L'edito

Le succès transalpin du « sarkoberlusconisme »

Silvio Berlusconi triomphe au-delà de tout ce qui était prédit. Il Cavaliere, comme il aime à se faire appeler, revient donc au pouvoir pour la troisième fois, avec une majorité absolue dans les deux chambres.

La gauche italienne est sonnée. Elle avait déjà perdu la partie avec l’échec de la coalition surréaliste de Romano Prodi, qui a implosé au bout de 20 mois ; elle a échoué malgré la campagne digne et respectable de Walter Veltroni, qui a tellement voulu se positionner au centre-gauche qu’il en a perdu en route une partie de ses électeurs. A l’image de la gauche française après sa défaite l’an dernier, la gauche italienne va devoir se réinventer pour espérer revenir un jour au pouvoir.

Mais n’ôtons pas à Berlusconi sa victoire, faite de panache personnel, de suffisamment de démagogie pour rester fidèle à son image, mais quelque peu assagi à 71 ans, et faisant moins de promesses qu’il sait pertinement ne pas pouvoir tenir. Dans son programme, il a écrit : "nous ne promettons ni ne faisons de miracle"… Berlusconi a déjà gouverné deux fois, échoué deux fois, mais les Italiens, fatigués par une crise durable, ont choisi l’image rassurante d’un chef charismatique, et s’appuyant sur une réussite personnelle qu’ils aimeraient voir dupliquée à leur pays.

La tâche de Berlusconi ne sera pas aisée. D’abord dans sa majorité, avec la Ligue du nord, au régionalisme flirtant avec le racisme et l’égoisme„ et avec une économie italienne mal en point. S’il y a un pays où les caisses sont réellement vides, c’est bien l’Italie.

Cette victoire de Berlusconi fait-elle l’affaire de Nicolas Sarkozy à quelques semaines de la présidence française de l’Union européenne ? Les deux hommes partagent assurément un même côté bling bling. Berlusconi a même dit qu’il appellerait Nicolas Sarkozy en premier après sa victoire. Les ressemblances de style, mais aussi de démarche, sont telles, qu’un universitaire français, Pierre Musso, a consacré un livre à ce qu’il a baptisé le "Sarkoberlusconisme" (ed. L’Aube).

On a là un modèle libéral euro-méditerranéen en "rupture" -le mot est également employé en Italie- avec les méthodes du passé. Une exaltation commune de la valeur travail, un libéralisme sacrément teinté de protectionnisme, et un atlantisme assumé. Ainsi qu’un mode de fonctionnement autocentré : les Français ont sanctionné ce style au bout de quelques mois, mais les Italiens, apparemment, en redemandent.

Pour autant, Berlusconi ne sera pas un partenaire commode pour Nicolas Sarkozy sur l’Europe. Certes, les embrassades ne manqueront pas lorsqu’ils seront amenés à se rencontrer, mais cela ne suffit pas dans les relations entre Etats. On le voit dans le dossier Air France/Alitalia, où le candidat Berlusconi s’est engagé à empêcher toute vente de la compagnie italienne en faillite au prédateur français. Et il Cavaliere, si l’on en juge par ses deux passages précédents à la tête de l’Italie, n’a jamais beaucoup aidé à l’intégration européenne, et certains de ses alliés sont ouvertement europhobes.

Le Sarkoberlusconisme a peut-être des fondements communs, mais chacun chez soi.

Pierre Haski

► Edito diffusé mardi 15 avril sur Europe1. Retrouvez l’édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.


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Par daniel
11H37    15/04/2008

Le succès de Berlusconi, est surtout une énorme défaite de la Gauche Italienne (et on peut faire le parallèle avec la gauche Française, si certains n’aiment pas la comparaison Sarko/Berlu).

Comment un gourvernement incapable de gérer le problèmes des ordures dans la région de Naples pourrait être reconduit ?

Je sais bien que le problème est plus vaste et antérieur à Prodi, mais tout de même. Le monde entier se moque de l’Italie et berlusconi a profité un maximum du mécontentement qui ensuit.

 
Par albin
11H56    15/04/2008

Ce que vous ne dites pas, c’est que c’est la coalition de Berlusconi qui a gagné. Parce que le grand vainqueur est la Ligue Lombarde. Tout cela est assez triste en fin de compte. Je vous propose la lecture de l’Enfant du Kerala de Lowie qui parlait déjà du retour de Berlusconi en 2006. Et que son retour allait provoquer une résistance violente : l’extrême gauche n’a plus son « sage » Bertinoti et cela signifie une voie royale aux durcissements.

J’aimerais aussi rappeler à ceux qui ne le savent pas : la droite italienne est décomplexée depuis bien plus longtemps que la droite française. Il y a eu dans les précédents gouvernements Berlusconi des ministres fascistes (issus de la mouvance Front de la Jeunesse) ou ultra-religieux.

 
Par Barbarossa
12H21    15/04/2008

Je suis vraiment choqué par la qualification simpliste et fausse donnée de la Ligue du Nord.
Tout d’abord, cette vision franco-française consistant à traiter de raciste tout mouvement ayant un programme de gestion de l’immigration est purement abjecte. Votre sentiment n’est d’ailleurs pas partagé par la majorité des opposants italiens à la Lega qui préfèrent d’autres arguments plus constructifs.
Ensuite, quitte à ne dire que 2 mots de ce mouvement, pourquoi n’y indiquer qu’une opinion et non du factuel, tels que par exemple le fait que ce mouvement dirige avec un succès reconnu des provinces connaissant une prospérité économique indiscutable (Varese, Bergamo - 2.5% de chômage en moyenne) ou administre des secteurs (exemple santé en Lombardie) qui offre sans doute les meilleurs services de l’ensemble du territoire italien…Dans l’attente de vos remarques.

 
Par pomme53
17H01    15/04/2008

El Maestro est revenu !

Comme il fallait s’y attendre, Silvio BERLUSCONI à donné dans la démesure pour s’emparer du pouvoir Italien. En cela, il ne lui aura fallu qu’une chose : imiter son voisin Français Nicolas SARKOZY qui, lui aussi, maîtrise plutôt bien la communication démago-populiste , et lui à montré comment s’en servir à dessein. A moins que cela ne soit l’inverse, allez savoir! chez les démago, on se troque les meilleurs coups ! La fin justifie les moyens…
Plébiscité par le peuple, galvanisé par son pouvoir indestructible, le « superman  Silvio » garde dans sa « botte » bon nombre de surprises à faire rougir d’envie les « Borgia » eux-mêmes…
Les « Tifosi » ne vont pas tarder à se rendre compte de leur erreur magistrale, qui aura pour conséquence directe une nette augmentation de la misère et de la précarité, avec une pression fiscale qui accentuera encore davantage le clivage entre le nord et le sud du pays, soit la partie riche et la partie pauvre de l‘Italie.

On se demandait qui, des dirigeants SARKOZY / BERLUSCONI par leur « gouvernance » ultra libérale, provoquerait une réaction en chaîne de débordements sociaux, qui aboutiraient à terme à une inévitable révolution sociale européenne (dont beaucoup tenait Nicolas SARKOZY pour être le mieux placé dans ce genre d‘exercice) ; il semblerait que nous ayons , en Italie, le candidat type, à promouvoir un « tsunami » social qui embrasera bientôt l’europe toute entière. C’est juste une question de temps!

 
Par Servais-Jean
15H55    15/04/2008

Pierre Haski

Trés bon èdito qui en tant que tel demande à ètre développé.
Je vais donc y mettre ma petite pierre.

Romano Prodi a réussit tout de même, à travers Walter Veltroni, a créer le parti solide qui manquait à la gauche éparpillée dans une multitude (une dizaine) de petites formations concurentes.
Prodi voulait faire une réforme électorale qui permette une meilleure stabilité (en moyenne un gouvernement par an et cela depuis soixante ans)
Berlusconi y donnera-il suite? Ou regardera-t-il seulement son propre intérêt?

Enfin les promesses de Berlusconi ressemblent étrangement à celles faites par Notre Fifrelin à nous lorsqu’il parlait de la non privatisation de GDF, du maintient de l’emploi en Moselle et autres fifreries.