
Malgré un tableau de chasse à faire pâlir d’envie nombre de réalisateurs, Saverio Costanzo reste inconnu en France. Son premier film, "Private", fit l’effet d’un pétard mouillé, bien qu’il revisite le dialogue israélo-palestinien de manière polémique. A son tour, "In Memoria di me", qui sort le 16 avril, pourrait subir le même sort injuste. Rencontre.
L’entrée d’Andréa en noviciat jésuite risque de laisser les spectateurs français de marbre. Pourtant, alors que le cinéma italien s’étrangle entre le narcissisme post-fellinien (Nanni Moretti, Mimmo Calopresti) et la pop acidulée (Gabriele Muccino), Saverio Costanzo, Léopard d’or au festival de Locarno en 2004 et sélectionné en compétition officielle à la Berlinale l’an dernière) incarne une troisième voie exigeante.
Rue89: Votre adaptation du "Jésuite Imparfait" de Furio Monicelli est très controversée en Italie. Pourquoi gommer les relations homosexuelles entre les personnages?
Saverio Costanzo:Je savais que si je me concentrais sur l’homosexualité, je manquerais la portée du livre qui est surtout une quête spirituelle [le livre de Furio Monicelli fit scandale dans l’Italie des années 1960, abordant frontalement l’homosexualité refoulée et la prêtrise, ndlr]. Il y a aussi un problème d’intégrité artistique. Je ne suis pas gay, je n’aurais pas su rendre la subtilité des rapports amoureux, l’érotisme. Je pense tout de même que le film est suffisamment ouvert pour laisser une part d’interprétation.
En abordant le thème de la quête spirituelle, n’aviez-vous pas peur d’enfermer le film dans l’ésotérisme?
J’ai conçu le trio Andrea (Christo Jivkov, au physique… christique), Zanna (Filippo Timi), Panella (Fausto Russo Alesi), les protagonistes du film, comme un seul et unique personnage. C’est une manière plus lisible d’aborder le conflit intérieur. Andrea, c’est la voix de l’institution religieuse. Une manière probablement plus froide et rationnelle d’envisager la spiritualité. Pour lui, tout doit trouver une réponse. Zanna a une conception plus artistique: laisser les choses en suspension ne lui pose pas de problème. C’est pour ça que j’ai fait de lui un dessinateur. Quelqu’un qui esquisse… Quant à Panella, c’est probablement le personnage le plus apaisé du film: sa recherche n’est pas raisonnée, il n’entre pas dans les vétilles théologiques et, l’arrogance que ces querelles peuvent susciter. Mais lorsque Zana quitte le noviciat, c’est un acte profondément politique, un peu comme s’il disait que l’on ne pouvait faire confiance à l’institution que représente l’Eglise. Pourtant, la spiritualité sans un socle institutionnel dur est impossible…
Vous voulez renouer avec l’esprit contestataire du cinéma italien, les Ferreri et Francesco Rosi?
J’ai davantage une dette envers Marco Bellocchio, franc-tireur des années 1960 et 1970. Je l’ai rencontré, il m’a conseillé pour "In Memoria di me", en jetant un œil au scénario notamment. Forcément, j’ai un rapport élève-maître avec lui. Il existe néanmoins une véritable parenté entre son cinéma et le mien. Nous abordons tous les deux la religion et d'un point de vue idéologique, ce qui est particulièrement rare dans le cinéma italien. Ce doit être dû à un complexe par rapport au Vatican. Le poids de l’institution encore…
► In Memoria di me de Saverio Costanzo - Avec Christo Jivkov, Filippo Timi, Fausto Russo Alesi. Sortie le 16 avril.

Commentez les articles de Rue89 en vidéo avec votre webcam.





En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
Moretti narcissique post-fellinien?
Ca c'est de la critique molle qui veux faire des bons mots.
Vous ne seriez pas journaliste culturel à libé?
M. Tarim vous connaissez un film de Nanetti où il ne se filme pas lui-même ? et encore et encore. Moi moi moi.
Quant à ce film de Costanzo c'est le plus beau film que l'Italie ait fait depuis l'évangile selon saint matthieu de Pasolini. Mais bien sûr anars et athées agressifs s'abstenir.
Merde, le KGB. Vous avez deviné que j'étais anar et athée , un peu comme Pasolini finalement. Allez revoir ce cher évangile et vous rendrez compte que le christ de PPP est plus révolutionnaire que le votre, au Vatican. Personellement, je prefére Porcherie, avec ce cher Pierre Clementi.
Quand à Nanni, il se filme, c'est certain, il est narcissique, ou plutôt autarcique (son premier film), mais il ne dirige pas mediaset.
Enfin la formule post fellinien est une figure de style "liberationnesque" et sur cela vous restez muet; je vous comprend pouffpouff et je pouffes.
Moretti est narcissique, clairement inspiré de Fellini. Donc, on peut dire qu’il est narcissique post-fellinien. Ce n’est pas qu’un bon mot.
Costanzo est plus proche d’un Kubrick dans ses références, parfois un peu trop appuyées dans son dernier film, qui est toutefois très bien maîtrisé. C’est un film à voir. Pour une fois qu’un réalisateur italien ne nous ressert pas la soupe de la mafia.
Comme Amelio ou Kim Rossi Stuart, Costanzo fait un cinéma un peu en dehors des sentiers battus du cinéma italien actuel. Espérons qu’ils continuent dans cette voie et qu’ils en inspirent d’autres. Il ne faudrait pas qu’ils suivent le chemin de la facilité choisi par Sorrentino.
Je vois que vous êtes connaisseur.
Je suis toujours étonné des réactions d'internautes qui ont vu le film avant que le film ne sorte en salle(s). Vous ne voudriez pas annoncer la couleur: producteur, ami du producteur, distributeur, ami du distributeur, vendeur international, ami du vendeur international, journaliste, ami du journaliste, pique assiette dans les festivals de cinéma, ami du pique assiette dans les festivals de cinéma?
J'irai voir le film, pour pouvoir vous répondre un peu mieux, même si ce n'est pas un film sur la mafia, le vatican c'est quand même un peu la mafia.
Non tout simplement avant-première à l'Arlequin dimanche dernier avec C.-J. Philippe.