Une défense de la sincérité des engagements humanitaires
Les feux des projecteurs ne remettent pas en cause la sincérité des engagements humanitaires. Le procès qui est fait aujourd'hui aux représentants médiatiques d'engagements humanitaires au sens large, est bien celui que le spectateur fait aux acteurs.
Nous avons pu lire en effet ces derniers jours plusieurs commentaires acerbes, sur les prises de positions de tel ou telle Président d'Organisation non gouvernementale (ONG) ou de tel ou telle artiste. En substance que leur reproche-t-on ? Deux choses : 1) une mise en scène de leur action démesurément personnalisée ; 2) une mobilisation très éphémère pour des causes trop nombreuses.
Le voile est ainsi jeté sur la sincérité de leur engagement. Ce raisonnement est tout à fait contestable. Sur la question de la personnalisation de l'action, tout d'abord, ne soyons pas dupes. Quels sont les moyens aujourd'hui dont les activistes humanitaires disposent pour mobiliser l'opinion publique en faveur d'une cause trop souvent oubliée, et dont les médias ne se font l'écho que de manière épisodique au gré de l' » Actu » ? Eux-mêmes. Le plus médiatique d'entre eux ; celui qui pourra donner le plus de résonance au message que l'association souhaite faire passer se fera le porte-parole de l'organisation. Identifié comme tel dans les médias d'ailleurs, il n'usurpe pas cette fonction.
La critique qui lui serait ensuite faite de monopoliser la parole du groupe ad vitam contre son gré ne tient pas ; l'histoire de l'engagement humanitaire le prouve, les associations créées en dissidences sont légions. Qu'une personnalité du monde artistique soit sollicitée par ces mêmes organisations n'est pas non plus choquant, bien au contraire. Au-delà d'amplifier la résonance du message, elle encourage ses pairs à sortir du statut d'icône spectateur pour entrer dans la peau d'acteur de la société.
Ensuite, comment pouvoir reprocher le caractère éphémère de la mobilisation ? Ce serait faire fi du travail quotidien et consciencieux des équipes de l'organisation militante. Soyons cette fois honnête, et arrêtons de nous faire croire que l'arbre cache la forêt. Ce serait mal connaître la forêt, et de surcroît la mépriser. La médiatisation de quelques opérations ne saurait cacher les nombreux autres projets d'une même organisation militante.
Par ailleurs, sollicités par les associations qui souhaitent mettre en lumière des projets jugés » peu vendeurs » par les médias, ces derniers leurs refusent –souvent poliment tout de même- l'accès à cette fameuse résonance. Ils ne peuvent donc à la fois se désintéresser de ces projets peu médiatiques et critiquer la dictature de l' » Actu » , dont les associations se servent comme fenêtre d'opportunité.
Remettre en question, enfin, la multiplicité des causes pour lesquelles se mobilisent les » portes paroles » et donc les organisations dont ils se font la voie est absurde. Devrait-on pour être crédible ne se mobiliser toute sa vie durant que pour une seule et même cause ? Et pourquoi pas dans un seul et même pays ? Cela simplifierait peut-être en effet la tâche du producteur d' » Actu » qui cantonnerait ses acteurs dans les mêmes rôles lisses et convenus d'avance, assurant ainsi la réussite de son modèle économique.
Hélas les injustices sont multiples. Mais heureusement, les ressorts intellectuels personnels qui poussent des personnes à s'engager, à » franchir le pas » , en devenant acteurs et non plus spectateurs sont eux aussi multiples. S'engager, c'est porter une idée, une action. Mais s'engager, c'est aussi se découvrir, se mettre personnellement en danger, et pour ce simple fait, mérite le respect. L'ombre et la lumière, le fond et la forme, se confondent alors. Les membres des organisations militantes le savent, et l'assument. La sincérité de l'engagement ne saurait se mesurer à l'aune de cette distinction simpliste.
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De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 09H52 | 13/04/2008 |
Personne ne remet en cause la sincérité des engagements humanitaires . c'est les RÉSULTATS qui sont contestés .
à Numerosix
De el loco
éducateur spécialisé | 11H00 | 13/04/2008 |
plutôt la méthode quand on voie l'arche de Zoé !
De Servais-Jean 4591
alpha-béta | 11H03 | 13/04/2008 |
Renaud Helfer-Aubrac | Administrateur d'ONGs
Concernant les « humanitaires » vous employez le terme d'activiste ce qui nous laisse entendre que vous trouvez normal l'emploi de tous les moyens dans un but humanitaire.
Ayant encore sous les yeux les dégats faits par cet activisme, et vous entendre en plus demander du respect pour ces illuminés, mes scie les pattes.
Ce texte est digne de Breteau.
Heureusement qu'il existe des ONG qui refusent ces « terroristes » du Bien.
Mais ce n'est certainement pas chez eux que vous exercez vos talents.
De Annie
11H32 | 13/04/2008 |
Je me suis peut-être trompée, mais j'avais plus l'impression qu'on faisait ici plus allusion à RSF qu'à l'Arche de Zoé. Mais pour reprendre le commentaire de Numerosix, qu'entend-on par résultats ? Si vous intervenez au Niger parce qu'il y a une famine, vous savez pertinement bien qu'il y en aura une autre, plus ou moins sévère, l'année suivante. Cela veut-il dire qu'il ne faut pas intervenir ? Je crois comme l'a dit Robert Ménard à Arrêts sur Image, que la seule légitimité, c'est celle qui pousse à intervenir ou se mobiliser par rapport à certains principes, mais avec responsabilité. Ce que l'Arche de Zoé n'a pas fait. Je suis la première à regretter la surenchère médiatique, et la réduction simpliste des problèmes complexes. Mais ce sont en général les médias qui en sont responsables.
Cela dit, je pense qu'il faut garder l'esprit critique avec les ONG, et poser des questions sur leur pouvoir, leur financement et leur orientation. Leur demander plus de transparence n'est pas remettre en cause leur engagement.
De remdom
12H18 | 13/04/2008 |
L'intérêt pour les voyages exotiques, et la mise à distance des solidarités quotidiennes sont de vertueuses raisons invisibles de l'action humanitaire. La promotion sociale et la captation symbolique des discours sur « ceux qui sont parlés », sont de ces ressorts plus visibles au travers de personnages de ministres ou secrétaires d'État tels MM Kouchner, Yade, Amara, Hirsch.
Comme les autres activités humaines et les autres champs d'échanges, l'humanitaire fonctionne à la distinction chère à M. Adam Smith plus connu pour la main invisible.
On peut en effet difficilement passer sous silence les enjeux de distinction et les intérêts économiques du marché de l'humanitaire.
Personne ne dément le fait que RSF soit financé par une agence étatsunienne, ce qui donne à comprendre ses indignations sélectives ou ses silences assourdissants.
Personne n'a repris la question du financement de l'Arche de Zoë par une firme pharmaceutique dont M. François Sarkozy, frère du président de la République actuel, est un dirigeant. C'est cependant ce qui donnerait à lire les raisons du voyage éclair de M. Nicolas Sarkozy au Tchad, et du buzzing, au moment du capotage de l'opération « humanitaire » de kidnapping d'enfants tchadiens ( mais sont-ils tchadiens, ou des confins ? ).
Les nouveaux, et derniers j'espère, explorateurs en quête d'exotisme pourraient relire « Tristes tropiques » de Claude Lévi-Strauss, pour réaliser comment les tropiques sont désormais chez nous ainsi que leurs migrants attirés par la prospérité et la redistribution, que les solidarités sont là, et la sincérité qui va de pair avec le désintéressement et l'engagement collectif anonymes.
De compte supprimé 13
12H21 | 13/04/2008 |
Comme Annie (traductrice en Angleterre) je n'ai pas compris la présence du Tag « arche de Zoe'…
Ce que je comprends encore moins c'est que Rue89 nous resserve - sans le mentionner - un papier de jeudi paru sur Agora, légèrement modifié/remanié…
http://www.agoravox.fr/article_tous_commentaires.php3 ? id_article=38550
Inscrit depuis 3 heures le premier geste de M. Helfer-Aubrac est de propager cet articulet passe-partout…
Comprenne qui pourra ! ?
à compte supprimé 13
De Pierre Haski
Rue89 | 12H47 | 13/04/2008 |
Je ne savais pas que cet article était passé sur Agoravox. Il a sans doute été proposé par l'auteur aux deux sites, et Agoravox l'a mis en ligne plus vite, ce que nous ignorions. Désolé pour ce doublon, mais après tout, s'il génère un débat ici aussi, ce n'est pas tragique, non ? (pour le tag Arche de Zoé, peut-on parler d'humanitaire, d'ethique et de sincérité sans, aussi, penser à cette malheureuse affaire ? )
à Pierre Haski
De compte supprimé 13
13H10 | 13/04/2008 |
pour l'Arche : bien entendu on peut en parler dans ce cadre.
Ce que je voulais souligner, ce sont les « efforts » de l'auteur pour ne nommer aucune ONG (à tel point que nous avons été au moins deux à comprendre qu'il était question de RSF) et qu'au final ce tag « personnalise ».
Dans cet exemple pourquoi n'avoir pas nommé l'Arche dans le corps de l'article, ce qui l'aurait rendu, sans doute, moins tortueux et moins général.
à compte supprimé 13
De Pierre Haski
Rue89 | 13H46 | 13/04/2008 |
c'est moi qui ai rajouté les tags, pas l'auteur. J'aurais du mettre aussi celui de RSF, ce que je vais faire immédiatement pour qu'il n'y ait pas d'ambiguité.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 12H25 | 13/04/2008 |
La sincérité n'a aucun intérêt en la matière. A la limite, à choisir, je préfèrerais une ONG peu ou pas sincère et qui accomplit un boulot nickel (selon des critères qui restent à définir) à une ONG pétrie de bons sentiments et qui fait n'importe quoi.
La question des ONG est particulièrement intéressante parce que cette appellation a désormais tendance à fonctionner comme un label, bien dans l'esprit du temps qui veut moins d'Etat soit garant de plus d'efficacité : tout ce qui est gouvernemental est devenu a priori suspect, tout ce qui est non-gouvernemental est tenu pour a priori bienveillant.
Or les choses ne sont pas si simples, et il suffit de se souvenir de la révolution orange ukrainienne pour constater que certaines ONG poursuivent des buts qui n'ont rien à envier à ceux des Etats.
L'action des ONG devrait aussi pouvoir faire, au même titre que n'importe quel intervenant, d'une évaluation politique et, donc, critique. De ce point de vue, les bases du principe d'ingérence humanitaire jadis posées par Kouchner ont également été les bases d'ingérences assez peu humanitaires et tout à fait politiques (ce qui en soi ne suffit pas à les disqualifier, mais qui suggère de les regarder avec circonspection).
Dans cette perspective, la sincérité… on s'en fout un peu.
à thierry reboud
De compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
bye bye.... | 13H56 | 13/04/2008 |
Mon point de vue que je partage
On ne peut pas être indifférent à la sincérité de la majorité des membres d'une ONG (je dis « la majorité » car quelques moutons noirs sont partout inévitables) sauf à reconnaître que ce sont des entreprises privées comme les autres (qui cherchent le résultat mais pas dans des buts altruistes), comme je crains, voire je crois savoir, que certaines ne le soient devenues.
Sur le reste, je suis d'accord avec vous : ce sont les Etats qui devraient prendre essentiellement en charge l'aide humanitaire. Il est probable que dans ce cas elle porterait un autre nom qu » « aide humanitaire (“solidarité”, par exemple, voire“fraternité”…Passons.)
De Annie
14H11 | 13/04/2008 |
Ex-humanitaire, je sais que les raisons pour s'engager ne sont pas toutes complètement désintéressées, mais personne n'a jamais dit qu'il fallait être Mère Thérésa. La question d'une évaluation politique et donc critique des ONG est essentielle. C'est que je disais dans ma première intervention, mais je l'ai effacé parce que je pensais que c'était un peu hors sujet.
Je suis très inquiète à propos de l'engagement de certaines ONG dans les pays en développement, qui sont devenues les bras armés des gouvernements occidentaux à la recherche de bonne gouvernance, et qui véhiculent des politiques qui ont des relents de néo-colonialisme et promeuvent des valeurs occidentales. Je pense qu'au-delà de la sincérité, et de l'action, il faut absolument évaluer non pas des résultats, ou du moins pas comme on l'entend, mais l'adéquation de toute action au regard des principes défendus, et aussi replacer son action dans un contexte plus large pour savoir si elle est au bout du compte préjudiciable ou pas. Comme je le disais précédemment, cela implique de le faire d'une manière responsabilisée.
Je dois dire que j'admire beaucoup Médecins ou Reporters sans frontières, d'accord parce qu'ils s'impliquent, mais aussi parce qu'ils assument leurs contradictions, et ont sciemment fixé leurs limites et décidé que leur mission n'était pas de sauver le monde, et donc pas de promouvoir un nouvel ordre mondial. Ce qui n'est pas un défaut en soi lorsque vous avez une certaine légitimité.
Quant à préférer une ONG qui fait un travail nickel plutôt que de tabler sur la sincérité, je pense qu'il faut les deux. La récente professionnalisation des ONG, l'embauche de nombreux cadres du secteur privé (je parle plus de l'Angleterre ici, mais je ne peux pas croire que la situation soit tellement différente en France), fait que les décisions d'intervention sont plus souvent basées sur une analyse des retours d'investissement (c'est-à-dire quel est le pays où il est préférable d'intervenir parce qu'il a plus de chance de se développer qu'un autre), et peut expliquer le pourrissement des situations comme le Niger qui est un pays où sévit la corruption et a donc peu de chance de développement et où il a fallu attendre 8 mois avant que quelqu'un intervienne (à part MSF), et que l'un des grands débats de l'époque était un de terminologie pour savoir si l'on pouvait appliquer ou non le mot famine au Niger. Si vous crevez de faim, je pense que la nuance doit vous échapper.
Pour enfin répondre au dernier commentaire, les ONG n'existeraient pas si l'état faisait son travail. J'ai bien peur que ce soit une utopie, et que dans les années qui viennent, elles se multiplient en France.
De Lairderien
21H11 | 13/04/2008 |
Le problème des ONG est qu'on y trouve le meilleur et le pire.
Et souvent sous couvert d'humanitaire se cachent des organisations de propagande confessionnelles des diverses religions « 'établies' » ou plus ou moins sectaires dont les buts finaux sont très éloignés des véritables besoins des populations.
De sushi_destroy
13H27 | 14/04/2008 |
Sur le fond je suis d'accord. Mais à se refuser de faire appel à des exemples et contre exemples concrets, on reste très vague.
Ca parle de quoi ? de RSF ? de l'arche de ZOE ? de l'ARC ? de l'irruption de certaines ONG dans le champs politique ?
Le monde des ONG est très divers, et à vouloir être trop général, l'auteur s'embourbe dans des généralités.