme et je ne crois absolumment pas à cette idée de conciliation et de médiation propre aux femmes et cette idée que Ségolène Royal vantait le féminin est tout simplement pathétique.

La femme porte l’enfant, elle n’est pas productrice, ou alors co-productrice avec le père.

Je trouve que sous-prétexte de servir le propos du « féminin » vous desservez entièrement la cause des femmes.

Si vous étiez un homme, je pense que votre article se serait pris une méchante volée de bois vert mais puisque vous êtes une femme, ça me fait presque honte

 
Nicole Muchnik | Journaliste à Madrid
17H35 21/04/2008

Réponses:
alangaja : je n’ai pas parlé de « progrès de la condition féminine » mais de progrés de la société toute entière.
Tinhinane : Oui la femme produit une richesse qui devrait être et sera prise en compte.
Ai-je dit que Zapatero avec ses lois sur la Dépendance, la Mémoire Histoire, le mariage homosexuel… agissaient « seulement sur la forme » ?
deecurf : « l’égalité des sexes dans le mal » Je crois franchement que nous nous en sommes déjà aperçu.. Encore une fois nous sommes là sur un autre plan.
anneanas : vous êtes bien sùr de vous en affirmant que « Zapatero a laissé de côté l’aspect « femme reproductrice ». Quant au féminin / féminisme, sans opposition ni exclusion, il y a tellement à penser et à dire que nous ne faisons que commencer. Lisez un peu d’Antoinette Fouque au passage…
Clairechar : les idées à l’emporte pièces c’est bon un temps. Après c’est un peu ridicule.

 
DorianD | Refugié politique en Germanie
15H33 23/04/2008

Nicole, vos reponses ont tout du troll, Vous etes agressive dans vos propos, et votre lecture des evenements est deformee par votre intuition … feminine ?

Je ne veux pas entrer dans la polemique, mais si je suis votre pensee sur le feminisme, c’est comme si seul les juifs avaient le droit de se revendiquer de la lutte contre l’antisemitisme, les gays et lesbiennes contre l’homophobie, etc…
Je trouve cela bien malsain et retrograde comme vision.

 
ex-riverain | x
21H39 21/04/2008

votre article est sexiste ! il y est question du ministre de la guerre - un poste qui n´a rien de bien positif…sauf que…le ministre est une femme, et enceinte, double miracle qui fait exploser les frontieres de la réflexion : « créatrice de vivant, symbole de progres »… pure fantasmagorie.
c´est une ministre de la guerre. c´est pas Louise Michel…dommage…