aïe ! tech 17/04/2008 à 12h55

Le « petit génie » s'est trompé : le gros astéroïde est sans danger

Aïe ! Tech"
Pierre Vandeginste | Journaliste scientifique, blog Aïe ! tech


L’histoire était trop tentante, comment résister ? Un « petit génie », comme les affectionne la civilisation du temps de cerveau disponible, fait la leçon à une prestigieuse institution scientifique, la Nasa. Et nous apprend que la fin du monde est (peut-être) pour 2036.

Les « savants » avaient bien repéré l’astéroïde Apophis, mais ils avaient oublié un truc : les satellites ! Si le gros caillou se cogne dans l’un d’entre eux lors de son premier passage en 2029, estime le jeune allemand de 13 ans, sa trajectoire sera modifiée au point qu’il risque vraiment de nous tomber dessus au prochain passage, en 2036.

Le gosse refait les calculs et trouve que la probabilité d’un impact n’est pas de une chance sur 45 000, comme l’indique la Nasa, mais de une sur 450. Une erreur d’un facteur 100, la honte pour la Nasa, la gloire pour le gamin…

Une improbable dépêche de l’AFP, truffée d’erreurs, reprise un peu partout

C’est pas un beau sujet, ça ? Cette mayonnaise prend d’abord dans la presse allemande locale (le Potsdamer Neueste Nachrichten) et moins locale (comme le Bild), elle est ensuite reprise en France et dans le monde, via l’AFP, qui publie une improbable dépêche (encore disponible sur Atlasvista) dans laquelle rien n’est vérifié et à peu près tout est faux.

Sauf au moins une chose : l’adresse de page du site spécialisé de la Nasa qui fournit (et fournissait déjà avant cette affaire) tous les détails nécessaires pour constater que le gamin s’est mis le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate.

Car si Apophis doit effectivement passer dans les parages de la Terre en 2029, à quelque 33 000 km d’altitude, ses chances de se cogner au passage sur un satellite géostationnaire (orbitant à quelque 36 000 km) sont en fait infimes.

Pas seulement parce qu’ils ne sont qu’un bon millier, en comptant les morts, et certainement pas 40 000 comme l’indique la dépêche. Mais surtout parce que l’astéroïde arrivera « en biais » et passera très au large de l’orbite équatoriale fréquentée par ces satellites. C’est écrit en toutes lettres sur la fiche d’Apophis sur le site ad hoc de la Nasa.

Une démenti officiel de la Nasa, qui n’a jamais été en contact avec le « petit génie »

Dans ce désastre journalistique, j’apprécie tout particulièrement cette phrase : « La Nasa et Nico Marquardt estiment qu’en cas de collision, la boule de fer et d’iridium d’un diamètre de 320 mètres et lourd de 200 milliards de tonnes tomberait dans l’océan Atlantique. » Un collier d’énormités.

Le site de la Nasa estime la masse de l’astéroïde à 20nbsp ; millions de tonnes (soit 10 000 fois moins) et suppose qu’il est du type « chondritique », essentiellement pierreux. Raté pour la « boule de fer et d’iridium », dont on ne parle dans aucun livre d’astronomie.

Cerise sur le gâteau, alors que le document de la Nasa explique en long et en large qu’Apophis a toutes les chances de rater la Terre dans les grandes largeurs, l’AFP nous annonce que c’est dans l’océan Atlantique que le caillou tombera.

Le blog de l’Allemand Daniel Fisher semble avoir été le premier à rétablir les faits, après un contact avec Don Yeomans, le pape de la chasse aux astéroïdes à la Nasa.

Laquelle, pour finir, a produit un démenti officiel, pour défendre ses excellents calculs, qui tiennent compte des satellites, merci, c’est gentil de nous y avoir fait penser, mais le risque d’impact, le 13 avril 2036, est toujours évalué à 0,000022 (soit une chance sur 45 000).

Et la Nasa de préciser : non, elle n’a pas eu le moindre contact avec le « petit génie ». Non, contrairement à ce qui a été largement colporté, elle n’a pas reconnu la soi-disante erreur, et encore moins concédé que les calculs du jeune Allemand seraient exacts.

Publié initialement sur
Aïe ! Tech
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  • Bigseb
    Bigseb
    Blazé
    • Posté à 17h30 le 17/04/2008
    • Internaute 25229
      Blazé

    Ouf, je respire...

    C’est que le 13 Avril 2036, je fête mes 52 ans...

  • Schtroumpf perplexe
    • Posté à 22h30 le 17/04/2008
    • Internaute 22547
      physicien

    Les astéroïdes tueurs, ça fonctionne toujours dans la presse. Mais généralement on en parle au mois d’aout, quand les journaux n’ont rien à se mettre sous la dent. Dans le cas présent, la conjonction avec le petit génie relance l’intérêt. C’est amusant ce duel (un peu inventé) entre la Nasa et un gamin.

    Aussi, c’est chouette un astéroïde tueur : c’est un truc hyper dangereux (il y a déjà eu deux exctinctions massives d’espèce, et à chaque fois, on soupçonne un gros astéroïde), c’est environnemental (donc à la mode), et ça ne nous culpabilise en rien (ça repose). Quel sujet parfait !

    Mais il existe des gens sérieux (qui parfois, eux-même furent des gamins doués) qui ne sont pas à la Nasa, et qui travaillent sur toutes sorte de sujets qui intéressent les petits génies et la Nasa. L’Europe dispose de grandes agences spatiales (en général partenaires des projets de la Nasa), des observatoires assez à la pointe, des centres de recherche etc.

    Il existe des journalistes sérieux qui, lorsqu’ils lisent un information scientifique qui les titille commencent par téléphoner à des chercheurs. Puisqu’il y en a ailleurs qu’en Amérique, ça ne coûte pas forcément une fortune en téléphone. C’est ce qu’auraient du faire le gus qui a écrit la dépêche de l’AFP, et ceux qui l’ont reprise. Ca n’est pas que les chercheurs soient au courant de tout, mais en général, ils savent trouver des pistes pour aider un journaliste à se faire une opinion.

    Par exemple, un astronome sait ce qu’est une chrondrite, il a quelques notions sur les calculs de trajectoire, ce qui peut se passer lors d’une collision, etc. Il sait aussi qu’une constellation de satellites s’apelle Iridium, et que c’est peut-être là l’origine d’une des confusions de la dépêche.

    Maintenant, il est possible que les laboratoires spécialisés dans les calculs de trajectoire d’astéroïde soient lassés des incessantes rumeurs à leur propos et envoient parfois bouler les journalistes. Démentir les rumeurs prend du temps, car il faut quand même se documenter à leur propos -quelques dizaines de milliers d’objets sont suivis, les spécialistes ne les connaissent pas tous par coeur-. Démentir tout ça (disons deux ou trois fois par mois) c’est du temps perdu pour la recherche.

    Bon, maintenant je me pose la question : dans quels journaux (en France notamment) cette nouvelle a-t-elle été reprise ?

  • Pierre Vandeginste
    Pierre Vandeginste répond à A.V.
    Auteur(e) de l'article Journaliste scientifique, blog (...)
    • Posté à 22h53 le 17/04/2008
      rédacteur
    • Journaliste 8947
      Journaliste scientifique, blog (...)

    « pourquoi n’y a-t-il pas autant de victimes d’astéroïdes que de catastrophes aériennes ? »

    Si le risque est équivalent, alors (en supposant que l’on parle d’une même population), c’est que le nombre (théorique) de victimes des astéroïdes est proche de celui des catastrophes aériennes. Par définition.

    Il tombe sur Terre des « astéroïdes » de toutes tailles, mais avec des fréquences inversement proportionnelles. En simplifiant, il tombe un caillou de 10 mètres par siècle, un de 100 mètres tous les 10 000 ans, un de 1 Km tous les un million d’années et un machin de 10 Km tous les 100 millions d’années. Un astéroïde de 10 mètres peut tuer quelques personne ou personne. Un bolide de 100 mètres peut tuer des milliers de personnes. Mais à partir de un Km, les effets commencent à devenir « globaux » (ciel noirci, d’où hiver nucléaire, plus d ephotosynthèse…) et c’est une bonne fraction de la population mondiale qui y passe. 10 Km : on est tous morts.

    Le chiffre de 1/50 000 résulte d’un calcul qui « intègre » tout ce charmant dégradé.

  • lenifou
    • Posté à 23h39 le 17/04/2008
    • Internaute 902

    Cette histoire me rappelle un fait similaire qui a fait mousser une jeune fille de 16 ans aux Etats-Unis, voir ce lien : Lien .

    En substance, la fille mène un malsain combat contre le réchauffement climatique en tentant de prendre à contre-pied les scienifiques sur ce domaine. Les journalistes en ont fait leurs choux gras, pour bonheur de tous les affreux qui ont intérêt à étouffer cette théorie...

    Moralité : il est indéniable qu’il y a des gamins pleins de ressources, mais il est certainement déplacé de leur donner autant de publicité (comme le suggère d’ailleurs votre article) : si l’on a un jour un nouveau Evariste Galois, ses découvertes auront toutes les chances de ne pas être assez « sexy » pour passer au 20heures...

  • A.V.
    • Posté à 00h31 le 18/04/2008
    • Internaute 24685

    Là j’ai un problème, Pierre. Je comprends très bien votre explication, mais ça ne répond pas à ma question. Et il est déjà tard, et ça va me turlupiner toute la nuit, et je ne vais pas dormir. Tout ça alors qu’à la base, je me désintéresse totalement des cailloux, gisants ou volants.
    Tout ça parce qu’un petit morveux de 13 ans a voulu tirer la bourre aux chercheurs de la NASA, au lieu de jouer à touche-pipi comme tous les gamins de son âge.

  • brodulf
    brodulf
    non communiquée
    • Posté à 01h32 le 18/04/2008
    • Internaute 39372
      non communiquée

    marmotte64 | Super héros
    15H14 17/04/2008
    33 000 km d’altitude, c’est quand même pas grand chose ! ! ! C’est même carrément peu.
    Pour comparaison la distance Terre-Lune c’est 384.000 km ! Et la circonférence du globe : 40.000 km.
    Il faut quand même être sacrément sur de soit et balèze en calcul pour dire qu’un objet qui passe si prés n’a pour ainsi dire aucune chance de tomber...
    C’est un peu flippant leur affaire.

    Je partage ta vision, tu éclaires les « chiffres » dans leurs proportions, les symboles sont plus signifiant à cette échelle pour nos cerveaux. Apophis sera plus proche que la lune, et un habitant dont le cayoux passerait (en espérant) au dessus de la tête serait plus proche de celui ci que du coté opposé de la Terre. A « l’échelle cosmique » on peut estimer que c’est vraiment très proche, non ?

    De toute manière les prétentions de la Nasa ne sont guère plus sérieuse que celle de l’ado. Elle devrait être plus humble. Nous entrons dans une période de forte activité solaire (de ses « vents »,...) alors qui peut bien calculer (prédire) sérieusement la trajectoire finale de l’objet ?

  • Jean-Jacques Louis
    • Posté à 09h09 le 18/04/2008
    • Internaute 2277

    Qui a effectué les bons calculs, la NASA ou le gamin ?

    En fait, peut-être aucun des deux. Contrairement à ce qui a été admis jusqu’à la fin du XIXe siècle, les corps célestes (naturels ou artificiels) ne sont pas sur leurs orbites comme sur des rails. Ils ont en réalité un comportement chaotique et leur trajectoire n’est donc pas totalement déterminable à long terme. Une très petite interaction peut avoir de très grandes conséquences, comme pour le climat. Le Français Poincaré l’avait pressenti sans le démontrer mais cela a été fait depuis grâce, entre autres, aux méthodes numériques. Il est difficile de déterminer la « date de péremption » (l’horizon de je ne sais plus qui ?) d’un calcul déterministe mais dans le cas qui nous préoccupe, est-ce 20 ans ou 20.000 ans ? Seul Toutatis le sait. Et encore ?

    Si vous voulez visualiser cela, programmez x(n+1) = x(n) * A * (1 – x(n)) sur un tableur (Mathlab ou même Excel) en donnant une valeur initiale de 0.98 et en faisant varier très peu A autour de 4.1 et brusquement, vous « quitterez les rails ».

    De toute manière, même s’il était prouvé qu’un tel accident se produirait avec une probabilité élevée à une date donnée, pensez-vous réellement que la population en serait avertie ? En fait, à quoi bon ?