
L'éditorial du New York Sun pose la question dans son titre: "Une opération israélo-saoudienne?" Le journal reprend, sans pouvoir confirmer, les informations diffusées par l'agence de presse semi-officielle iranienne Fars. Il y est question de la possible coopération entre Israël et l'Arabie Saoudite dans l'assassinat, le 12 février dernier, d'Imad Mughniyeh, principal responsable militaire et des services de renseignement du Hezbollah, dans l'explosion d'une voiture piégée à Damas.
Recherché par les Etats-Unis et Interpol, et désigné par Israël comme une cible prioritaire, Mughniyeh était notamment accusé d'avoir planifié l'attaque contre l'ambassade israélienne de Buenos Aires en 1992 (22 morts) et l'attentat contre le centre culturel juif Amia dans la même ville en 1994 (85 morts).
Dès l'annonce de sa mort à Damas, la Syrie, l'Iran et le Hezbollah avaient accusé Israël d'être responsable. Les officiels israéliens avaient démenti toute implication.
De nombreux observateurs s'accordaient pour dire que cette opération avait nécessité des complicités sur place. La Syrie est un Etat policier où les faits et gestes de la population sont sous le contrôle des autorités baasistes. Comment les services israéliens, s'ils sont effectivement à l'origine de l'élimination d'Imad Mughniyeh, auraient-ils pu agir en toute impunité au cœur de la capitale syrienne? L'arrestation d'un membre de l'ambassade d'Arabie Saoudite à Damas permet peut-être, si l'information est confirmée, d'y voir un peu plus clair.
Un nouveau front contre l'Iran
Lors de la guerre du Liban de l'été 2006, Téhéran soutenait politiquement et militairement le Hezbollah. Sans l'approvisionnement iranien, via la Syrie, d'armements sophistiqués, les coups d'éclats comme le bombardement régulier de la ville de Haïfa (à plus de 40 kilomètres au sud de la frontière israélo-libanaise) et l'attaque contre un navire de guerre croisant au large des côtes libanaises n'auraient pas été possibles.
Cette guerre avait aussi révélé de nouveaux clivages dans la région. Alors que le Hezbollah jouissait d'une très grande popularité dans les pays arabes, les dirigeants saoudiens avaient condamné son "aventurisme" et comptaient sur une victoire israélienne.
L'Arabie Saoudite, gardienne des deux premiers lieux saints de l'islam, a récemment envoyé plusieurs signes qui illustrent sa volonté d'une nouvelle approche à l'égard de l'Etat hébreu. Le plan de paix de la Ligue arabe, proposé au sommet de Beyrouth en 2002 et prévoyant une normalisation complète des relations entre Israël et tous les pays arabes en échange du retrait des Territoires occupés, est une proposition de l'Arabie Saoudite.
Si les informations du Sun et en provenance de l'Iran venaient à être confirmées, le Moyen-Orient pourrait rentrer dans une phase inédite. Le conflit israélo-arabe ne serait plus le centre de gravité des tensions et s'effacerait au profit des nouveaux clivages autour de la question iranienne.

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Sur ces sujets liés au Moyen-Orient, j'ai souvent la sensation que nous disposons à la fois de trop et de trop peu d'information, ce qui finalement revient au même : nous sommes soumis à un rideau de fumée.
Trop, parce que la couverture médiatique est sans nul doute abondante. Trop peu, parce qu'elle recoupe la plupart du temps nos préjugés sur la région et ses acteurs.
Pour autant qu'il soit judicieux de tenir le Moyen-Orient pour un ensemble cohérent, j'ai l'impression que cette région connaît en ce moment des tentatives de modernisation, ce qui peut de prime abord paraître paradoxal, ou en tout de cas de sortie d'une situation à bien des égards archaïques. De telles périodes historiques ne vont pas sans convulsions, c'est vrai sous toutes les latitudes, et j'incline à croire que c'est plutôt à quelque chose de ce type que nous assistons.
Si cette hypothèse est juste, peut-être peut-on voir dans cet épisode de Damas une manifestation de deux orientations opposées : la voie saoudienne et la voie iranienne. Pour faire vite, l'Arabie Saoudite accepterait de s'inscrire dans le cadre proposé par l'Occident tandis que l'Iran chercherait à trouver une voie indépendante, voire hostile (je crois qu'il est prudent de ne pas trancher). Toujours dans le cadre de cette hypothèse, une collaboration entre l'Arabie Saoudite et Israël n'est plus aussi surprenante.
Au sujet du Hezbollah, si je peux suggérer une lecture, il vient de paraître aux éditions Sindbad un livre coordonné par Sabrina Mervin et intitulé "Le Hezbollah, un état des lieux". Je ne l'ai pas encore lu, mais il me semble justement qu'il fait place à une perspective plus nuancée que celle qui nous est habituellement servie dans nos contrées.
S'agissant de l assassinat d'Idmad Mughniyeh, perpétré par une "alliance ISRAËL-ARABIE SAOUDITE", dont on ne sait rien, le journal NEW YORK SUN se hasarde curieusement sur ces informations soi disant diffusées par l'agence FARS ! agence "semi" officielle donc "semi" reconnue par le pouvoir Iranien !
Alors, infos ou intox ?! et de qui ?!
En s'isolant davantage dans son opération de reconquête des territoires, il n'y a rien d'étonnant à ce que l'état Hébreu, en quête de toujours plus de légitimité, se cherche de nouveaux "alliés" dans la région ; le plus étonnant dans cette histoire, c'est que, dans son éventuelle implication, l'ARABIE SAOUDITE puisse croire une seconde au retrait Israélien des territoires occupés de Palestine !
Mais, pour l'heure, restons prudents...le New York Sun a peut être tenté de "tester" l'opinion publique dans sa réaction à la participation d'un pays Arabe contre l'Iran.
Je tiens juste à apporter quelques précisions au post sensé de Thierry:
- le Royaume d'Arabie Saoudite fait figure d'allié de "l'Occident" (quoiqu'on puisse entendre par cette expression phantasmatique, double symétrique de "l'Orient" fantasmé) depuis bien longtemps, en tant que gardien de l'or noir bien plus que de La Mecque. Cela ne l'empêche pas d'avoir des velléités d'indépendance par rapport à "l'axe Washington-Londres-Bruxelles", de la même façon que Paris a pu (pourrait?) en avoir envers Washington.
- Depuis la Révolution de 1979, il est évident que l'Iran se cherche une voie alternative face à ce qu'on peut appeler, sans fausse pudeur, l'impérialisme d'Etats puissants (Mossadegh & la CIA). Le désastre de l'arrivée au pouvoir du très réac Ahmadinejad ne doit pas masquer la recherche bien réelle d'une modernisation conciliant tradition & coutumes locales, de même qu'ont pu le faire, de façon très différente par ailleurs, les Japonais. Bref, l' "Occident" n'a pas le monopole de la "Modernité", à moins d'appeler modernisation l'occidentalisation, ET réciproquement occidentalisation la modernisation (on comprend, j'espère, les guillemets).
- La proposition saoudienne de 2002 a été totalement ignorée par Israël, et je ne pense pas qu'on puisse déduire d'une coopération ponctuelle, si celle-ci pouvait être avérée, une convergence de vue sur le problème palestinien.
- rappelons qu'en 2003 le vice-président Dick Cheney a rejeté une proposition soutenue par les plus autorités iraniennes, bien que le département d'Etat l'ait examiné auparavant de manière favorable. Téhéran proposait rien de moins que de cesser de soutenir le Hezbollah et le Hamas en échange de la levée des sanctions et de la livraison des Moudjahiddins du peuple (lesquels sont, en raison des tractations entre l'UE, les Etats-Unis et l'Iran, toujours sur la liste noire des organisations terroristes, malgré l'absence de tout acte de terrorisme sur le sol européen).
(source: http://www.lefigaro.fr/international/2007/01/19/01003-20070119ARTFIG9014...)
Bref, les relations restent toujours aussi complexes et pleines d'arrières-pensées qu'à l'époque d'Eurodif, quand l'Iran avait des parts dans l'usine d'enrichissement d'uranium de la Drôme (affaire pas tout à fait réglée par Chirac en 86-88, cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Eurodif).
Bjr Thierry,
Votre propos est intéressant. Il est clair que ts ceux qui tiennent le moyen orient comme un ensemble unifié n'ont rien compris. Considérer que le rapprochement saoudien israelien est le seul fait du pétrole (un des 1ers posts) me parait excessif. Les saoudiens sont sunnites, les iraniens chiites. Tachons de ne pas les regarder de maniere figée, ethnocentriste et largement dominée par la rationalité économique, au détriment dune vision historico culturelle. Le saoudiens, depuis la révolution iranienne, les ont tjrs regardé d'un mauvais oeil. Les seconds ont tjrs contesté la main mise des premiers sur les lieux saints de l'Islam.
En tt les cas, peut etre que ce rpprochement inédit donnerait davantage de poids a la création dun Etat palestinien. Si des alliances se forment, si l'Iran devient la tache d'huile de la région, il est clair que les israeliens auront intérét a la paix avec leur voisin historique. Alors peut etre le puissant lobby des colons pourra etre dompté par les politiques juifs. Et peut etre, veroons nous, fin 2008, ce que les palestiniens attendent depuis 50 ans.
Je pense que l'alliance d'Israel avec des Etats arabes serait un moyen de se désengager du lourd passé, pour paraphraser le dernier film de Gitai.
Voir cette alliance comme le seul fait dune main américaine et juive (les diables) me parait carricatural.
D'autre part, il me semble que votre propos sur une tentative de modernisation, a la saoudienne, ainsi qun changement de regard, plus luicide, des israéliens sur leur voisin (ils nont le choix que de faire letat palestinien ds leur propre intérét, ce qui, espérons le affaiblira le poison quest le lobby des colons), sont des signes indiquant un profond remodelage des rapports géostratégiques de la région.Gageons que les palestiniens et que la paix en soient les premiers vainqueurs...
A y regarder d'un peu plus près, une guerre entre l'Iran et l'Arabie Saoudite considérée sous l'angle pétrolier serait probablement une très mauvaise affaire pour les Etats-Unis, ne serait-ce que parce qu'elle provoquerait une très grave incertitude sur les approvisionnements.
D'autre part (mais je cite ça de mémoire, si quelqu'un a des précisiions), il me semble avoir lu encore récemment que les Etats-Unis sont beaucoup moins tributaire du pétrole saoudien que du pétrole vénézuélien. Quant au pétrole iranien, je serais curieux de connaîre combien les Etats-Unis en achètent : a priori, je dirais pas bézef.
Je n'ai certainement aucune bienveillance pour les Etats-Unis et leur politique internationale (et ça n'est rien de le dire !), mais sur le chapitre de leur impérialisme du moment présent, il faudrait sans doute en rabattre sur la puissance que nous leur prêtons : actuellement, ils ont toutes les peines du monde à faire face à deux conflits d'intensité basse ou moyenne. Je ne parierais pas qu'ils soient si pressés que cela de s'engager dans un troisième qui, pour le coup, pourrait sans doute contribuer à fédérer des oppositions pour le moment éparses.