temoignage 16/04/2008 à 12h30

Népal : les maos ont finalement permis l'émergence d'une république


Bon, je m’y colle. Le Népal, c’est pour ainsi dire chez moi : j’y ai longtemps vécu et travaillé. Guide de trek. Juste pour me situer. Très au courant des choses politiques du cru ; mouillé jusqu’à l’os dans la Première Révolution de 1990, etc.

D’abord, les maos népalais, c’est pas Pol Pot. Ç’aurait pu, mais au sortir de la clandestinité après treize ans de guérilla contre l’armée royale (250 000 hommes, formés et armés par les Américains et les Brits), on ne put dénombrer que 35 000 combattants maigrichons (mais teigneux).

Après avoir rejoint la coalition des Sept Partis (des cocos modérés aux sociaux-democrates du Nepali Congress (NC), les maos, sous la houlette de Prachanda (le Féroce) et de Bhattarai (l’idéologue), ont trouvé qu’en fin de compte, la bonne bouffe et les fauteuils confortables, c’était pas mal. Bien entendu, ça ne s’est pas fait en un jour : jusqu’à tout récemment, c’était un coup « je me casse du gouvernement provisoire », et un coup « je reviens ».

Les plus rudes d’entre eux, restés à croupir dans des camps insalubres et l’estomac vide, sont repartis dans la maquis, soit pour prêcher la Cause, ou bien pour rançonner le populo. Mais l’immense majorité d’entre eux a rejoint l’armée officielle, ou bien ses champs.

Sans eux, le régime n’aurait jamais basculé. Ils ont commis des exactions ignobles, mais pas que. Dans nombre de régions ils ont fait voler en éclat un immonde système de servage, et aboli l’infâme apartheid des castes. On les bénit dans les vallées où ils ne se sont pas trop attardés, mais pas dans celles qu’ils ont administré.

Le roi Gyanendra et son frère assassiné Birendra (un vrai drame shakespearien, prévoir quinze pages pour tout raconter) ne valaient pas tripette, pas plus que le prince héritier Paras -les connaisseurs me trouveront gentil.

Pas d’autre choix qu’une république, donc.

Etrangement, mes amis népalais font fixette sur notre révolution de 1789... En avril 2006, en pleine émeute (24 morts), de quoi papotions-nous sur le blog de Narayan Waglé, unique canal reliant le Népal au reste du monde en ces temps sombres ? Marat, Danton, etc.

Les conditions de vie du Népal rural sont à peu de choses près celles de notre pays sous Louis XVI : disette, fermiers généraux, mauvaises récoltes, injustice majuscule, monarchie absolue.

Mais ça s’arrête là : la peine de mort a été abolie depuis un siècle et demi ; le roi mange à sa faim et il est libre de ses mouvements (il sort peu, ceci dit : profil bas de rigueur) ; tous les acteurs de la dictature seront jugés loyalement, sous contrôle international. La commission électorale, patronnée par le sage Jimmy Carter (un amoureux du pays, totalement indépendant du gouvernement américain), a garanti l’honnêteté du scrutin, qui a finalement ouvert la voie à une république népalaise.

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  • Floren
    • Posté à 16h52 le 18/04/2008
    • Internaute 39423

    Quand on aime le Népal une fois, c’est pour toujours ...
    déjà il ya quelques années un petit hotelier se souvenait avec nostaligie du temps où ça allait et ça paraissait normal que ça aille, le temps du bonheur pour les classes commerçantes de Kath, qui étaient passés de la bougie au solaire direct, comme les villages isolés.
    je me souviens des femmes qui vendaient leurs tapis dans la coopérative qu’elle avaient faite elles memes, et des voyages elles en ont fait les free-pouilleuses.
    Oh Didi, you know what ? et elle disait trois mots d’anglais au tel pour dire Londres New York. Et un jour un sari tremblant dans Orly apparaissait.
    Remerciait le Dieu de la lumière à chaque fois que je commutais l’interrupteur.
    Des tapis et des montagnes et des monstres de courage les femmes de la montagne népalaise...pretes à prendre l’avion pour découvrir notre monde et pleurant de honte devant notre TGV.
    Non Didi, ton monde n’est pas misérable puisqu’on y vient et qu’on l’aime et que loin de lui, il nous manque tellement...
    Même que tu m’engueules quand tu ne rêves pas de moi en me traitant de feignasse qui ne vient pas visiter ton âme endormie...
    Ave Népal, des journées entières dans les arbres à ramasser les baies avec les femmes du village qui avaient le jazz dans la peau.
    Le Népal a le swing avec ou sans Mao.
    La nostalgie camarade...

    • compte supprimé 24
      compte supprimé 24 répond à Floren
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      • Posté à 17h43 le 18/04/2008
      • Internaute 8330

      La vraie drogue, c’est pas le charas² des vallées, mais le Népal lui-même...

      J’aime tout autant le Népal moderne, et rien ne me ravit plus que les p’tits jeunes de Katmandou qui se tiennent par la main en amoureux...

      Mon ami Pasang est passé en trente ans de son village plein d’ours et de patates, et même pas de bougie ni de lampe à pétrole au monde moderne : internet, télé par câble, grosse baraque en béton près de Kopan, bagnole et téléphone portable... mais il n’a pas changé d’un poil et ses copains non plus.

      Je regrette quand même les vieux toits en bardeaux et en lauzes : la tôle ondulée, quelle plaie !

      Et puis vaut mieux pas respirer trop fort, dans les rues de Katmandou : quand tu te mouches et que tu te douches le soir, ça coule tout noir. Quand y a de l’eau au robinet...

      Je sais pas si je dois t’appeler didi ou bhaïni², mais le cœur y est : -)

      Cyprien Luraghi
      ex Pascal Daï² – vu l’âge, on m’appelle « bhajé² » maintenant : -(

      ***

      1 : haschisch

      2 : didi = grande sœur ; bhaïni = sœurette ; daï = grand frère ; bhajé = papy

  • ex-riverain
    • Posté à 16h53 le 18/04/2008
    • Internaute 35098
      x

    allez hop, j´en profite en espérant que cyp ne m´en tienne pas rigueur...

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    totalement hors-sujet, bien entendu...

    • compte supprimé 24
      compte supprimé 24 répond à ex-riverain
      Auteur(e) de l'article
      • Posté à 17h47 le 18/04/2008
      • Internaute 8330

      Non non, ça me dérange pas : j’ai pas encore tout lu, mais ça me paraît bien intéressant... et puis je suis pas proprio de la rue, non plus.

  • batbatheni
    • Posté à 17h07 le 18/04/2008
    • Internaute 39377

    bin, j’ai pas ton expérience du pays, n’étant là que depuis deux ans et encore à mi temps, (entre nous, c’est rare quelqu’un qui connaisse les réalités du pays comme il semblerait que tu le fasse - en gros qui ne dise pas de conneries - fin de la brosse à reluire)mais...
    car il y a toujours un mais...
    La monarchie, avec un Tribhuvhan, c’était pas obligatoirement une mauvaise chose, vaut mieux un roi éclairé qu’une démocratie sans avoir vraiment ni le choix, ni la faculté d’analyser ce choix, tu connais le pays donc tu m’as compris...
    En tout état de cause, avec un gyanedra (j’ai pas même mis de majuscule, c’est physique !) vive l’abolissement, il parait qu’il a demandé refuge en Inde, me dit-on de source presque autorisée... pauvres indiens.

    Bref le pays va avoir du mal à se sortir du caca, peut-être que les Prachanda et autres Batharai sont un moindre mal, les exégètes se perdent en conjectures sur la conjoncture...

    J’ai une théorie sur les clampins qui recherchent le pouvoir, en gros, ils deviennent efficaces après pour rester calife à la place du calife ; pour Sarkosy, elle s’est révélée absolument erronée...tout le monde peut se tromper, non !
    Mais va savoir, pour les Maos, peut-être ma théorie va se concrétiser ? ? ?

    On peut toujours rêver, j’irai voir ton bouge de Jocchen, bien que je ne soie plus réellement un djeun, ou je le suis plutôt trois fois qu’une, mais ça me sortira...

    Mais si ça fait longtemps que tu n’es pas venu, peut-être ton bouge n’existe plus, c’est incroyable comme ça a changé ici en deux ans, y’a des trucs qui poussent dans tous les coins et évidemment, ils prennent la place des précédents.

    Le progrès du progrès progresse, même ici.

    Namaskar et tutti quanti

    • compte supprimé 24
      compte supprimé 24 répond à batbatheni
      Auteur(e) de l'article
      • Posté à 18h00 le 18/04/2008
      • Internaute 8330

      Et si j’écris des conneries, faut surtout pas hésiter à me le dire. Je connais bien ne veut pas dire que je connais tout.

      Tribhuvan a été un *grand* roi. Les successeurs, par contre...

      gyane (je finis pas le mot tellement il me révulse) mérite tout juste de croupir dans le même cachot que Charles Sobhraj¹ jusqu’à complète sénescence. Franchement, je les trouve trop cools avec cette ordure. Je l’aurais mis aux arrêts, personnellement.

      Le Cosmopolitan est une institution : c’est le dernier troquebar survivant de l’époque hippie (l’arrière-salle s’appelait le « hubble-buble » et t’avais une affalée de clampins total raides-défs, mais c’est clean maintenant). C’est une affaire de famille et Sanu est un des héritiers. C’est pas demain la veille qu’ils fermeront boutique. C’est toujours bonne ambiance : moitié népalais, moitié occidentaux, et tarifs ras du plancher. En plus ils sont gentils comme tout.

      J’y suis retourné l’an dernier et je fais tout pour revenir... et y rester. Mais c’est pas évident.

      Et puis j’ai le poil gris, moi aussi : -)

      ***

      1 : lire l’article de Wikipedia à son sujet :

      Lien

  • batbatheni
    • Posté à 06h32 le 19/04/2008
    • Internaute 39377

    Personne ne connait tout, mon ami, et moi-même, je ne me sens pas très bien, mais tu as l’air de connaitre mieux que moi (pas étonnant, je ne suis pas ici depuis bien longtemps, et je sors peu... mais je lis beaucoup, je suis le principal soutien financier de Pilgrim, Mandala Point Book et autres), tout ça pour dire que tu semble connaitre le pays beaucoup mieux que bien des gens qui résident ici depuis des lustres et s’imaginent que KTM est le centre du Népal, et encore, ce qu’ils y voient exclusivement… parce que si tu leur dit que 4 mômes disparaissent par jour dans la vallée (rapport du National Centre for Children at Risk), ils te croient pas… bon, il y aurait beaucoup à dire la dessus aussi.
    Sobhraj, il a été extradé en Inde il y a peu de temps, j’ai pas bien suivi…
    Prachanda, il est moins rude que toi, finalement : j’ai le Post sous les lunettes, je lis, j’essuie mes lunettes, je me dis que j’ai mal lu…
    Si, si, j’ai bien lu, il veut discuter avec Gya (on va l’appeler Gya, OK), et lui favoriser un « gracefull exit » , l’autoriser à continuer des activités économiques (les roi possède beaucoup d’intérêts, usines, supermarket, je sais pas, pas réussi à savoir quoi, si ca se trouve, j’achète mon café (himalayen) et mon vin (californien) chez lui, et même ses activités politiques.
    « even after he lives the throne he should be allowed to continue with his business affairs or other activities, including engagement in politics in future if he so desire »
    Texto le Prachanda, il a dit !
    Paske, dit-il, humilier le roi « would cause negatives vibes at home and abroad »
    Moins facho que ça, tu meurs, comme dirait l’autre qui a du mal à s’exprimer autrement que par phrases convenues… Je vais finir par l’aimer, cet homme ! (Prachanda, pas Gya quand bien même le premier serait gentil avec le second, ma tolérance ayant des limites qui tendent à rétrécir avec l’âge…)
    Tout se perd, les Maos ne sont plus ce qu’ils étaient, non plus…

    • compte supprimé 24
      compte supprimé 24 répond à batbatheni
      Auteur(e) de l'article
      • Posté à 13h08 le 19/04/2008
      • Internaute 8330

      Bon, c’est simple : tu vois Mandala Book Point ? Collé à la librairie, tu as Yatri Tours ; là tu vas voir – tu ne perdras pas ton temps – mon ami Sapta Shakya. C’est le premier népalais à qui j’ai adressé la parole à ma sortie de l’avion, la toute première fois, en 80.

      Quand je suis revenu l’an dernier, après 17 ans d’absence, c’est comme si nous nous étions quittés la veille ; c’est un homme délicieux et des plus cultivés – et francophone. Il est bien entendu l’ami de Kesar Lal de Mandala – le poète... lequel est une vieille connaissance de ce Pasang Sherpa que j’évoquais plus haut dans un des commentaires. Sapta te dira qui je suis ; c’est un frère.

      Je publierai un billet aujourd’hui sur mon blog, avec la photographie de Kesh, qui bosse à Yatri Tours, et que j’ai prise en pleine révolution, en avril 1990.

      Des fois, mes écrits dépassent mes pensées : stratégiquement, le mieux qu’il y ait à faire concernant ce mauvais roi, est de le traiter humainement ; et ma nature étant dépourvue de cruauté, j’aurais sans doute clos mon caquet stupide, si j’avais le pouvoir de présider à son destin.

      Ce qui m’a le plus choqué, l’an dernier, sont ces enfants des rues sniffant la glu, qui sont partout et n’étaient pas, de mon temps. Ce gangstérisme aussi, qui n’existait tout bonnement pas, les grilles aux fenêtres n’étant là que pour empêcher les bandes de macaques en goguette de faire leur grand charivari dans la cuisine.

      L’indifférence est assassine et mon cœur crie à chaque fois que je vois dans les rues de Katmandou, circuler ces berlines climatisées des ONG de luxe, et les petits ghettos d’Occidentaux m’ont toujours révulsés : quand je suis au Népal, c’est au milieu des Népalais, toujours. Sinon pourquoi j’irais ? C’est avec les coolies et les larbins que je me sens le mieux ; on est copains de caste et de fardeau.

      Je n’oublie pas d’où je proviens, c’est impossible.

  • batbatheni
    • Posté à 06h58 le 19/04/2008
    • Internaute 39377

    fallait lire « event after he leaves... etc » saloperie d’opticien, il avait une tête d’escroc...

  • batbatheni
    • Posté à 09h53 le 20/04/2008
    • Internaute 39377

    J’irai voir ton pote à mon retour, bien que je sorte peu, j’ai pris Katmandou en marche, il y a deux ans et je n’ai pas de vision nostalgique, ni d’attaches particulières ici…

    Peu après notre arrivée, alors que pour une quelconque raison on s’est retrouvés au pont de Patan, on s’est achetés deux vélos et on est rentrés at home (à Tangal) avec. Depuis, les vélos ont peu servi, trop dangereux… Si, ils ont servi deux fois cette année : pendant la grande bandh contre l’augmentation du prix de l’essence et le jour des élections ; un délice, pas une voiture, pas une moto, pas un clackson… enfin, pour les élections, tout de même quelques voitures, de celles que tu n’aime pas, tu sais les grosses (faut être con pour avoir une grosse auto à KTM, tu passes moins bien) des OGM et des observateurs.

    Après, le vieux motard que je suis a loué une moto, presque deux heures pour se rendre à Nagarkhot (un peu d’air frais) le samedi aux aurores, et tout ce que tu t’es mis dans les poumons pendant ce temps, faudrait faire le calcul en équivalent clopes.

    Finalement, on a pris une voiture et on participe activement à la pollution de la ville à notre corps défendant… ça permet aussi d’aller à Pokhara quand on trouve le temps (oui, on bosse, beaucoup même…) en cinq heures si tout se passe bien et en remerciant le seigneur ou ce qui en tient lieu d’être arrivés vivants (je cherche les stats, mais il y a surement moins de monde sur les quelques routes du Népal, quand bien même elles sont fort embouteillées, mais il faut savoir aussi qu’avec un minibus et trois touk touk, on arrive à bloquer Kantipath, purée, je crois que j’abuse des virgules, mais, si tu arrives à reprendre le fil, il y a environ , a vue de nez 3,4 ou 5 automobilistiquement trépassés par jour dans le pays, sinon plus, c’est juste mon impression de moi, personnelle et à moi tout seul en lisant les faits divers).

    Bref, pour moi, KTM et le Népal urbain est malade de circulation, de crasse, de gosses qui sniffent, comme tu dis, de cruauté ou au moins d’indifférence : tu vois le type, là-bas : il est vieux, chargé comme une bourrique et essaie de traverser , c’est ton pote, probablement un Dalit : personne, je dis personne ne le laisse passer… pareil pour le gamin avec son vélo surchargé ou la vieille qui a du mal à se déplacer avec ses cannes (ce sont aussi des Dalits, mais ils font pareil avec moi, ma tronche d’européen, mon air de cadre bien installé (l’habit ne fait ni le moine, ni le cadre) et mes cheveux blancs, le respect se perd, non de dieu !).

    Alors, quand on me dit « ce peuple si gentil.. », peut-être dans les contrées ou tu te trimballais, mais à KTM, en matière générale, je ne trouve pas que ce peuple soit particulièrement gentil.

    Z’ont des excuses, ou tout au moins des explications, sont des déracinés pour la plupart, mais…

    Ceci dit j’aimerais bien aller dans des contrées que je ne connais que de livresque et statistique façon, et j’ajoute ; il n’y a que la que j’aimerais me rendre, Simikot, Ghum ou autre endroit ou les avions sont obligés d’atterrir sur une seule roue faute de place.

    J’ai vu la photo et si que je fusse à la place de Prachanda, le roi, il eusse reçu mon pied au cul, soit dit en toute incorrection linguistique et diplomatique.

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