A debattre

Bonne nouvelle: hausse des salaires chez Dacia, en Roumanie

C'est une bonne nouvelle pour tout le monde, les Roumains comme les Français : les ouvriers de Dacia, la filiale roumaine de Renault, ont gagné, après plus de trois semaines de grève, des augmentations de salaire substantielles : 133 euros brut de plus par mois, en deux tranches, ainsi qu'une prime annuelle égale à un mois de salaire brut. Un résultat important vu que le salaire moyen d'un salarié de Dacia, en 2007, était de 453 euros.

Outre ce qu'il a révélé de la combattivité et de l'organisation des ouvriers roumains -on a entendu cette semaine sur France2 un syndicaliste français s'exclamer ils nous donnent des leçons de syndicalisme , après une visite de solidarité aux grévistes de Pitesti, cette grève a esquissé un petit débat fort intéressant pour l'avenir de l'Europe. Débat feutré car cette grève lointaine dans un petit bout, certes essentiel, de l'empire Renault, n'a sans doute pas eu en France l'écho qu'elle méritait.

C'est François Loos, l'ancien ministre du commerce extérieur du gouvernement Raffarin, et député radical valoisien, qui a lâché il y a quelques jours une petite phrase lors d'un forum économique à Strasbourg :

C'est formidable ! Je suppose qu'il y a une certaine augmentation que méritent les ouvriers de Dacia. A Renault de négocier... Ce que nous voulons, c'est que dans l'Europe élargie, tout le monde rattrape le plus vite possible le niveau de vie le plus élevé possible. Il n'est pas important d'avoir des Logan pas chères, ou un peu plus chères... Ce qui m'intéresse, c'est que le niveau de vie des gens qui habitent en Roumanie monte très vite. Parce qu'il est très bas. Je souhaite que Renault comprenne la juste attente des ouvriers de Dacia en Roumanie ! Et je pense que ça rassurera beaucoup de nos concitoyens qui ont très peur de l'élargissement.

Selon Les Echos, qui rapportent la scène, ce commentaire a suscité des mouvements divers » dans la salle. Un ancien ministre d'un gouvernement de droite qui applaudit à une grève dure d'ouvriers de Renault, ça n'est effectivement pas banal ! Mais ces entrepreneurs alsaciens n'ont pas compris le message de François Loos : dans un cas comme celui-ci, l'intérêt de Renault et l'intérêt de la France ne sont sans doute pas les mêmes. Là où Renault a intérêt à maintenir le plus longtemps possible les bas salaires en Roumanie pour assurer la compétitivité de sa Logan à bas prix, la France a intérêt à ce que la Roumanie, et l'ensemble des nouveaux membres de l'Union européenne rattrapent le plus vite possible le niveau de vie moyen de l'UE, pour éviter de tirer vers le bas les conditions sociales du continent comme cela se fait aujourd'hui.

Le décalage est en effet considérable. Selon une étude du mois dernier de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), aucun des pays entrés récemment dans l'UE ne dépasse le niveau moyen de Produit intérieur brut de l'Union. Certains en sont encore très loin, comme la Roumanie, justement, qui n'est qu'à 41% de ce niveau, ce qui signifie, selon Pierre Verluise, l'auteur de cette étude, qu'il lui faudra sans doute deux ou trois décennies pour effectuer le rattrapage non pas avec le niveau moyen européen, mais pour atteindre 75% de ce niveau.

L'Iris note qu'on trouve également dans ce groupe des pays au PIB inférieur à la moyenne européenne deux anciens États membres : le Portugal (73,2%) et la Grèce (90,3%). Ce qui démontre, commente l'étude, que des pays entrés dans l'Europe communautaire depuis près d'un quart de siècle peuvent ne pas avoir encore dépassé la moyenne de l'UE-27 . Mais il note que les nouveaux adhérents enregistrent une croissance économique plus forte que celle des anciens membres, ce qui signifie qu'un rattrapage, même lent, est en route.

La question est importante, car si les gros groupes industriels qui ont délocalisé en Europe centrale et orientale, et en particulier les constructeurs automobiles, ont besoin d'une longue période de bas salaires dans ces pays pour amortir leurs investissements et assurer leurs marges qui ont fondu dans leurs pays d'origine, cette rente de situation ne sera pas éternelle. D'une part en raison de la croissance naturelle de ces pays qui partent de loin, mais aussi des aspirations de leurs habitants à rattraper le niveau de vie moyen de l'UE. Les ouvriers de Dacia, de ce point de vue, ne sont sans doute que l'avant-garde d'une tendance plus profonde, même si le succès de la Logan a attisé les apétits des ouvriers roumains plus vite que ne l'avait imaginé Renault...

En attendant, vous pouvez toujours rêver avec la reclama, très années 50, de la Logan en Roumanie même : là aussi il y a du rattrapage nécessaire...




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Kakayak
11H48 12/04/2008
Excellent nouvelle. Il faut féliciter les syndicats français car ils surent se montrer solidaire des grévistes Roumains.
 
thierry reboud
11H55 12/04/2008
La très excellente nouvelle, c'est la réhabilitation de l'action collective, et la démonstration de son efficacité. Dans cette perspective, on a pu observer avec intérêt la solidarité sans faille (il me semble) des syndicats français : comme le dit ce syndicaliste sur France 2, "ils nous donnent des leçons de syndicalisme", puissent-ils aussi nous donner des idées. Que par ailleurs, cela fasse les affaires des vendeurs de voitures, ma foi, tant pis : disons qu'il s'agit, de mon point de vue, d'un bénéfice collatéral... On se fera une raison ! Je serais curieux de savoir si Trichet (président de la BCE) tient également ce résultat pour une bonne nouvelle, lui qui mettait en garde contre une politique d'augmentation salariale.
 
comptecourant
11H57 12/04/2008
Ce qui est fantastique c'est surtout le montant de l'augmentation obtenue, qui permet de voir à quel point Renault exploite les ouvriers roumains. Et encore n'ont-ils pas obtenu le montant demandé au début de la grève, mais on sent qu'ils se rapprochent du but à atteindre. L'intérêt de voir monter les salaires relève également d'un autre enjeu. Il y a bien entendu la gageure que doit relever la Roumanie pour atteindre le niveau moyen des salaires européens mais pas seulement. La Roumanie exporte plus de bras qu'elle n'en importe pour cause de chômage et de misère. Nous le voyons, même si certains veulent séparer Roms de Roumains (ne mélangeons pas torchons et serviettes !) la France, l'Italie, l'Espagne sont devenus un Eldorado pour la main-d'oeuvre souvent très qualifiée roumaine, qui vient en compétition directe avec les demandeurs d'emploi du reste de l'Europe. D'un point de vue immigration et intégration, nous sommes rendus à un cap difficile et c'est pourquoi il importe que les ouvriers roumains montent au créneau.
 
TARPON | chat de gouttiere
13H30 12/04/2008
Reste à savoir si Renault ne va pas delocaliser la production de la Logan ,en RUSSIE par exemple et amener Dacia vers un second Vilvoorde.Dans six mois,un an maxi?
 
hagalma
15H40 12/04/2008
Rassurant: de bons chiffres de production permettent de rémunérer le travail. La financiarisation semble loin. En Roumanie mon capitaine... Qui envisage le Maroc, qui envisage le Zimbabwe ? La boucle étant, un jour, bouclée, peut-on espérer en effet retrouver un lien fort entre gain de productivité et échange de la force du travail ? Travailleurs de tous les pays... La pub quant à elle, je ne trouve pas qu'elle fasse années cinquante. Tante Yvonne aurait réagit façon grave en voyant la blondasse trémousser du cul en astiquant la Logan ! Question vulgarité, en tous les cas,ça parait plus contemporain ! La Logan...La Rolex... He, la sémiologue de rue89, aidez-nous !
 
Bingo
18H41 12/04/2008
Il semblerait que les ouvriers français soient beaucoup plus malins que ce que les politiques et tout un monde intellectuel et bien-pensant s'imaginent. En effet, nous sommes passés de la soi-disant peur du plombier roumain à l'aide financière collectée par les ouvriers français pour les ouvriers roumains, aide concrète dont on a peu parlé dans les médias. Les ouvriers de chez Renault sont solidaires des ouvriers de chez Renault, même des roumains. Voilà qui met de bonne humeur,bien plus que des blondes qui ne bougent pas mieux que dans films X, n'est-ce pas Survivant? L'Europe, dont on a voulu nous persuader que les français ne voulaient pas existe bel et bien dans nos têtes et dans nos actions.