Enquête

Morts de sans-papiers: où en sont les enquêtes?

Baba Traore, Ivan, Chulan Zhang… Les décès lors de contrôles se multiplient. Des enquêtes sont lancées, mais ou mènent-elles  ?

Contrôle de gendarmerie à Clichy-sous-Bois (Regis Duvignau/Reuters)

Il y a une semaine, Baba Traore mourrait dans la Marne, à hauteur de Joinville-le-Pont (Val-de-Marne). Malien, âgé de 29 ans et célibataire, il venait d’être contrôlé à la sortie du RER par des agents de la RATP et des policiers. A leur présenter, Baba Traore n’a que sa carte de la RATP. Pas de pièce d’identité. Encore moins de titre de séjour  : il était arrivé en France pour donner un rein à sa soeur, en 2004, et son titre de séjour était arrivé à expiration. Lui était resté, sans papiers.

Depuis le mois de janvier, il était sous le coup d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Lorsque les policiers -en civil, raconteront des témoins- lui demandent de les suivre pour vérifier son identité, il prend la fuite. Au bout de la course, les parapets qui protègent les berges du fleuve. Il saute à l’eau. Hydrocution  : la Marne était à 6 degrés ce vendredi 4 avril. Il se passe encore quelques minutes avant que les secours ne le repêchent, inconscient. Transporté à l’hôpital à Paris, il décède peu après.

Ce récit, c’est celui du parquet de Créteil, en charge du dossier. Car une enquête a été ouverte et confiée par le parquet à l’IGS, la "police des polices". L’autopsie indique que Baba Traore est mort d’un choc cardiaque lié à la température de l’eau. Brigitte Franceschini, secrétaire générale du parquet au TGI de Créteil, précisait vendredi soir que l’enquête sur la mort de Baba Traoré était "quasi bouclée"  :

"Si nous constatons une infraction pénale de la part des policiers, nous pouvons décider de poursuivre. Mais les témoignages sont formels et confirment les résultats de l’autopsie  : il n’y a pas eu de contact après le contrôle entre les policiers et Baba Traore. Il n’y a aucune trace de violences."

La soeur de Baba Traore, elle, contestait dans la presse, quelques jours après le drame, que son frère ait pu se jeter à l’eau  : "Parce qu’il aimait trop la vie."

Des précédents tragiques

L’annonce de ce décès a déclenché un vif émoi dans l’opinion publique. Car l’histoire de Baba Traore entre en résonnance avec celle d’autres sans-papiers, morts après un contrôle d’identité. C’est le cas de ce jeune Congolais qui s’est jeté du deuxième étage de l’hôtel de police, à Lyon, le 4 août. Le cas, aussi, le 20 septembre, de cette Chinoise qui s’est elle aussi défenestrée, boulevard de la Villette, à Paris, lorsque les policiers étaient venus perquisitionner dans un appartement au 1er étage. L’enquête révelera que la police cherchait en fait son logeur dans une affaire de vol. Chulan Zhang avait 51 ans.

C’est aussi le cas d’Ivan, 12 ans, né à Grozny, dont l’histoire a été très médiatisée. Le 9 août, la police réveille cette famille tchétchène en sonnant à la porte de leur appartement d’Amiens. Les parents d’Ivan refusent d’ouvrir, le père panique et décide de passer sur le balcon du voisin du dessous lorsqu’il entend la police défoncer la porte. Son fils veut le suivre. Il tombe. Il passera plusieurs jours dans le coma, puis de longs mois hospitalisé.

Contacté vendredi, maître Lec, son avocat, raconte qu’Ivan a repris les cours au collège à mi-temps et qu’il est en rééducation le reste du temps. Ses parents et lui ont arraché un titre de séjour provisoire d’un an, alors qu’Ivan était encore dans le coma.

A l’époque, Ivan est le quatrième sans-papiers à passer par la fenêtre en un mois et demi. Là aussi, une enquête a eu lieu. Au pas de course et dans une grande discrétion  : Ivan chute du balcon le 9 août, l’IGPN boucle son enquête le 3 septembre. Quelques jours plus tard, le parquet d’Amiens classe l’affaire sans suite. A l’époque, Me Francis Lec expliquait à Rue89 que l’Etat pourrait être inquiété dans cette affaire. Huit mois plus tard, l’avocat précise  :

"L’enquête est close et nous ne sommes guère étonnés des conclusions. Mais on peut encore porter plainte contre X pour faire rouvrir l’information judiciaire. Les milieux associatifs qui entourent la famille poussent en ce sens. Devant le tribunal administratif, nous pourrions poursuivre l’Etat. Les parents, eux, ne sont pas encore décidés."

Que se passe-t-il réellement sur place pour qu’on en arrive là  ?

Ajoutant au désarroi qui va crescendo, les cas se multiplient  : le 8 janvier, un autre sans-papiers, Algérien de 26 ans, mourrait en se jetant dans le vide durant une perquisition, en région parisienne. Et l’opinion publique de s’interroger  : comment peut-on en arriver à tant de contrôles à l’issue dramatique  ? Que se passe-t-il réellement sur place pour qu’on en arrive là  ? L’ouverture d’une enquête est systématique sitôt que l’affaire débouche sur un décès. Deux autorités peuvent en être à l’initiative  : le préfet ou le parquet. Mais ces enquêtes, annoncées très vite après le drame, sont-elles efficaces et crédibles  ? Vite menées, discrètement closes, elles ne débouchent le plus souvent sur rien.

Contactés cette semaine pour faire le point sur l’enquête, sept mois après la mort de Chulan Zhang, ni l’IGS ni le parquet de Paris n’ont voulu répondre à Rue89. A Créteil, où s’instruit l’enquête sur la mort de Baba Traore, Brigitte Franceschini, la secrétaire générale du parquet, a, elle, accepté de nous parler de l’affaire  :

"C’est la toute première fois que nous sommes confrontés à un tel cas. Je sais qu’il y a eu des précédents, et d’autres enquêtes à la clef, mais on n’échange pas, entre parquets. Les autres affaires, c’est par la presse que j’en ai entendu parler."

Une conséquence de la politique du chiffre

Proche de la gauche et ouvertement hostile à la politique actuelle envers les sans-papiers, le Syndicat de la magistrature n’hésite pas à aller plus loin  :

"Nous n’avons pas encore de chiffres sur ce point. La question du suicide d’étrangers en centre de rétention ou de décès lors d’interpellation est assez récente. C’est la pression du chiffre qui crée les conditions d’un stress légitime pour les étrangers  : ils veulent échapper par tous moyens à la police."

Enfin, outre l’enquête administrative, lancée par l’administration concernée, et l’enquête judiciaire, sous le contrôle du parquet, ces affaires peuvent aussi déboucher sur une enquête de la Commission nationale de déontologie et de sécurité (CNDS), sur l’initiative d’un député.

La CNDS rendait justement public, cette semaine, son rapport annuel pour 2007. La Commission, peu diserte par téléphone, concède toutefois du bout des lèvres quelques mots sur ces affaires  :

"Oui, nous avons des cas comme celui [De Baba Traoré]. Nous sommes alors en droit d’exiger des pièces émanant de l’enquête judiciare ou administrative, qui existe à côté. Mais nous restons soumis au bon vouloir des gens qui nous répondent  : ça peut prendre plusieurs mois, en cas de blocage d’un juge d’instruction, par exemple. Notre appréciation des faits est régulièrement différente de celle de l’IGS, c’est notre raison d’être."

Et la CNDS, qui avait été créée en 2001, de souligner que ses moyens restent très limités "pour une bonne raison  : lorsqu’il y a un décès, il nous manque un témoignage crucial, celui du mort  !  "


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Par psyche
00H50    14/04/2008

Bonsoir à tous,

Je sais que cela peut paraitre illusoire, mais pourquoi ne pas imposer aux policiers le port de micro-caméras lors de leurs missions?
Cela n’empêchera sûrement pas les images d’êtres « trafiquées » dans certains cas, mais il se peut que ces images puissent servir à établir la vérité, voire à calmer les ardeurs de quelques fonctionnaires.
Après tout les forces de l’ordre font régulièrement « appel » aux caméras de surveillances de lieux publics ou privés pour déterminer des responsabilités (on l’a vu notemment avec l’affaire de la banderole au stade de France).

 
Par Don Matito
01H42    14/04/2008

Je vais encore passer pour le fan de base, mais encore bravo a rue89 pour assurer un suivi des evenements qui font leur « petit tour et puis s’en vont » dans les autres medias.

La politique de l’immigration actuelle est degradante pour les valeurs et l’image de la France, couteuse, et contre-productive au niveau securite: les affaires de sans-papiers occupent maintenant une part tres large des commissariats et tribunaux administratifs, alors que la plupart du temps ces gens ne troublent pas l’ordre public.

Je ne suis pas un partisan de l’ouverture des frontieres, on ne peut tout simplement pas se le permettre. Mais la fermeture systematique detourne de la France des gens qui veulent y construire quelque chose, y compris prendre des boulots mal payes que les Francais ne veulent pas faire. Et cela met aussi des batons dans les roues et repousse les immigres qualifies que l’argumentaire sarkozyste pretendait vouloir accueillir. Les diplomes preferent aller en Espagne, en Angleterre ou aux USA !

Je souhaiterais une reforme des lois d’immigration, qui 1) diraient objectivement les criteres d’entree, exemple projet professionel, niveau de ressource, niveau de langue, meme si c’est un parcours du combattant c’est mieux que l’arbitraire actuel 2) instaurerait une taxe elevee a l’entree, d’une part cet argent est mieux en France que dans la poche des passeurs, d’autre part permettrait de couvrir l’avantage du migrant de beneficier du systeme social francais. Humain, equilibre et soutenable a long terme.

 
Par Tiphainemmanuelle
09H45    14/04/2008

dans 20 ans on nous donnera des chiffres sur le nombre de morts chez les sans-papiers,on citera éventuellement le nom d’un ministre ou d’un préfet de police
on parlera des tortures , des viols dans les centres de rétention
on se souviendra des fantômes qui hantaient les campagnes autour de Calais
des enfants devenus grands raconteront leur incompréhension devant l’acharnement policier que subissaient certains de leur camarades de classe
nos enfants nous ferons la morale en nous demandant pourquoi nous les adultes , avons laissé faire
Dans 20 ans…
quand ils s’apercevront que nous avions toutes les infos en temps quasi réel
comment pourrons-nous nous justifier?
passer pour des lâches aux yeux de ceux que l’on aime
en avons-nous vraiment envie?
alors au lieu de nous disculper dans de pseudos luttes ( ils étaient mignons nos députés de tous bords sur le toit de l’AN agitant leurs drapeaux au passage de la flamme)
crions haut et fort qu’une vie de sans-papiers est précieuse
aussi précieuse que celle d’un Tibétain ou que celle d’un dissident politique chinois

 
Par eelisa
09H55    14/04/2008

Une copine a proposé dans le réseau cette action sympa et totalement gratuite :

*Vous prenez une carte postale (une gratuite, on en trouve partout !)

*Vous y écrivez le texte suivant:

PROPOSITION POUR LA RENTREE

« Désormais chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se verront confier la mémoire de l’un des 11 000 enfants
victimes des lois Sarkozy-Hortefeux contre l’immigration.

Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l’existence d’un enfant renvoyé dans son pays.

Rien n’est plus émouvant pour un enfant que l’ histoire d’un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui. »

Vous envoyez (gratuit, franchise postale) à:

Monsieur le Président de la République,

Palais de l’Elysée,

55, rue du Faubourg Saint-Honoré,

75008— PARIS.

Faites passer à vos réseaux.

La terre est ma patrie, l’humanité ma famille. Khalil Gibran.