Allocations familiales : la tragi-comédie se poursuit
Alors que Sarkozy venait de recadrer ses ministres, le gouvernement mais aussi l'Elysée ont rejoué la scène du couac.
On avait déjà eu le rétropédalage sur les « conditions » de la participation de la France à la cérémonie d'ouverture des JO à Pékin, le pas de deux sur la suppression de la carte famille nombreuse de la SNCF, voilà maintenant la tergiversation sur la réduction des allocations familiales. Le tout en moins de quinze jours.
Premier acte de cette dernière scène : Le Monde révélait mercredi l'existence d'un « projet de décret jusqu'alors passé inaperçu ». Un décret qui entrera en vigueur le 1er mai et concernera 4,5 millions de familles de deux enfants et plus. Objectif : faire économiser 138 millions par an à la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf).
Pour réaliser ce qui serait un coup de théâtre dans le fonctionnement de ce symbole de la politique familiale française, le projet de décret prévoit d'ouvrir droit à une seule majoration des allocations de 59,57 euros à l'âge de quatorze ans. Or, jusqu'à maintenant, ces mêmes allocations étaient majorées deux fois : de 33,51 euros au onzième anniversaire et de 59,57 euros dès les seize ans de l'enfant.
Le gouvernement et l'Elysée démentent…
Dans un communiqué publié le 5 février, la Cnaf estimait déjà que cette mesure allait conduire à faire des économies « au détriment des familles ». L'organisme a calculé que ces allocations passeront de 4918 euros entre le onzième et le vingtième anniversaire à 4331 euros entre quatorze et vingt ans, soit une baisse de près de 600 euros.
Une mesure difficile à faire accepter. Tellement difficile même que le gouvernement a d'abord décidé de ne pas l'annoncer du tout. Interrogé mercredi midi à l'issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, affirme sans trembler avoir eu « un échange avec Madame Morano [secrétaire d'Etat à la famille, ndlr] ce matin sur ce sujet, qui m'a indiqué que rien n'était prévu en la matière.“(Voir la vidéo)
Rebelote quelques heures plus tard sur le plateau de ‘N'ayons pas peur des mots’, l'émission de débat sur iTélé. Cette fois le cafouillage provient de l'Elysée. Conseiller politique de Nicolas Sarkozy, Dominique Paillé s'en prend vertement au quotidien du soir et remet encore en cause l'existence d'une telle mesure : Le Monde s'avance ‘trop’. Le Monde qui ‘finira par être un journal à emballer le poisson’.
…avant que le Premier ministre ne confirme
Et la fin de l'histoire ne va pas être d'une folle originalité. Pas de happy end, mais une nouvelle constatation d'un tâtonnement gouvernemental. En début de soirée, François Fillon donne raison aux informations parues dans la presse : ‘Un décret en ce sens sera publié dans les tout prochains jours.’ Il prend toutefois le soin d'ajouter :
‘L'argent récupéré grâce à cette réforme servira à financer d'autres mesures en faveur des familles.’
Il va sans dire que le chef de l'Etat n'a pas dû apprécier. Nicolas Sarkozy, qui réclamait le matin même une mise en scène plus subtile de la politique gouvernementale à ses ministres, dans des termes rapportés par Luc Chatel :
‘Il a appelé tous les membres de son gouvernement à la loyauté, à la solidarité et à la nécessité d'avoir une équipe soudée autour de lui et du Premier ministre.’
Les propos du Président, répétés par plusieurs ministres à l'AFP, auraient cependant été beaucoup plus virulents : ‘La prochaine fois, c'est la porte ! Le président qui a d'ailleurs répondu non’, ce jeudi en marge d'un déplacement dans les Vosges, à la question de savoir si le recadrage de la veille avait suffi. Mais pour éviter de voir son gouvernement se décimer réellement, Nicolas Sarkozy a annoncé la nomination de son ami Thierry Saussez au poste de délégué interministériel à la communication.
‘Sarkozy reste le Président de la parole’
En attendant, le Parti socialiste n'a pas manqué de s'engouffrer dans la brèche. Particulièrement Jean-Louis Bianco, député PS et ex-directeur de campagne de Ségolène Royal, quoi a ironisé sur ‘la terreur en Conseil des ministres’ où ‘on entendait une mouche voler’ :
‘Le message du Président de la République est net et sans appel : Au prochain couac, vous êtes virés.’ Application immédiate : Luc Chatel dément l'information du Monde sur la diminution des allocations familiales.Nadine Morano dit que Luc Chatel n'a rien compris et François Fillon dément Luc Chatel. Luc Chatel viré ? Non. Nadine Morano virée ? Non. François Fillon viré ? Encore moins ! En tout cas, pas tout de suite ! Fidèle à lui-même, Nicolas Sarkozy reste le Président de la parole, pas celui des actes, sauf pour diminuer le pouvoir d'achat des familles et détériorer leurs conditions de vie.”
► Lire aussi : La réponse de Nadine Morano aux critiques de Ségolène Royal
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Moi, ce qui me fait rire, c'est de voir que, mis à part Monsieur Fillon, les ministres craignent plus le couroux du président que celui des français. Ainsi, ils n'hésitent pas à mentir devant les caméras (à moins que se soit de l'incompétence) pour ne pas déplaire au président alors que les français se rendront compte, à la publication du texte, de la supercherie. Mais il est vrai qu'en la matière l'exemple vient de haut, comme on l'a vu sur les quotas de pêche et sur l'usine d'acier du nord de la France.
Ce qui me fait pleurer, c'est de voir que cette équipe s'en prend systématiquement aux dispositifs de solidarité mis en place en France. Il s'agit évidemment de démanteler ces systèmes pour les offrir aux entreprises privées qui ont besoin de nouveaux marchés pour croître. Il faut dire que les français s'étaient organisé sans eux jusqu'à l'arrivée de Sarkozy au pouvoir. Mais c'est bientôt la fin de tout ça. Ils doivent se frotter les mains dans les tours de la Défense. Ceux qui ont de l'argent auront une assurance privée. Les autres n'auront qu'à crever. Et pendant ce temps, le modèle anglosaxon de notre président n'en finit pas de s'écrouler. Difficile de croire après ça que ce président aime la France.




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